Le sacrifice d'une finale pour des cheveux : l'intransigeance "religieuse" plutôt que le compromis républicain

Essia Aouini, entraineuse de foot dans un club amateur d'Echirolles

       Dans les quartiers populaires, le football a une grande importance pour les enfants et les jeunes, tout comme pour les professionnels du socio-culturel et les éducateurs sportifs. Car au-delà de courir après un ballon, le football est un support éducatif. Il permet de faire passer des valeurs comme le dépassement de soi ou l'esprit d'équipe. Il permet de valoriser des jeunes parfois en manque de reconnaissance. Sur le terrain, seule la performance compte, pas la couleur de la peau ou les origines. Au-delà des valeurs sportives, ce sport comme tant d'autres est un moyen d'éduquer. Les professionnels et bénévoles travaillent sur le savoir-être des enfants et des jeunes, l'apprentissage des règles de vie passant aussi par le sport. Étant un vecteur éducatif, le club de football a donc une responsabilité sociale. D'une certaine manière, comme l'est l'école, le club est l'antichambre de la société. Les valeurs républicaines et universelles y sont théoriquement transmises.

La laïcité et l'égalité des sexes sont censées faire partie de ces valeurs à transmettre. S'il existe des équipes féminines, y compris dans les quartiers populaires, c'est bien pour démontrer que les filles ont le droit, et sont tout autant capables que les garçons, de courir après un ballon. L'accès au sport des filles, et surtout à un sport marqué comme masculin, révèle une volonté éducative positive.

Mais avec le développement de l'intégrisme musulman dans des quartiers populaires, le projet éducatif s'est grippé dans certains clubs et associations.

En avril dernier, l'AS Surieux, club de foot d'un quartier populaire d’Échirolles, en Isère, a fait parler de lui (1). Non pas pour ses performances sportives mais pour un de ses entraineurs, une jeune femme voilée. Une de ses équipes, des joueuses de 11 à 13 ans, a été qualifiée pour la finale de la Coupe Rhône-Alpes qui devait se jouer début mai. Mais la Ligue, informée du port du voile de leur entraineuse, l'a interdite d'être au bord du terrain avec son voile, en application des statuts de la Fédération française de Football. Ces statuts précisent que sont interdits à l'occasion de compétitions tous ports de signes ou tenues manifestant ostensiblement une appartenance politique, idéologique, religieuse ou syndicale. Suite à ce rappel au règlement, l'entraineuse n'a pas souhaité assumer son rôle éducatif. Elle n'a pas fait le choix de la solidarité avec son équipe en retirant son voile le temps de la rencontre. C'est l'inverse qui s'est produit. Par solidarité avec leur entraineuse, les adolescentes ont décidé de déclarer forfait.

Que vient faire le voile dans un club de foot ? Comment une jeune française au 21ème siècle, dans un pays tel que le nôtre, avec tous les acquis d'émancipation à sa disposition, a pu faire le "choix" de porter le voile ? Quel message éducatif cela envoie aux jeunes joueurs et joueuses du club ? Ce sont des questions légitimes qui méritent d'être posées. Il ne faut pas se contenter de "c'est mon choix, c'est ma liberté" pour toute réponse. Il faut comprendre le phénomène, l'analyser. Cela est nécessaire afin de pouvoir lutter plus efficacement contre l'obscurantisme et protéger celles qui n'ont pas encore fait le "choix" de l'intégrisme religieux.

Le voile, comme nous le constatons une nouvelle fois dans cette affaire, n'est pas un "vêtement religieux" comme un autre. Il fait partie des attributs vestimentaires inventés par l'Homme pour stigmatiser et marquer l'infériorité d'un groupe humain, les femmes, tout en prétendant être un outil de "protection" et de valorisation pour ce même groupe. Cette particularité, par rapport aux autres attributs vestimentaires marquant d'autres catégories de groupes humains, n'est pas la seule. C'est l'attribut le plus ancien puisqu'il date de l'antiquité. Il est protégé plus que les autres grâce au vernis religieux et "culturel" posé par les intégristes qui tentent d'empêcher toute remise en question au nom du respect des religions et des cultures. Toute dénonciation est alors accusée d'atteinte au sacré, de non respect de l'islam, de racisme (?), bref "d'islamophobie". Le racisme et les stéréotypes basés sur le sexe (sexisme, machisme, misogynie, patriarcat) sont plus acceptables que les autres, qu'on soit croyant ou non. Le voile parait ainsi moins choquant que d'autres marquages discriminants. C'est bien la dénonciation de ce racisme sexuel à travers son marquage vestimentaire qui est accusée de racisme par les intégristes musulmans… Cela est inclus dans ce que j'appelle leur rhétorique d'inversion. Enfin et surtout, contrairement à d'autres critères discriminants, cette infériorisation basée sur le sexe est intégrée par nombre des personnes concernées qui en deviennent elles-mêmes les promoteurs par la défense du port de leur voile. Comment est-ce possible ?

Nous devons toujours nous demander d'où vient le voile "islamique" et quel a été le processus de la femme concernée qui l'a amenée un jour à se voiler. Si l'évidence voulait que cela soit purement spirituel, nous n'aurions pas à nous poser toutes ces questions et le sujet du voile serait d'ailleurs moins sensible. Si cela était uniquement spirituel, elle pourrait enlever son voile durant le temps de la rencontre. Dieu ne l'enverra pas brûler en enfer parce qu'elle l'aura ôté pour les quelques minutes d'un match. Si cela était uniquement spirituel, les hommes aussi se voileraient. Si le président du club se sent si concerné et touché par cette interdiction, si lui-même ou d'autres hommes du club sont musulmans, pourquoi ne sont-ils pas aussi voilés ?

Si le débat autour du voile est toujours aussi tendu, c'est pour deux raisons : les intégristes souhaitent imposer le retour du religieux dans toutes les strates de la société. Ce que nous pensions relever d'une histoire passée avec le catholicisme, revient de façon assez violente aujourd'hui à travers l'interprétation extrémiste et la politisation de l'islam. De plus, le voile n'est pas une simple expression religieuse. La raison du voilement n'est pas le fait d'être musulmane. C'est le fait d'être une femme. Au-delà de son aspect politique, le voile est un marqueur sexiste spécifiant l'infériorité de la femme qui n'est rien d'autre qu'un objet, un corps honteux dont la tête, les cheveux, le cou et chaque centimètre carré de peau doivent être cachés, pour ne pas susciter l'excitation sexuelle de ces barbares, ces animaux incapables de contrôler leur libido à la vue de la moindre mèche de cheveux, que sont les hommes. C'est la seule raison d'être du voile. Il a été prescrit pour ça et il n'y en a pas d'autres.

Le sexe est très important pour les islamistes. Ils sont obsédés par leur libido. La place et le statut de la femme sont donc fondamentaux pour eux, afin que les hommes soient protégés de toute "tentation", les femmes étant coupables par essence de tout débordement sexuel masculin. Le voile est l'outil principal, le symbole le plus fort, de ce désir de cacher cet objet prédisposé à toutes les perversions qu'est le corps féminin.

Le voile n'est en rien spirituel. Il est uniquement sexiste et l'islam lui sert de prétexte. Les islamistes demandent ainsi à la société de s'assoir sur son histoire et ses acquis en matière d'égalité des sexes au nom du respect de leur radicalité et de leur obsession sexuelle.

Voilà les raisons de la crispation.

Nous sommes loin de l'islam des Lumières et des musulmans progressistes qui considèrent le voile comme une aberration.

Car il faut le rappeler, rien dans le coran ne demande aux musulmanes de cacher leurs cheveux, leur cou ou autre. La seule partie du corps mentionnée est la poitrine, puis le coran parle des atours (ou parures) (coran, sourate 24 verset 31). Terme suffisamment vague qui sert aux intégristes pour justifier le voilement (des cheveux à tout le corps, selon le zèle). De plus, ce voile vaguement évoqué dans le coran n'a jamais été un objectif en soi. L'objectif est de protéger les femmes de l'offense (coran, sourate 33 verset 59). Le voile n'en était que le moyen à une époque (le Moyen-Âge), un lieu et une culture tribale particulière qui n'ont plus rien à voir avec aujourd'hui. Le voile était une forme de discrétion pour distinguer les femmes honorables des autres. Aujourd'hui, le voile n'est plus un moyen de discrétion. Bien au contraire, il est devenu un moyen d'exhibition. Lorsqu'une femme est voilée, on ne voit qu'elle. Le voile servait à invisibiliser les femmes. Il sert aujourd'hui à se visibiliser pour se distinguer du reste de la population par l'affirmation de sa radicalité religieuse. Cette exhibition a des conséquences inverses au but initialement recherché. Les femmes voilées, suscitant le mystère et faisant travailler l'imagination, sont devenues des fantasmes sexuels ambulants pour bon nombre d'hommes. Les films et scènes pornographiques sur internet mettant en scène des femmes voilées (films amateurs ou actrices) sont de plus en plus nombreux. Cela n'a donc plus rien à voir avec l'islam des origines que ces musulmanes et leurs défenseurs prétendent incarner. Quant à l'honorabilité, si on en croit leur désir de coller à l'islam originel, cela signifie donc que les femmes non voilées ne sont pas honorables…

Enfin, l'objectif originel étant de protéger les femmes de l'offense, qu'est ce qui protège les femmes aujourd'hui ? Le savoir, l'école laïque, les lois de la République, l'émancipation, l'emploi, l'indépendance, mais certainement pas le voile.

C'est pour cela que les intégristes n'ont jamais avancé l'argument du spirituel, uniquement celui du sexisme. L’argument identitaire du voile était aussi déjà invoqué à la naissance de l’intégrisme contemporain pour lutter contre la présence coloniale. Ce n'est qu'une fois confronté aux pays sécularisés que l'argument du spirituel est apparu, pour instrumentaliser la laïcité et culpabiliser leurs opposants par l'accusation d'intolérance religieuse. Stratégie efficace puisque le voile comme signe religieux est une conception aujourd'hui partagée par une frange toujours plus importante des musulmans et la plupart des non-musulmans, grâce à un prosélytisme forcené depuis plusieurs décennies. Auparavant, on se demandait pourquoi une musulmane se voile. Aujourd'hui on se demande pourquoi telle musulmane n'est pas voilée. Les musulmans (et surtout les musulmanes) progressistes se retrouvent coincés par une accusation de plus en plus récurrente d'atteinte à la religion dans les pays musulmans et "d'islamophobie", de "collabeurs" ou de traitres dans les autres pays.

Comment est-il possible qu'une femme, voire même une adolescente, puisse "choisir" de se voiler ? C'est possible par une rhétorique et un conditionnement patients et habiles.

Tout d'abord, les intégristes considèrent le voile comme une obligation. Par une rhétorique bien troussée, l'islamisme politique considère que cette obligation peut être ou non "choisie" par la musulmane. Toute la notion du "libre choix" du voile est ici. Or, si le voile est une obligation, il ne peut y avoir de choix. En fait, la présentation de ce "choix" est trompeuse. Le choix n'est pas dans celui de porter ou non le voile. Il est dans celui d'être une bonne musulmane ou pas, le voile étant l’étiquetage du bon choix.

D'énormes moyens humains, matériels et financiers sont utilisés depuis la naissance des Frères musulmans et du Wahhabisme institutionnel au début du 20ème siècle pour diffuser leur obligation du port du voile. Deux ouvrages sont symboliques et fondamentaux. Il y a “La voie du musulman” édité en 1964, écrit par le wahhabite Aboubaker-Djaber Eldjazaïri. Mais il y a surtout “Le licite et l’illicite en islam” paru au début des années 1960, écrit par le Frère musulman Youssef Al-Qaradhawi. Ce dernier est probablement le livre le plus vendu de l’histoire de l’islam, après le Coran. Ces deux ouvrages contiennent les opinions envers les femmes (et les homosexuels) les plus rétrogrades et choquantes que j’aie lues à ce jour. Les justifications du port du voile et de la place de la femme ont été développées et diffusées par ces deux "chefs-d’œuvre". Ils sont à la base de la plupart des interprétations et prêches des islamistes d’aujourd’hui sur ce sujet, de Marwan Muhammad (directeur du CCIF) à Nader Abou Anas en passant par l'UOIF ou autres. J’avais consacré un article sur “Le licite et l’illicite en islam” qui met en lumière les justifications réelles du voile, par l’instrumentalisation misogyne du Coran, et les enjeux que cela sous-tend (2).

Le voile serait donc une obligation. Les intégristes considérant que leur vision de l'islam est le vrai islam, cette obligation est aujourd'hui largement admise.

A partir de là, il n'y a pas de choix possible, mais une décision à prendre. Ce qui est différent. Soit je me voile pour être une bonne musulmane, soit je laisse mes cheveux au vent au risque d'être mal vue par mes coreligionnaires et de déplaire à Dieu.

La sucette représente la femme, les mouches les hommes. C'est un des moyens utilisé pour susciter le "libre choix" de se voiler.
"Tu ne peux pas les empêcher, mais tu peux te protéger. Celui qui t'a créé sait mieux que quiconque ce qui est bien pour toi". C'est la traduction du texte en arabe. Les sucettes représentent les femmes qui ne peuvent empêcher les mouches (les hommes) de tourner autour d'elles pour s'y coller et les butiner. Les femmes peuvent s'en protéger en gardant l'emballage de la sucette (le voile) qui rendra celle-ci moins attirante pour les mouches. La ou les personnes ayant écrit ce texte s'expriment au nom de Dieu. Comme toujours avec les ultra-religieux, Dieu ne parle pas mais eux s'expriment pour lui. Ce dessin véhicule à la fois un sentiment de crainte (on doit se protéger de la bestialité des hommes) et de culpabilité (si tu n'es pas voilée, tu déplairas à Dieu et en plus il ne faudra pas te plaindre si tu as des problèmes avec les mouches). Ce dessin qu'on retrouve sur de nombreux sites islamistes, y compris francophones, fait partie du prosélytisme des intégristes pour amener les musulmanes à faire le "libre choix" de se voiler.
Mais il faut convaincre, non pas contraindre directement. Les intégristes musulmans influencent, inculquent, éduquent sur des mois voire des années. Cela ne passe pas uniquement par des fatwas religieuses, des livres et des prêches dans des mosquées. Cela passe aussi par des "conférences", des vidéos, des sites internet et pages Facebook par centaines, des projets prosélytes à travers le Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche (organe européen des Frères musulmans dont l’UOIF et d’autres sont affiliés), des dizaines d'associations "culturelles" (soutien scolaire, centres de loisirs pour enfants, etc.), à travers également des organismes internationaux tels que l'Organisation de la Coopération Islamique (OCI) pour faire du lobbying auprès de l’ONU et d’autres organes intergouvernementaux.

Pour pouvoir faire un vrai choix, éclairé, il devrait donc aussi y avoir les mêmes structures qui démontreraient que le voile n'est pas une obligation et que c'est même contraire à l'islam. Or, non seulement ce n'est pas le cas, mais en plus toute tentative des musulmans progressistes de contredire les intégristes est condamnée. Lorsque dans un pays un seul parti politique déploie tous les moyens de propagande pour convaincre la population de la véracité de son point de vue, et que l'opposition est condamnée lorsqu'elle émet la moindre critique, dirions-nous que les citoyens auraient un choix éclairé lors des élections ?

Bien plus que cela, ces démarches prosélytes ne laissent le "choix" qu'entre accepter le mode de vie occidental qui serait mécréant, dépravé et impudique pour les femmes, et l'islam qui marque la pudeur et les femmes vertueuses. Youssef Al-Qaradhawi et ses disciples d'aujourd'hui ne disent pas autre chose. Cela démontre une nouvelle fois qu'il n'y a absolument rien de spirituel dans cet uniforme. L'argument identitaire vient en appui pour mieux faire passer la pilule des arguments sexistes. Aujourd'hui, le CCIF et l'ensemble des prédicateurs relaient ce discours (3). L'ajout de la justification religieuse est là uniquement pour valider, culpabiliser et désamorcer toute remise en cause. Le voile pouvant ainsi être imposé à la société au nom de la liberté religieuse. Le faire au nom du sexisme ne passerait pas aussi bien…

Au-delà des discours des leaders islamistes, des musulmans qui trouvent dans la religion un moyen d'assouvir leur machisme, sont plus directs pour exprimer les mêmes choses. Pour eux, la femme est libre. Elle est libre de choisir la pudeur, la dignité, la "décence" et la bonne réputation que lui procure le voile. Elle est libre, ainsi, de ne montrer sa chevelure, son cou ou ses bras (ce qu'ils appellent "sa beauté") qu'à sa famille ou son mari. Car "son corps est une perle, un bijou, dont le voile lui sert d'écrin". Elle est libre d'être respectable. Mais elle est tout aussi libre de choisir l'autre chemin, celui d'être une "pute". Il y a un bon et un mauvais choix, mais les deux sont possibles. On doit respecter celles qui choisissent la vertu et qui "se respectent". Tout comme on doit respecter celles qui choisissent l'indécence et l'immoralité. Mais ensuite, il ne faudra pas se plaindre… Sans parler de l'opinion de Dieu et du risque d'aller brûler en enfer. En résumé, le "choix" est le suivant : choisir entre la vertu et le vice, être une femme vertueuse ou une femme qui "ne se respecte pas", la pudeur et l'impudeur, la bonne et la mauvaise pratique, le paradis et l'enfer.

Comparer la femme à une perle, un bijou, est un des arguments les plus utilisés par les islamistes pour promouvoir le voilement
L'image de la perle ou du bijou est récurrente. C'est la comparaison la plus développée pour convaincre les musulmanes de se voiler. Quitte à être un objet, il est plus valorisant de comparer la femme à cela plutôt qu'à une voiture ou un sextoy sur pattes. Cette image est extraite d'un des multiples sites islamistes prônant le "libre choix".
Ce qui est donc présenté et affirmé comme un choix, une liberté, n'est en fait qu'une décision. Un choix est la possibilité de choisir entre différentes possibilités dont les avantages, inconvénients et risques seraient exactement les mêmes. Ce qui n'est pas le cas avec le voile. Au bout de plusieurs mois, voire années, de tels discours culpabilisants portés à ses oreilles, quel "choix" fera une musulmane sensible à ces propos ? Choisir entre la respectabilité de soi, plaire à Dieu et assurer un peu plus sa place au paradis, et d'un autre côté choisir le non-respect de soi et un aller simple pour l'enfer, que choisiriez-vous ? Voilà pourquoi une femme porte un niqab en plein été alors que son mari se balade en bermuda et tee-shirt. Voilà pourquoi des femmes préfèrent ne jamais sentir la douceur du soleil sur leur peau et se baigner toute habillées, quand les hommes de leur entourage profitent de tous les bienfaits du soleil et de la baignade en short et torse nu. Voilà pourquoi des jeunes filles décident de ne plus aller à la piscine. Voilà pourquoi des musulmanes voilées préfèrent refuser un emploi ou une formation plutôt que d'être tête nue. Voilà pourquoi une jeune entraineuse décide de ne pas participer à la finale de foot et priver toute son équipe de ce pourquoi elles ont tant travaillé plutôt que d'enlever son voile le temps d'une rencontre sportive…

Le refus de retirer le voile quoi qu'il en coûte est bien la preuve d'un conditionnement. Comment parler de "choix" lorsqu'une entraineuse est prête à sacrifier la finale de son équipe pour son voile, puisqu'il lui serait psychologiquement impossible de faire autrement ?

Les intégristes connaissent cet effet psychologique auquel les non-initiés ne pensent pas. Lorsqu'une femme s'est habituée à porter le voile, plus le temps passe et plus il lui sera difficile de l'enlever car elle se sentira nue. Quand on s'habitue à cacher une partie de son corps, il est ensuite difficile de la dévoiler aux yeux de tous. C'est pour cela que des islamistes voilent leurs filles dès le plus jeune âge. Non pas par crainte de la pédophilie car leurs filles seraient déjà des objets de tentation (quoi que…). C'est simplement pour les habituer à être cachées. Ainsi, une fois adolescentes puis adultes, il leur sera psychologiquement très difficile de l'enlever. C'est ce qui se passe avec cette entraineuse. Habituée à sortir voilée depuis quelques années, il lui est devenu inconcevable de découvrir sa tête, fusse pour quelques minutes et permettre à son équipe de jouer la finale : C'est dur mais moi, je ne peux pas retirer le voile. Il fait partie de moi (4). Ce qui démontre une nouvelle fois que, contrairement à ce que veulent nous faire croire les islamistes, le voile n'est pas un simple foulard ou un vêtement comme un autre. Ce n'est pas que du "textile" comme le dit Marwan Muhammad. Un "textile" ou vêtement, comme un manteau ou une jupe, se porte ou non selon la saison, la météo, l'envie du moment. Le voile, c'est toute l'année quelles que soient les circonstances. Personne ne dira au soleil en plein été "C'est dur mais moi, je ne peux pas retirer mon manteau. Il fait partie de moi".

Il faut toutefois apporter un bémol. Le voile fait partie d'elle pour une seule circonstance : lorsqu'elle est, ou peut être, en présence d'hommes étrangers à sa famille (les cousins et beaux-frères peuvent ou non être considérés comme des étrangers, selon le point de vue de la femme voilée concernée). Ne pas oublier la crainte de la tentation sexuelle qui est l'unique raison d'être du voile… et sachant le nombre de mâles potentiellement présents autour d'un terrain de foot… Si cela faisait vraiment partie d'elle, elle le mettrait dès son réveil le matin et ne l'ôterait que le soir avant de se coucher. En famille et quand elle est seule, elle le garderait sur la tête puisque ça fait partie d'elle. Or évidemment ce n'est pas le cas. En présence de sa famille, de son éventuel mari, d’autres femmes ou seule, une femme voilée l'enlève. En présence d'enfants mâles, qu’ils soient ou non de sa famille, la femme se dévoile également puisqu'ils ne sont pas sexuellement actifs. Là aussi cette "partie d’elle" ne l'est plus vraiment et n’est plus si dur à enlever. L'argument "je ne peux pas retirer le voile. Il fait partie de moi" est un des moyens utilisés pour susciter l'empathie et culpabiliser les opposants à ce symbole sexiste.

Jasmine du dessin animé "Aladin" est aussi utilisée pour "sensibiliser" les jeunes musulmanes et les amener à faire le "libre choix" de porter le voile
Une autre image qui circule sur les sites et pages Facebook d'intégristes qui "expliquent" la religion aux jeunes musulmanes, en détournant le personnage de Jasmine du dessin animé de Disney "Aladin", pour les amener à "choisir le voile en toute liberté".
Ainsi, ses convictions sexistes par un conditionnement efficace sont plus importantes que ses fonctions éducatives et sportives d'entraineuse et le destin de son équipe. C'est bien la preuve que la loi de mars 2004 interdisant les signes religieux ostensibles à l'école est pleinement justifiée. Pour que les jeunes filles ne perdent pas l'habitude et n'oublient pas la sensation d'avoir les cheveux au vent. Les intégristes en sont conscients. Ce qui explique en partie leur virulence contre cette loi.

La restriction du port du voile dans les entreprises, son interdiction dans le sport, dans les écoles et la fonction publique ne sont donc pas une restriction des libertés. Si on affirme le contraire, il faudrait démontrer que le voile est réellement librement choisi dès le départ. Or, si aucun homme ne prescrivait le voile, aucune femme ne le porterait.

Ainsi, pour les islamistes, la religion n'est qu'une suite de prescriptions halal/haram (autorisé/interdit). L'islam n'est plus que le vecteur de l'organisation et régulation sexuelle de la société afin de limiter les érections de pénis en cachant les femmes.

C'est cette "liberté" que propose le "féminisme islamique". Comme sur les autres sujets, les islamistes politiques reprennent nos concepts et les instrumentalisent pour les retourner contre la société. Ici, c'est le concept d'émancipation. La propagande du voilement participe à la diffusion de cette interprétation rétrograde de l'islam et à la banalisation de l'intégrisme religieux au nom de la tolérance et de la "liberté des femmes".

Les discours politiques réaffirmant les principes de la laïcité, de pratiquer ou non une religion, d'avoir la possibilité d'en changer, de croire et de ne pas croire, de respecter le "choix" de la femme qui se voile et soutenir celle qui est forcée, ces discours "bisounours" sont déconnectés de la réalité et de la complexité du sujet.

C'est dans ce contexte et à la lumière de cette histoire que nous pouvons comprendre la sensibilité particulière des partisans et opposants du voile, bien différente que pour la croix ou la kippa. Et c'est par cet éclairage qu'il faut aborder l’événement de cette jeune entraîneuse voilée, illustration de l'ensemble des débats sur le voile.

Le voile n'est pas l'équivalent de la croix et de la kippa. Ce sont des signes religieux, contrairement au voile qui est un outil sexiste utilisé comme arme politique sous couvert du religieux. Ils n'ont donc rien en commun. C'est une comparaison avancée par les islamistes, reprise ensuite par d'autres, pour banaliser le voile. Cela permet aussi et surtout d'accuser toute opposition d'appliquer le "deux poids deux mesures" en en faisant un attribut religieux équivalent à ceux des autres religions. Or, depuis quand la croix et la kippa sont des outils de “pudeur” réduisant la personne qui les porte à un objet sexuel devant être caché pour ne pas susciter l’excitation sexuelle d’autrui ? Il n'y a aucune motivation sexiste ou misogyne dans les deux autres signes religieux. Contrairement au voile, la croix et la kippa n'ont aucune connotation sexuelle et ne sont pas la marque de l'impureté et de l'infériorité. Ils ne posent pas un apartheid, une discrimination, un racisme basé sur le sexe. Car c'est bien de cela dont il s'agit : marquer par un attribut textile un être humain en raison de son sexe. La différence avec les autres signes de stigmatisation est que celui-là est souvent "choisi" par les discriminées elles-mêmes.

Ainsi, une femme portant une croix ne refusera pas de l'enlever ou la dissimuler si les circonstances l'imposent. Elle ne refusera pas non plus d'être examinée par un médecin homme, comme cela arrive parfois avec des femmes voilées. Le porteur d'une kippa le fait en présence d'hommes ou femmes sans aucune connotation sexuelle. Ces signes manifestent un dévouement à Dieu. Le voile manifeste la chosification sexuelle de la femme et sa culpabilité d'être femme. C'est pourquoi invoquer la laïcité est souvent une erreur. Certes, elle peut être invoquée puisque les personnes concernées déclarent que le voile est un attribut religieux. Mais comme il est avant tout sexiste et discriminant, c'est moins la laïcité que l'égalité des sexes qui est concernée. Ainsi, en s'aventurant sur le terrain choisi par les islamistes, la laïcité et son instrumentalisation pour la faire céder au nom d'une laïcité "inclusive" ou "ouverte", le combat est plus compliqué. Il faut revenir sur le terrain qui concerne vraiment le voile : la discrimination sexuelle et les valeurs contraires à tous les combats féministes de ces 100 dernières années.

La croix et la kippa n'ont pas non plus la même fonction politique. Pour le voile, les moyens de sa promotion évoqués plus haut sont colossaux. Rien de tel avec la croix et la kippa. Cela explique en grande partie pourquoi un chrétien ou un juif n'a aucune difficulté à cacher ses signes ostentatoires à l'école, contrairement aux jeunes filles voilées. Il est vrai qu'on ne risque pas d'accuser d'impudeur ou traiter de pute une jeune chrétienne qui ne porterait pas une croix autour du cou…

Le corps des femmes est si obsessionnel chez les islamistes qu'une des premières mesures à la création du royaume saoudien a été de totalement voiler les femmes ; une des demandes des Frères musulmans à Nasser a été l’obligation du port du voile pour les égyptiennes. Une des premières mesures du régime iranien lors de la révolution islamique a été d’imposer le tchador à toutes les femmes. Lors de la guerre civile algérienne dans les années 90, les islamistes ont égorgé, décapité des centaines, peut-être des milliers de femmes qui refusaient de porter le voile. Une des premières mesures de DAESH lorsqu’il conquiert un territoire est de voiler les femmes. Un tel symbole affiché par une entraineuse de foot au bord d'un terrain n'est donc pas anodin, quelles que soient les motivations de celle qui le porte.

Pour les deux autres signes religieux, aucun pays au monde les impose de ces façons, et encore moins en réservant leur port aux femmes. Aucun théologien, aucun religieux chrétien argumente que le port de la croix est une obligation uniquement réservée aux femmes dans le but de les stigmatiser parce qu'elles sont femmes.

La croix est le symbole chrétien qui symbolise le martyr de Jésus qui se serait sacrifié pour sauver l'humanité. Le voile matérialise-t-il un symbole spirituel équivalent ? Pas du tout. Il n'y a pas d'équivalent de la croix en islam car cette religion rejette toute forme d'idolâtrie. S'attacher à des symboles physiques tels que les statues, les images ou tout autre objet est considéré comme un pêché. En cela, revendiquer le voile comme un symbole religieux va à l'encontre du message originel que ces musulmans prétendent vouloir incarner.

Le voile (hijab, jelbab, niqab, selon le degré de zèle), dans ses formes actuelles, n'est pas non plus culturel. Il a été inventé au début du 20ème siècle au Moyen-Orient par l'intégrisme contemporain. Il s'est imposé il y a seulement une vingtaine d'années au Maghreb, par le prosélytisme social, politique et médiatique acharné des intégristes. Les voiles culturels du Maghreb sont le safsari en Tunisie ou le haïk en Algérie par exemple. L'évolution culturelle serait donc au contraire d'ôter le voile, comme l'ont fait nombre de leurs mères ou grand-mères dans les années 1960 et 70. Au-delà de son sexisme, le voile contemporain est un uniforme politique qui a été standardisé pour être reconnu et retrouvé dans le monde entier. Il matérialise le rêve islamiste : la communauté transnationale qu'est l'Oumma. Les frontières nationales ne comptent pas. L’objectif est que tous les musulmans à travers le monde puissent s’identifier à l’Oumma pour y être rassemblés. Cette communauté étant considérée comme supérieure à toutes les autres. Ainsi, le particularisme des voiles culturels (tout aussi sexistes d’ailleurs) de chaque pays a été remplacé par un uniforme international identificateur qui donne la certification labellisée “je suis une bonne musulmane”. Le degré de conviction religieuse se mesurant à présent aux centimètres carrés d’un morceau de tissu, en oubliant le caractère purement machiste, sexiste et misogyne de cet uniforme. On retrouve donc aujourd’hui le même voile partout, qu’on soit en Égypte, au Maghreb, en Indonésie, en Europe ou ailleurs. L’appartenance à l’islam est devenue la référence principale de leur citoyenneté, quel que soit le pays où elles se trouvent. L’argument culturel est donc faux.

Sur un terrain de football, y compris sur le banc de touche, une femme arborant ce signe affirme ainsi son appartenance à une idéologie politico-religieuse rétrograde. La "victime de cette injustice" et ses soutiens, dans le renversement des rôles habituels chez les intégristes et les pro-islamistes, considèrent son interdiction comme une discrimination. Nous avons ici un exemple flagrant d'une demande de privilège (puisque tous les signes sont prohibés) en avançant l'égalité comme argument. Si la Fédération Française de Football refuse d'accéder à cette demande de discrimination positive par l'acceptation de ce qui est refusé à tout autre, alors les islamistes considèreront cela comme une discrimination négative, du racisme, de "l'islamophobie". C'est exactement ce qui s'est passé sur les réseaux sociaux et sites islamistes. L'accusation de racisme a explosé telle une éruption volcanique, refusant toujours de voir que c'est le voile qui est raciste par sa stigmatisation d'un groupe humain en raison de son sexe. Un véritable orgasme verbal du mot "islamophobie" s'est répandu sur internet suite à cette affaire. Or, si un tel signe idéologique peut être accepté, alors tous les autres devraient pouvoir l'être aussi. Que ce soit sur un terrain de football ou à l'école, si interdire le voile est du racisme, alors interdire la kippa serait de l'antisémitisme et interdire la croix du racisme ? Car le voile est officiellement considéré par ces musulman(e)s comme un signe religieux, pas un marqueur ethnique. Mais ces mêmes musulmans, contrairement aux musulmans modérés, se considèrent comme faisant partie d'un peuple qu'ils ont artificiellement racialisé (5). Le voile, à l'origine sexiste, est revendiqué comme étant religieux puis marqueur d'une "race". Cela permet à la fois de se différencier du reste de la population tout en facilitant la victimisation face à des français "racistes". Or, sur le plan religieux (c'est ce qui est revendiqué), pourquoi ne voit-on jamais un entraineur avec une énorme croix lui tombant sur la poitrine ou un tee-shirt floqué de Jésus avec écrit "Ave Maria" ? Car personne ne l'accepterait. La France a connu trop longtemps des conflits religieux entre catholiques et protestants, laïques et religieux. On parle de "bondieuseries" pour qualifier les manifestations catholiques. Pourtant, en les considérant comme le voile, cela serait alors du racisme ? L'égalité de traitement envers l'islam voudrait donc que le voile (pseudo) signe religieux soit tout autant banni que les autres.

Sur le plan politique (le voile est en réalité un uniforme politique, consciemment ou non, par celles qui le portent), un entraineur pourrait s'assoir sur le banc avec un tee-shirt floqué du visage de Marine Le Pen avec écrit "le peuple avec Marine". Ou bien une casquette Mélenchon "Dégagez-les tous !".

Enfin, sur le plan des discriminations (le voile est avant tout un outil discriminatoire basé sur le sexe), un entraineur pourrait porter un signe d'infériorité des noirs par rapport aux blancs.

Comment vouloir faire passer des valeurs humanistes et universelles à travers le foot quand une entraineuse souhaite arborer au bord du terrain, et porte lors des entrainements, le symbole qui en est à l'exact opposé ?

Ainsi, au-delà d'aller à l'encontre de la tradition laïque française et de l'égalité des sexes en arborant le symbole de cette inégalité sur un terrain de football, elle reflète la situation de nombreuses femmes voilées qui limitent leur émancipation au nom de leur obscurantisme. Et comme toujours avec les islamistes, elle utilise la rhétorique d'inversion en criant à la discrimination alors qu'elle a choisi elle-même de se discriminer. Car, il faut le rappeler, elle n'est pas interdite de terrain. Seul son voile l'est.

En tant qu'entraineuse, si le voile était vécu comme un choix, elle aurait choisi de l'enlever pour les quelques minutes de match. Mais non. L'endoctrinement et l'injonction sont si fortement ancrés qu'il lui est inconcevable de l'enlever, quoi qu'il en coûte. Elle déclare être ouverte au dialogue et prête à en discuter avec le président de la Ligue (6) tout en refusant tout compromis. Comme je l'avais démontré dans un article précédent, les islamistes nous proposent de dialoguer, échanger de façon ouverte et constructive, dans le respect de chacun… pour que nous acceptions leur intransigeance et l’imposition de leurs valeurs rétrogrades. Car elle aurait pu faire le choix de couvrir ses cheveux autrement. Je le rappelle, l'obligation dans l'interprétation intégriste est de cacher les cheveux, le cou et le maximum de centimètre carré de peau. Si l'objectif du coran est de protéger les femmes de l'offense, l'objectif des intégristes est de la cacher car objet de tentation. Elle aurait donc pu cacher les mêmes parties de son corps en portant à la place de son voile une casquette ou un bonnet pour les cheveux, et un foulard ou un bandana pour le cou. Un compromis qui lui aurait permis de respecter ses "convictions religieuses" tout en respectant le règlement de la fédération. Mais là encore, c'est non. Pour elle c'est le hijab et rien d'autre. Car les prédicateurs intégristes, Youcef Al-Qaradhawi en tête, estiment qu'une musulmane ne doit pas se vêtir comme les "occidentales". Elles doivent se distinguer pour montrer leur rejet des valeurs occidentales et la supériorité de leurs vertus. Cela démontre 3 choses : le voile n'est pas un choix. C'est bien une contrainte que la personne concernée a décidé d'appliquer suite à un conditionnement. Ensuite, l'impudique exhibition (ce qui est un paradoxe) de son extrémisme religieux est au moins aussi importante que l'argument de la "pudeur" physique qui aurait pu être préservée par d'autres accessoires vestimentaires que le voile. Enfin, le voile n'est pas un vêtement religieux. C'est bien un symbole sexiste et un uniforme politique et identitaire par l'affirmation de son islamité (ou plutôt de sa radicalité) quoi qu'il puisse en coûter. C'est ce qu'on appelle l'intégrisme.

Elle assume alors un double rôle, celui d'entraineur et de militante islamiste. Le voile n'a donc rien de rationnel, ni sur le plan philosophique ni même sur le plan religieux.

Cette opposition entre femme vertueuse et impudique, entre mode de vie occidental et mode de vie "islamique", ne laisse que deux possibilités : se replier sur soi afin de pouvoir vivre comme le recommande les islamistes. Le communautarisme serait la solution. Cela permettrait à chaque communauté de vivre côte à côte avec chacune ses propres règles. Les femmes seront assignées à l'infériorité et la discrimination. Celles qui refuseraient seront exclues de la communauté. Cette possibilité est défendue par les salafistes et une partie des Frères musulmans.

L'autre possibilité est d'influencer l'ensemble de la société, de la faire plier pour qu'elle s'adapte aux revendications islamistes. C’est-à-dire non pas de rendre l'islam compatible avec la République, la laïcité et l'ensemble de nos valeurs. Mais faire évoluer la République et ses valeurs pour les rendre compatibles avec l'islamisme. L'objectif est, par l'action politique ou djihadiste, d'empêcher la laïcisation de l'islam en imposant l'islamisation de la laïcité. On réclame alors une laïcité "ouverte" ou "inclusive" et des "accommodements raisonnables". On fait la promotion d’un "féminisme islamique". On culpabilise et accuse les citoyens de racisme, de "néocolonialisme" ou "d'islamophobie" à chaque obstacle. On avance à petit pas. On demande des horaires aménagés non mixtes dans une piscine à tel endroit. On se présente voilée à l'école à tel autre. Ou bien une entraineuse d'une équipe féminine de football s'impose voilée… C'est le choix des Frères musulmans et d'une partie des salafistes. Instrumentaliser la citoyenneté pour mettre en avant et imposer leur islamité. D'où l'action du CCIF, de l'UOIF, de ses associations satellites, et de la création d'un parti politique comme "Français ET Musulmans". Ils sont les promoteurs les plus virulents de ce projet, dont le voile sert de cheval de Troie. C'est pour cela par exemple que, tout en dénonçant le mode de vie français, le CCIF considère le voile comme étant un "vêtement français".

Cette stratégie des petits pas et des accommodements fonctionne assez bien. Ce travail de fond est plus long mais bien plus efficace que les actions violentes des djihadistes. Ainsi, le maire d’Échirolles a apporté son soutien à la jeune entraineuse voilée. Il n'est pas rare de voir de nombreux joueurs prier avant un match ou se signer après un but, sans que cela provoque de réaction de la Fédération a-t-il écrit à la Fédération Française de Football. Ignorance, naïveté, relativisme ou position politique ? Les brèves expressions religieuses qu'il évoque n'ont, elles aussi, rien à voir avec le voile. Quand on connait la signification de cet uniforme, cela entre en total contradiction avec la création par ce même maire d'une "Maison pour l'égalité femmes-hommes" en 2005 sur sa commune. Dans cette affaire, il a privilégié la "liberté" revendiquée (qui n'en est pas réellement une, comme je l'ai démontré plus haut) plutôt que l'égalité. Égalité de traitement vis-à-vis des autres idéologies qui, elles, n'ont pas le droit d'être visibles sur un terrain, et égalité des sexes. La liberté peut inclure la servitude et l'inégalité des sexes. L'égalité les rejette. Je pense que son choix de soutenir la "liberté" de cette jeune femme plutôt que l'égalité est une décision politique plus qu'une adhésion au voile. Entre relativisme et choix politique d'un côté, et défense de l'égalité des sexes de l'autre, le maire a choisi. C'est tout le drame de la lutte féministe et laïque. Les "accommodements" par stratégie politique (qui ne sont rien d'autre que des renoncements) ont fortement facilité le développement de l'islamisme en France. Les politiciens, journalistes, féministes et intellectuels qui ont choisi de soutenir les intégristes plutôt que les progressistes, ces élites et associations qui soutiennent les femmes voilées plutôt que les musulmanes qui préfèrent s'en émanciper, ont une lourde responsabilité dans la situation que nous vivons aujourd'hui. Ces "idiots utiles" font le choix démocratique de soutenir le voile, symbole d'une idéologie qui ne l'est pas. A trop avoir fait de concessions au nom de la tolérance pour un uniforme véhiculant l'intolérance, nous nous retrouvons de plus en plus souvent face à des situations de plus en plus compliquées à gérer.

A la lumière de ce qu'est réellement le voile, nous pouvons mieux mesurer le problème de la décision prise par le club de déclarer forfait. Le président du club considère la décision de la Ligue comme une "véritable injustice" et le forfait de son équipe comme un "geste de solidarité", peu importe le règlement et ce que symbolise le voile.

Pour plaider sa cause, l'entraineuse a déclaré que l'acceptation des différences fait partie des valeurs du football. Elle est dans son rôle. En tant qu'intégriste, elle souhaite faire oublier le sexisme du voile, ainsi que son instrumentalisation religieuse et politique, pour le faire passer pour une simple différence. Elle met au même niveau ce qui relève d'une décision idéologique (le port du voile pour signifier son impureté et son infériorité) et ce qui relève de la différence physique (la couleur de la peau ou un handicap physique par exemple). Ce qui n'a rien à voir et qui relève typiquement de la stratégie des indigénistes et des islamistes. Le voile véhicule une forme de racisme basé sur le sexe, qu'il soit choisi ou non par celle qui le porte. Et là, cela va à l'encontre des valeurs du football.

Mais que nenni pour le club qui explique que l'entraineuse a toujours porté son voile depuis le début de la saison, sans que cela soit un souci. Voilà le cœur du problème. Ce qui est choquant n'est pas l'interdiction du voile sur un terrain. C'est qu'un club ait autorisé depuis le début un de ses entraineurs, qui a une mission éducative et de transmission de valeurs universelles, à porter un voile dans le cadre de ses fonctions. Le club a fait le choix de l'entrisme de l'intégrisme religieux en son sein sans se demander si cela allait poser problème avec la Ligue, en dehors des problèmes philosophiques. Ou peut-être est-ce un moyen d'imposer ces convictions et mettre la Ligue devant le fait accompli ? Une stratégie déjà choisie depuis longtemps par les tenants du voile à l'école et ailleurs. Le club en vient, comme les autres cas, à demander une dérogation par privilège discriminatoire en jouant les victimes. Or, seul le club est responsable, pas la Ligue dont le règlement est clair.

Qu'à cela ne tienne, selon le journal La Croix, si la jeune femme devait se plier à la demande de la Ligue, elle indique que son équipe déclarera forfait. "Des associations m’ont approchée, me suggérant de me présenter tout de même voile sur la tête pour changer les choses" (7). Autrement dit, des associations islamistes qui volent toujours au secours des femmes voilées (et jamais au secours de celles qui refusent de le mettre) l'ont approchée pour une nouvelle fois faire pression sur la société en appelant à transgresser un règlement afin de faire accepter encore un peu plus l'islamisme et le sexisme au nom du religieux. Tout comme l'UOIF l'avait fait en 2004 : pour la première rentrée scolaire qui appliqua la loi sur les signes religieux à l'école, l'UOIF avait "recommandé" aux élèves de se présenter dans les établissements dans les tenues qu’elles auront choisi de porter (8).

On est forcément déçues de ne pas jouer cette finale mais on soutient notre coach a déclaré une des jeunes joueuses. Pour ces citoyennes en devenir âgées de 11 à 13 ans, le club leur a ainsi inculqué de drôles de valeurs : peu importe qu'elles aient travaillé si dur, qu'elles soient allées si loin après un beau parcours. Une fois arrivées à un mètre du sommet, à l'aboutissement de tout ce pourquoi elles se sont tant entrainées, elles ont appris qu'il était plus honorable de refuser de participer à la finale en solidarité d'une idéologie qui les assigne et réduit à un simple corps honteux qui doit être caché. Elles ont appris qu'il valait mieux refuser des règles laïques mettant tout individu sur un pied d'égalité, pour demander une dérogation en raison de la supériorité idéologique supposée de leur entraineuse. Elles ont appris l'intransigeance religieuse plutôt que l'adaptation républicaine (encore une fois, ce n'est pas l'entraineuse qui a été interdite de terrain, mais seulement son voile). Elles ont appris la politisation religieuse au détriment de l'esprit sportif. Il semble que la mission éducative et l'esprit d'équipe ne soient pas suffisants pour responsabiliser l'entraineuse, majeure, pour qu'elle enlève provisoirement son voile (ou le substituer par un vêtement tout aussi couvrant mais idéologiquement neutre) et permette à son équipe de vivre cette finale tant attendue. Elle transfère la responsabilité sur ses joueuses, mineures, qui détournent l'esprit d'équipe au profit de leur entraineuse. Le voile est ainsi devenu, pour ces jeunes joueuses, le cœur d'un combat politico-religieux où la notion de martyr est ressentie au plus profond de leur être.

L'affirmation de leur entraineuse de ne pas "faire du prosélytisme en portant son voile" est donc fausse. Ce n'est peut-être pas ainsi qu'elle le voit, toute imprégnée des discours intégristes qui l'ont amenée à se voiler. Mais c'est ainsi que cela se manifeste, à la fois par son port, mais surtout par son refus de toute adaptation au règlement et d'avoir déclaré forfait en signe de protestation. Ce qui correspond bien à un acte politique et, vu les réactions du club et de ses très jeunes joueuses, à un acte prosélyte.

Nous sommes bien loin des valeurs du football invoquées par cette entraineuse. Ces futures citoyennes ne vont pas porter la laïcité dans leur cœur. Quant à l'égalité des sexes, ce sera pour elles une notion relative. Voilà comment on transmet des valeurs éducatives. Voilà comment dévoyer le "vivre ensemble" en tentant d'imposer l'intégrisme par la menace de séparation. Voilà comment inculquer à des futures citoyennes l'intransigeance religieuse au détriment du compromis républicain.

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