La mairie de Rennes autorise le sexisme islamiste dans ses piscines

La mairie de Rennes autorise le sexisme islamiste dans ses piscines
Illustration extraite de l'article de Ouest-France publié le 26 septembre 2018
       Un article du journal Ouest-France annonce l'autorisation du burkini dans les piscines rennaises. Les arguments avancés par la mairie pour justifier cette décision posent autant question que la décision elle-même.

Le burkini, mix de "burqa" et "bikini", a été inventé par une islamiste australienne pour adapter à la baignade la prison mobile qu'est le voilement. La raison d'être du burkini n'est pas la pudeur. Cet argument est avancé par ses promoteurs. Comme pour le voile, il est en réalité de cacher l'objet de tentation que serait la femme pour ne pas exciter ces morts de faim que seraient les hommes. Mais contrairement à ce que l'on pourrait croire, cela ne fait pas l'unanimité chez les islamistes. Ce vêtement est trop moulant au goût des salafistes et d'une partie des Frères Musulmans. Ce qui peut laisser penser à une forme d'émancipation. Mais comme pour le voile encore, c'est trompeur. Ses défenseurs ne modernisent pas l'islam mais tentent d'aménager un espace de liberté pour les femmes au sein de l'oppression islamiste.

Comme tous les relativistes, le conseiller au sport de la ville de Rennes estime que le burkini s'inscrit dans l'évolution de la société et de la mode. Or, la charge sexiste et totalitaire de ce vêtement sous couvert du religieux n'a rien à voir avec la mode. Cette évolution s'oriente vers un conservatisme exacerbé mené par les islamistes, voire un archaïsme et un obscurantisme assumés. Ce phénomène inquiétant d'ultra-conservatisme pour les baignades touche les pays musulmans depuis près de trente ans. Il se développe en France depuis quelques années, notamment grâce à des initiatives comme celle de la municipalité rennaise, ou ailleurs par des horaires aménagés séparant femmes et hommes.

Il y a en revanche une constante : les islamistes hommes n'ont pas changé grand-chose dans leur tenue depuis des décennies, à part d'avoir légèrement rallongé la longueur de leur vêtement de bain pour certains. Quelle que soit la "pudeur" masculine, les islamistes se baignent toujours en caleçon de bain. Ils peuvent prendre le soleil et sentir l'eau sur leur peau, pendant que les femmes de leur entourage macèrent dans leurs vêtements ou burkini. Il semble qu'aucun homme ne fasse le "libre choix" de se couvrir de la tête aux pieds…

Les raisons invoquées par les islamistes sont toujours les mêmes : le sexisme (pardon, la "pudeur"), l'identité (l'égalité des sexes est assimilée au désir de ressembler aux "occidentaux"), et la religion (une bonne musulmane se couvre, sinon c'est un aller simple pour l'enfer). Les femmes en maillot de bain représenteraient une atteinte aux bonnes mœurs, une prostitution visuelle. Avec de tels jugements de valeurs, rien d'étonnant à ce que des femmes en viennent à faire le "libre choix" de se bâcher.
Dans ce foisonnement d'arguments sexistes, politiques et rétrogrades, la religion sert de prétexte. Elle arrive en bout de chaîne, mais c'est elle qu'on voit le plus car elle est brandie comme argument-bouclier face aux critiques des détracteurs et aux états d'âme des musulmanes pour mieux les convaincre de cacher leur corps. Comment expliquer le fait de se couvrir ainsi alors que les hommes en sont dispensés ? La réponse est donnée par les islamistes : cette vie n'est qu'une étape, une mise à l'épreuve avant la vie éternelle. Il vaut mieux subir l'inconfort, ne pas avoir les mêmes droits et libertés que les hommes, que de souffrir des brûlures des flammes de l'enfer pour l'éternité... Face à un tel "choix", lequel feriez-vous ? Les intégristes ont fait du sexisme (qu'ils nomment "pudeur") une norme religieuse par la culpabilisation des victimes en les rendant responsables de la tentation qu'elles susciteraient. Cela explique en grande partie le voilement de la plupart des femmes y compris pour des baignades. Pour les autres, certaines font le "choix" de se baigner habillées car c'est leur seule possibilité d'accéder à cette activité. Sinon, cela leur est interdit par leurs proches (y compris des femmes).

Le maillot de bain n'est pas un signe de modernité en soi. Il est porté pour des raisons pratiques. Tout comme les hommes, les femmes ont le désir de profiter pleinement du soleil et de la baignade, sans entraves textiles. Les hommes y ont droit, les femmes doivent l'avoir aussi sans qu'un jugement moral et sexuel soit porté. Là est la modernité. Les islamistes ne voient pas les choses ainsi. Quand les femmes se baignent en maillot pour des raisons pratiques, des islamistes militent en faveur du burkini pour des raisons sexistes. Ils ont comme toujours une vision sexuelle de la situation. Quand les unes souhaitent se dévêtir pour profiter pleinement de la baignade comme les hommes, les autres souhaitent se couvrir pour des raisons morales sexistes, machistes et patriarcales sous la forte influence des intégristes. Si les femmes en maillot ne sont pas motivées par l'exhibition de leur corps, et encore moins par une excitation sexuelle, les islamistes n'imaginent que ça. Là où ces femmes sont motivées par les arguments cités en réfléchissant avec leur cerveau, les islamistes (hommes et femmes) ne voient que l'exposition des corps en pensant uniquement avec leur sexe.
Le débat n'est donc pas de savoir si le burkini est un phénomène de mode ou non, mais de savoir comment éduquer ces hommes et ces femmes à l'esprit si mal placé pour qu'ils apprennent à respecter les femmes et cessent d'être des obsédés sexuels.

Ainsi, le burkini n'est pas réellement un choix au sens strict du terme. Sur le plan humain, naturel, en mettant la morale religieuse de côté, aurait-on plus de plaisir à se baigner habillé plutôt qu'en maillot de bain ? La sensation d'un vêtement couvrant est-elle plus agréable que de sentir la douceur de l'air, de l'eau et du soleil ? Quels seraient les bénéfices pour la santé à se baigner habillé par rapport aux différentes vitamines apportées par le soleil lorsqu'on est en maillot ? Enfin, si cela était réellement un choix, pourquoi ce "choix" est-il uniquement fait par des musulmanes fanatiques ? Y-auraient-ils des chromosomes, un ADN humain différent chez les autres femmes qui ne ressentent que des inconvénients à porter un burkini ? Comment est-il aussi possible qu'aucun homme sur la planète, y compris chez les islamistes, n'ait eu l'envie, fait le "libre choix", de se baigner ainsi ? La baignade dans cette tenue n'a rien de naturel ni de spontané.

Une femme, comme un homme, peut varier la longueur ou la forme de son maillot selon l'humeur ou les conditions du moment. Une femme peut mettre un bikini un jour et un maillot une pièce le lendemain. Elle porte une combinaison pour faire de la plongée, toujours pour des raisons pratiques et de sécurité, et remet son maillot pour bronzer et se baigner. Le voilement, lui, c'est tout le temps, quelles que soient la météo, la température, la période de l'année ou les circonstances, y compris à la piscine. Ce sont bien des raisons sexistes qui le justifient. Cela n'empêche pas les islamistes d'aller chercher toujours plus loin des analogies pour tenter de justifier l'injustifiable. Après avoir opposé voile et mini-jupe, comparé le voile à celui des nonnes mais aussi à la kippa et à la croix, les voilà qu'ils comparent le burkini à la combinaison de plongée. Argument repris par le conseiller au sport de Rennes : "Ça ne choque personne de voir des nageurs avec des combinaisons de nage, comme, par exemple, les triathlètes ou les compétiteurs". Pour lui, le burkini peut donc être assimilé à une combinaison comme une autre. Mais comme toutes leurs comparaisons, cela ne tient pas. La combinaison de plongée est portée indistinctement par les deux sexes. Elle n'est en aucun cas uniquement réservée aux femmes parce qu'elles sont femmes. Aucune menace islamiste, pas l'ombre d'une flamme de l'enfer, pas le moindre argument sexiste n'est brandi. Car par définition, une combinaison de plongée se porte pour faire… de la plongée, une tenue adaptée à l'activité et à sa sécurité, non pour cacher le corps honteux des femmes de la vue des animaux que seraient les hommes. C'est pour cela que cette combinaison n'est pas portée à la plage ou à la piscine, sauf pour une activité spécifique, contrairement au burkini qui, lui, a pour vocation de créer un apartheid sexuel.

Y-a-t-il eu des groupes humains, une idéologie totalitaire, qui ont imposé le maillot de bain sous peine d'excommunication, de répudiation, de contravention, de prison ou même de mort, comme l'ont fait DAESH, les Frères musulmans, l'Arabie Saoudite, le régime des mollahs et autres pour le voile ? Y-a-t-il eu des attentats au nom d'une idéologie imposant le maillot de bain ? A-t-on égorgé des femmes refusant de se mettre en maillot comme des femmes ont été égorgées en Algérie car elles refusaient de se voiler ? Existe-t-il des fanatiques du maillot de bain qui seraient les pendants des islamistes et qui assureraient le même niveau de prosélytisme et de menaces ? Bien-sûr que non. Le maillot de bain n'est ni sexiste, ni politique, ni totalitaire, le burkini et vêtements couvrants pour se baigner, si.

Les observations faites dans les pays musulmans, où les baignades féminines habillées se développent, ont démontré que plus les femmes se cachent, plus les autres ressentent une gêne à se baigner en maillot de bain et sont victimes de remarques en raison de leur "impudeur". Partout où ces vêtements sont apparus, nous constatons un recul des libertés individuelles qui permet une croissance du nombre de femmes se baignant habillées. Et plus elles sont nombreuses, plus les libertés individuelles reculent. C'est un cercle vicieux. Car sur les plages, les estivants côtoient de moins en moins de femmes aux jambes, au ventre et aux bras visibles. Ils s’y familiarisent. Cela devient la norme. N'étant plus habitués à voir la peau des baigneuses, ils sont outrés lorsqu'une femme ose montrer un mollet ou une épaule. Alors un maillot de bain…

On ne mesure pas le degré d'émancipation d'un être humain en fonction de la longueur de ses vêtements. Le maillot de bain en tant que tissu n'a rien de féministe ou de moderne puisqu'il n'a pas été créé pour cela. Alors que les vêtements couvrant (hijab, niqab, burkini, etc.), eux, ont justement été créés pour mesurer le degré de vertu des femmes. Contrairement à ce que les islamistes déclarent, les féministes universalistes ne considèrent pas la femme dénudée plus moderne que la femme couverte. Une femme couverte en plein hiver ou en combinaison de plongée pour faire de la plongée n'est pas un signe d'obscurantisme ou de sexisme. Ces féministes désirent que le corps des femmes ne soit plus un enjeu religieux et sexiste dont le bâchage est la solution ultime. Elles veulent pouvoir jouir de leur corps comme les hommes, porter les tenues adaptées à l'activité, la météo et l'envie du moment sans que leur corps soit constamment sexualisé et considéré comme coupable du moindre débordement masculin. C'est là qu'un maillot comme le bikini devient un symbole face à l'obscurantisme grandissant des pro-voilement.

Voilà pourquoi, si nous pouvons opposer maillot de bain et burkini, l'un ne peut être considéré comme l'équivalent inverse de l'autre.

Se voulant rassurant, le conseiller au sport conclut par ceci : "Dans tous les établissements publics, la laïcité est la règle. Le nombre de femmes nageant avec un burkini est de toute façon très faible à Rennes." Il ne réalise pas l'énormité de son propos qui, au contraire, ne peut qu'effrayer. En effet, il démontre son ignorance du principe de laïcité et de nos lois. Le burkini dans les piscines ou sur les plages ne concerne pas la laïcité. Les piscines ne sont pas l'école, les baigneuses ne sont pas des élèves et ne sont pas là non plus en tant que fonctionnaires. Ce problème concerne le développement d'une idéologie totalitaire, l'égalité des sexes et la lutte contre les discriminations sexistes dont le voilement sous toutes ses formes est un des symboles. Cela n'a rien à voir avec la laïcité.
Mais plus grave encore, le conseiller reconnait que cela ne concerne qu'un très faible nombre de femmes. La mairie a donc modifié son règlement pour l'ensemble de la commune sous la pression d'une petite poignée de fanatiques. Si une mairie cède face à si peu, nous imaginons le niveau de pression par ces mêmes intégristes sur les musulmanes qui résistent encore au voilement. Une résistance mise à mal par la mairie qui vient de faire tomber une partie du bouclier et offre un nouveau champ prosélyte aux islamistes.

En ouvrant les portes de ses piscines à cette idéologie, la municipalité de Rennes vient de privilégier le respect du sexisme au détriment de la lutte pour l'égalité des sexes, comme tous les relativistes. Un choix qui risque d'avoir des conséquences néfastes dans l'avenir.


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"l'obligation religieuse du voile" créée par les intégristes : une hérésie sexiste combattue par les musulmans rationalistes, Coran à l'appui (4ème partie)

"l'obligation religieuse du voile" créée par les intégristes : une hérésie sexiste combattue par les musulmans rationalistes, Coran à l'appui (4ème partie)
La Rencontre Annuelle des Frères Musulmans au Bourget, avril 2018.
Le voile était partout : boutiques et librairies pour femmes et fillettes, sans oublier les jouets

(Liens vers les autres parties en fin de celle-ci
.)


       Les trois premières parties de cet article montrent qu'une longue et complexe analyse des textes coraniques est nécessaire pour tenter de s'approcher d'un message divin censé être si évident dans les discours islamistes de façade. Si Dieu (quand on y croit) avait voulu prescrire le voile et en faire un élément fondamental, il aurait été beaucoup plus explicite et bien plus ferme. Or, les textes évoquent des vêtements différents selon les versets. Au-delà de l'erreur de traduction, imposer le "voile" comme terme unique quand le Coran en emploie plusieurs, empêche d'approcher la subtilité du texte au profit d'une interprétation totalisante et totalitaire. Ajouté à cela, il n'y a aucune indication précise sur les parties du corps à cacher (à part le décolleté), pour des versets qui font référence à des circonstances particulières de la société médinoise du VIIe siècle. Ils concernent une période, une culture, des événements, des acteurs et un contexte précis. Ils étaient sans doute légitimes il y a 1500 ans pour des tribus d'Arabie où aucune loi ni aucun État ne protégeaient les femmes. Mais les femmes du Prophète ne sont pas toutes les musulmanes de la planète. Les femmes, les hommes et la société arabique du VIIe siècle ne sont pas ceux de notre monde d'aujourd'hui, y compris en Arabie. Ces versets n'ont jamais eu vocation à être intemporels et universels.

En supposant que le voile figurerait dans le Coran, son intérêt était la discrétion des femmes musulmanes face à l'exubérance et l'exhibition d'autres femmes. Dans nos sociétés actuelles, les rôles se sont inversés : le voile est devenu une forme d'exhibition et d'exubérance. Le voile n’est plus ce qui cache, mais, au contraire, ce qui fait apparaître, ce qui laisse à voir, comme l'écrit le théologien Moreno Al Ajamî qui déplore cet état de fait. L'islam appelle pourtant à l'humilité et à la discrétion. Preuve supplémentaire que les musulmans rationalistes sont bien plus fidèles et respectueux des textes religieux que les intégristes et leur prétendue littéralité.
Dit autrement, nous sommes passés de la mante, du châle, de la cape, dont il était demandé de rapprocher une partie sur soi pour couvrir une zone imprécise du corps, pour des raisons d'humilité et de discrétion, à un voile couvrant la tête voire tout le corps justifié par un désir de punition sexuelle et d'exhibition "religieuse" et politique. Le plus surprenant n'est donc pas que ces versets existent, mais qu'on les détourne et souhaite encore les appliquer aujourd'hui, sur des territoires où il existe un État et des lois qui protègent tous les individus.

Ces versets n'ont aussi rien de spirituel. Aucune promesse d'être plus proche de Dieu parce qu'une femme irait aux toilettes en portant une mante (cf. 2ème partie) ou qu'elle porterait un châle pour couvrir son décolleté. Aucune raison spirituelle non plus pour les femmes de Médine à qui étaient destinées ces versets. De plus, comme ils étaient de simples recommandations et non pas des ordres divins, tout cela explique pourquoi aucune sanction divine n'est mentionnée : pas de menaces de l'enfer ni même de bannissements ou de châtiments terrestres comme le fouet. Il n'y a rien... Puis cela apparut au fil des siècles, par la mise en place et l'évolution de la charia qui s'appuie sur les interprétations des exégètes de leur temps (rappelons-le : le voile a été créé et prescrit par des hommes pour contrôler le corps des femmes, non par des femmes masochistes qui l'auraient inventé pour elles-mêmes) : le verset 31 de la sourate 24 est trop vague ? Alors précisons-le à travers notre patriarcat. Aucun verset ne mentionne les cheveux ou la tête ? Alors trouvons des hadiths peu fiables qui calmeront nos ardeurs sexuelles en bâchant les femmes. Le Coran précise trop bien que cela était destiné aux femmes de Médine du VIIe siècle lors d'évènements particuliers ? Alors ne citons jamais le verset 60 de la sourate "Les Coalisés" et évitons de la contextualiser.
D'un sujet vague et secondaire dans le Coran, nous sommes arrivés aujourd'hui à une injonction définie et primordiale pour nombre de musulmans grâce à l'influence toujours grandissante des islamistes. Le voile, invention apocryphe, est à présent le sixième pilier de l'islam tant une partie des musulmans lui ont donné une si grande importance. C'est une aberration théologique et un blasphème.
Selon les intégristes, le voile ne montrerait pas qu'une plus grande religiosité des femmes qui le portent. Il les hiérarchise aussi en fonction de leur "vertu" supposée. Les femmes non voilées ne seraient pas seulement moins pieuses en tant que musulmanes. Elles seraient aussi moins respectables en tant que femmes.

Ainsi, bien qu'ils disent vouloir suivre à la lettre les recommandations du prophète, bien qu'ils se disent prêts à revoir les traditions ayant dévoyé le message du Coran, les intégristes musulmans n'ont aucunement l'intention de remettre en question la coutume du voile. Au contraire, ils font tout ce qui est en leur pouvoir d'interprètes pour la rendre contraignante et en faire un symbole politique. Finalement, les intégristes ont instauré l'obligation du voile pour répondre à leurs désirs sexuels et politiques à défaut de respecter l'intention originelle de leur religion.

Comment est-on passé de cette simple recommandation qui concernait l'aspect social, les mœurs, à une obligation universelle et intemporelle ultra sexiste sous couvert du religieux ? Pourquoi les interprétations des islamologues et intellectuels musulmans rationalistes seraient moins crédibles que celles d'islamologues tels que Tariq ou Hani Ramadan ? La paresse intellectuelle des théologiens islamistes guidés par leur sexisme et leur obsession sexuelle rend-elle plus légitime leurs interprétations coraniques ?


La création du voile contemporain : des motivations autant sexistes que politiques
Des théologiens, islamologues, etc., ont démontré, preuves à l'appui, qu'il n'y a aucun fondement à faire du voile une obligation religieuse. C'est pourtant l'interprétation intégriste qui domine aujourd'hui. Jusqu'au XXe siècle, chaque pays ou région du monde musulman avait son propre voile, héritage de coutumes patriarcales appuyées par les interprétations religieuses des écoles théologiques les plus machistes. Puis, par réaction à la colonisation, il y eut une standardisation du voile pour mieux l'étendre et affirmer son identité "islamique". C'est là qu'est né le voile contemporain.
Le voile (hijâb, jelbâb, niqab, selon le degré de zèle), dans ses formes actuelles, a été inventé au début du XXe siècle au Moyen-Orient par les Wahhabites et les Frères Musulmans (la burqa afghane et le tchador iranien ont une autre histoire et sont moins répandus dans le monde). Il s'est imposé il y a seulement une trentaine d'années au Maghreb par la violence (en Algérie), le prosélytisme social, politique et médiatique acharné des intégristes. Les voiles culturels du Maghreb sont le safsari en Tunisie ou le haïk en Algérie par exemple. L'évolution serait donc au contraire d'ôter le voile, comme l'ont fait nombre de femmes dans les années 1960 et 70. Mais c'est sans compter sur l'acharnement des islamistes. Au-delà de son sexisme, le voile contemporain est un uniforme politique qui a été standardisé pour être reconnu et retrouvé dans le monde entier. Il matérialise le rêve islamiste : la communauté transnationale qu'est l'Oumma. Les frontières nationales ne comptent pas. L’objectif est que tous les musulmans à travers le monde puissent s’identifier à l’Oumma pour y être rassemblés. Cette communauté est considérée comme supérieure à toutes les autres. L'argument principal était à l'origine la préservation de l'identité face à la colonisation. Avec le temps, cela évolua vers l'affirmation identitaire face à l'Occident en général. Pour les islamistes, au-delà de leur obsession sexuelle, le corps des femmes est un corps public, un bouclier qui appartient à la communauté, l'Oumma, pour sa défense identitaire. Cela se rajoute au poids de la réputation familiale qui pèse déjà sur le corps des femmes, comme le mythe de la virginité.
Ainsi, le particularisme des voiles culturels (tout aussi sexistes) de chaque pays a laissé place à un uniforme international identificateur qui donne la certification labellisée “je suis une bonne musulmane”. Le degré de conviction religieuse se mesure à présent aux centimètres carrés d’un morceau de tissu… qui n'a rien de religieux, en oubliant le caractère purement machiste, sexiste, voire misogyne, de cet uniforme politique. On retrouve donc aujourd’hui le même voile partout, qu’on soit en Égypte, au Maghreb, en Indonésie, en Europe ou ailleurs. Pour nombre de musulmans influencés par l'intégrisme, l’appartenance à l’islam est devenue la référence principale de leur citoyenneté, quel que soit le pays où ils se trouvent. La Tunisie, un des foyers les plus prolifiques des "nouveaux penseurs de l'islam", n'échappe pas au phénomène. Si au début des années 2000 de nombreux Tunisiens étaient encore choqués par l’apparition de ce morceau de tissu étranger à leur culture, il y est aujourd’hui globalement admis. Auparavant, ce pays avait vu éclore nombre de penseurs musulmans progressistes qui contribuèrent à transmettre l'islam des Lumières. Aujourd'hui, les Tunisiens ont droit aux salafisme importé du Moyen-Orient, à Ennahda (le parti islamiste, émanation des Frères Musulmans) et à son chef Rached Ghanouchi. Avancer dans le temps ne rime malheureusement pas toujours avec avancée intellectuelle.


Des moyens colossaux et une motivation sans faille des fanatiques pour la promotion du voile
Tout ceci fut rendu possible par les sommes colossales dépensées par les islamistes et la motivation sans faille des fanatiques pour propager leur vision de l'islam. Depuis la naissance des Frères Musulmans et du Wahhabisme institutionnel dans la première moitié du XXe siècle, les islamistes n'ont eu de cesse d'imposer leur vision de l'islam à tous. Les moyens utilisés sont divers. Le premier fut la violence. Dans l'Algérie des années 1990 par exemple, leurs arguments théologiques se limitaient à l'égorgement des femmes qui refusaient de se voiler et à assassiner toute personne qui manifestait un désaccord théologique avec eux. Le second moyen, bien plus efficace, est la propagande grâce à d'énormes moyens financiers qui ont permis une large diffusion de leurs paroles grâce aux chaînes satellitaires, prêches, librairies, boutiques, CD, livres, conférences, associations "culturelles", et à internet aujourd'hui. A travers l'Organisation de la coopération islamique (OCI), le salafisme de l'Arabie Saoudite a à sa disposition un outil international. Les Frères Musulmans ne sont pas en reste avec diverses structures continentales, nationales et locales. La faiblesse théologique de leur propagande est comblée par un outil ingénieux : la culpabilisation et la crainte de Dieu. Brandir la trahison de l'islam et la peur de l'enfer pour tout contrevenant à l'islamisme (arguments religieux inventés là aussi de toute pièce) a fait ses preuves. La victimisation est l'autre élément qui fonctionne bien dans les pays non musulmans.
"l'obligation religieuse du voile" créée par les intégristes : une hérésie sexiste combattue par les musulmans rationalistes, Coran à l'appui (4ème partie)
Un des multiples ouvrages islamistes faisant la promotion du voile pour "la femme musulmane". La photo fut prise dans les allées du Rassemblement annuel des Frères Musulmans au Bourget en avril 2018. Ce livre, comme d'autres équivalents, est également vendu dans toutes les librairies islamistes sur internet et disponible dans les bibliothèques de nombreux centres "culturels" musulmans..
Ce type d'actions prosélytes n'est pas dans la nature des musulmans rationalistes qui considèrent que la religion est une affaire privée. Mais ils tentent malgré tout de se faire entendre. Ils s'expriment depuis des siècles. Nombreuses et nombreux sont leurs héritiers aujourd'hui. Ceux sur lesquels je me suis appuyé pour la partie théologique de cet article sont loin d'être les seuls. Des théologiens, historiens arabisants, islamologues, exégètes du Coran, femmes et hommes, de Tahar Haddad à Amel Grami, Mohamed Talbi en passant par Mohamed Tahar Ben Achour, Mohamed Arkoun et Ghaleb Bencheikh, de Moreno Al Ajamî, Abdelwahab Meddeb, Mohammed Charfi, Abdelaziz Thâalbi, Mongia Souahi, à Latifa Lakhdar, Rachid Benzine et tant d'autres à travers le monde, tous considèrent, en s'appuyant sur les mêmes textes coraniques, que le voile n'a absolument rien de religieux et qu'il marque au contraire un recul de la spiritualité au profit d'un apparat opposé à la discrétion religieuse prescrite par l'islam. Tous considèrent que le voile est une innovation sexiste inspirée de traditions patriarcales qui n'ont pour but que de satisfaire les exigences sexuelles et la domination des hommes sur le corps des femmes. Tous provoquent la rage des islamistes.


Les musulman(e)s, nombreux, qui affirment la non prescription du voile sont des voix à étouffer
Ghaleb Bencheikh est le frère de Soheib, cité dans la 2ème partie de cet article. Ils sont les fils d'Abbas Bencheikh el Hocine (Cheikh Abbas), ouléma et homme de lettres algérien qui fut le recteur de l'Institut Musulman de la Grande Mosquée de Paris. Ces fils perpétuent l'héritage de leur père qui lui-même s'inscrivait dans l'islam des Lumières. Ghaleb est physicien et islamologue. Sa solide formation philosophique et théologique, qu'il suivit en parallèle de sa formation scientifique, l'a amené à être nommé président de la Conférence mondiale des religions pour la paix. Il présente également l'émission "Islam" sur France 2. Avec son frère, il est l'un des plus farouches opposants au voile. Je pourrais dire qu'ils sont l'antithèse des frères Ramadan.
A maintes reprises, Ghaleb a dénoncé le voile et le danger qu'il représente. Il affirme que le port du voile ne relève pas  d'une obligation cultuelle absolue au même titre que les cinq piliers de l'islam (…). Par conséquent, sa non observance ne minore en rien l'islamité de la femme musulmane non voilée (1). Pour lui, le voile est une régression. (…) Hélas, mille fois hélas, la régression terrible et tragique, notamment avec une pseudo révolution khomeyniste, a fait en sorte qu'un uniforme s'est étalé de Jakarta jusqu'à Dakar, en passant par les banlieues de nos villes, etc., je trouve que c'est une difficulté à vivre dans notre société sereinement avec des rapports harmonieux entre les hommes et les femmes.
Quand il y a eu l'histoire de Creil, où on a voulu emmitoufler deux fillettes à peine nubiles, nous n'avions pas eu le courage (le nous est collectif, aussi bien les hiérarques musulmans qui ont failli, que les pouvoirs publics). Du côté des hiérarques musulmans il fallait dire simplement : "à supposer qu'il faille s'enchaîner aux éléments scripturaires (chose qu'il ne faut surtout pas faire), et bien les injonctions quant à l'acquisition du savoir sont infiniment plus nombreuses et impérieuses que de s'arc-bouter à un passage qui emmitoufle une fillette en compromettant sa scolarité." Et du côté des non musulmans, on avait une classe politique couarde et qui n'a pas su dire "allez circulez, il n'y a rien à voir".
Le travail qui est à mener c'est de sensibiliser les jeunes demoiselles de se libérer de ce qui les emmitoufle et de ce qui les étouffe. (2)


Les mêmes voix s'expriment dans des pays musulmans. Latifa Lakhdar est une historienne tunisienne, professeur d’université et chercheur sur la pensée islamique. Elle estime que le voile n’est pas un simple usage, il est la partie visible d’une vision du monde basée sur la coupure en deux de l’universel, les hommes et les femmes. Le voile est le signe de l’enfermement théologique des femmes. (3)

Il y a même des religieux qui considéraient le voile comme une obligation et changèrent d'avis après avoir mené des recherches plus approfondies. C'est le cas de Tareq Oubrou. Imam à Bordeaux, il est l'une des figures de l'UOIF (les Frères Musulmans français) dont il s'éloigne idéologiquement depuis plusieurs années.
Il affirma longtemps que le voile est une prescription religieuse. Mais en 2013, il déclara que le port du voile ne fait pas partie des obligations strictement religieuses. Quant à ceux qui le considèrent comme obligatoire, je les mets au défi de me fournir un seul argument stipulant qu'une femme qui ne porte pas le voile commettrait une faute grave. (4)
Il explique son évolution ainsi : j'ai profondément changé. (…) J'étais un produit de l'idéologie islamiste. Depuis, j'ai acquis intellectuellement un niveau de maturité suffisant pour avoir une autonomie de pensée, d'autant que j'étais questionné et déconcerté par l'importance déraisonnable accordé au "voile" et à son rôle de porte-drapeau (5).  Interpellé par l'idée de Mohamed Tahar Ben Achour qui considère que la femme peut montrer ses cheveux, Tareq Oubrou a parcouru des kilomètres de littérature sur le droit canonique pour arriver à la conclusion suivante : affirmer que dans le Coran il existerait un verset qui obligerait la femme musulmane, quelle que soit sa culture d'origine, à se couvrir la tête est faux. (…) Aujourd'hui, des musulmanes portent le "voile" et même le jilbab qui ne sont même pas ceux de l'époque du Prophète pour la bonne raison que personne ne sait comment ils étaient. Nous sommes dans un fantasme absolu ! (…) L'islam n'a donc inventé aucune mode vestimentaire, il composait seulement avec les cultures en place (6).

Autre exemple et non des moindres : le théologien Gamal Al-Banna (1920-2013), propre frère de Hassan Al-Banna (co-fondateur de la Confrérie des Frères Musulmans) et grand-oncle de Tariq et Hani Ramadan, ne reconnaît pas le voile comme prescription religieuse. Il affirme lui aussi que cela ne figure pas dans le Coran (7).

Tous ne sont que des exemples parmi tant d'autres. Pourtant, ils peinent à être entendus, malgré leur nombre, la qualité et la quantité de leurs livres et conférences. Leurs ouvrages ne sont évidemment pas vendus dans les librairies islamistes. Nombre d'entre eux ne sont même pas réédités. Ils sont aussi introuvables dans les centres "culturels" musulmans qui disposent d'une bibliothèque où pullulent les livres salafistes et fréristes. Où peut-on trouver aujourd'hui les ouvrages de Qasim Amin ou de Mohamed Tahar Ben Achour ? Nulle part. Ils sont tombés dans l'oubli grâce à la censure islamiste. L'œuvre de Mohamed Tahar Ben Achour est occasionnellement célébrée en Tunisie, mais de manière trop confidentielle. Combien d'occidentaux, musulmans ou non, ont lu les livres ou assisté aux conférences (sur place ou sur internet) de Ghaleb Bencheik, d'Abdelwahhab Meddeb ou de Malek Chebel face au public de Tariq Ramadan ou de Hassan Iquioussen (prêcheur de l'UOIF) ? La balance penche de façon écrasante du côté islamiste dont les prédicateurs à succès disposent d'un réseau de militants fanatiques qui assurent la publicité et la diffusion de leurs prêches et ouvrages. Face à la puissance des intégristes, les diffusions au compte-goutte des idées rationalistes sont dérisoires.

Mais pour les islamistes, cela ne suffit pas. Depuis plusieurs décennies, on ne compte plus les musulmans discrédités par des rumeurs (on attaque leur vie privée plutôt que de critiquer leurs idées), accusés d'apostasie, menacés, intimidés voire même violentés en raison de leurs interprétations religieuses différentes. Un théologien qui exprimerait une autre analyse des textes coraniques le ferait au péril de sa vie. Les rationalistes sont aujourd'hui ostracisés. Certains ont dû s'exiler en Europe pour sauver leur vie et celle de leur famille. Les islamistes ont réussi à imposer leur vision. Ils peuvent donc affirmer qu'il y a consensus. Cela permet à la fois de faire croire que tout le monde est d'accord tout en permettant d'accuser d'apostasie et de traîtrise tout musulman qui oserait faire entendre une voix différente. En Europe, on les qualifie "d'islamophobes". En résumé : "On est tous d'accord. Celui qui ne l'est pas n'est pas musulman".


Les islamistes ont atteint leur objectif : seuls leurs discours sont faciles d'accès pour tout(e) musulman(e) qui désire apprendre
Ainsi, lorsqu'un musulman ou une musulmane veut se renseigner sur sa religion, quels livres trouveront-ils en premier ? Quels sites et vidéos sur internet croiseront-ils en priorité ? La totalité des musulman(e)s avec qui j'ai échangé tout au long de ma vie, toutes celles et ceux dont j'ai écouté et lu les propos sur les réseaux sociaux, et qui affirment que le voile est une obligation religieuse, ont dans leur bibliothèque ou ont eu entre leurs mains les ouvrages de Tariq Ramadan, de Youssef Al-Qaradhawi, de Sayyid Sâbiq, d'Abou Bakr Djaber Al-Djazaïri ou d'autres. Ils ont visionné des conférences des frères Ramadan ou du prêcheur salafiste Nader Abou Anas dont la chaîne YouTube affiche des milliers de vus à chaque vidéo. Ils n'ont pu échapper au prosélytisme de l'UOIF à travers ses multiples associations créées pour toucher un maximum de musulmans. Au Maghreb, ils ont tous entendu parler des prêches télévisés d'Amr Khaled (prédicateur islamiste dans le style des évangélistes américains). Nombreux sont ceux qui suivent les émissions religieuses des dizaines de chaînes satellitaires exclusivement réservées au salafisme ou aux Frères Musulmans émettant depuis le Moyen-Orient. Beaucoup n'ont jamais entendu parler de tel théologien rationaliste ou tel islamologue progressiste. Si c'est parfois le cas, le lavage de cerveau islamiste a pour effet de les considérer comme de faux musulmans. Vérolé par l'islamisme, du sommet de l'université Al-Azhar au moindre quartier populaire partout dans le monde, le débat théologique et les échanges d'idées n'existent actuellement quasiment plus en islam.


Les soutiens aux islamistes contribuent à leur succès et à enfoncer les musulmans rationalistes
Ces éléments n'intéressent pas les "idiots utiles" d'extrême gauche, et cette situation ravit l'extrême droite traditionnelle. Tous ont le même point de vue que les intégristes : l'interprétation de ces derniers serait l'islam tout court. Cette convergence dépasse aujourd'hui ce triptyque pour déborder sur une partie plus large des laïques. Ils sont de plus en plus nombreux à préférer les interprétations islamistes. C'est d'autant plus flagrant quand cela concerne le voile. Ils considèrent que l'islam des Lumières et leurs héritiers n'expriment que des interprétations personnelles dévoyées tandis que les intégristes ne feraient qu'appliquer la religion. Comme les intégristes, ils estiment qu'il suffit juste de lire quelques versets du Coran (dans la traduction française choisie par les islamistes) et de les interpréter de façon littérale pour comprendre l'islam. Ils ne connaissent rien à cette religion en dehors des discours islamistes qu'ils valident, mais ils ont un avis tranché. D'autres non-musulmans, supporters des intégristes, refusent l'idée qu'il puisse exister des théologiens progressistes. Ou Bien ils les imaginent si minoritaires qu'il ne faudrait pas en tenir compte. A leurs yeux, tout musulman qui applique l'esprit du Coran, non la lettre, abandonne son islamité et serait moins musulman que les extrémistes (qu'ils appellent "musulmans" tout court). Si Tahar Haddad ou Mohamed Tahar Ben Achour s'exprimaient aujourd'hui en France, ils auraient été taxés de racisme et "d'islamophobie" par ces personnes. Ils ont intégré la propagande de l'extrême droite musulmane. Ils en deviennent les promoteurs en affirmant qu'il y a consensus sur la question du voile. Ils ne se posent aucune question concernant ce "consensus" et ne se demandent jamais pourquoi on n'entend pas les autres.
C'est l'incroyable paradoxe de ces militants laïques : légitimer les radicaux, anti laïques par définition, en disqualifiant les musulmans qui défendent la laïcité.

Tout ce monde est d'accord mais n'a pas les mêmes motivations. Les islamistes veulent imposer leur vision de l'islam à tous les musulmans puis imposer leur idéologie totalitaire au monde. Les "idiots utiles" d'extrême gauche et certains laïques ont une image paternaliste et condescendante des musulmans. Tous les musulmans devraient se conformer à leur image stéréotypée de l'islam. Ils ont besoin de la visibilité vestimentaire des radicaux, notamment à travers le voile, et de leurs revendications pour en faire des opprimés à défendre. Les musulmans "lambda" ne les intéressent pas. Ils leur posent même un problème. Les musulmans qui combattent l'islamisme depuis toujours sont diabolisés par cette frange de la gauche. Cela explique leurs réactions proches du syndrome de la Tourette face à toute critique de l'islamisme, y compris lorsque cela vient de musulmans. Cela évite de débattre sur le fond et contribue à l'expansion de l'intégrisme. Quant à l'extrême droite, elle valide l'islamisme comme étant le véritable islam afin de diaboliser cette religion et mieux lutter contre l'ensemble des musulmans.
Contrairement à ce que disent les intégristes, le consensus sur le voile n'existe pas entre musulmans. Il existe uniquement entre les "savants" islamistes. Depuis quelques années, il existe aussi entre les "idiots utiles" d'une partie de la gauche, l'extrême droite traditionnelle et l'extrême droite musulmane. Ils se nourrissent tous les uns des autres et contribuent à plonger l'islam dans l'obscurantisme.

Quelle que soit l'interprétation, que le voile soit une prescription religieuse ou pas, rien, absolument rien ne peut le justifier aujourd'hui. La Coran autorise la polygamie en validant une coutume contemporaine des premiers musulmans (même s'il tend vers la monogamie en imposant la condition d'égalité entre chaque épouse, ce qui est humainement impossible). Il autorise le mariage avec des fillettes, les mutilations pour punir les voleurs, etc. Acceptons-nous cela aujourd'hui ? Même si la prescription du voile était réelle, le porter au VIIe siècle pouvait se comprendre. Le porter au XXIe est un anachronisme qui en fait un sexisme. Nous savons aujourd'hui que c'est aux garçons d'apprendre à respecter les filles dès le plus jeune âge. Ce n'est plus aux femmes, victimes potentielles, d'être des coupables présumées qu'il faudrait punir en les bâchant.


L'hérésie du voile est bien l'arme politique et sexiste la plus redoutable des islamistes
Si inexistant dans le Coran, le voile est bel et bien aujourd'hui l'arme politique la plus redoutable des islamistes. Mais sa raison d'être ultra sexiste, et l'idéologie totalitaire et raciste qu'il incarne (l'islamisme), sont son talon d'Achille. C'est ce talon qui, à terme, pourrait mettre un coup d'arrêt à son expansion, quel que soit le nombre de leurs soutiens "antiracistes" et leur victimisation permanente. Mais pour cela, il faut écouter et mettre en lumière les musulmans rationalistes. Ils tentent de sortir leur religion de l'obscurantisme où les islamistes l'ont plongée. Au-delà d'être une insulte pour les femmes, le voile, symbole de cet obscurantisme, est une insulte faite à l'islam. Ce refus des islamistes de se confronter rationnellement aux textes coraniques, cette crainte qui les pousse à s'éloigner de leur Livre sacré qui ne serait pas assez sexiste à leurs yeux, est par essence une attitude "islamophobe" (peur de l'islam).

L'avenir de cette religion n'est pas dans les mains des Frères Musulmans ou des salafistes. Il est dans celles des musulmans qui sont leurs farouches opposants. Ils sont l'espoir de cette religion qui n'a d'autres choix que de se séculariser. Le voile, "religiosifié" par les intégristes, en est l'obstacle matériel. C'est aussi pourquoi les islamistes s'y accrochent autant. Il suffit d'observer le CCIF en France, les campagnes de "hijabisation" au Maghreb et l'imposition du voile dès qu'un régime autoritaire islamiste prend le pouvoir (Iran, Arabie Saoudite, DAESH). Ce morceau de tissu porte à lui seul bien des enjeux, mais aucun n'est religieux.





(1) Ghaleb Bencheikh, La laïcité au regard du Coran, Presses de la Renaissance, Paris, 2005, p. 223.

(2) Islam et démocratie au 21ème siècle, débat organisé à Paris par la fondation Al Kawakibi qui plaide pour une réforme progressiste de l'islam, 21 avril 2015.

(3) Latifa Lakhdar, Les femmes musulmanes, au miroir de l’orthodoxie islamique, Éditions de l'Aube, Amal Éditions pour la Tunisie, 2007, cité par Wassyla Tamzali, Une femme en colère, Lettre d’Alger aux Européens désabusés, Gallimard, 2009, p. 97-98.

(4) Marie-Françoise Colombani, Tareq Oubrou, La féministe et l'imam, Stock, 2017, p. 76.

(5) Ibid, p. 76-77.

(6) Ibid, p. 74-75.



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"l'obligation religieuse du voile" créée par les intégristes : une hérésie sexiste combattue par les musulmans rationalistes, Coran à l'appui (3ème partie)

"l'obligation religieuse du voile" créée par les intégristes : une hérésie sexiste combattue par les musulmans rationalistes (3ème partie)
La Rencontre Annuelle des Frères Musulmans au Bourget, avril 2018.
Le voile était partout : boutiques et librairies pour femmes et fillettes, sans oublier les jouets
(Liens vers les autres parties en fin de celle-ci.)

       Les vagues recommandations du verset 59 de la sourate 33, surtout concernant les zones du corps à couvrir, peuvent suffire à nombre de salafistes pour justifier le bâchage des femmes. Mais elles ne peuvent suffire à convaincre tous les musulmans de "l'obligation du voile". Pour cela, le discours s'appuie sur un deuxième verset qui aurait été révélé peu de temps après le premier, pour le compléter. Il s'agit du verset 31 de la sourate 24 An-Nûr (La Lumière). Je le retranscris depuis la même traduction du Coran que précédemment. J'y joins également celui qui le devance, pour avoir connaissance de l'ensemble du message :

Dis aux croyants de baisser leurs regards et de garder leur chasteté. C’est plus pur pour eux. Allah est, certes, Parfaitement Connaisseur de ce qu’ils font. (s24, v30)
Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines ; et qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu’elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l’on sache ce qu’elles cachent de leurs parures. Et repentez-vous tous devant Allah, ô croyants, afin que vous récoltiez le succès. (s24, v31)

Cette traduction, qu'ils valident pourtant, montre là encore l'extrapolation des islamistes. Il n'est nulle part question de voiler les cheveux et encore moins de cacher tout le corps. La seule partie anatomique clairement mentionnée est la poitrine. Tout comme l'autre verset, rien n'indique le sens du mouvement pour "rabattre" le voile sur la poitrine. C'est bien "sur", et non "jusqu'à", qui est indiqué. La nuance est fondamentale. Un châle sur les épaules peut être rabattu par un geste latéral sans que cela ne concerne de près ou de loin la tête. Mais les islamistes s'engouffrent une nouvelle fois dans les termes flous pour développer leurs théories qu'ils transforment en certitude. En effet, qu'entend-on par "atours" ? Quel est ce "voile" ? Quelles sont "les parties cachées des femmes" que les enfants peuvent regarder en raison de leur ignorance ? Les fesses, le pubis, les coudes, le nez, les cheveux, un orteil ?

Il est nécessaire en premier lieu de s'éloigner de cette traduction légèrement différente du texte original. Voici la traduction littérale :
Dis aux croyants de baisser leurs regards (Yaghuđđū Min 'Abşārihim) [dans le sens de ne pas regarder avec insistance] et de préserver leur sexe intact [de tout rapport sexuel hors mariage]. C’est plus pur pour eux. Allah est, certes, Parfaitement Connaisseur de ce qu’ils font. (s24, v30)
Dis aussi aux croyantes de baisser leurs regards (Yaghđuđna Min 'Abşārihinna) [dans le sens de ne pas regarder avec insistance], et de préserver leur sexe intact [de tout rapport sexuel hors mariage], et de n'exhiber de leur parure (zinâtouhouna) que ce qui en paraît (illâ mâ zhahara minhâ), et de rabattre (līađribna) leurs étoffes (bi-khumûrihinna) sur leurs décolletés ('alâ juyûbihinna), de n'exhiber leur parure que devant leurs époux ; ou leurs pères ; ou les pères de leurs époux ; ou leurs fils ; ou les fils de leurs époux ; ou leurs frères ; ou les fils de leurs frères ; ou les fils de leurs sœurs ; ou leurs femmes (nisâ'ihinna) [dans le sens de "femmes de leur communauté", c’est-à-dire les musulmanes] ; ou leurs esclaves ; ou les domestiques mâles impuissants ; ou les enfants qui n'ont pas encore découvert l'intimité des femmes ('awrat al-nisâ'). Qu'elles ne frappent pas de leurs pieds pour que l'on sache ce qu'elles cachent de leur parure.
Et repentez-vous devant Allah tous ensemble - ô croyants – puissiez-vous récolter le succès.

Les termes arabes utilisés pour "baisser leur regard", indiqués pour hommes et femmes, ont un sens légèrement différent qu'en français. Min, qui précède "leur regard", veut littéralement dire "une partie", dans le sens de "intensité" pour ce cas. Plus simplement, Dieu demande de ne pas regarder avec insistance (le regard en lui-même n'a pas été déconseillé et encore moins interdit). Les salafistes, toujours prompts à aller plus loin que ce que le Coran demande, quitte à le trahir, ont décrété que le regard en lui-même doit être totalement prohibé.

Le Coran recommande également la chasteté sexuelle hors mariage pour femmes ET hommes. De nos jours, le verset 30 qui concerne les hommes a disparu comme par magie quand il s'agit de faire porter le poids de la réputation familiale uniquement sur les épaules des femmes et leur entrecuisse. Le "voile" est devenu l'AOC de la "femme bien" (le "bien" se résumant à leur vagin).

Dans le verset 59 de la sourate 33 étudié précédemment, le terme "leurs voiles", qui figure dans la version française largement diffusée, était la traduction de jalâbîb. Toujours selon cette version française du Coran, "leur voile" est cette fois la traduction de "khumûrihinna". Au-delà de l'erreur sur la forme ("khumûrihinna" est le pluriel de "khimârûha". La traduction aurait dû être "leurs voiles"), cette traduction utilise un seul et même terme quand l'arabe en utilise deux différents, dont aucun ne signifie "voile".
Voici l'explication de ce passage par Mohamed Talbi : Yadhribna : il s'agit du verbe arabe dharaba, qui n'a pas le sens de se voiler ou de s'envelopper dans une étoffe quelconque. Il signifie "frapper", avec les sens figurés qui en dérivent, et dont aucun ne laisse penser au voile. (…) Le verbe khamara, d'où dérive khimâr (au pluriel khumur), a le sens générique de cacher quelque chose ou une pensée. Tout ce qui cache quelque chose, y compris une foule ou un bosquet, ou le secret des cœurs, est khimâr. La question que l'on se pose est la suivante : dans l'usage courant de tous les jours, le khimâr avait-il désigné spécifiquement un "foulard", que les femmes portaient, obligatoirement, et toujours sur la tête ? En tant qu'historien, je dis non. (1)
Effectivement, quelle que soit la traduction, la tête ou les cheveux ne sont jamais mentionnés. De plus, 'alâ juyûbihinna a été faussement traduit par "leurs poitrines". En réalité, ce terme désigne l'échancrure du vêtement sur le haut de la poitrine, nommée aujourd'hui "décolleté". Mohammed Talbi revient sur ce passage : "Ce qui est certain et incontestable pour tous, c'est que dans le texte et dans tout le Coran, Allah ne dit pas 'alâ ru'ûsihinna (sur leurs têtes), mais 'alâ juyûbihinna. Que signifie cette expression ? 'Alâ juyûbihinna : juyûb est le pluriel de jayb. Le terme, incontestablement, ne désigne jamais physiquement la poitrine humaine, comme certains traduisent, pour plier le Coran à la Charia au prix des plus inacceptables entorses au texte coranique littéral. (…) Au sens générique, le terme désigne, dans un vêtement, un découpage plus ou moins large, au niveau du col, pour laisser passer la tête, et découvre plus ou moins la poitrine. Le terme désigne aujourd'hui le plus souvent une poche. Naturellement, le découpage au niveau du col peut varier à l'infini, disons ou presque, jusqu'au nombril en tout cas, et permet alors au regard de plonger dans les abysses infernaux de perdition, ce que faisaient les prostituées, et ce que le Coran réprouve, ne serait-ce que pour éviter les méprises, qui étaient sûrement fréquentes dans des pays où la prostitution était le métier le plus lucratif (2).
Nous revenons à cette distinction entre les prostituées quasi seins nus qui étaient fort nombreuses à la Mecque et à Médine, et les femmes musulmanes à qui Dieu demande de se différencier en couvrant le haut de leur poitrine.
Moreno Al Ajamî, docteur en littérature et langue arabe, théologien et spécialiste de l’exégèse du Coran, a la même analyse que Mohamed Talbi. Il ne définit pas le khimâr comme un vêtement particulier mais par la fonction que le Coran lui confère : tout ce qui peut être utile à cacher le décolleté, définition étymologique correspondant bien à l’objectif textuellement déclaré. Ceci explique que nous ayons rendu le pluriel khumur par "étoffes", ce terme ne présumant pas de la nature du vêtement en question, mais indiquant que la recommandation : "et qu’elles couvrent de leurs étoffes/khumur leurs décolletés/juyûb". (3)


Les traductions (volontairement) erronées existent également en anglais
La traduction approximative, voire volontairement fallacieuse, de ces versets n'est pas l'apanage des francophones. Le voile, cheval de Troie de l'intégrisme musulman, s'est développé partout dans le monde. Les traductions anglaises du Coran, tout comme les françaises, sont le support de base du prosélytisme islamiste à l'extérieur des pays musulmans. Les intégristes ont besoin d'en avoir le monopole. Tout comme en France, ils ont inondé le monde avec leurs propres traductions dans plusieurs langues, disqualifiant ainsi celles qui seraient trop proches du texte original et/ou qui auraient des annotations trop "libérales" à leur goût. Et ça marche. Les traductions anglaises les plus accessibles sur internet sont celles validées par les salafistes et les Frères Musulmans.
Si une traduction est fidèle à la version originale, une autre, privilégiée par les intégristes, viendra la contredire. Prenons un passage du verset 59 de la sourate 33 étudié dans la deuxième partie de cet article. Une traduction dit ceci : to bring down over themselves [part] of their outer garments (faire tomber sur elles [une partie] de leurs vêtements d'extérieurs) (4). Le verbe choisi est trop éloigné du sens original ("rapprocher"). Mais le reste traduit parfaitement l'esprit du texte en s'attachant à coller au maximum au sens originel.
Voici une autre traduction : to draw their cloaks (veils) all over their bodies (i.e.screen themselves completely except the eyes or one eye to see the way) (5). En français, cela donne : de rabattre leurs mantes (voiles) sur tout leur corps (tout occulter sauf les yeux ou un œil pour voir le chemin). Cette version rajoute "sur tout le corps" qui n'est pas dans la version arabe. Puis, pour en rajouter une louche supplémentaire et encore mieux orienter le lecteur, elle donne l'illusion d'apporter des précisions entre parenthèses qui ne sont rien d'autres que des extrapolations, voire des contre-sens (une mante n'est pas un voile), dans la ligne misogyne typique des salafistes. Nous retrouvons la même méthode pour le verset étudié ici. Voilà comment le voile est "coraniquement" validé à travers le monde.


Le flou de la "parure" et de 'awra : un autre levier pour satisfaire l'extrapolation des islamistes
Poursuivons l'analyse du verset 31 de la sourate 24. La "parure qui en paraît" (ou "atours" selon les traductions) désigne tout ce qui embellit les femmes comme les bijoux ou le maquillage. Ainsi, rien n'indique que les parures sur le visage ou les cheveux devaient être cachées. Concernant la parure des pieds (Qu'elles ne frappent pas de leurs pieds pour que l'on sache ce qu'elles cachent de leur parure), nous constatons une nouvelle fois que cela concernait les femmes de l'époque et de cette région. Certaines d'entre elles, dont sans doute des prostituées, portaient par coquetterie des bracelets aux chevilles qui tintaient lorsqu'elles marchaient. Ce passage n'échappe évidemment pas aux délires obsessionnels des islamistes. En l'extrapolant comme à leur habitude, ils ont décrété que les talons hauts d'aujourd'hui (comme les talons aiguilles) seraient péchés à cause des bruits engendrés sur le sol.

Le verset désigne également une autre catégorie de parure. Elle pourrait séduire les hommes bien plus que la première. Considérée comme étant l'intimité des femmes ('awrat al-nisâ'), elle doit être cachée. En résumé, une partie des parures peut être visible par tous. L'autre partie, relevant de l'intimité, ne peut l'être que par un nombre restreint de personnes listées dans le verset. Tout le problème réside en la délimitation de ce qu'est "l'intimité" ('awra). Étymologiquement, 'awra signifie la "nudité". Mais avec le temps, des exégètes ont étendu cette définition en lui attribuant un sens subjectif : il s'agit des parties du corps dont la vue est susceptible d'éveiller les passions et les appétits charnels de la personne qui regarde et, en dernière analyse, de la mener à commettre le crime de fornication (6).
Pour les plus extrémistes, la 'awra des femmes musulmanes est devenue leur corps entier, du sommet de leur crâne au bout de leurs orteils, et y ajoutent même parfois leur voix. La 'awra se définit donc lorsqu'elle est envisagée du côté du ou de la regardé(e) et de manière relative lorsqu'elle est considérée du point de vue du ou de la regardant(e) (7). La "pudeur", qui ne concernait que l'attitude et les parties sexuelles pour hommes et femmes, s'est étendue au fil des évolutions de la charia aux cheveux et à l'intégralité du corps (et uniquement pour les femmes).

En résumé, la 'awra est subjective et ce passage du Coran, encore une fois, ne concernait qu'un territoire, un mode de vie clanique et familial et des circonstances précises. Avec le temps, elle est devenue prétexte à l'oppression des femmes pour canaliser la libido des hommes. Cette offense faite aux femmes par ces intégristes va à l'encontre du verset 59 de la sourate 33.

Il existe une incertitude concernant l'ordre de révélation des sourates 24 et 33 (la numérotation des sourates n'est pas chronologique). On ignore si la sourate 24 a été révélée juste avant ou juste après la bataille de la Tranchée. La logique voudrait que la sourate 33 fût révélée en premier. Le verset 31 de la sourate 24 complèterait ainsi la recommandation du "voile" de la sourate 33. Si c'est la sourate 24 qui fût révélée la première, cela complique encore plus les tentatives de justifications des obsédés du voile qui ne pourraient expliquer cet ordre de la Révélation.


Il n'y a pas la moindre obligation de voilement dans le Coran
A une époque et culture patriarcales d'une communauté réfugiée à Médine, le Coran recommanda aux hommes et aux femmes, à égalité, de ne pas se regarder avec insistance (le regard en lui-même n'a pas été déconseillé et encore moins interdit). Cela était considéré comme un risque de séduction et sources possibles de tension entre la communauté musulmane et les Médinois non convertis. Mais, patriarcat du VIIe siècle oblige, c'est aux femmes que Dieu demanda d'ajuster leurs tenues (non de se couvrir la tête ou tout le corps avec un voile) à une période particulière et tendue. Ce fut le seul moyen possible aux yeux des contemporains pour atteindre un objectif : empêcher toute offense envers les femmes musulmanes de la part de certains Médinois. Un vêtement particulier, voile ou autre, n'a jamais été un objectif en soi. De plus, c'était bel et bien une recommandation, non une obligation. Sur ce sujet au moins, le Coran est clair. Dans les deux versets qui concernent le "voile", où Dieu s'adresse à Mohammed pour transmettre son message aux croyants, il est écrit "Dis" (Qul), pas "Allah ordonne" (Ina Allaha ya'muru) comme c'est le cas dans d'autres versets. Loin d'être un détail, cette subtilité est fondamentale pour réaliser que le "voile" n'était pas une obsession ni une contrainte indépassable pour Dieu. Les mots "obligation" ou "interdit" ne figurent dans aucun de ces versets. Enfin, aucune sanction n'est prévue en cas de mauvais ajustement de son châle, de sa mante ou de son étoffe, contrairement à l'adultère ou au vol par exemple. D'ailleurs pour cela, il aurait fallu définir précisément les zones à cacher pour éviter d'injustes condamnations subjectives. Cette imprécision démontre encore, s'il en était besoin, que cette question était secondaire au premier temps de l'islam.

Qu'en est-il du hijâb ? Aurions-nous là, enfin, la réponse ultime, la preuve irréfutable, que le bâchage des femmes serait une obligation religieuse ? Ce voile est l'arme politique et sexiste des Frères Musulmans. Ils affirment qu'il est conforme au Coran. Si les deux versets étudiés précédemment n'évoquent aucun voile, "hijâb" serait écrit quelque part ailleurs ? Oui. Ce terme est même cité plusieurs fois dans le Coran. Le problème est que, là encore, à aucun moment il ne sert à désigner un voile avec lequel une seule partie des croyants devrait se couvrir la tête en raison de son sexe.


Quand un objet de séparation indéfini, et concernant uniquement les femmes du Prophète, se transforme en voile pour toutes
Un seul des versets mentionnant ce terme sert de référence aux islamistes :
Ô vous qui croyez ! N’entrez pas dans les demeures du Prophète, à moins qu’invitation ne vous soit faite à un repas, sans être là à attendre sa cuisson. Mais lorsqu’on vous appelle, alors, entrez. Puis, quand vous aurez mangé, dispersez-vous, sans chercher à vous rendre familiers pour causer. Cela faisait de la peine au Prophète, mais il se gênait de vous (congédier), alors qu’Allah ne se gêne pas de la vérité. Et si vous leur demandez (à ses femmes) quelque objet, demandez-le leur derrière un rideau (Ĥijābin) : c’est plus pur pour vos cœurs et leurs cœurs ; vous ne devez pas faire de la peine au Messager d’Allah, ni jamais vous marier avec ses épouses après lui ; ce serait, auprès d’Allah, un énorme pêché. (sourate 33 verset 53)
Pour une fois, cette traduction est assez fidèle à la traduction littérale. Ce verset ne concerne pas toutes les musulmanes mais seulement les femmes du Prophète. De plus, il ne leur est pas demandé de se voiler. Il est demandé aux étrangers de s'adresser à elles derrière un rideau (Ĥijābin). Plus exactement, le terme hijâb a pour racine "hajaba" dont le sens est "se placer entre deux choses". Un hijâb est donc quelque chose qui sert à séparer, à isoler, à mettre hors de la vue, sans toutefois en préciser la nature. Cela pourrait aussi bien être un paravent ou même une porte.
Le terme Ĥijābin ne désignant rien de matériellement précis (juste un objet qui sépare), les islamistes s'engouffrent ici aussi dans ce flou pour décréter que cette séparation pour soustraire à la vue est un voile. La création au XXe siècle du hijâb en tant que voile par les Frères Musulmans s'inspire de ce verset pour donner l'illusion à leurs porteuses qu'elles seraient aussi "vertueuses" que les femmes du Prophète et symbolise en même temps la séparation entre femmes et hommes.

Au cours des siècles qui suivirent la Révélation, cette recommandation de mieux ajuster ses vêtements d'extérieurs, pour ne pas être confondues avec des prostituées et se protéger de l'attitude de certains Médinois, se transforma en obligation du voilement en tout lieu et en tout temps. La femme est passée du statut d'Être humain à un objet sexuel convoité qu'il faudrait bâcher et séparer des hommes autant que faire se peut. Voilà ce qui est défendu aujourd'hui avec le sourire et des voiles fashion par le "féminisme islamique" dont l'association Lallab est la représentante française.

Si le Coran ne définit aucune zone précise du corps, les "savants" se sont chargés de le faire. S'il ne prévoit aucune sanction, les "savants" promirent, au cours des siècles suivants et jusqu'à aujourd'hui, tous les tourments de l'enfer aux femmes qui refuseraient de se voiler. C'est toute la magie de certaines écoles juridiques et de la charia. Cette obligation ne devint "religieuse" qu'au XXe siècle, pour protéger cette obligation apocryphe face aux sociétés laïques. Le succès de cette invention est tel qu'il a supplanté le contenu réel du Coran : le voile est aujourd'hui perçu comme un signe religieux. Les "idiots utiles" soutiennent ainsi les islamistes au nom du respect de la pratique religieuse (la lutte contre le sexisme n'est jamais la priorité) et les adversaires des islamistes vont pour la plupart d'entre eux sur le terrain de la laïcité.


Un ultime verset démontre que le voile n'a rien de religieux ni de spirituel
Et quant aux femmes atteintes par la ménopause qui n’espèrent plus le mariage, nul reproche à elles d’enlever leurs vêtements [de sortie] (thiyabahouna), sans cependant exhiber leurs atours et si elles cherchent la chasteté c’est mieux pour elles. Allah est Audient et Omniscient (Sourate 24 verset 60).
Évidemment, certaines traductions trouvent le moyen de remplacer "leurs vêtements [de sortie]" (thiyabahouna) par "leurs voiles". Les islamistes précisent que si la femme ménopausée est encore belle, et qu'elle peut donc encore créer la fitna (le désordre, la division), alors elle doit continuer à porter le "voile".
Au-delà de la subjectivité pour déterminer la beauté d'une femme, cela démontre une nouvelle fois qu'il n'y a aucune spiritualité dans le voilement. A moins de considérer que, comme les hommes, elles n'ont pas besoin d'être aussi proches de Dieu que les femmes plus jeunes (et plus jolies). En effet, pour de nombreux musulman(e)s, le port du voile serait la manifestation extérieure de l'atteinte d'un certain degré de spiritualité. Une femme voilée serait ainsi plus proche de Dieu. Or, comme constaté tout au long de cet article, à aucun moment l'argument spirituel n'est avancé dans le Coran. Même les ouvrages des radicaux ne le mentionnent jamais. Pour eux, le voile est un outil de ségrégation et de séparation des sexes pour protéger les hommes de la tentation, rien d'autre. L'argument de la spiritualité n'est apparu que récemment. Cette idée vint de militantes islamistes qui, partisanes de la servitude volontaire, cherchaient un moyen de "convertir" les musulmanes au voilement. Elles ne cessent de clamer qu'elles sont plus proches de Dieu depuis qu'elles se sont voilées. Totalement déconnecté de l'islam, cet argument fait mouche auprès de nombreuses musulmanes culpabilisées.


L'interprétation coranique des intégristes est une extrapolation d'obsédés sexuels, pas l'islam tout court
Ma démonstration de l'invention contemporaine du hijâb, une création bien éloignée du contenu du Coran, n'a pas pour but d'interdire aujourd'hui le voile dans l'absolu. Si des musulmanes sont convaincues que la parole des islamistes est plus crédible, si elles refusent même, pour beaucoup, de comparer les différentes analyses des textes coraniques car elles préfèrent rester fidèles à la Charia (organisation religieuse de la société ou d'une communauté construite par des hommes qui ont codifié le patriarcat, l'assujettissement, la sexualisation et la diabolisation du corps féminin), si elles désirent baigner dans l'obscurantisme et opter pour la servitude volontaire, elles en ont le droit.
Seulement, il faudrait préciser que leur "choix" n'est pas dicté par le Coran mais par leur interprétation (ou du moins l'interprétation de leurs "savants"), tout comme les musulmans rationalistes ont leur interprétation de leurs textes sacrés. Amener un équilibre dans la diffusion de ces différentes interprétations, ajouté à la diffusion des idées laïques et universalistes, sont le seul moyen de parvenir à un véritable libre choix éclairé des musulmanes qui n'ont pas encore basculé. Finalement, le voile le plus important n'est pas posé sur la tête. Il est posé sur leur esprit critique dont le voilement physique est aussi le symbole.

Ainsi, l'affirmation de la religiosité et de la spiritualité du voile tente de masquer leur obsession. Les islamistes sont hantés par la sexualité. De leur adolescence jusqu'à leur mort, ils ne pensent qu'à ça du matin au soir. Hommes et femmes sont concernés. Même si, patriarcat oblige, seuls les hommes le manifestent. Ils se partagent en deux groupes. Il y a celles et ceux qui veulent satisfaire leurs frustrations dans une société ou un milieu remplis de tabous et d'interdits. En face, il y a celles et ceux qui sont obsédés par le risque de tentation dont il faut se protéger, et inquiets par les assauts potentiels des membres du premier groupe. Le voile est censé être leur outil de dissuasion massive. Chacun(e) peut passer d'une catégorie à l'autre selon les moments, y compris des femmes voilées (le voile rend les déplacements plus faciles car moins suspects). Voilà leur "spiritualité".

Cette surprenante gestion archaïque des rapports entre femmes et hommes est actuellement en plein essor. Pourtant, nombreux et nombreuses sont les musulman(e)s rationalistes qui expriment une vision différente et plus respectueuse des femmes. Pour eux, au-delà de l'aberration théologique, le voile est une régression humaine. Mais, étouffés par les islamistes et les "idiots utiles" qui les soutiennent, ils ont du mal à se faire entendre. C'est ce que j'aborderai dans la dernière partie de cet article.


"L'obligation religieuse du voile" créée par les intégristes : une hérésie sexiste combattue par les musulmans rationalistes, Coran à l'appui (1ère partie)

"L'obligation religieuse du voile" créée par les intégristes : une hérésie sexiste combattue par les musulmans rationalistes, Coran à l'appui (2ème partie)

"L'obligation religieuse du voile" créée par les intégristes : une hérésie sexiste combattue par les musulmans rationalistes, Coran à l'appui (4ème partie)


(1) Mohammed Talbi, L'Islam n'est pas Voilé, il est Culte: Rénovation de la Pensée Musulmane, Editions Cartaginoiseries, Tunis, 2009, p. 38-39.

(2) Ibid, p. 39.


(4) The Qur'ân, English Meanings, English Revised and Edited by Saheeh International, 33:59

(5) Muhammad Muhsin Khan (Translator), Muhammad Taqi-ud-Din Al-Hilali (Translator), The Noble Quran has been translated into the modern English Language, 33:59

(6) Mohammed Ali Amir-Moezzi (dir.), Dictionnaire du Coran, Robert Laffont, Paris, 2007, p. 924-925.

(7) Ibid, p. 925.

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