La lutte légitime contre la cyberhaine ne doit pas servir de prétexte au rétablissement du délit de blasphème

Karim Amellal, chargé de mission sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme sur internet
Karim Amellal, chargé de mission sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme sur internet.
Source : http://www.meltingbook.com/karim-amellal-contre-la-cyberhaine-il-faut-que-les-gens-recourent-au-droit/
       Karim Amellal est un "écrivain et enseignant à Sciences Po [qui] a été chargé par le président de la République de mener une mission dédiée à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme sur internet. Aux côtés de Gilles Taïeb, vice-président du Crif et Laetitia Avia, députée LREM, il réfléchit à la pertinence d’une loi." (1)

Pour être aux premières loges, nous sommes nombreux à confirmer qu'une telle mission est nécessaire. Or, en observant son angle d'approche, on s'aperçoit que la lutte contre la cyberhaine est aussi le moyen de créer un délit de blasphème envers l'islam, sans le dire. Les mots utilisés sont importants. Karim Amellal en utilise certains pour tenter de judiciariser ce qui relève pour l'instant de la liberté d'expression.

Les actes et propos discriminants et haineux envers des individus en raison de leur religion sont condamnables de la même façon que les actes et propos racistes. Le problème ne vient pas du degré de sanction mais de la catégorisation. En incluant les propos anti musulmans dans la notion de racisme, Karim Amellal s'inscrit dans le logiciel des islamistes et des indigénistes : le musulman n'est plus le fidèle d'une religion. Il devient membre d'un peuple, d'une ethnie.
Il déclare qu'"on assiste à une banalisation de la parole haineuse à l’encontre des musulmans, des juifs, des homosexuels, des femmes". La parole haineuse envers les juifs, les homosexuels et les femmes s'exprime envers des individus pour ce qu'ils sont en tant qu'Êtres humains. La parole haineuse envers les musulmans (tout comme envers les chrétiens, les boudhistes ou autres) s'exprime envers des individus pour leur choix religieux. Encore une fois, la sanction est la même, mais pas son origine.

L'histoire de notre laïcité s'est construite notamment suite aux guerres de religions du XVIème siècle. En suivant la logique de Karim Amellal, les catholiques auraient été coupable d'actes et propos racistes envers les protestants et inversement. Les haines au sein même de nombreuses familles où le père pouvait être catholique et le fils protestant, le frère protestant et la sœur catholique, auraient été du racisme. Ce qui est parfaitement ridicule. Ces guerres étaient bien religieuses, pas raciales.

En racialisant un choix religieux, Karim Amellal essentialise tous les musulmans. Plus grave encore, et c'est tout l'intérêt de cette racialisation, cela ouvre les portes au rétablissement du délit de blasphème. En effet, si un individu est humainement musulman, toute critique de l'islam serait logiquement une attaque contre son humanité, donc du racisme. C'est tout l'art du terme "islamophobie". A ce jour, l'islamophobie n'est pas un délit puisque la peur, la critique ou la moquerie de l'islam relève de la liberté d'expression au même titre que pour les autres religions.

Jusqu'à présent, la critique du christianisme et les multiples caricatures de Jésus, de Moïse, du pape et de tout ce qui compose le clergé sont acceptés par la société au nom de la liberté d'expression. Les parodies des Guignols de l'info ou les caricatures de Charlie Hebdo n'ont jamais gêné personne, à part quelques intégristes chrétiens inaudibles. Il en va tout autrement de l'islam : procès, pressions, menaces de morts, etc. Si l'État n'a pas (encore) fait de l'islamophobie un délit, les islamistes djihadistes en ont fait un crime. La sanction : la peine de mort. Depuis janvier 2015, qui a osé caricaturer le Prophète Mohamed ?
Le fait même de critiquer les intégristes musulmans (puisqu'ils seraient membres du peuple musulman), et de leurs manifestations par le voile et leurs actions politiques, est perçu par certains comme des propos racistes, toujours à travers "l'islamophobie".

Le régime dérogatoire demandé par une partie des musulmans pour l'islam, à travers "l'islamophobie", a du mal à passer. Rétablir le délit de blasphème pour une seule religion, comme le souhaite le CCIF par exemple, n'emporte pas une large adhésion. Alors on instrumentalise l'antisémitisme pour le mettre au même niveau que la critique religieuse et inclure "l'islamophobie" dans "les expressions haineuses envers les religions". Karim Amellal l'explique ainsi : "On sait que la lutte contre l’antisémitisme est une préoccupation très forte du Gouvernement. (…) Toutes les expressions haineuses envers les religions seront punies." (2) Ce raccourci est le cœur de son propos.


Extrait de l'article Extrait de l'article « Contre la cyberhaine, il faut que les gens recourent au droit »

Cet angle explique pourquoi le CCIF a été auditionné.



Comment est-il possible qu'une association d'extrême droite représentant l'idéologie des Frères Musulmans (3), qui n'a de cesse de vouloir cliver la société, créer des tensions, qui milite pour le racisme sexuel à travers le voile, et qui parfois tient justement des propos haineux sur les réseaux sociaux (exemples ci-dessous de deux de ses ex porte-paroles, dont Marwan Muhammad, en fonction à la publication de ses tweets), soit entendue pour avoir son avis sur la cyberhaine ?… Parce que le rêve du CCIF, l'essence de son existence, est de faire de l'islamophobie un délit.
Ce qui explique aussi pourquoi il n'y a pas d'équité dans les auditions : les intégristes chrétiens de Civitas ou les militants d'extrême droite de Riposte Laïque n'ont pas été invités à partager leur "expérience".

Yasser Louati, militant d'extrême droite et ex porte-parole du CCIF

Marwan Muhammad, ex porte parole du CCIF, en fonction à la rédaction de ces tweets

Karim Amellal aurait-il commis des maladresses ou l'audition du CCIF reflète bien les idées qu'il a exprimées ? Si c'est la deuxième hypothèse, le nommer à la tête d'une telle mission est un nouveau coup de canif à la laïcité donné par le Président de la République. Emmanuel Macron souhaite peut-être être le premier Président à détricoter ce qui a été une lente construction dans la douleur de notre laïcité et de la liberté d'expression.


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La choquante programmation de Médine au Bataclan ne peut pas être interdite

La choquante programmation de Médine au Bataclan ne peut pas être interdite
Source : publication Facebook publique de Médine, 8 août 2013
(enfants floutés par mes soins)
       Le militant islamiste Médine a fait du rap son support de prédication politico-religieux. Depuis que son passage au Bataclan a été annoncé, de nombreux articles et publications sur les réseaux sociaux ont apporté tous les éléments qui montrent sa radicalité religieuse et politique.

Emule de Tariq Ramadan et de nombre de prédicateurs Frères Musulmans, il est, selon ses mots, "officiellement l'ambassadeur de Havre de Savoir". Cette association est une des vitrines des Frères Musulmans en France et ne s'en est jamais cachée. Elle considère par exemple Youssef Al-Qaradhawi (le plus important théologien de la Confrérie encore en vie) comme une référence absolue et regrette son interdiction de territoire. Ce théologien ultra sexiste, homophobe et antisémite considère l'Europe comme une terre de conquête : "L'islam s'installera de nouveau en Europe. La conquête doit-elle se faire par l'épée ? Non, pas nécessairement. Il y a ce qu'on appelle une conquête pacifique. L'islam reviendra sans passer par l'épée. La conquête se fera par la dawa et la prédication."

C'est exactement ce qu'applique Médine. Son support, le rap, est un des meilleurs outils pour cela, et c'est pour cela qu'il est mis en avant par la Confrérie. Les résultats ne se sont pas fait attendre : ce militant d'extrême droite est soutenu, comme toujours dans ces cas-là, par une partie de la gauche. Il flatte aussi l'extrême droite traditionnelle qui trouve encore un prétexte pour diaboliser tous les musulmans, puisque Médine serait un "musulman lambda". Parallèlement, Médine se victimise en dénonçant "l'islamophobie de l'extrême droite". Tous ses détracteurs sont ainsi assimilés au fascisme. Comme je ne cesse de le dire, ces deux extrêmes droites ont besoin l'une de l'autre.

Il est normal que son passage annoncé au Bataclan choque toute une partie de la population. Comme montré plus haut, il est le représentant juridiquement acceptable de l'idéologie mortifère qui était passée au même endroit en novembre 2015 et qui fit près de 130 morts et plus de 350 blessés. Peut-être est-ce une nouvelle forme de quenelle de la part de Médine.

Devrait-on interdire son passage pour autant ? Non. Si les paroles pourraient être juridiquement condamnables, alors des plaintes doivent être déposées et ce sera à la justice de trancher, comme ce fut le cas pour son ami Dieudonné. Pour l'instant, comme je l'ai dit, il est juridiquement autorisé à se produire et le Bataclan a le droit de choisir sa programmation. Et peut-être que, par équité et promotion de toutes les formes "d'arts", cette salle programmera aussi un concert de skinheads, l'autre face de la pièce d'extrême droite de Médine. Quitte à programmer des suprémacistes militants d'idéologies totalitaires, autant être "inclusifs".
Philosophiquement également, Médine a le droit de s'y produire, aussi choquant que cela puisse être. La liberté d'expression est à ce prix. Nous ne pouvons pas brandir cette liberté pour nous-mêmes et la refuser pour nos adversaires, sauf encore une fois si ces adversaires tiennent des propos hors la loi. Comme l'a dit Raphaël Enthoven, "si la liberté n’est pas réciproque, elle n’est qu’un alibi". C'est justement cette réciprocité qui nous donne aussi la liberté de critiquer cette programmation, d'exprimer notre indignation et, pourquoi pas, de manifester devant le Bataclan le jour du concert. Telle est la France et c'est aussi pour ça que je l'aime.

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La dérive de l'UNEF, un mouvement de fond qui touche une partie de la gauche

La dérive de l'UNEF, un mouvement de fond qui touche une partie de la gauche

       Le voile n'a d'autres raisons d'être que de stigmatiser, discriminer et hiérarchiser une partie de l'humanité. Considérées comme tentatrices, les femmes devraient bâcher leur corps coupables, y compris leurs cheveux, le cou, les bras, etc., pour ne pas exciter la libido des hommes.
Avec la racialisation de l'islam, l'essentialisation de l'ensemble des musulmans, la cause des femmes est devenue secondaire : il ne faudrait pas critiquer le voile et son sexisme par crainte de "stigmatiser" LES Musulmans. Les musulmanes qui refusent le voilement sont ainsi perçues comme moins pieuses, voire comme des traîtresses ou "islamophobes" lorsqu'elles militent pour le dénoncer. Par ce que j'ai nommé la rhétorique d'inversion (1), la dénonciation de ce racisme sexuel à travers son marquage vestimentaire est accusée de racisme par les intégristes musulmans, accusation reprise en chœur par leurs soutiens. Le dernier exemple en date est celui de l'UNEF.
                    
Ce syndicat étudiant a fait le choix d'être représenté par une jeune femme couverte d'un symbole opposé à tout ce qu'il défend. Le fait de questionner et de critiquer ce choix est accusé de vouloir l'interdire, voire de racisme. Par ces anathèmes, l'UNEF est dans le rejet du débat démocratique sur ce sujet, de voir ce que signifie ce voile, ses valeurs, qui le prescrit (l'islam a bon dos) et pourquoi. Il est à l'unisson avec les intégristes musulmans qui ont su convaincre que le racisme et le sexisme du voile seraient une forme d'émancipation, un féminisme différent, un "féminisme islamique".

Comment ce syndicat, dont l'histoire est l'inverse de ses dérives actuelles, en est arrivé là ? C'est le fruit de graines semées il y a cinquante ans. La récolte idéologique dépasse l'UNEF. C'est un basculement générationnel qui touche toute une partie de la gauche, qui s'explique par l'Histoire et la stratégie efficace des Frères Musulmans.

Depuis plusieurs décennies, les islamistes ont tout fait pour remettre les musulmans sur ce qu'ils estiment être "le droit chemin" : prêches, livres, librairies, supports audios et vidéos, chaînes satellitaires, conférences, créations d'associations dans tous les domaines (centres "culturels", soutien scolaire, apprentissage de la langue arabe, activités périscolaires, centres de loisirs, aide humanitaire, syndicat étudiant, etc.). L'UOIF (les Frères Musulmans de France) ont même fondé l’Institut Européen des Sciences Humaines qui a pour vocation de former des cadres qui partiront aux quatre coins de France pour diffuser l’idéologie des Frères.

Contrairement aux salafistes, les Frères Musulmans ne rejettent pas la politique et la société. La ré-islamisation des musulmans, en inculquant leur interprétation de l'islam, est aussi un marchepied pour transformer l'ensemble de la société. Le moyen n'est pas la violence mais la patience. Un des principes des Frères Musulmans est “on a le temps”. Que ce soit dans 50 ou 70 ans, ils sont convaincus qu’ils réussiront à islamiser l’ensemble des sociétés dans lesquelles ils se trouvent. Il suffit d’être stratégique et patient. Ils n'hésitent pas, en apparence, à reconnaître les lois des pays laïques et démocratiques, et appellent les musulmans à se servir de leur citoyenneté. Une stratégie politique dans laquelle la rhétorique d'inversion est centrale. L'intérêt est l'imposition de leurs spécificités et de "l’identité islamique" à l'ensemble de la société à travers les moyens que leur offre la démocratie. En France, cela dure médiatiquement depuis la première affaire de voile dans un collège de Creil en 1989. Ce n'est pas un hasard. Par leur obsession sexuelle, leur sexisme maladif, le corps des femmes est le principal champ de bataille et la première arme politique des islamistes. Le voile est leur cheval de Troie.
L'alliance entre les islamistes et une partie de la gauche ne date pas d'aujourd'hui.

Les communistes français ont toujours considéré, du moins dès les années 1950, les peuples "arabes" comme des opprimés exploités par la colonisation, comme le seraient les ouvriers par les patrons. En référence aux principes de la Révolution Française, ils militaient pour l’émancipation des peuples. Ils avaient soutenu le FLN lors de la guerre d’Algérie. Les indépendantistes maghrébins étaient motivés par ces mêmes raisons. L’ensemble de leurs combats affichait surtout des motivations socialistes.

Les luttes contre les régimes autoritaires et pour la cause Palestinienne dans les années 1960 et 1970 avaient gardé les mêmes motivations chez les immigrés arabes et maghrébins. Elles étaient exclusivement politiques sans préoccupations religieuses. Leurs références étaient "arabes", pas "musulmanes", avec des discours de gauche anti impérialistes. Les étudiants étrangers venant de pays musulmans créaient des associations politiques du genre "Comité de Liaison des Étudiants Progressistes Arabes". Ces étudiants étaient fortement soutenus par des étudiants français d’extrême gauche. Ils voyaient en eux des camarades de lutte défendant les mêmes valeurs pour un même idéal et réciproquement.

Des étudiants islamistes étaient bien présents en France dès les années 1960. Mais ils étaient étrangers, comme les autres, et peu nombreux. Une fois leurs années d’études terminées, ils repartaient dans leur pays. Mais ils posèrent les jalons de ce qui deviendra l'UOIF et firent glisser peu à peu la sémantique et les orientations de ces étudiants laïques vers la religion, dès les années 1970. Les contenus des tracts étudiants de cette époque sont révélateurs. Les formules religieuses et noms d’associations avec le terme "musulman" ont remplacé progressivement les formules et noms issus du langage de gauche. La révolution islamique iranienne en 1979 n’a fait que galvaniser le phénomène, notamment par son arme politique qu'est le voile. Mais l’extrême gauche, ne mesurant pas cette évolution dangereuse vers l’extrême droite, n’a pas rompu ses liens avec eux.

Cette collusion entre des militants arabes et maghrébins, intégrant de plus en plus de religiosité dans leurs valeurs, et l’extrême gauche, explique en grande partie pourquoi aujourd’hui encore cette dernière est si complaisante avec les intégristes musulmans. De plus, la chute du communisme au début des années 1990 renforça ces liens, l’intégrisme musulman se substituant au communisme comme idéologie révolutionnaire opposée à "l’impérialisme occidental".

Avec un discours toujours teinté de gauche sur les questions économiques et sociales, et de "lutte contre l’impérialisme", les Frères musulmans ont su garder cette tendresse que l’extrême gauche avait pour les militants laïques arabes et maghrébins. Dès la fin des années 1990, Tariq Ramadan avait un succès fou auprès des altermondialistes. La perte des ouvriers, dont une partie s’est tournée vers le FN, a renforcé cette attraction pour les intégristes musulmans, identifiés comme les nouvelles victimes de "l’impérialisme", en imaginant qu’ils représentent l’ensemble des musulmans. C’est cet héritage que nous voyons aujourd’hui. Une partie de la gauche soutient aveuglément les islamistes. Auréolés de leur statut de victimes permanentes des méchants colons blancs racistes et oppresseurs, déclamant des discours sur les problèmes sociaux dans les quartiers populaires, sur la lutte contre le "néocolonialisme occidental" ou les questions socio-économiques, cela ne pouvait que séduire une bonne partie de l'extrême gauche (car toute l'extrême gauche ne les soutient pas) en mal d’opprimés à défendre.

La lune de miel est si romantique que les frontières sont poreuses. Des Frères Musulmans militent également dans des mouvements de gauche. Leurs discours et leur rhétorique sont un mélange de religion, de racisme et de lutte sociale. Cette alliance entre l'extrême droite religieuse et une partie de l'extrême gauche s'est concrétisée par la création du Parti des Indigènes de la République.

Le milieu estudiantin est un des nerfs de la guerre. L'enseignement forme les citoyens de demain. Les islamistes ont conscience qu'ils ne réussiront pas à convaincre leurs adversaires d'aujourd'hui. Ils savent qu'ils n'ont pas la moindre chance de faire supprimer la loi de mars 2004 qui protège les petites filles du désir islamiste de les voiler. Les futurs citoyens sont des proies de choix. Les islamistes comptent sur eux pour un jour supprimer cette loi comme d'autres dispositifs laïques.
Les personnes de plus de 40 ans ont connu l'islam sans voile. Certains ont vécu la guerre civile algérienne et ont conscience de la violence symbolique du voile. D'autres ont connu l'émancipation des femmes en Tunisie. Quant à ma génération de français d'origine maghrébine, nous avons connu l'islam malékite bien éloigné de ce qui est aujourd'hui l'islam intégriste importé du Moyen-Orient et qui tend à devenir partout la norme, y compris en France.
Les musulmans nés à partir des années 1990 n'ont pas les mêmes repères et sont fortement influencés par l'islamisme qu'ils imaginent être l'islam tout court. L'ensemble des français nés à partir de cette époque est également habitué à voir des voiles et à entendre des propos extrémistes qu'ils considèrent être de simples positions pieuses. Cette normalité ne les amène pas à s'interroger sur les enjeux. Au contraire, l'accepter serait une forme de tolérance. Chez ces jeunes générations, l'universalisme prôné par notre pays évolue lentement vers l'acceptation du multiculturalisme voire du communautarisme. La laïcité française est perçue comme intolérante face à une laïcité anglo-saxonne faussement plus ouverte. Cette dernière est un rêve pour les islamistes car elle leur permettrait de s'épanouir sans entrave.

Cette situation est aussi le résultat de l'infiltration islamiste dans les milieux universitaires. L'UOIF a créé l'EMF dans l'objectif de ré-islamiser les étudiants identifiés comme musulmans. Le deuxième intérêt est de développer leur intégrisme par des revendications religieuses portées par l'EMF au sein des universités.
Les Frères Musulmans de France, l'UOIF, ont créé le syndicat étudiant EMF dans leur volonté d'investir aussi le milieu estudiantin.
Les Frères Musulmans de France, l'UOIF, ont créé le syndicat étudiant EMF dans leur volonté d'investir aussi le milieu estudiantin. 
Entre temps, la rhétorique d'inversion et la victimisation permanente se sont développées et ont été intellectualisées. La création des Indigènes de la République, alliés aux islamistes, a permis le développement d'un néo-racisme qu'ils désirent faire passer pour de l'antiracisme. L'accès aux universités a pour but d'orienter les recherches universitaires vers leurs thèses, car c'est là que sont formés les futurs enseignants et une partie des travailleurs sociaux.

Ces dérives débordent et éclatent à présent au grand jour. Le terme "islamophobie" développé par les intégristes musulmans tente de devenir un synonyme de racisme pour décrédibiliser toute critique à leur égard. Certaines universités ont validé ce point de vue.

En mai 2017, l’École Supérieure du Professorat et de l’Éducation de l’académie de Créteil avait organisé un colloque intitulé "Penser l'intersectionnalité dans les recherches en éducation". Développant toutes les thèses racialistes et colonialistes des indigénistes, certains thèmes abordés avaient pour titre "L’institution scolaire au risque de l’islamophobie" ou encore "Comment l'institution scolaire fabrique le "problème musulman"".

En octobre 2017 devait se tenir un colloque intitulé "Lutter contre l'islamophobie, un enjeu d'égalité ?", organisé par la Chaire "Égalité, inégalités et discriminations" de l'université Lyon 2 en partenariat avec "l’Institut Supérieur d'Étude des Religions et de la Laïcité". Il allait rassembler la fine fleur de la nouvelle extrême droite française : des associations islamistes alliées à l'intégrisme chrétien, des antisémites, des militants politico-religieux, et même un fiché S (2). Par la rhétorique d'inversion, tous se présentaient comme des militants démocrates et antiracistes. Aucun contradicteur, pas le moindre militant laïque ni même de musulmans progressistes n'ont été invités. Par cet entre-soi inquiétant, ce colloque était loin d'avoir une portée scientifique. C'était un moyen pour les intervenants de s'en servir comme caisse de résonance et permettre de légitimer encore un peu plus l'indigénisme et l'intégrisme musulman sur le plan universitaire.
Face au tollé, l'université a préféré l'annuler.

Quelques semaines plus tard était également prévu un séminaire d'"études décoloniales" à l'Université de Limoges. L'invité d'honneur devait être Houria Bouteldja. Raciste, antisémite et homophobe, elle est la porte-parole du Parti des Indigènes de la République et auteur du livre Les Blancs, les Juifs et nous : vers une politique de l'amour révolutionnaire. Nouvelle polémique, nouvelle annulation.

Autre lieu, autres dates mais mêmes orientations : les 18 et 19 décembre 2017, le syndicat Sud Éducation 93 organisa à Saint Denis un stage syndical "Au croisement des oppressions - Où en est-on de l’antiracisme à l’école ?". Ce stage était proposé aux enseignants fonctionnaires et agents non titulaires. Par ses intervenants indigénistes et islamistes, ainsi que les thèmes des débats proposés, il déroula toute la logorrhée indigéno-racialiste qui sert aussi de tremplin à l'idéologie islamiste (3).

Plus récemment, lors des grèves étudiantes en avril 2018, les mouvements grévistes ont été infiltrés par les indigénistes. A l'Université Libre de Tolbiac, des débats aux relents racistes ont été organisés, tels que "Les mouvements sociaux et la question de la race : les angles morts de l'extrême gauche blanche". Étaient également prévus des débats sous les thèmes "autonomie politique indigène, impérialisme gay, Palestine".

En s'alliant avec des islamistes et en choisissant une étudiante vêtue de l'uniforme des Frères Musulmans, l'UNEF se situe dans ce mouvement de fond. Les anciens du syndicat sont éberlués et choqués de constater les dérives de la nouvelle génération de militants.
L'EMF est la branche estudiantine des Frères. Par de multiples actions et conférences, les liens entre l'EMF et d'autres représentants de l'islamisme politique sont étroits. Le plus régulier est la Rencontre annuelle des Frères au Bourget. EMF y a son stand, à côté des librairies vendant des livres misogynes et homophobes, et d'autres stands vendant poupées voilées et voiles pour les fillettes (4).

Comme chaque année, l'EMF avait son stand à la Rencontre des Frères Musulmans au Bourget
Comme chaque année, l'EMF avait son stand à la Rencontre des Frères Musulmans au Bourget
Comme chaque année, l'EMF avait son stand à la Rencontre des Frères Musulmans au Bourget
Comme chaque année, l'EMF avait son stand à la Rencontre des Frères Musulmans au Bourget en 2018
En perte de vitesse, l'UNEF s'est alliée à EMF afin de gagner des sièges aux CROUS et ailleurs. L'élection puis la mise en avant d'une jeune femme portant le symbole sexiste et politique des islamistes n'est pas de la tolérance et encore moins un acte laïque. C'est l'aboutissement visible de l'alliance politique entre ce syndicat et l'intégrisme musulman. Cette évolution signe le déclin idéologique d'un syndicat qui défendait historiquement le féminisme et la laïcité.

L'UNEF, en perte de vitesse, s'est allié aux islamistes pour gagner des sièges aux élections.
L'UNEF, en perte de vitesse, s'est allié aux islamistes pour gagner des sièges aux élections.
L'UNEF, en perte de vitesse, s'est allié aux islamistes pour gagner des sièges aux élections.

L'infusion de la rhétorique d'inversion des Frères Musulmans ne touche pas seulement le milieu universitaire. Le féminisme est également concerné. Plusieurs associations et militantes considèrent que le voile est compatible avec le féminisme. Certaines estiment même que le voile est une forme de féminisme… Cette évolution générationnelle touche également un mouvement mythique à mes yeux, le Planning Familial.

Dans les années 1960 et 1970, le Planning Familial était en première ligne face au patriarcat et à l'intégrisme catholique. Les militantes de l'époque étaient conscientes du danger pour les femmes d'inclure la religion comme argument de régulation des rapports entre les sexes.
En 2004, le Planning Familial avait été un partenaire indéfectible du mouvement Ni Putes Ni Soumises (NPNS). Toute la sphère islamiste attaquait sans relâche cette jeune association. Les liens entre NPNS et le Planning Familial étaient si forts que pour la manifestation de la journée internationale des droits des femmes de mars 2004, en plein débat sur les signes religieux à l'école, les deux mouvements manifestèrent ensemble, pour se séparer du cortège principal qui intégrait des associations religieuses pro-voile.

A la tête du comité NPNS de Grenoble, j'avais eu plusieurs fois l'occasion d'intervenir à cette époque dans des débats publics en binôme avec une représentante du Planning.

Mais ça, c'était avant… Depuis quelques années, le mouvement vit une lente évolution de l'universalisme vers le relativisme. Des dissensions internes existent au sein du Planning opposant, pour faire simple, l'ancienne et la nouvelle génération de militantes. Si les anciennes sont conscientes du danger de l'alliance avec des religieux, quelle que soit la religion, les plus jeunes y voient une forme d'intolérance, mais uniquement envers l'islam. Le racisme et le sexisme du voile, les valeurs qu'il véhicule, notamment sur le corps des femmes et leur sexualité, sont à l'opposé de tout ce que défend le Planning Familial. Pourtant, tout comme à l'UNEF, ce symbole du patriarcat est perçu par certaines jeunes militantes comme un symbole féministe.

Le virage officiel fut pris à l'été 2017 par son soutien à Lallab, une association "féministe" qui s'inspire de l'idéologie des Frères Musulmans. Le Planning Familial a toujours lutté pour la mixité entre garçons et filles. Elle soutient aujourd'hui une association qui assume le refus de la mixité et qui défend le voilement des enfants par son désir de supprimer la loi de mars 2004.

Le Planning Familial a apporté son soutien à une association religieuse aux antipodes de ses valeurs.

Le Planning Familial a apporté son soutien à une association religieuse aux antipodes de ses valeurs.

Chaque avancée de la manifestation intégriste de ce voile est un recul et une pression supplémentaire pour les musulmanes qui ne le portent pas. Ce port est éminemment politique, surtout dans un syndicat censé défendre des valeurs laïques et féministes tel que l'UNEF. Peu importe les intentions de celle qui s'en couvre, il en est la quintessence. L'UNEF participe à sa banalisation et au développement de l'intégrisme musulman en France. Le féminisme est devenu secondaire au profit de la défense d'une idéologie politico-religieuse qu'ils déclarent être de l'antiracisme. C'est un mouvement de fond, héritage historique du mariage entre l'intégrisme musulman et une partie de la gauche.

Le CCIF, idéologiquement la branche juridique des Frères Musulmans, profite justement de cette polémique pour user encore de la rhétorique d'inversion. Il affiche sur les réseaux sociaux la photo d'une femme voilée avec pour accroche "les femmes musulmanes contre le sexisme et l'islamophobie".
La rhétorique d'inversion habituelle du CCIF : le sexisme du voile se transforme en lutte contre le sexisme
La rhétorique d'inversion habituelle du CCIF : le sexisme du voile se transforme en lutte contre le sexisme, et les musulmanes non voilées ne seraient pas musulmanes.
Les musulmanes non voilées seront ravies de savoir qu'elles ne sont pas musulmanes. Les autres seront satisfaites de voir que le sexisme ne vient plus du voile mais des féministes. Islamisme et revendications étudiantes, nous sommes bien dans la "convergence des luttes".





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Le Frère Musulman Marwan Muhammad lance une vaste consultation pour la représentativité des français musulmans

Le Frère Musulman Marwan Muhammad lance une vaste consultation pour la représentativité des musulmans français
Source photo : Le Monde
Une tribune publiée mercredi 9 mai 2018 dans le journal Le Monde (1) montre que Marwan Muhammad, ex directeur du collectif d'extrême droite CCIF, désire passer à la vitesse supérieure.

Après avoir voulu se faire le porte-parole et le défenseur des "musulmans" à travers le CCIF (en soutenant uniquement les intégristes et en dénigrant les progressistes), il souhaite à présent lancer une vaste "consultation des musulmans dans l'espoir de mieux les représenter et de "poser les fondations d'une relation constructive avec l'État"". Il se présente, comme à chaque fois, en rassembleur et défenseur de la laïcité en usant encore et toujours de ce que j'appelle la rhétorique d'inversion : son intégrisme serait un modèle de laïcité, les clivages qu'il crée seraient rassembleurs, son sexisme et son communautarisme correspondraient aux valeurs républicaines, etc.

Bien inspiré par Tariq Ramadan, qui l'a officiellement adoubé, il est le Frère Musulman qui a fait de l'islamisme politique une profession (par son poste de directeur du CCIF). Il est un des plus farouches adversaires de la loi de 1905. Comme tout Frère Musulman, il n'hésite pas à l'instrumentaliser pour faire avancer son idéologie totalitaire (l'islamisme). Il fait la distinction entre les "françaises" et les "musulmanes". Le voile marquerait la "pudeur" et la différence avec notre société qui serait dépravée. Sa vision de la femme musulmane est d'une autre époque : "quand on est abimé, quand la journée de travail nous a épuisé ou il y a quelqu’un qui nous a vexé dans la rue ou autre, on rentre à la maison, on va avoir un câlin des enfants, il y a un repas chaud sur la table. Notre femme va nous dire quelques mots de consolation. (…) Elle fait l’essence de la famille musulmane. Elle mène l’éducation. C’est elle qui, quand tout le monde est fatigué, se lève le week-end pour préparer le petit-déjeuner et laver les enfants".
Il s'est continuellement associé à des islamistes (Frères Musulmans et salafistes) antisémites, homophobes et prônant un sexisme et un patriarcat momifiés. Mais il ne s'est jamais associé aux musulmans progressistes qu'il considère comme des traitres (inversement, aucun musulman progressiste ne souhaiterait s'associer à lui). Il a tenu des propos particulièrement choquants lors des attentats de Toulouse et de janvier 2015 pour montrer son indifférence envers ces massacres et les victimes.

Réactions de Marwan Muhammad aux attentats de Toulouse
Réaction de Marwan Muhammad aux attentats de Toulouse
Une des réactions de Marwan Muhammad au massacre de Charlie Hebdo

Il a relativisé tous les attentats en expliquant sans cesse que les premières victimes sont "les musulmans" en raison de "l'islamophobie" (les victimes des attentats et leurs familles apprécieront).
Il considère sa "carte d'identité française comme une carte orange qui facilite [son] passage aux frontières et réduit les délais d’attente à l’aéroport. Ni plus, ni moins". Sa citoyenneté n'est qu'un moyen pour faire avancer son islamité. Il suit un raisonnement cohérent puisqu'il racialise les musulmans et estime qu'ils font partie d'un peuple supérieur qui a vocation à diriger le monde.

La liste est encore longue. Fidèle à la stratégie des Frères Musulmans, il tente de dissimuler la réalité de son arrière-cour en affichant une vitrine respectable et humaniste par des propos suffisamment vagues et consensuels, mais toujours teintés de victimisation.
Voilà l'homme qui lance cette vaste consultation pour une meilleure représentation des français musulmans.

S'il donne le sentiment de s'ouvrir à tous les musulmans, nous savons que la majorité des réponses viendront de ses partisans. Les vrais "musulmans lambda" (car M. Muhammad se définit ainsi) y seront peu sensibles pour une bonne part d'entre eux. Tout d'abord parce qu'ils se méfient, à juste titre, de ce que représente cet islamiste. Ensuite, parce qu'un "musulman lambda" ne ressent pas le besoin de se mobiliser politiquement pour organiser son culte, même s'il reconnait qu'une représentation est nécessaire. La majeure partie de ceux qui se mobilisent sont les intégristes. En y ajoutant la mainmise de pays étrangers, cela a toujours rendu impossible une vraie structure représentative et totalement en phase avec la République.

Sa campagne vient à peine d'être lancée, ses premiers soutiens, révélateurs de son orientation, se montrent déjà : Feiza Ben Mohamed (fan du dictateur Erdogan et de Hani Ramadan, elle fait de "l'islamophobie", c’est-à-dire le rétablissement du délit de blasphème, le cœur de son action politico-religieuse) et des indigénistes pro islamistes (Madjid Messaoudene et Sihame Assbague).

Professionnel de la communication et des coups d'éclats, Marwan Muhammad fera de cette consultation une tribune. Comme toutes ses actions, elle lui servira d'outil victimaire face à ses détracteurs (s'attaquer à son intégrisme serait s'attaquer à l'ensemble des musulmans) tout en étant un outil de propagande pour séduire de nouveaux adeptes.



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La Rencontre Annuelle des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe

Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe
La "Rencontre Annuelle des Musulmans de France" (RAMF) s'est déroulée du 30 mars au 2 avril 2018 au Bourget
       "Regardez dans les mosquées, regardez dans ces groupes musulmans, non seulement ils veulent enfermer les femmes musulmanes dans une sorte de cercle de fer, mais en plus ils veulent conquérir le monde". Cette production orientaliste du XIXe siècle, dans un contexte colonial, est un peu précurseur de "l'islamophobie" actuelle. C’est-à-dire de la naissance de cette image que l'on appelle "l'homo islamicus". Ce musulman qui est rétrograde. Ce musulman qui pense l'infériorité de la femme. Ce musulman qui vit dans le passé. Ce musulman fanatique. (…).

Cette réflexion est celle de Vincent Geisser, sociologue. Il était l'intervenant du débat "Les musulmans : ennemis imaginaires ?" à la Rencontre Annuelle des Musulmans de France (RAMF) qui eut lieu du 30 mars au 2 avril 2018 au Bourget. Il se situe dans la ligne idéologique développant les thèses victimaires habituelles. Il est un des grands défenseurs du terme "islamophobie". Il n'a jamais su faire la distinction entre la critique d'une idéologie et les attaques envers des individus. Il n'a jamais su non plus la faire entre les islamistes et les musulmans. Pour lui, tout est "islamophobe", même les musulmans qui luttent contre les intégristes. Ainsi, il est naturellement un des chouchous de l'extrême droite musulmane et des indigénistes. Son intervention lors de cette Rencontre était une évidence.
Durant 30 minutes, il n'a eu de cesse d'entretenir un climat antimusulman assimilant, comme toujours, les intégristes à de simples musulmans persécutés par une société intolérante. Durant ces 30 minutes, nous étions plongés dans un monde anxiogène. Les spectateurs en sortent groggy et renforcés dans leur vision d'une France qui rejetterait les musulmans.

Cette Rencontre est-elle éloignée de ce qu'il pointe du doigt comme un fantasme ? Les intégristes (qu'il confond avec "les musulmans") expriment-ils leur désir d'"enfermer les femmes musulmanes dans une sorte de cercle de fer" ? Cette catégorie de musulmans "fanatiques et rétrogrades qui pense l'infériorité de la femme, qui vit dans le passé", est-elle présente dans les lieux même où Vincent Geisser s'exprime ?

En réalité, nous sommes à la "Rencontre Annuelle des Frères Musulmans de France". Un seul mot vous manque et tout est déformé. L'UOIF s'étant rebaptisée "Musulmans de France" dans son projet de représenter tous les musulmans, l'OPA islamiste sur l'islam en France continue. Pour savoir si nous sommes dans un fantasme "islamophobe" selon Vincent Geisser, nous pouvons observer la liste des intervenants, écouter ce qu'ils ont pu dire lors des débats durant ce week-end, nous promener dans les allées au gré des stands et des librairies.

N'étant pas en comité restreint mais sous les projecteurs, la plupart des propos tenus lors des débats ont été consensuels. Mais il suffit de regarder les pedigrees de quelques-uns des intervenants et d'être attentifs à certains de leurs discours pour se faire une meilleure idée.

Hassan Iquioussen est l'une des personnalités les plus importantes des Frères Musulmans en France. Ce prédicateur star de l'UOIF est antisémite (1). Il est également un homophobe assumé. Il compare l'homosexualité à la pédophilie et estime qu'après avoir autorisé "le mariage des hommes avec des hommes", la prochaine étape sera le mariage des hommes avec des animaux (2). Il est exactement dans la même ligne que son mouvement. En novembre 2012, lors des débats sur le mariage pour tous, l'UOIF avait publié un texte où elle compare l'homosexualité à la zoophilie (3).

Hassan Iquioussen tient des propos homophobes et milite pour l'islam politique (mars 2014).

Hassan Iquioussen considère aussi la mixité comme un problème. Il regrette également de ne plus pouvoir voiler sa petite fille à l'école à cause de "la loi infâme du 15 mars 2004". Il parle de "pseudo attentats" en évoquant ceux du 11 septembre 2001, de Madrid, Londres et Toulouse, noyé dans son complotisme coutumier. Il revendique l'islam politique. Bref, il est un islamiste dans toute sa splendeur.

Hassan Iquioussen en plein délire complotiste, mosquée de Dunkerque, octobre 2012.

Il a participé à plusieurs débats durant cette Rencontre. L'organisation n'ignorant rien de ses "opinions" exprimées par le passé, et n'étant pas présent pour un débat contradictoire mais pour prêcher la bonne parole, l'UOIF les valide par sa présence.

Sofiane Meziani fut un autre intervenant. Enseignant au "Lycée musulman Averroès" de Lille sous l'égide de l'UOIF, il est un auteur prolifique sur Oumma.com et un des intervenants préférés de Havre de Savoir, autre vitrine des Frères Musulmans. Il aime faire l'éloge de Hassan Al-Banna et de la victoire des Frères Musulmans en Égypte en 2012 (4). Son dernier ouvrage, "Petit manifeste contre la démocratie : pour une redéfinition de l'homme et de la société", est en bonne place sur les rayons de ventes de livres de la Rencontre.
Il s'exprima au RAMF, dans le débat "Quelle quête spirituelle pour la jeunesse ?", pour dire notamment ceci : Dans quelle atmosphère j'évolue ? J'ai besoin d'une ambiance autour de moi qui symbolise l'éclosion de ma fleur intérieure. Une ambiance qui va permettre à ma foi de briller de tout son éclat. Il faut créer cette ambiance spirituelle. Il faut créer du sacré dans cette société devenue excessivement profane. Il faut penser la sacralisation du monde. Certains sont en train de penser la sécularisation de l'islam. Alors que le but aujourd'hui c'est de penser la sacralisation du monde.
Il assume clairement la doctrine frériste quant à l'irruption du religieux dans toute la société, à travers l'islam évidemment, pour "bien vivre ensemble" (expression chère au président de l'UOIF, Amar Lasfar).

Ahmed Jaballah était également présent à quelques débats. Ancien président de l'UOIF, il est membre fondateur et secrétaire général du Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche, structure européenne des Frères Musulmans présidée par Youssef Al-Qaradhawi. Ce dernier est le plus célèbre théologien des Frères Musulmans encore en vie. Nombre de ses ouvrages sont d'ailleurs vendus dans les allées de la RAMF, dont un qui a fait date et que j'aborderai un peu plus loin. Ahmed Jaballah est également membre de l'Association internationale des savants musulmans dirigée, là encore, par Youssef Al-Qaradhawi, dont le siège est au Qatar. Enfin, parmi de multiples autres casquettes dans le même genre, Ahmed Jaballah est cofondateur de l’Institut Européen des Sciences Humaines (IESH) situé dans la Nièvre. Cet institut a pour vocation de former des cadres musulmans qui partiront aux quatre coins de France pour diffuser l’idéologie des Frères. Par qui a-t-il été inauguré en 1992 ?... Par Youssef Al-Qaradhawi.
Ahmed Jaballah concentre à lui seul la doctrine de l'UOIF et celle de cette Rencontre. Dans le débat "Droits des femmes : quel intérêt d'être une femme en islam ?", il affirma son hostilité aux mariages mixtes. Mais si cela devait se produire, il a la même position que les radicaux : un musulman aurait le droit de se marier avec une femme d'une des religions du Livre (chrétienne, juive ou musulmane). Mais une musulmane n'aurait pas ce droit : elle aurait l'obligation de se marier avec un musulman.
Comme tous les Frères Musulmans, il rajoute d'emblée que les hommes et les femmes sont quand même égaux : J'ai des textes coraniques qui établissent l'égalité absolue entre l'homme et la femme. Il n'y a pas de discrimination. Seulement, il y a toujours un "mais" : Mais il y a une vision en islam qui est basée aussi sur ce que j'appelle la notion du couplage. C’est-à-dire que Dieu a créé l'homme et la femme, le mâle et la femelle. Et il a réparti quelques fonctions. C’est-à-dire à la base il y a une égalité absolue entre les deux. (…) Cette différence existe par le fait qu'il y a une complémentarité entre les deux éléments qui vont être unis pour former justement la famille.
"L'égalité absolue", oui, mais seulement "à la base". Cette fameuse "complémentarité" revient souvent dans les discours des Frères. Ce terme permet de rester ambiguë et de ne pas affoler ceux qui le seraient par "supériorité de l'homme". Cette ambiguïté permet également d'y associer l'égalité tout en la relativisant. La "complémentarité" avait été un point d'achoppement en Tunisie. Lors de l'élaboration de la nouvelle Constitution en 2012, les Frères Musulmans tunisiens (le parti Ennahda) ne voulaient pas du terme "égalité" concernant l'homme et la femme. Ils lui préféraient le terme "complémentarité", avec toutes les conséquences discriminatoires que cela pouvait inclure. Les Tunisiens s'étaient alors mobilisés et avaient fait reculer les islamistes. Ils étaient peut-être "islamophobes", selon les critères de Vincent Geisser.

Nous retrouvons ce terme dans plusieurs livres vendus dans les allées de cette Rencontre. Certains d'entre eux nous apportent les détails manquants qui permettent de bien saisir ce que veulent dire Ahmed Jaballah et l'ensemble des Frères.

Sayyid Sâbiq est un théologien historique des Frères Musulmans. Un de ses ouvrages avait même été préfacé par Hassan Al-Banna (cofondateur de la Confrérie et grand-père de Tariq Ramadan). Son livre "Fiqh as-sunna pour les femmes" (5) est exposé en bonne place et en de nombreux exemplaires dans toutes les librairies présentes au RAMF.

L'introduction du livre exprime les mêmes propos que Ahmed Jaballah : si différence il y a entre les deux sexes sur le plan pratique, c'est uniquement conséquemment aux rôles distincts que l'Islam a assigné à l'un et à l'autre en ce monde, rôles qui ne peuvent en aucun cas être qualifiés d'inégaux, puisqu'étant éminemment complémentaires.
En plongeant dans l'ouvrage, on découvre enfin ce que tout ce petit monde entend par "complémentarité". Elle confère à l'homme une autorité "naturelle" sur la femme. Par exemple, dans un paragraphe au titre explicite, "Le mari défend à sa femme de travailler", l'auteur dit ceci : Les docteurs de la loi opèrent ici une distinction entre deux possibilités : soit le travail exercé par l'épouse porte atteinte au droit du mari et oblige celle-ci à sortir de chez elle, soit il ne porte pas atteinte à son droit. Si le travail de l'épouse porte atteinte au droit du mari, les docteurs de la loi le déclarent interdit ; sinon, ils le déclarent permis. Ce sont bien "les docteurs de la loi" qui le déclarent, pas les textes religieux…

Dans un autre paragraphe dont le titre exprime également "l'égalité" et la "complémentarité" ("Corriger sa femme en cas d'insubordination"), l'auteur nous dit cela : Par nushûz, il faut entendre le fait de désobéir au mari, refuser de partager sa couche ou encore sortir de chez soi sans son autorisation. Par 'idha, il faut entendre le fait d'effrayer l'épouse au rappel de Dieu, attirer son attention sur l'obéissance qu'elle doit à son mari et les obligations qui lui incombent, lui rappeler les péchés dont elle se charge en désobéissant et les droits qu'elle perd, comme l'entretien et l'habillement, en faisant acte d'insubordination. (…)
En outre, il n'est pas permis de corriger sa femme dès qu'elle désobéit. En effet, le verset précédemment évoqué contient des termes sous-entendus, en sorte qu'il doit être compris ainsi : (Celles de qui vous craignez l'insubordination, faites-leur la morale), si elles font acte d'insubordination, (désertez leur couche), si elles persistent dans l'insubordination, (corrigez-les). En d'autres termes, si elles demeurent irrépressibles malgré que leurs maris leur aient fait la morale et aient déserté leur couche, ceux-ci sont alors en droit de les corriger. (…) En outre, on ne doit frapper ni au visage ni aux endroits sensibles, le but étant de corriger et non de blesser.
"Fiqh as-sunna pour les femmes" juste à côté de "La voie du musulman". Deux livres misogynes et violents expliquant ce qu'est "l'égalité" des sexes dans la "complémentarité".
"Fiqh as-sunna pour les femmes" placé à côté de "La voie du musulman" sur un des rayons d'une des librairies du RAMF. Deux livres misogynes et violents expliquant ce qu'est "l'égalité" des sexes dans la "complémentarité".
Cet ouvrage, qui expose "l'égalité" des sexes à travers la "complémentarité", n'est pas le seul du genre exposé et vendu à la Rencontre. Il y a également un autre classique écrit par le théologien salafiste Abou Bakr Djaber Al-Djazaïri. Dans son livre "La voie du musulman" (6), il exprime les mêmes délires : Le mari doit aider sa femme à suivre les enseignements de l'islam et d’exiger cela d'elle fermement, de ne pas lui permettre de paraître découverte, de faire parade de ses charmes, de fréquenter les hommes qui par nature peuvent se marier avec elle. Dieu le signale en ces termes : les hommes ont autorité sur les femmes (4:34).
Le voile fait ainsi partie de la panoplie pour une meilleure "égalité" et "complémentarité". Voici un des arguments de l'auteur : Un saint sortit dans une expédition. Une femme se découvrit devant lui et il la contempla. Aussitôt il leva la main et se frappa le visage. Il se creva l'œil et dit : « Tu t'empresses de regarder ce qui te nuit ! ». (…) Le mari ne doit pas permettre à sa femme de paraître découverte (…). Dieu le signale en ces termes : les hommes ont autorité sur les femmes (4:34).

Parmi ses obligations, la femme doit rester au foyer conjugal et n'en sortir qu'avec la permission de son époux. Elle doit aussi satisfaire le désir sexuel de son mari toutes les fois qu'il le manifeste car c'est son droit. Et s'il lui vient la folle idée de lui désobéir ? La réponse se trouve dans un paragraphe qui exprime encore l'égalité et la complémentarité version islamiste intitulé "Insoumission de la femme" : Dans le cas où la femme fait montre d'insoumission, c'est-à-dire lorsqu'elle désobéit à son mari en lui manifestant son mépris et son refus de respecter ses droits, ce dernier doit en premier lieu l'exhorter ; si elle se soumet à cette exhortation, le différend est clos, sinon, il s'écarte d’elle à la couche un certain temps qu'il juge convenable et cesse de lui parler durant trois jours […]. Si malgré cela elle persiste dans son inconduite, il la corrige sans sévérité tout en évitant le visage.
Il faudrait éviter le visage sans doute pour ne pas abîmer la marchandise…

Nous pourrions penser, dans un élan relativiste, de grande "ouverture d'esprit" et de "tolérance" que ces deux livres sont des exceptions. Et bien non. D'autres sont dans la même veine et le best-seller de la littérature islamiste est aussi en bonne place sur les rayons. Il s'agit de "Le licite et l'illicite en islam" de Youssef Al-Qaradhawi (7), ce théologien Frère Musulman si étroitement lié à Ahmed Jaballah et plus largement à l'UOIF.
Les deux livres islamistes les plus célèbres étaient exposés et vendus au RAMF en 2018
Les deux livres islamistes les plus célèbres étaient exposés et vendus dans plusieurs librairies de la Rencontre du Bourget en 2018
Dans son livre, il tient exactement les mêmes propos que les deux autres. Il y explique aussi, comme les autres, pourquoi la femme doit se voiler, en s'éloignant totalement du Coran : Le devoir de la femme musulmane est de se couvrir la tête avec un voile et de cacher avec ce même voile, ou autre chose, sa poitrine, sa gorge et son cou afin que rien n’apparaisse de ces parties du corps tentatrices aux regards indiscrets et scrutateurs des passants. (…) L'instinct sexuel [de l’homme], une fois satisfait, assure la conservation de l'espèce. C'est un instinct puissant et irrésistible qui se trouve chez [lui]. Il est normal que cet instinct cherche une voie de satisfaction où il accomplit son rôle et assouvit son besoin. (…) La femme [est] la propriété d'un seul homme à la fois.
Le voile est bien entendu au cœur de cette doctrine, pour "protéger" l'objet précieux que serait la femme du regard concupiscent des hommes. Il fait partie de la panoplie sexiste et ultra-patriarcale de l'intégrisme musulman. Il a été développé pour ça. Le spirituel n'en a jamais été une des raisons.

L'auteur est à l'unisson avec les deux autres sur tous les sujets : Le musulman doit se montrer patient quand il voit de la part de son épouse un comportement qui ne lui plaît pas. Il doit reconnaître sa faiblesse en tant que femme et en tant qu'être humain.
Pour toutes ces raisons la femme ne doit pas désobéir à son mari, ni se rebeller contre son autorité. Si elle ose "se rebeller" malgré les ordres, il explique quasiment mot pour mot la même procédure que les deux autres en codifiant les violences conjugales pour les rendre plus "humaines".
Cette vision de la femme dans tous ces ouvrages fait partie de ce que les Frères Musulmans appellent le "juste milieu".

Ainsi, pour Ahmed Jaballah et l'ensemble de ces islamistes, l'"égalité absolue (à la base)", à travers la "complémentarité", ne signifierait pas que la femme est inférieure. C'est l'homme qui serait supérieur…

Le passage particulièrement ignoble consacré à l'homosexualité dans le livre de Youssef Al-Qaradhawi fait passer ceux concernant les femmes pour du romantisme à l'eau de rose : L’homosexualité est un acte vicieux, une perversion de la nature, une plongée dans le cloaque de la saleté, une dépravation de la virilité et un crime contre les droits de la féminité. Quand ce péché répugnant se propage dans une société, la vie de ses membres devient mauvaise et il fait d’eux ses esclaves. Il leur fait oublier toute morale, toutes bonnes mœurs et toute bonne manière.
Est-ce que l'on tue l'actif et le passif ? Par quel moyen les tuer ? Est-ce avec un sabre ou le feu, ou en les jetant du haut d'un mur ? Cette sévérité qui semblerait inhumaine n'est qu'un moyen pour épurer la société islamique de ces êtres nocifs qui ne conduisent qu'à la perte de l'humanité.

Voilà la pensée du "juste milieu" qu'admire tant Ahmed Jaballah. Il estime que Al-Qaradhawi (également antisémite, justifiant les attentats et pour la conquête de l'Europe) est un homme de paix et de tolérance qui a œuvré pour l’ouverture et la modération et dont les positions ont toujours été en faveur de la justice et de la liberté des peuples et il exerce une influence positive dans le monde musulman (8). L'actuel président de l'UOIF, Amar Lasfar, ne manque pas de louanges non plus envers le théologien : Qaradhawi, c’est le plus savant des savants du monde musulman aujourd’hui. C’est le plus savant. Il n’a pas d’égal (9). Les deux regrettent que cet homme, présent par le passé à cette Rencontre, ait été interdit de territoire.

Tous ces livres violents, haineux, homophobes, misogynes, qui justifient l'oppression et la discrimination des femmes (pardon, "l'égalité et la complémentarité") et les violences conjugales, sont vendus sur des sites internet français, par des librairies islamistes partout dans le pays, disponibles dans les centres "culturels" musulmans et présents en 2018, en vente libre et bien exposés à plusieurs endroits de la Rencontre du Bourget. Et personne ne s'en émeut…
Par contre, le livre de Henda Ayari, qui raconte comment et pourquoi elle a retiré son voile et quitté le salafisme pour un islam apaisé, est introuvable, comme tous les autres ouvrages expliquant pourquoi le voile n'a rien de religieux mais tout de misogyne et de politique. Ces musulmans ne font sans doute pas partie des "musulmans de France".

Nous pourrions nous demander pourquoi, au fil des années et malgré les suspicions, l'UOIF n'est pas devenue plus vigilante sur les ouvrages vendus sur les étals. Parce que les islamistes n'y voient aucun mal. Pour eux, cela fait partie de la religion (tout au moins de l'interprétation qu'ils en font). Écrire ce genre de choses et les vendre n'est pas un manque de respect envers les femmes selon eux. Au contraire, c'est LE respect qui devrait leur être dû. Certes, nous pourrions aussi faire une comparaison avec les intégristes des autres religions, stratégie classique des islamistes et de leurs soutiens pour relativiser leurs positions. Mais, si les intégristes de toutes les religions se rejoignent sur le sexisme et le patriarcat, ils ne sont pas comparables dans l'absolu. L'intégrisme juif n'est pas prosélyte. Il est fortement présent en Israël mais quasiment inexistant en France. Il n'a pas la volonté de faire plier la société (les administrations, les entreprises, les écoles, etc.). Il ne milite pas contre la loi de 2004 pour autoriser le voilement des petites filles par exemple. Cet intégrisme se vit replié sur soi et n'a aucune prise sur la société.
L'intégrisme catholique n'est pas comparable non plus. Même si sa menace n'est pas à négliger, il ne bénéficie d'aucun soutien intellectuel. Les signaux d'alerte fonctionnent. Ce qui n'est pas le cas avec l'intégrisme musulman qui bénéficie de soutiens assumés.

En se promenant dans les allées, nous observons que cet événement est cohérent et assume sa vision de la femme. La "complémentarité" s'affiche partout. Sur les affiches, dans les stands vendant des vêtements, les livres, tout est fait pour séduire et montrer toute la diversité de l'oppression par différentes formes de voilement. Les stands de vêtements exposent toutes les gammes de la mode sexiste (ce qu'ils appellent la "mode pudique") pour les musulmanes qui "se respectent" et qui ne s'habillent pas comme les mécréantes.

Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe

Les enfants ne sont pas oubliés. Citoyens en devenir, ils sont même des cibles privilégiées. Tout est fait pour habituer les petites filles au sort qui les attend. Vous pouviez ainsi acheter la dernière collection de voiles pour cacher le corps et la tête des filles de moins de 6 ans.

Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe

Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe

Vous pouviez acheter des livres pour enfants adaptés où les illustrations ne montrent que des petites filles voilées.

Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe

Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe

Pour convaincre les fillettes des "bienfaits" du voile, toutes les poupées sont voilées. Même les livres de coloriage sont des supports d'endoctrinement.

Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe

Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe

Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe
Mitraillettes pour les garçons, voile pour les filles.
Les armes en jouet sont moins chères que les poupées voilées.
Tout est fait pour préparer le futur "libre choix" de la future citoyenne. Aucun modèle de musulmane sans voile n'est présenté. La musulmane, objet sexuel devant se protéger des prédateurs que seraient les hommes, doit être bâchée. Cela lui évitera les désagréments évoqués dans les livres vendus au même endroit.
Comme je l'ai abordé dans plusieurs de mes articles, pour séduire et amener au "libre choix", les islamistes récupèrent les codes culturels occidentaux pour les adapter au public visé. Voici un exemple avec l'image de la princesse des contes de fées :
Dans ce coloriage « spécial filles », les princesses ont toutes de jolis foulards et de longues robes ... C'est une manière ludique de montrer aux petites filles musulmanes que ce n'est pas parce qu'on porte le voile que l'on est moins belle ; bien au contraire !
A vous, parents musulmans d'offrir ce petit coloriage à vos enfants à l'occasion de l'Aïd ou simplement pour leur faire plaisir...

Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe

Nombre de visiteurs étaient ravis de baigner dans une telle ambiance. Rares étaient les femmes ne portant pas de voile. Mêmes des petites filles étaient voilées. Les visiteurs pouvaient parfois croiser des fillettes, âgées de deux ou trois ans, bâchées de la tête au pied.

Je suis effaré par le silence de nombre de féministes et d'associations féministes. Aucun autre intégrisme n'a la possibilité d'organiser un rassemblement de cette ampleur. Si cela se produisait, les féministes comme d'autres seraient les premières à manifester devant les bâtiments et dans les allées d'une Rencontre d'intégristes chrétiens ou d'un meeting politique qui auraient les mêmes discours et contenus. Mais face à l'intégrisme musulman, l'attitude n'est pas la même. Une partie des féministes soutiennent les islamistes au nom du "libre choix", du relativisme et de la victimisation permanente. Une autre partie reste indifférente ou silencieuse par crainte de passer pour raciste ou "islamophobe" (la critique du dogme chrétien leur est naturelle, celle du dogme musulman et de sa frange intégriste leur est inconcevable). Les féministes universalistes, qui dénoncent tous les intégrismes religieux de la même manière, sont par conséquent plus isolées et moins écoutées.
À l'heure de #balancetonporc, où on s’enorgueillit de lever les tabous sur le sexisme et les violences envers les femmes, où est le #balancetonbourget ?

Pendant que Lallab organise son "hijab day" pour la promotion de cette idéologie, on ferme les yeux sur la Rencontre du Bourget. On préfère ne pas se mouiller pour ne pas risquer d'être accusé d'intolérance par les intolérants. Ce serait la preuve de la "sororité" de certaines "féministes blanches" qui agissent ainsi par un orientalisme condescendant teinté de racisme qu'elles croient être le summum de l'antiracisme et du féminisme. Elles devront un jour en répondre face à l'histoire.

Toute la jeunesse est ciblée au RAMF. Les étudiants sont une des priorités de la Confrérie. Branche estudiantine des Frères Musulmans créée par l'UOIF, le "syndicat" Étudiants Musulmans de France (EMF) avait aussi son stand à la Rencontre islamiste du Bourget. Même s'ils ont fait une percée inquiétante aux dernières élections étudiantes de l'université d'Orléans et, ainsi, intégré le Conseil d'Administration, EMF était plus dans son élément au RAMF que dans les universités.


Étudiants Musulmans de France (EMF) avait son stand à la Rencontre organisée par son association de tutelle

Comme chaque année, il y avait bien sûr des cautions "laïques". En plus de la présence de Vincent Geisser, il y avait également Raphaël Liogier. Dans le temple de l'oppression des femmes dont le voile est le symbole affiché partout, il a déclaré que le voile est aussi une forme de modernité et de féminisme…

Dans cette ambiance ultra sexiste si anodine et agréable pour tout intégriste, Tariq Ramadan aurait pu être présent. Mais, sa braguette ne fonctionnant pas toujours très bien, son agenda overbooké le rend indisponible pour une période indéterminée. En revanche, un stand pour les "#FreeTariqRamadan" était bien là. Ce groupuscule, qui considère Tariq Ramadan comme un gourou, ne cesse de remettre en cause la justice, de dénigrer les plaignantes et a récolté à ce jour près de 170000€ pour le soutenir. Une somme si indécemment élevée qui ne servira évidemment pas qu'à payer ses frais de justice. L'UOIF soutient officiellement le prédicateur depuis plusieurs semaines. L'organisation n'a donc pas prévu de stand pour les plaignantes qui, je le rappelle, sont toutes musulmanes (quitte à être communautariste…) et sont à mille lieues d'avoir les finances et l'armada de Tariq Ramadan. C'est peut-être cela "l'éthique" et le "juste milieu" des islamistes.

Stand en soutien à Tariq Ramadan, RAMF 2018
Dans un discours enflammé de plusieurs minutes, Amar Lasfar n'a pas eu de mots assez forts pour faire l'éloge du prédicateur accusé, selon lui injustement, de multiples viols. Les mots étaient si forts qu'il n'en a pas eu un seul pour les plaignantes. La présomption d'innocence n'empêche pas la prise en considération de la parole des plaignantes, et encore moins une condamnation des insultes ignobles et des menaces de mort qu'elles reçoivent depuis leur dépôt de plainte. Tout est fait pour les décrédibiliser et dissuader toute autre victime présumée de se manifester. En observant la vision de la femme exposée dans les différents stands, les jouets ou les livres vendus, ce déni des femmes potentiellement victimes de viols est cohérent avec l'intégralité de cette Rencontre. C'est aussi en cohérence avec les militants de #FreeTariqRamadan.

Pour parfaire le tableau et confirmer, s'il en était encore besoin, l'adhésion de l'UOIF à l'idéologie frériste, un stand était consacré à la gloire des Frères Musulmans égyptiens. Quelques objets affichant leur symbole étaient distribués gratuitement. C'est la "Rabia", ou la "main du Tamkine", signe de ralliement des Frères Musulmans depuis 2013, suite au coup d'État contre Mohamed Morsi en Égypte. Par un marchandising digne d'un club de football, ce symbole était disponible en gants, porte-clés, badges et bonnets.

Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe
Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe
Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe

Selon Mohamed Louizi, les quatre doigts représenteraient quatre étapes. L'ultime étape serait le tamkine : la domination politique de l'islam version Frères Musulmans (10). Ce geste de la main a été brandi par toutes les personnalités de la Confrérie, de Youssef Al-Qaradhawi en passant par Erdogan et Rached Ghannouchi (chef du parti islamiste tunisien).
Le r4abia ou main du Tamkine, signe de ralliement des Frères Musulmans depuis 2013
Recep T. Erdogan et la rabia, ou r4bia, signe de ralliement des Frères Musulmans depuis 2013
Le discours de clôture se devait d'être parfait dans sa mise en scène. L'affichage d'une vitrine acceptable pour dissimuler son arrière-cour est la marque de fabrique des Frères Musulmans. Deux drapeaux français étaient posés de chaque côté du pupitre, afin de faire savoir que l'UOIF, rebaptisée "Musulmans de France", ne représenterait pas les intégristes musulmans mais l'ensemble des musulmans. Sa vision radicale de l'islam ne le serait pas tant que ça et serait pleinement française. D'autres y verront par ces drapeaux que les Frères Musulmans ont à présent un pied dans la place. Bien-sûr, toutes les femmes adultes présentes avec lui étaient voilées. Ce discours fut justement ouvert par une militante portant le hijab. Nous retrouvons le désir des Frères de mettre des femmes voilées en avant. Cela donne le sentiment d'une forme d'égalité des sexes tout en instillant toujours mieux l'idée qu'une musulmane, et de surcroît pieuse, est forcément voilée. Cette propagande pro voile de l'UOIF contribue à ce que ses partisans appellent le chemin vers le "libre choix".
Ce fut ensuite au tour du président de l'UOIF, Amar Lasfar, de prononcer un discours. Les deux intervenants se déclarèrent républicains et contre l'intégrisme (ils ne manquent pas d'humour) à travers des phrases vagues et consensuelles mais qui rassureront et séduiront toujours un peu plus ceux qui les soutiennent. Amar Lasfar n'en a pas oublié ses fidèles. Pour les rassurer, il a de nouveau affirmé être contre une réforme progressiste de l'islam. On n'en attendait pas moins d'un intégriste.

Nous ne répéterons jamais assez que cette Rencontre concerne uniquement les islamistes. Les autres croyants sont autant choqués que n'importe qui par ce rassemblement qui prétend se faire en leur nom. L'UOIF et son idéologie sont clairement une menace pour la société. Luttons contre cela. Dénonçons ces intégristes pour ne plus les mélanger avec l'ensemble des musulmans. Écoutons enfin les musulmans (de culte et/ou de culture) qui luttent contre les islamistes : l'UOIF ne représentera jamais "les musulmans de France".




(5) Sayyid Sâbiq, Fiqh as-sunna pour les femmes, Maison d'Ennour, réédition 2014.

(6) Abou Bakr Djaber Al-Djazaïri, La voie du musulman, Beyrouth, Liban, 1ère édition 1964, réédition 2004.

(7) Youssef Al-Qaradhawi, Le licite et l’illicite en islam, Paris, Éditions Al Qalam, traduction 1992, réédition 2005.


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