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"l'obligation religieuse du voile" créée par les intégristes : une hérésie sexiste combattue par les musulmans rationalistes, Coran à l'appui (1ère partie)


Le voile, symbole de l'intégrisme musulman, est au coeur de la lutte entre islamistes et musulmans rationalistes
La Rencontre Annuelle des Frères Musulmans au Bourget, avril 2018.
Le voile était partout : boutiques et librairies pour femmes et fillettes, sans oublier les jouets
(Liens vers les autres parties en fin de celle-ci.)

S'il est péché de regarder la femme, alors cache tes yeux, pas la femme.
Nizami Gencevi, poète perse (1140-1209)

Imposer le voile à la femme est la plus dure et la plus horrible forme d’esclavage.
Nous n'avons trouvé aucun texte dans la charia qui exige le voile de la sorte que nous connaissons. Ce n'est qu'une coutume. C'est pour cela que nous ne voyons aucun inconvénient à discuter du sujet, et à insister sur le besoin des gens à changer cette coutume.
C'est quand même étonnant ! Pourquoi ne demande-t-on pas aux hommes de porter le voile ou de dérober leur visage au regard des femmes s'ils craignent tant de les séduire ? La volonté masculine serait-elle inférieure à celle de la femme ?
Qasim Amin, La libération de la femme, 1899.

Ces citations montrent que le voile fait depuis longtemps débat au sein du monde musulman. Moins depuis la révélation du Coran que par sa prescription construite plusieurs décennies après la mort du Prophète en s'appuyant sur des hadiths douteux et un détournement des textes coraniques par des hommes plus préoccupés par leurs libidos que par la spiritualité.

En France, cette question est vive. Cela s'explique par l'accroissement de l'exhibition et des revendications de l'intégrisme musulman à travers son symbole politique et sexiste qu'est le voile. Un phénomène qui effraie plus que partout ailleurs dans le monde. Notre héritage laïque est le fruit de l'inquisition catholique, des conflits entre l'Église et la royauté puis surtout la République, du traumatisme des guerres de religions qui trouvèrent leur "apothéose" dans le massacre de la Saint Barthélémy. Cela s'explique également par les luttes féministes qui trouvent leur source dans la Révolution Française. Pour la majeure partie de la population, il est hors de question de revenir en arrière, de s'asseoir sur des acquis laïques et féministes obtenus parfois au prix de drames et du sang. Par l'idéologie et les conceptions du monde et de la femme qu'il véhicule, le voile et ses revendications font planer des conflits et des idées rétrogrades que nous espérions révolues.
Ce que je nomme la "rhétorique d'inversion" permet aux islamistes d'inverser les rôles pour trouver des soutiens et faire avancer leur idéologie. D'oppresseurs ils se présentent comme d'éternels opprimés. Antidémocrates et anti-laïques, ils se présentent comme les défenseurs des Droits humains et de la laïcité. En investissant ces terrains qui sont les nôtres, ils empêchent d'aller voir ce qui se passe sur le leur : les luttes internes entre intégristes et musulmans progressistes. Le voile et le statut de la femme sont au cœur de leurs conflits, exactement comme ce qui nous oppose aux islamistes.
Beaucoup estiment qu'il n'est pas utile d'aller sur le terrain théologique. La laïcité est censée se suffire à elle-même pour parer à tout envahissement religieux. Bien maîtriser le concept de laïcité et nos lois républicaines serait suffisant. Or, notre laïcité s'est construite en réponse aux débordements de la religion chrétienne. Cette dernière n'est pas l'islam, et l'intégrisme musulman est différent de l'intégrisme catholique. Refuser de comprendre les mécanismes de l'islamisme, souvent par paresse intellectuelle, affaiblit la laïcité au quotidien. La première conséquence grave de cette ignorance est d'avoir reconnu le voile comme signe religieux. Au-delà de l'aberration théologique (1), cette reconnaissance a aussi officiellement reconnu l'intégrisme musulman comme étant l'islam tout court. De ce fait, elle a contribué à rejeter les musulmans progressistes. La France a suivi le même processus que les pays musulmans.
Il est donc nécessaire d'investir le terrain des islamistes (la théologie) comme ils ont investi le nôtre (la laïcité). Bien connaître son adversaire (ici ses faiblesses théologiques) est le meilleur moyen de le combattre. Les islamistes l'ont compris depuis longtemps. Pointer ces instrumentalisations de l'islam bien éloignées de la religion permettra à notre bouclier laïque d'être plus cohérent, plus juste et plus efficace. Il n'est pas question de s'improviser théologien mais d'écouter celles et ceux qui luttent contre les islamistes depuis des décennies. Ces hommes et ces femmes, théologiens, islamologues, universitaires spécialistes de l'islam, intellectuels, qui s'appuient sur les mêmes sources coraniques que les salafistes et autres Frères Musulmans mais en apportent de toutes autres explications.

Selon les interprétations, les intégristes considèrent le voile comme obligatoire, les autres n'y voient qu'une vague recommandation de cacher l'échancrure de la poitrine et les parties sexuelles de la femme à travers des versets qui évoquent des circonstances précises du VIIe siècle.

Les partisans du port du voile se basent sur trois versets (un quatrième est plus rarement avancé). Que disent exactement ces textes ? Le Coran attribue-t-il réellement une spiritualité et une religiosité au voile ? Y-a-t-il vraiment consensus entre tous les "savants" musulmans concernant cette "obligation religieuse", comme l'affirment les intégristes ? Pourquoi entend-on si peu d'avis divergents ?


Les hadiths et le rejet de la réflexion à la rescousse des islamistes
Le Coran étant très laconique, et l'obsession sexuelle des intégristes si puissante, qu'ils préfèrent s'appuyer bien plus sur les hadiths que sur leur Livre saint. Mais les hadiths posent deux problèmes. Ce sont des propos et gestes du Prophète rapportés par des témoins directs (dont la parole est censée faire foi) et transmis oralement à travers le temps par des milliers de personnes. Ils ont été recueillis et compilés plusieurs centaines d'années après la mort de Mohamed. Par définition, ils ne peuvent donc être crédibles, peu importe leur degré de fiabilité supposée. Nous savons également aujourd'hui que nombre de ces hadiths sont apocryphes et postérieurs à la mort du Prophète.

Au-delà de la non-fiabilité des milliers de hadiths, ou plutôt en conséquence, on peut y trouver tout et son contraire, y compris des hadiths qui contredisent le Coran. Chacun y puisera ainsi ce qui conviendra à son discours, sans oublier l'interprétation que chacun fera des hadiths en question. La seule source qui peut faire foi est le Coran (sans entrer dans les débats sur l'élaboration et la fixation de celui-ci, étalées sur plusieurs décennies après la mort du Prophète).

Les islamistes prétendent appliquer le Coran à la lettre. Selon eux, les textes religieux se suffisent à eux-mêmes. Dans son célèbre ouvrage Le licite et l'illicite en islam publié au début des années 1960 (2), le théologien Frère Musulman Youssef Al-Qaradhawi le rappelle par une mise au point où il fait une distinction entre deux catégories de "savants" : La première s'attache beaucoup à l'Occident au point d'adopter ses coutumes et sa façon de voir. (…) Elle module ses idées par rapport aux conceptions occidentales. La deuxième s'attache à un avis du licite et de l'illicite et se tient au texte sans chercher plus loin. Dit autrement, il est inutile d'utiliser ses neurones et de trop réfléchir. Tout serait dans le texte coranique et les hadiths. Il explique les versets sans aucune mise en contexte, uniquement à travers ce qu'il croit être les yeux et la mentalité de l’époque où ces textes ont été écrits. Le mimétisme du Prophète et de ses compagnons l’emporte sur l’utilisation de la raison. Mais son propos répond aussi à ses détracteurs, preuve que le consensus martelé par les intégristes n'existe pas. Quelle est cette catégorie qui "s'attache beaucoup à l'Occident au point d'adopter ses coutumes et sa façon de voir" et qui "module ses idées par rapport aux conceptions occidentales" (accusation classique des intégristes pour discréditer toute opposition) ?


Quelques exemples de musulmans rationalistes combattus par les islamistes
Qasim Amin (1865-1908), dont j'ai partagé quelques citations au début de mon introduction, est considéré comme le premier penseur féministe arabo-musulman. Il s'inscrit dans le mouvement de la Renaissance musulmane (Nahda) né à la fin du XIXe siècle face au constat de la léthargie du monde islamique qui contrastait avec le dynamisme intellectuel et scientifique de l'Occident dans un contexte colonial combattu par ces nouveaux penseurs. Ils déploraient le dogmatisme théologique des "savants" de leur temps. Ils désiraient utiliser l'Histoire, la philosophie et l'ensemble des sciences humaines pour une nouvelle approche des textes coraniques. A leurs yeux, le progrès et la modernité n'étaient pas incompatibles avec la religion. Ils voulaient débarrasser l'islam de toutes les coutumes qui s'y étaient greffées depuis des siècles. Mohamed Abduh (1849-1905), grand mufti d'Égypte à partir de 1889, est considéré comme l'un des pères de la Nahda. Qasim Amin fut l'un de ses disciples. Mais il s'éloigna de son mentor pour aller encore plus loin. Si Mohamed Abduh dénonçait l'interprétation abusive du Coran concernant le voile intégral et le statut avilissant de la femme musulmane, il acceptait quand même l'idée d'un voile laissant apparaître le visage et les mains. En s'appuyant sur le Coran, Qasim Amin estima que c'est le voile dans son ensemble qui pose un problème. Ses thèses reçurent les foudres des conservateurs. Ses livres furent censurés ou, tout du moins, quasiment jamais réédités.
Qasim Amin (1865-1908)
Qasim Amin (1865-1908)
Avec l'université Al Azhar au Caire, l'université Zitouna à Tunis fut durant plusieurs siècles l'autre phare de l'islam sunnite. Le Tunisien Tahar Haddad (1899-1935) en fut l'étudiant le plus célèbre de la période contemporaine. Avant de devenir militant politique et syndicaliste, il étudia l'islam dans cette université durant six ans. Plus de trente ans après Qasim Amin, il milita également pour l’émancipation des femmes musulmanes dans son pays. Auteur de plusieurs articles sur ce sujet à la fin des années 1920, il écrivit en 1930 un ouvrage qui fera date : Notre femme dans la législation islamique et la société. Ses idées furent sévèrement condamnées par ses pairs, dont l'université de la Zitouna.
Tahar Haddad (1899-1935)
Tahar Haddad (1899-1935)
Mort en exil et dans le dénuement, il fut réhabilité vingt ans plus tard. A l'indépendance du pays en 1956, Habib Bourguiba s'inspira de la pensée de Tahar Haddad pour la rédaction du Code du Statut Personnel qui apporta des droits aux femmes et traça le chemin vers plus d'égalité. Une situation unique dans le monde musulman.

Journée de la femme en Tunisie, 13 août 1966. Habib Bourguiba dévoile deux femmes.
Reportage diffusé par l'ORTF le 8 janvier 1968.

Si Tahar Haddad fut l'étudiant le plus célèbre de l'université Zitouna, Mohamed Tahar Ben Achour (1879-1973) en fut l'une des plus importantes figures. Il était en Tunisie le plus haut dignitaire religieux de son temps. Auteur de plusieurs dizaines d'ouvrages, sa plus grande œuvre est une monumentale exégèse du Coran en trente volumes sur laquelle il travailla durant quarante ans. Dans la lignée de l'islam des Lumières et du mouvement de réforme islamique de la fin du XIXe siècle, il recommandait une démarche scientifique et l'utilisation de la raison pour l'analyse et l'interprétation des textes coraniques.
Comme tous les musulmans rationalistes, il considère que Dieu est éternel mais que ce dernier n'a jamais laissé croire que toutes ses paroles l'étaient. Dieu transcende le temps, sa parole est inscrite dans le temps. A aucun moment dans le Coran il est permis de confondre Dieu et sa Parole. A aucun moment il est permis de déduire, de l’éternité de Dieu, l’éternité de sa Parole, comme l'ont expliqué plus récemment des musulmans progressistes (3). Certains versets ont vocation à être intemporels et universels, d'autres répondent à une situation qui concerne l'époque et les contemporains de la Révélation. Les rationalistes ne renient pas ces versets. Ils veulent les comprendre et les remettre dans leur contexte pour les adapter à l'époque et à la société dans lesquelles nous nous trouvons. Selon eux, respecter l'esprit du verset prime sur la littéralité qui ne peut qu'aboutir à une déformation du message divin.
Mohamed Tahar Ben Achour, historien de formation, n'a eu de cesse de rappeler le contexte historique de la Révélation. Le monde n'est plus le même aujourd'hui. Prenons le verset 34 de la sourate 4 : Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont obéissantes (à leurs maris), et protègent ce qui doit être protégé, pendant l’absence de leurs époux, avec la protection d’Allah. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les. Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles, car Allah est certes, Haut et Grand !
La philosophie, la psychologie, la prise de conscience de l'aspect violent, dégradant et humiliant des violences conjugales ont fait évoluer le monde. Si ce verset a codifié l'autorité maritale pour limiter les violences conjugales de son époque, il n'est plus possible d'envisager aujourd'hui que cela puisse se produire, même en dernier recours. Mohamed Tahar Ben Achour affirme donc que le pouvoir séculier doit interdire et punir ces violences (4).
Mohamed Tahar Ben Achour (1879-1973)
Mohamed Tahar Ben Achour (1879-1973)
Le reste du verset devrait aussi se discuter à la lumière du monde d'aujourd'hui. Contrairement aux islamistes, les rationalistes n'ont pas de tabous, tout peut être débattu.
Voilà ce que Youssef Al-Qaradhawi et l'ensemble des islamistes pointent du doigt. Ces quelques exemples parmi beaucoup d'autres font partie d'un mouvement qui révulse les intégristes. Ils n'auront de cesse de le combattre et de le discréditer.

Le verset cité montre que le Coran n'est pas qu'un livre religieux. C'est aussi un livre politique, juridique et social. Sa Révélation s'est déroulée sur deux périodes. La première est mecquoise. Les sourates révélées ont trait à la spiritualité et aux devoirs religieux des musulmans. La deuxième est la période médinoise où les sourates relèvent des aspects politiques ainsi que de l'organisation juridique et sociale de la société musulmane. Les versets concernant le "voile" ont tous été révélés lors de la période médinoise. Ils concernent les mœurs et la protection des "femmes des croyants". Ce cadre posé par le Coran est le premier élément qui montre l'absence d'une quelconque religiosité du "voile". D'ailleurs, ce mot est-il réellement écrit ? Il est temps de dévoiler l'imposture islamiste.


Le "voile" ne figure nulle part dans le Coran
Le Coran n'a jamais employé le mot "voile". Ce terme ne figure dans aucun des 6236 versets qui le composent. C'est une création postérieure faite par la charia et soutenue par certaines traductions françaises. Les islamistes fondent pourtant leur légitimité sur leur soi-disant fidélité au texte qui permettrait d'être au plus près du désir de Dieu. Or, en utilisant "voile" dans des versets arabes qui n'en parlent pas, cette première contradiction n'est pas la dernière.
Il est difficile de traduire fidèlement certains mots arabes. Dans le Coran, un même mot peut avoir des sens totalement différents selon les versets. A l'inverse, lorsque différents termes sont utilisés dans divers versets, certaines traductions, par commodité ou idéologie, réduisent le tout par un seul. C'est le cas pour le "voile".
Il existe plusieurs traductions françaises du Coran réalisées à différentes époques. Les islamistes ont évidemment opté pour celles qui utilisent "voile". Ce sont ces traductions que nous trouvons dans leurs boutiques, leurs centres "culturels" et sur internet. De Oumma.com au Conseil Français du Culte Musulman (longtemps dominé par l'UOIF) en passant par divers sites internet salafistes, tous utilisent la même. A un tel point qu'ils se sont copiés les uns les autres en reproduisant les mêmes fautes d'orthographe sur leur Coran en ligne : si "elle" cherchent la chasteté (sourate 24 verset 60).

Des sites salafistes au CFCM en passant par les Frères Musulmans, tous ont mis en ligne la même traduction du Coran avec les mêmes fautes d'orthographe
Des sites salafistes au CFCM en passant par les Frères Musulmans, tous ont mis en ligne la même traduction du Coran avec les mêmes fautes d'orthographe
Cette traduction du Coran largement diffusée sur internet est celle de Muhammad Hamidullah (1908-2002). Ce brillant intellectuel d'origine indienne était à la fois maître de conférences au CNRS, professeur d'université en Turquie et militant religieux. En 1961, il cofonda le centre islamique de Genève avec Saïd Ramadan (gendre de Hassan Al-Banna et père de Tariq et Hani Ramadan). En 1963, il participa à la création de l’Association des étudiants islamiques en France (AEIF) pour accueillir les étudiants musulmans étrangers et promouvoir l'islam version Frères Musulmans. L'intérêt était que, une fois de retour dans leur pays, les étudiants participent à la diffusion des idées fréristes acquises en marge des universités françaises. L'AEIF posa les jalons de la future UOIF et de sa branche estudiantine EMF.
La traduction du Coran par Muhammad Hamidullah, maintes fois rééditée, date de 1959. Elle sera révisée par la Ligue islamique mondiale, une ONG wahhabite qui a pour objectif de promouvoir le panislamisme à travers un islam version intégriste. Comme toute traduction du Coran, elle est contestée. Mais elle est largement validée par l'ensemble des intégristes musulmans francophones (les fautes d'orthographes sont dans la version en ligne sur les divers sites, pas dans la version originale sur papier).

Pour les versets concernés par le "voile", je vais m'attacher à reprendre et à étudier la traduction choisie par les intégristes pour ensuite apporter le véritable sens littéral et le contexte. Nous verrons que le "voile intégral" n'est pas si intégral que cela dans le Coran. Ce n'est d'ailleurs même pas un voile. Nous plongerons ainsi, dans les parties suivantes, au cœur des fondations coraniques bancales de l'idéologie islamiste qu'ils ont toujours tenté de consolider à coups de hadiths. Un talon d'Achille qu'ils réussissent à masquer auprès des non musulmans et à protéger par des menaces et disqualifications auprès des musulmans trop critiques.


L'obligation religieuse du voile créée par les intégristes : une hérésie sexiste combattue par les musulmans rationalistes, Coran à l'appui (2ème partie)




(2) Qaradhawi Youcef, Le licite et l'illicite en islam, Éditions Al Qalam, Paris, 1992, rééd 2005, p. 8.

(3) Mahmoud Hussein, Ce que le Coran ne dit pas, Grasset, 2013, p. 16.


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La choquante programmation de Médine au Bataclan ne peut pas être interdite

La choquante programmation de Médine au Bataclan ne peut pas être interdite
Source : publication Facebook publique de Médine, 8 août 2013
(enfants floutés par mes soins)
       Le militant islamiste Médine a fait du rap son support de prédication politico-religieux. Depuis que son passage au Bataclan a été annoncé, de nombreux articles et publications sur les réseaux sociaux ont apporté tous les éléments qui montrent sa radicalité religieuse et politique.

Emule de Tariq Ramadan et de nombre de prédicateurs Frères Musulmans, il est, selon ses mots, "officiellement l'ambassadeur de Havre de Savoir". Cette association est une des vitrines des Frères Musulmans en France et ne s'en est jamais cachée. Elle considère par exemple Youssef Al-Qaradhawi (le plus important théologien de la Confrérie encore en vie) comme une référence absolue et regrette son interdiction de territoire. Ce théologien ultra sexiste, homophobe et antisémite considère l'Europe comme une terre de conquête : "L'islam s'installera de nouveau en Europe. La conquête doit-elle se faire par l'épée ? Non, pas nécessairement. Il y a ce qu'on appelle une conquête pacifique. L'islam reviendra sans passer par l'épée. La conquête se fera par la dawa et la prédication."

C'est exactement ce qu'applique Médine. Son support, le rap, est un des meilleurs outils pour cela, et c'est pour cela qu'il est mis en avant par la Confrérie. Les résultats ne se sont pas fait attendre : ce militant d'extrême droite est soutenu, comme toujours dans ces cas-là, par une partie de la gauche. Il flatte aussi l'extrême droite traditionnelle qui trouve encore un prétexte pour diaboliser tous les musulmans, puisque Médine serait un "musulman lambda". Parallèlement, Médine se victimise en dénonçant "l'islamophobie de l'extrême droite". Tous ses détracteurs sont ainsi assimilés au fascisme. Comme je ne cesse de le dire, ces deux extrêmes droites ont besoin l'une de l'autre.

Il est normal que son passage annoncé au Bataclan choque toute une partie de la population. Comme montré plus haut, il est le représentant juridiquement acceptable de l'idéologie mortifère qui était passée au même endroit en novembre 2015 et qui fit près de 130 morts et plus de 350 blessés. Peut-être est-ce une nouvelle forme de quenelle de la part de Médine.

Devrait-on interdire son passage pour autant ? Non. Si les paroles pourraient être juridiquement condamnables, alors des plaintes doivent être déposées et ce sera à la justice de trancher, comme ce fut le cas pour son ami Dieudonné. Pour l'instant, comme je l'ai dit, il est juridiquement autorisé à se produire et le Bataclan a le droit de choisir sa programmation. Et peut-être que, par équité et promotion de toutes les formes "d'arts", cette salle programmera aussi un concert de skinheads, l'autre face de la pièce d'extrême droite de Médine. Quitte à programmer des suprémacistes militants d'idéologies totalitaires, autant être "inclusifs".
Philosophiquement également, Médine a le droit de s'y produire, aussi choquant que cela puisse être. La liberté d'expression est à ce prix. Nous ne pouvons pas brandir cette liberté pour nous-mêmes et la refuser pour nos adversaires, sauf encore une fois si ces adversaires tiennent des propos hors la loi. Comme l'a dit Raphaël Enthoven, "si la liberté n’est pas réciproque, elle n’est qu’un alibi". C'est justement cette réciprocité qui nous donne aussi la liberté de critiquer cette programmation, d'exprimer notre indignation et, pourquoi pas, de manifester devant le Bataclan le jour du concert. Telle est la France et c'est aussi pour ça que je l'aime.

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La Rencontre Annuelle des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe

Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe
La "Rencontre Annuelle des Musulmans de France" (RAMF) s'est déroulée du 30 mars au 2 avril 2018 au Bourget
       "Regardez dans les mosquées, regardez dans ces groupes musulmans, non seulement ils veulent enfermer les femmes musulmanes dans une sorte de cercle de fer, mais en plus ils veulent conquérir le monde". Cette production orientaliste du XIXe siècle, dans un contexte colonial, est un peu précurseur de "l'islamophobie" actuelle. C’est-à-dire de la naissance de cette image que l'on appelle "l'homo islamicus". Ce musulman qui est rétrograde. Ce musulman qui pense l'infériorité de la femme. Ce musulman qui vit dans le passé. Ce musulman fanatique. (…).

Cette réflexion est celle de Vincent Geisser, sociologue. Il était l'intervenant du débat "Les musulmans : ennemis imaginaires ?" à la Rencontre Annuelle des Musulmans de France (RAMF) qui eut lieu du 30 mars au 2 avril 2018 au Bourget. Il se situe dans la ligne idéologique développant les thèses victimaires habituelles. Il est un des grands défenseurs du terme "islamophobie". Il n'a jamais su faire la distinction entre la critique d'une idéologie et les attaques envers des individus. Il n'a jamais su non plus la faire entre les islamistes et les musulmans. Pour lui, tout est "islamophobe", même les musulmans qui luttent contre les intégristes. Ainsi, il est naturellement un des chouchous de l'extrême droite musulmane et des indigénistes. Son intervention lors de cette Rencontre était une évidence.
Durant 30 minutes, il n'a eu de cesse d'entretenir un climat antimusulman assimilant, comme toujours, les intégristes à de simples musulmans persécutés par une société intolérante. Durant ces 30 minutes, nous étions plongés dans un monde anxiogène. Les spectateurs en sortent groggy et renforcés dans leur vision d'une France qui rejetterait les musulmans.

Cette Rencontre est-elle éloignée de ce qu'il pointe du doigt comme un fantasme ? Les intégristes (qu'il confond avec "les musulmans") expriment-ils leur désir d'"enfermer les femmes musulmanes dans une sorte de cercle de fer" ? Cette catégorie de musulmans "fanatiques et rétrogrades qui pense l'infériorité de la femme, qui vit dans le passé", est-elle présente dans les lieux même où Vincent Geisser s'exprime ?

En réalité, nous sommes à la "Rencontre Annuelle des Frères Musulmans de France". Un seul mot vous manque et tout est déformé. L'UOIF s'étant rebaptisée "Musulmans de France" dans son projet de représenter tous les musulmans, l'OPA islamiste sur l'islam en France continue. Pour savoir si nous sommes dans un fantasme "islamophobe" selon Vincent Geisser, nous pouvons observer la liste des intervenants, écouter ce qu'ils ont pu dire lors des débats durant ce week-end, nous promener dans les allées au gré des stands et des librairies.

N'étant pas en comité restreint mais sous les projecteurs, la plupart des propos tenus lors des débats ont été consensuels. Mais il suffit de regarder les pedigrees de quelques-uns des intervenants et d'être attentifs à certains de leurs discours pour se faire une meilleure idée.

Hassan Iquioussen est l'une des personnalités les plus importantes des Frères Musulmans en France. Ce prédicateur star de l'UOIF est antisémite (1). Il est également un homophobe assumé. Il compare l'homosexualité à la pédophilie et estime qu'après avoir autorisé "le mariage des hommes avec des hommes", la prochaine étape sera le mariage des hommes avec des animaux (2). Il est exactement dans la même ligne que son mouvement. En novembre 2012, lors des débats sur le mariage pour tous, l'UOIF avait publié un texte où elle compare l'homosexualité à la zoophilie (3).

Hassan Iquioussen tient des propos homophobes et milite pour l'islam politique (mars 2014).

Hassan Iquioussen considère aussi la mixité comme un problème. Il regrette également de ne plus pouvoir voiler sa petite fille à l'école à cause de "la loi infâme du 15 mars 2004". Il parle de "pseudo attentats" en évoquant ceux du 11 septembre 2001, de Madrid, Londres et Toulouse, noyé dans son complotisme coutumier. Il revendique l'islam politique. Bref, il est un islamiste dans toute sa splendeur.

Hassan Iquioussen en plein délire complotiste, mosquée de Dunkerque, octobre 2012.

Il a participé à plusieurs débats durant cette Rencontre. L'organisation n'ignorant rien de ses "opinions" exprimées par le passé, et n'étant pas présent pour un débat contradictoire mais pour prêcher la bonne parole, l'UOIF les valide par sa présence.

Sofiane Meziani fut un autre intervenant. Enseignant au "Lycée musulman Averroès" de Lille sous l'égide de l'UOIF, il est un auteur prolifique sur Oumma.com et un des intervenants préférés de Havre de Savoir, autre vitrine des Frères Musulmans. Il aime faire l'éloge de Hassan Al-Banna et de la victoire des Frères Musulmans en Égypte en 2012 (4). Son dernier ouvrage, "Petit manifeste contre la démocratie : pour une redéfinition de l'homme et de la société", est en bonne place sur les rayons de ventes de livres de la Rencontre.
Il s'exprima au RAMF, dans le débat "Quelle quête spirituelle pour la jeunesse ?", pour dire notamment ceci : Dans quelle atmosphère j'évolue ? J'ai besoin d'une ambiance autour de moi qui symbolise l'éclosion de ma fleur intérieure. Une ambiance qui va permettre à ma foi de briller de tout son éclat. Il faut créer cette ambiance spirituelle. Il faut créer du sacré dans cette société devenue excessivement profane. Il faut penser la sacralisation du monde. Certains sont en train de penser la sécularisation de l'islam. Alors que le but aujourd'hui c'est de penser la sacralisation du monde.
Il assume clairement la doctrine frériste quant à l'irruption du religieux dans toute la société, à travers l'islam évidemment, pour "bien vivre ensemble" (expression chère au président de l'UOIF, Amar Lasfar).

Ahmed Jaballah était également présent à quelques débats. Ancien président de l'UOIF, il est membre fondateur et secrétaire général du Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche, structure européenne des Frères Musulmans présidée par Youssef Al-Qaradhawi. Ce dernier est le plus célèbre théologien des Frères Musulmans encore en vie. Nombre de ses ouvrages sont d'ailleurs vendus dans les allées de la RAMF, dont un qui a fait date et que j'aborderai un peu plus loin. Ahmed Jaballah est également membre de l'Association internationale des savants musulmans dirigée, là encore, par Youssef Al-Qaradhawi, dont le siège est au Qatar. Enfin, parmi de multiples autres casquettes dans le même genre, Ahmed Jaballah est cofondateur de l’Institut Européen des Sciences Humaines (IESH) situé dans la Nièvre. Cet institut a pour vocation de former des cadres musulmans qui partiront aux quatre coins de France pour diffuser l’idéologie des Frères. Par qui a-t-il été inauguré en 1992 ?... Par Youssef Al-Qaradhawi.
Ahmed Jaballah concentre à lui seul la doctrine de l'UOIF et celle de cette Rencontre. Dans le débat "Droits des femmes : quel intérêt d'être une femme en islam ?", il affirma son hostilité aux mariages mixtes. Mais si cela devait se produire, il a la même position que les radicaux : un musulman aurait le droit de se marier avec une femme d'une des religions du Livre (chrétienne, juive ou musulmane). Mais une musulmane n'aurait pas ce droit : elle aurait l'obligation de se marier avec un musulman.
Comme tous les Frères Musulmans, il rajoute d'emblée que les hommes et les femmes sont quand même égaux : J'ai des textes coraniques qui établissent l'égalité absolue entre l'homme et la femme. Il n'y a pas de discrimination. Seulement, il y a toujours un "mais" : Mais il y a une vision en islam qui est basée aussi sur ce que j'appelle la notion du couplage. C’est-à-dire que Dieu a créé l'homme et la femme, le mâle et la femelle. Et il a réparti quelques fonctions. C’est-à-dire à la base il y a une égalité absolue entre les deux. (…) Cette différence existe par le fait qu'il y a une complémentarité entre les deux éléments qui vont être unis pour former justement la famille.
"L'égalité absolue", oui, mais seulement "à la base". Cette fameuse "complémentarité" revient souvent dans les discours des Frères. Ce terme permet de rester ambiguë et de ne pas affoler ceux qui le seraient par "supériorité de l'homme". Cette ambiguïté permet également d'y associer l'égalité tout en la relativisant. La "complémentarité" avait été un point d'achoppement en Tunisie. Lors de l'élaboration de la nouvelle Constitution en 2012, les Frères Musulmans tunisiens (le parti Ennahda) ne voulaient pas du terme "égalité" concernant l'homme et la femme. Ils lui préféraient le terme "complémentarité", avec toutes les conséquences discriminatoires que cela pouvait inclure. Les Tunisiens s'étaient alors mobilisés et avaient fait reculer les islamistes. Ils étaient peut-être "islamophobes", selon les critères de Vincent Geisser.

Nous retrouvons ce terme dans plusieurs livres vendus dans les allées de cette Rencontre. Certains d'entre eux nous apportent les détails manquants qui permettent de bien saisir ce que veulent dire Ahmed Jaballah et l'ensemble des Frères.

Sayyid Sâbiq est un théologien historique des Frères Musulmans. Un de ses ouvrages avait même été préfacé par Hassan Al-Banna (cofondateur de la Confrérie et grand-père de Tariq Ramadan). Son livre "Fiqh as-sunna pour les femmes" (5) est exposé en bonne place et en de nombreux exemplaires dans toutes les librairies présentes au RAMF.

L'introduction du livre exprime les mêmes propos que Ahmed Jaballah : si différence il y a entre les deux sexes sur le plan pratique, c'est uniquement conséquemment aux rôles distincts que l'Islam a assigné à l'un et à l'autre en ce monde, rôles qui ne peuvent en aucun cas être qualifiés d'inégaux, puisqu'étant éminemment complémentaires.
En plongeant dans l'ouvrage, on découvre enfin ce que tout ce petit monde entend par "complémentarité". Elle confère à l'homme une autorité "naturelle" sur la femme. Par exemple, dans un paragraphe au titre explicite, "Le mari défend à sa femme de travailler", l'auteur dit ceci : Les docteurs de la loi opèrent ici une distinction entre deux possibilités : soit le travail exercé par l'épouse porte atteinte au droit du mari et oblige celle-ci à sortir de chez elle, soit il ne porte pas atteinte à son droit. Si le travail de l'épouse porte atteinte au droit du mari, les docteurs de la loi le déclarent interdit ; sinon, ils le déclarent permis. Ce sont bien "les docteurs de la loi" qui le déclarent, pas les textes religieux…

Dans un autre paragraphe dont le titre exprime également "l'égalité" et la "complémentarité" ("Corriger sa femme en cas d'insubordination"), l'auteur nous dit cela : Par nushûz, il faut entendre le fait de désobéir au mari, refuser de partager sa couche ou encore sortir de chez soi sans son autorisation. Par 'idha, il faut entendre le fait d'effrayer l'épouse au rappel de Dieu, attirer son attention sur l'obéissance qu'elle doit à son mari et les obligations qui lui incombent, lui rappeler les péchés dont elle se charge en désobéissant et les droits qu'elle perd, comme l'entretien et l'habillement, en faisant acte d'insubordination. (…)
En outre, il n'est pas permis de corriger sa femme dès qu'elle désobéit. En effet, le verset précédemment évoqué contient des termes sous-entendus, en sorte qu'il doit être compris ainsi : (Celles de qui vous craignez l'insubordination, faites-leur la morale), si elles font acte d'insubordination, (désertez leur couche), si elles persistent dans l'insubordination, (corrigez-les). En d'autres termes, si elles demeurent irrépressibles malgré que leurs maris leur aient fait la morale et aient déserté leur couche, ceux-ci sont alors en droit de les corriger. (…) En outre, on ne doit frapper ni au visage ni aux endroits sensibles, le but étant de corriger et non de blesser.
"Fiqh as-sunna pour les femmes" juste à côté de "La voie du musulman". Deux livres misogynes et violents expliquant ce qu'est "l'égalité" des sexes dans la "complémentarité".
"Fiqh as-sunna pour les femmes" placé à côté de "La voie du musulman" sur un des rayons d'une des librairies du RAMF. Deux livres misogynes et violents expliquant ce qu'est "l'égalité" des sexes dans la "complémentarité".
Cet ouvrage, qui expose "l'égalité" des sexes à travers la "complémentarité", n'est pas le seul du genre exposé et vendu à la Rencontre. Il y a également un autre classique écrit par le théologien salafiste Abou Bakr Djaber Al-Djazaïri. Dans son livre "La voie du musulman" (6), il exprime les mêmes délires : Le mari doit aider sa femme à suivre les enseignements de l'islam et d’exiger cela d'elle fermement, de ne pas lui permettre de paraître découverte, de faire parade de ses charmes, de fréquenter les hommes qui par nature peuvent se marier avec elle. Dieu le signale en ces termes : les hommes ont autorité sur les femmes (4:34).
Le voile fait ainsi partie de la panoplie pour une meilleure "égalité" et "complémentarité". Voici un des arguments de l'auteur : Un saint sortit dans une expédition. Une femme se découvrit devant lui et il la contempla. Aussitôt il leva la main et se frappa le visage. Il se creva l'œil et dit : « Tu t'empresses de regarder ce qui te nuit ! ». (…) Le mari ne doit pas permettre à sa femme de paraître découverte (…). Dieu le signale en ces termes : les hommes ont autorité sur les femmes (4:34).

Parmi ses obligations, la femme doit rester au foyer conjugal et n'en sortir qu'avec la permission de son époux. Elle doit aussi satisfaire le désir sexuel de son mari toutes les fois qu'il le manifeste car c'est son droit. Et s'il lui vient la folle idée de lui désobéir ? La réponse se trouve dans un paragraphe qui exprime encore l'égalité et la complémentarité version islamiste intitulé "Insoumission de la femme" : Dans le cas où la femme fait montre d'insoumission, c'est-à-dire lorsqu'elle désobéit à son mari en lui manifestant son mépris et son refus de respecter ses droits, ce dernier doit en premier lieu l'exhorter ; si elle se soumet à cette exhortation, le différend est clos, sinon, il s'écarte d’elle à la couche un certain temps qu'il juge convenable et cesse de lui parler durant trois jours […]. Si malgré cela elle persiste dans son inconduite, il la corrige sans sévérité tout en évitant le visage.
Il faudrait éviter le visage sans doute pour ne pas abîmer la marchandise…

Nous pourrions penser, dans un élan relativiste, de grande "ouverture d'esprit" et de "tolérance" que ces deux livres sont des exceptions. Et bien non. D'autres sont dans la même veine et le best-seller de la littérature islamiste est aussi en bonne place sur les rayons. Il s'agit de "Le licite et l'illicite en islam" de Youssef Al-Qaradhawi (7), ce théologien Frère Musulman si étroitement lié à Ahmed Jaballah et plus largement à l'UOIF.
Les deux livres islamistes les plus célèbres étaient exposés et vendus au RAMF en 2018
Les deux livres islamistes les plus célèbres étaient exposés et vendus dans plusieurs librairies de la Rencontre du Bourget en 2018
Dans son livre, il tient exactement les mêmes propos que les deux autres. Il y explique aussi, comme les autres, pourquoi la femme doit se voiler, en s'éloignant totalement du Coran : Le devoir de la femme musulmane est de se couvrir la tête avec un voile et de cacher avec ce même voile, ou autre chose, sa poitrine, sa gorge et son cou afin que rien n’apparaisse de ces parties du corps tentatrices aux regards indiscrets et scrutateurs des passants. (…) L'instinct sexuel [de l’homme], une fois satisfait, assure la conservation de l'espèce. C'est un instinct puissant et irrésistible qui se trouve chez [lui]. Il est normal que cet instinct cherche une voie de satisfaction où il accomplit son rôle et assouvit son besoin. (…) La femme [est] la propriété d'un seul homme à la fois.
Le voile est bien entendu au cœur de cette doctrine, pour "protéger" l'objet précieux que serait la femme du regard concupiscent des hommes. Il fait partie de la panoplie sexiste et ultra-patriarcale de l'intégrisme musulman. Il a été développé pour ça. Le spirituel n'en a jamais été une des raisons.

L'auteur est à l'unisson avec les deux autres sur tous les sujets : Le musulman doit se montrer patient quand il voit de la part de son épouse un comportement qui ne lui plaît pas. Il doit reconnaître sa faiblesse en tant que femme et en tant qu'être humain.
Pour toutes ces raisons la femme ne doit pas désobéir à son mari, ni se rebeller contre son autorité. Si elle ose "se rebeller" malgré les ordres, il explique quasiment mot pour mot la même procédure que les deux autres en codifiant les violences conjugales pour les rendre plus "humaines".
Cette vision de la femme dans tous ces ouvrages fait partie de ce que les Frères Musulmans appellent le "juste milieu".

Ainsi, pour Ahmed Jaballah et l'ensemble de ces islamistes, l'"égalité absolue (à la base)", à travers la "complémentarité", ne signifierait pas que la femme est inférieure. C'est l'homme qui serait supérieur…

Le passage particulièrement ignoble consacré à l'homosexualité dans le livre de Youssef Al-Qaradhawi fait passer ceux concernant les femmes pour du romantisme à l'eau de rose : L’homosexualité est un acte vicieux, une perversion de la nature, une plongée dans le cloaque de la saleté, une dépravation de la virilité et un crime contre les droits de la féminité. Quand ce péché répugnant se propage dans une société, la vie de ses membres devient mauvaise et il fait d’eux ses esclaves. Il leur fait oublier toute morale, toutes bonnes mœurs et toute bonne manière.
Est-ce que l'on tue l'actif et le passif ? Par quel moyen les tuer ? Est-ce avec un sabre ou le feu, ou en les jetant du haut d'un mur ? Cette sévérité qui semblerait inhumaine n'est qu'un moyen pour épurer la société islamique de ces êtres nocifs qui ne conduisent qu'à la perte de l'humanité.

Voilà la pensée du "juste milieu" qu'admire tant Ahmed Jaballah. Il estime que Al-Qaradhawi (également antisémite, justifiant les attentats et pour la conquête de l'Europe) est un homme de paix et de tolérance qui a œuvré pour l’ouverture et la modération et dont les positions ont toujours été en faveur de la justice et de la liberté des peuples et il exerce une influence positive dans le monde musulman (8). L'actuel président de l'UOIF, Amar Lasfar, ne manque pas de louanges non plus envers le théologien : Qaradhawi, c’est le plus savant des savants du monde musulman aujourd’hui. C’est le plus savant. Il n’a pas d’égal (9). Les deux regrettent que cet homme, présent par le passé à cette Rencontre, ait été interdit de territoire.

Tous ces livres violents, haineux, homophobes, misogynes, qui justifient l'oppression et la discrimination des femmes (pardon, "l'égalité et la complémentarité") et les violences conjugales, sont vendus sur des sites internet français, par des librairies islamistes partout dans le pays, disponibles dans les centres "culturels" musulmans et présents en 2018, en vente libre et bien exposés à plusieurs endroits de la Rencontre du Bourget. Et personne ne s'en émeut…
Par contre, le livre de Henda Ayari, qui raconte comment et pourquoi elle a retiré son voile et quitté le salafisme pour un islam apaisé, est introuvable, comme tous les autres ouvrages expliquant pourquoi le voile n'a rien de religieux mais tout de misogyne et de politique. Ces musulmans ne font sans doute pas partie des "musulmans de France".

Nous pourrions nous demander pourquoi, au fil des années et malgré les suspicions, l'UOIF n'est pas devenue plus vigilante sur les ouvrages vendus sur les étals. Parce que les islamistes n'y voient aucun mal. Pour eux, cela fait partie de la religion (tout au moins de l'interprétation qu'ils en font). Écrire ce genre de choses et les vendre n'est pas un manque de respect envers les femmes selon eux. Au contraire, c'est LE respect qui devrait leur être dû. Certes, nous pourrions aussi faire une comparaison avec les intégristes des autres religions, stratégie classique des islamistes et de leurs soutiens pour relativiser leurs positions. Mais, si les intégristes de toutes les religions se rejoignent sur le sexisme et le patriarcat, ils ne sont pas comparables dans l'absolu. L'intégrisme juif n'est pas prosélyte. Il est fortement présent en Israël mais quasiment inexistant en France. Il n'a pas la volonté de faire plier la société (les administrations, les entreprises, les écoles, etc.). Il ne milite pas contre la loi de 2004 pour autoriser le voilement des petites filles par exemple. Cet intégrisme se vit replié sur soi et n'a aucune prise sur la société.
L'intégrisme catholique n'est pas comparable non plus. Même si sa menace n'est pas à négliger, il ne bénéficie d'aucun soutien intellectuel. Les signaux d'alerte fonctionnent. Ce qui n'est pas le cas avec l'intégrisme musulman qui bénéficie de soutiens assumés.

En se promenant dans les allées, nous observons que cet événement est cohérent et assume sa vision de la femme. La "complémentarité" s'affiche partout. Sur les affiches, dans les stands vendant des vêtements, les livres, tout est fait pour séduire et montrer toute la diversité de l'oppression par différentes formes de voilement. Les stands de vêtements exposent toutes les gammes de la mode sexiste (ce qu'ils appellent la "mode pudique") pour les musulmanes qui "se respectent" et qui ne s'habillent pas comme les mécréantes.

Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe

Les enfants ne sont pas oubliés. Citoyens en devenir, ils sont même des cibles privilégiées. Tout est fait pour habituer les petites filles au sort qui les attend. Vous pouviez ainsi acheter la dernière collection de voiles pour cacher le corps et la tête des filles de moins de 6 ans.

Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe

Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe

Vous pouviez acheter des livres pour enfants adaptés où les illustrations ne montrent que des petites filles voilées.

Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe

Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe

Pour convaincre les fillettes des "bienfaits" du voile, toutes les poupées sont voilées. Même les livres de coloriage sont des supports d'endoctrinement.

Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe

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Mitraillettes pour les garçons, voile pour les filles.
Les armes en jouet sont moins chères que les poupées voilées.
Tout est fait pour préparer le futur "libre choix" de la future citoyenne. Aucun modèle de musulmane sans voile n'est présenté. La musulmane, objet sexuel devant se protéger des prédateurs que seraient les hommes, doit être bâchée. Cela lui évitera les désagréments évoqués dans les livres vendus au même endroit.
Comme je l'ai abordé dans plusieurs de mes articles, pour séduire et amener au "libre choix", les islamistes récupèrent les codes culturels occidentaux pour les adapter au public visé. Voici un exemple avec l'image de la princesse des contes de fées :
Dans ce coloriage « spécial filles », les princesses ont toutes de jolis foulards et de longues robes ... C'est une manière ludique de montrer aux petites filles musulmanes que ce n'est pas parce qu'on porte le voile que l'on est moins belle ; bien au contraire !
A vous, parents musulmans d'offrir ce petit coloriage à vos enfants à l'occasion de l'Aïd ou simplement pour leur faire plaisir...

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Nombre de visiteurs étaient ravis de baigner dans une telle ambiance. Rares étaient les femmes ne portant pas de voile. Mêmes des petites filles étaient voilées. Les visiteurs pouvaient parfois croiser des fillettes, âgées de deux ou trois ans, bâchées de la tête au pied.

Je suis effaré par le silence de nombre de féministes et d'associations féministes. Aucun autre intégrisme n'a la possibilité d'organiser un rassemblement de cette ampleur. Si cela se produisait, les féministes comme d'autres seraient les premières à manifester devant les bâtiments et dans les allées d'une Rencontre d'intégristes chrétiens ou d'un meeting politique qui auraient les mêmes discours et contenus. Mais face à l'intégrisme musulman, l'attitude n'est pas la même. Une partie des féministes soutiennent les islamistes au nom du "libre choix", du relativisme et de la victimisation permanente. Une autre partie reste indifférente ou silencieuse par crainte de passer pour raciste ou "islamophobe" (la critique du dogme chrétien leur est naturelle, celle du dogme musulman et de sa frange intégriste leur est inconcevable). Les féministes universalistes, qui dénoncent tous les intégrismes religieux de la même manière, sont par conséquent plus isolées et moins écoutées.
À l'heure de #balancetonporc, où on s’enorgueillit de lever les tabous sur le sexisme et les violences envers les femmes, où est le #balancetonbourget ?

Pendant que Lallab organise son "hijab day" pour la promotion de cette idéologie, on ferme les yeux sur la Rencontre du Bourget. On préfère ne pas se mouiller pour ne pas risquer d'être accusé d'intolérance par les intolérants. Ce serait la preuve de la "sororité" de certaines "féministes blanches" qui agissent ainsi par un orientalisme condescendant teinté de racisme qu'elles croient être le summum de l'antiracisme et du féminisme. Elles devront un jour en répondre face à l'histoire.

Toute la jeunesse est ciblée au RAMF. Les étudiants sont une des priorités de la Confrérie. Branche estudiantine des Frères Musulmans créée par l'UOIF, le "syndicat" Étudiants Musulmans de France (EMF) avait aussi son stand à la Rencontre islamiste du Bourget. Même s'ils ont fait une percée inquiétante aux dernières élections étudiantes de l'université d'Orléans et, ainsi, intégré le Conseil d'Administration, EMF était plus dans son élément au RAMF que dans les universités.


Étudiants Musulmans de France (EMF) avait son stand à la Rencontre organisée par son association de tutelle

Comme chaque année, il y avait bien sûr des cautions "laïques". En plus de la présence de Vincent Geisser, il y avait également Raphaël Liogier. Dans le temple de l'oppression des femmes dont le voile est le symbole affiché partout, il a déclaré que le voile est aussi une forme de modernité et de féminisme…

Dans cette ambiance ultra sexiste si anodine et agréable pour tout intégriste, Tariq Ramadan aurait pu être présent. Mais, sa braguette ne fonctionnant pas toujours très bien, son agenda overbooké le rend indisponible pour une période indéterminée. En revanche, un stand pour les "#FreeTariqRamadan" était bien là. Ce groupuscule, qui considère Tariq Ramadan comme un gourou, ne cesse de remettre en cause la justice, de dénigrer les plaignantes et a récolté à ce jour près de 170000€ pour le soutenir. Une somme si indécemment élevée qui ne servira évidemment pas qu'à payer ses frais de justice. L'UOIF soutient officiellement le prédicateur depuis plusieurs semaines. L'organisation n'a donc pas prévu de stand pour les plaignantes qui, je le rappelle, sont toutes musulmanes (quitte à être communautariste…) et sont à mille lieues d'avoir les finances et l'armada de Tariq Ramadan. C'est peut-être cela "l'éthique" et le "juste milieu" des islamistes.

Stand en soutien à Tariq Ramadan, RAMF 2018
Dans un discours enflammé de plusieurs minutes, Amar Lasfar n'a pas eu de mots assez forts pour faire l'éloge du prédicateur accusé, selon lui injustement, de multiples viols. Les mots étaient si forts qu'il n'en a pas eu un seul pour les plaignantes. La présomption d'innocence n'empêche pas la prise en considération de la parole des plaignantes, et encore moins une condamnation des insultes ignobles et des menaces de mort qu'elles reçoivent depuis leur dépôt de plainte. Tout est fait pour les décrédibiliser et dissuader toute autre victime présumée de se manifester. En observant la vision de la femme exposée dans les différents stands, les jouets ou les livres vendus, ce déni des femmes potentiellement victimes de viols est cohérent avec l'intégralité de cette Rencontre. C'est aussi en cohérence avec les militants de #FreeTariqRamadan.

Pour parfaire le tableau et confirmer, s'il en était encore besoin, l'adhésion de l'UOIF à l'idéologie frériste, un stand était consacré à la gloire des Frères Musulmans égyptiens. Quelques objets affichant leur symbole étaient distribués gratuitement. C'est la "Rabia", ou la "main du Tamkine", signe de ralliement des Frères Musulmans depuis 2013, suite au coup d'État contre Mohamed Morsi en Égypte. Par un marchandising digne d'un club de football, ce symbole était disponible en gants, porte-clés, badges et bonnets.

Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe
Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe
Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe

Selon Mohamed Louizi, les quatre doigts représenteraient quatre étapes. L'ultime étape serait le tamkine : la domination politique de l'islam version Frères Musulmans (10). Ce geste de la main a été brandi par toutes les personnalités de la Confrérie, de Youssef Al-Qaradhawi en passant par Erdogan et Rached Ghannouchi (chef du parti islamiste tunisien).
Le r4abia ou main du Tamkine, signe de ralliement des Frères Musulmans depuis 2013
Recep T. Erdogan et la rabia, ou r4bia, signe de ralliement des Frères Musulmans depuis 2013
Le discours de clôture se devait d'être parfait dans sa mise en scène. L'affichage d'une vitrine acceptable pour dissimuler son arrière-cour est la marque de fabrique des Frères Musulmans. Deux drapeaux français étaient posés de chaque côté du pupitre, afin de faire savoir que l'UOIF, rebaptisée "Musulmans de France", ne représenterait pas les intégristes musulmans mais l'ensemble des musulmans. Sa vision radicale de l'islam ne le serait pas tant que ça et serait pleinement française. D'autres y verront par ces drapeaux que les Frères Musulmans ont à présent un pied dans la place. Bien-sûr, toutes les femmes adultes présentes avec lui étaient voilées. Ce discours fut justement ouvert par une militante portant le hijab. Nous retrouvons le désir des Frères de mettre des femmes voilées en avant. Cela donne le sentiment d'une forme d'égalité des sexes tout en instillant toujours mieux l'idée qu'une musulmane, et de surcroît pieuse, est forcément voilée. Cette propagande pro voile de l'UOIF contribue à ce que ses partisans appellent le chemin vers le "libre choix".
Ce fut ensuite au tour du président de l'UOIF, Amar Lasfar, de prononcer un discours. Les deux intervenants se déclarèrent républicains et contre l'intégrisme (ils ne manquent pas d'humour) à travers des phrases vagues et consensuelles mais qui rassureront et séduiront toujours un peu plus ceux qui les soutiennent. Amar Lasfar n'en a pas oublié ses fidèles. Pour les rassurer, il a de nouveau affirmé être contre une réforme progressiste de l'islam. On n'en attendait pas moins d'un intégriste.

Nous ne répéterons jamais assez que cette Rencontre concerne uniquement les islamistes. Les autres croyants sont autant choqués que n'importe qui par ce rassemblement qui prétend se faire en leur nom. L'UOIF et son idéologie sont clairement une menace pour la société. Luttons contre cela. Dénonçons ces intégristes pour ne plus les mélanger avec l'ensemble des musulmans. Écoutons enfin les musulmans (de culte et/ou de culture) qui luttent contre les islamistes : l'UOIF ne représentera jamais "les musulmans de France".




(5) Sayyid Sâbiq, Fiqh as-sunna pour les femmes, Maison d'Ennour, réédition 2014.

(6) Abou Bakr Djaber Al-Djazaïri, La voie du musulman, Beyrouth, Liban, 1ère édition 1964, réédition 2004.

(7) Youssef Al-Qaradhawi, Le licite et l’illicite en islam, Paris, Éditions Al Qalam, traduction 1992, réédition 2005.


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