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Henda Ayari : du déversement de haine aux silences coupables


Henda Ayari porte plainte contre Tariq Ramadan

       Dans la lame de fond de libération de la parole de femmes victimes de violences suite à l'affaire Harvey Weinstein, Henda Ayari a déclaré avoir trouvé la force de nommer l'homme qui l'aurait agressée en 2012 : Tariq Ramadan. Elle a ainsi déposé plainte le 20 octobre 2017 contre l'islamologue pour viol, violences volontaires, agression sexuelle, harcèlement et intimidation. Depuis, d'autres femmes se sont manifestées, une deuxième plainte a été enregistrée au moment où j'écris ces lignes.

Il n'est pas ici question de faire le procès de Tariq Ramadan. La présomption d'innocence doit s'exercer tout comme l'écoute de la parole des personnes qui se déclarent victimes. Dénigrer cette parole, en faire des menteuses opportunistes, relève de la même forfaiture que de condamner par avance un homme qui n'a pas encore été jugé par la justice. Les tribunaux populaires et médiatiques ne doivent pas se substituer au tribunal judiciaire.
Il s'agit pour moi d'analyser les réactions, et leur absence, des soutiens de cet islamologue intégriste concernant cette première plainte.
Cette affaire dépasse le cadre d'une plainte pour viol. Cela concerne une ancienne salafiste qui a ôté son voile, en a fait un livre, a été médiatisée, et attaque pour viol le prédicateur islamiste francophone le plus influent de ces trente dernières années. Le symbole est énorme, les enjeux idéologiques colossaux. C'est ce qui déchaine les passions. C'est ce qui explique les torrents de boue que reçoit la plaignante. Après que son corps aurait été sali, c'est son honneur qu'on arrose d'immondices, sous le regard indifférent des féministes différentialistes.

Henda Ayari vit ce que risquent de vivre toutes femmes qui oseraient porter plainte, mais dans des proportions jamais observées jusque-là. Tenter de décrédibiliser la plaignante plutôt que de s'attarder sur le fond est une stratégie classique. C'est ce qui rend la démarche des victimes si difficile. Mais ici nous sommes face à un déferlement d'injures et de menaces qui se déversent sur les réseaux sociaux, sous trois angles : le sexisme, l'opportunisme supposé de la plaignante et l'antisémitisme.

Le premier réflexe des soutiens de Tariq Ramadan est d'affubler Henda Ayari de toutes les appellations d'un sexisme décomplexé. On l'attaque sur sa plastique. On estime qu'elle n'est physiquement pas digne d'un bel homme comme l'islamologue, ce qui serait une preuve suffisante de l'impossibilité d'un viol. Elle serait une "pute", une "catin" qui aurait couché avec un homme marié à l'insu de son plein gré. Elle serait une tentatrice puisque non voilée et présente, seule, avec un homme dans une chambre d'hôtel (et peu importe que ce fut à l'invitation de celui-ci, marié et moralisateur, et qui pouvait aussi dire "non").


Les insultes reçues par Henda Ayari
Les insultes reçues par Henda Ayari
Exemple d'insultes et menaces reçues par Henda Ayari
Un exemple d'insultes et de menaces envoyées à Henda Ayari en message privé

Les islamistes trouvent toujours le moyen d'inverser les rôles dans leur rhétorique machiste et victimaire habituelle, jusqu'à l'absurde : si les rapports sexuels étaient avérés, Tariq Ramadan serait la victime. Si elle décide, plusieurs années après, de dévoiler le nom de son agresseur, ce serait par opportunisme médiatique et financier.

C'est le deuxième angle du déferlement de haine : "tu veux gagner de l'argent". Une accusation récurrente lorsque la mauvaise foi et/ou le nombre de neurones est limité dans un cerveau. La même accusation a été portée contre Charlie Hebdo lors des épisodes sur les caricatures. L'un comme l'autre sont accusés de vouloir relancer les ventes du journal ou d'un livre en surfant sur "l'islamophobie" (terme inapproprié et usé jusqu'à la corde par les islamistes) pour l'un et sur l'attaque "bankable" contre un prédicateur respectable pour l'autre. Ces accusations sont déconnectées du réel. Comme pour Charlie Hebdo, le prix à payer est plus élevé que le soi-disant gain. Entre les dizaines d'insultes quotidiennes, les menaces de mort, l'insécurité pour elle et ses enfants, cela est sans commune mesure avec l'hypothétique et minuscule gain financier par la vente de quelques centaines de livres supplémentaires.

Henda Ayari accusée de porter plainte contre Tariq Ramadan pour vendre plus de livres

Henda Ayari accusée de porter plainte contre Tariq Ramadan pour vendre plus de livres
Henda Ayari accusée de porter plainte contre Tariq Ramadan pour vendre plus de livres

Henda Ayari accusée de porter plainte contre Tariq Ramadan pour vendre plus de livres
Henda Ayari accusée de porter plainte contre Tariq Ramadan pour vendre plus de livres

Pire encore, Tariq Ramadan serait victime d'un complot j… sioniste. Henda Ayari est accusée de participer au financement de la politique israélienne en reversant 5% du prix de vente de son livre à l'association "Europe Israël". Une fausse information (1) qui a fleuri dans la sphère islamiste.

Une autre accusation est censée être la preuve d'un tel complot : l'un des avocats de la plaignante est juif et serait un soutien d'Israël. Elle est ainsi accusée d'être un "agent sioniste" et de travailler avec des "agents du Mossad" pour détruire les musulmans.
Nous revenons au même délire utilisé par les intégristes musulmans depuis près d'un siècle pour se dédouaner de leurs propres responsabilités : le complot j… sioniste. Ce fantasme tout droit inspiré des "Protocoles des Sages de Sion" est l'arlésienne antisémite des islamistes dont j'ai retracé l'histoire dans un article précédent qui permet de comprendre de tels propos aujourd'hui dans cette affaire (2). Une histoire dont le grand-père de Tariq Ramadan n'est pas étranger.

Faire diversion pour faire oublier les actes supposés d'un individu par l'extrapolation à un complot juif mondial qui aurait pour objectif de nuire à tous les musulmans, un complot où seraient alliés j… sionistes et "islamophobes" pour faire tomber le plus "érudit" des musulmans, c'est ce que l'on nomme l'antisémitisme.


Henda Ayari accusée de participer à un complot juif mondial
Un exemple antisémite et d'insultes parmi des dizaines d'autres dans cette affaire
Accuser Tariq Ramadan d'agression sexuelle ou de viol serait accuser un musulman parce qu'il est musulman. Ce qui serait inacceptable pour toute autre personne devient tolérable par la protection que lui conférerait son islamité. Une islamité qui fait de lui une éternelle victime, même lorsqu'il est accusé de délit ou de crime.

Tariq Ramadan aurait pu se tenir à distance de cela, ne serait-ce que pour cette affaire. Mais il a relayé cette campagne sur sa page Facebook.

Tariq Ramadan relaye sur sa page Facebook une campagne antisémite

Supprimé peu de temps après avoir certainement réalisé la bourde qu'il venait de commettre, son partage montre son adhésion à cette thèse. L'antisémitisme a toujours été une obscurité intellectuelle qui aveugle le bon sens, même si votre réputation et votre liberté sont en jeu. Cette stratégie antisémite pour tenter de décrédibiliser son accusatrice montre également l'inhumanité et l'ignominie de ces personnes envers toutes les femmes victimes de violences. Quelques-uns de ses partisans ont su résumer en un hashtag leur sexisme et leur antisémitisme : #Jesuisuneputesioniste. Avec de tels soutiens, Tariq Ramadan n'a pas besoin d'ennemis.

Leurs arguments poussés jusqu'à l'absurde montrent qu'il n'est pas considéré comme un simple prédicateur à succès. Il est vénéré comme un demi-dieu. Nous ne sommes plus dans l'islam. Nous sommes face à une secte.

Finalement ce n'est pas Henda Ayari qu'ils insultent, c'est leur religion. Tous ces (intégristes) musulmans qui s'expriment de cette façon, ces mêmes personnes qui déclarent que l'islam est paix et amour, sont les premiers promoteurs de "l'islamophobie" (la peur de l'islam). Ils sont les prosélytes du halal pour contrôler ce qui entre dans leur bouche sans se soucier du haram qui en sort. Ils s'émeuvent de quelques traits de crayons qui caricaturent la religion et ses intégristes sans réaliser que les plus grands blasphémateurs envers l'islam, ce sont eux. Cette honte, qu'ils ne ressentent pas, rejaillit sur l'ensemble des musulmans dont la première d'entre eux dans cette affaire, Henda Ayari.

Face à ce déferlement sexiste et antisémite, il n'y a aucune réaction des féministes différencialistes et indigénistes. Leur silence est une honte, certes, mais c'est aussi une stratégie. Leur gêne est palpable. Comment se positionner dans cette affaire ? La personne qui se déclare victime est une femme, de plus musulmane et "racisée" selon leurs critères. Nous sommes face à l'une des situations les plus incroyablement évidentes de ces dernières années d'un sexisme, d'une misogynie, de propos antimusulmans (puisqu'elle est aussi attaquée sur sa religiosité par les soutiens de Tariq Ramadan) et de propos antisémites on ne peut plus clairs. Mais il y a un silence assourdissant… Ce serait pourtant une occasion en or de la défendre, elles qui sont si promptes à se positionner dans des affaires moins flagrantes. Mais voilà, l'agresseur supposé n'est pas "blanc". C'est un "racisé", donc forcément victime. De plus, il est musulman (et pas n'importe lequel), ce qui le rendrait doublement victime. Ajouté à cela, Henda Ayari a un défaut : elle a retiré son voile et l'a revendiqué. Le refus du sexisme islamiste par cette musulmane a fait d'elle une "islamophobe". Une "arabe de service" traitresse de sa "race" qui a fait "commerce" de son "islamophobie" n'est pas défendable face au plus pieux des "racisés". Le féminisme à géométrie variable de ces racialistes est secondaire face à l'atteinte d'un "racisé" de la communauté.

Ainsi, tous les repères de ces féministes sont chamboulés. Nous constatons ici les limites de leur "intersectionnalité" qui vit un véritable bug. La "sororité" dont elles se revendiquent est inféodée à l'épiderme et au choix religieux de la victime et de l'accusé. Henda Ayari n'est pas soutenue car, selon les théories racistes des indigéno-islamistes, elle a trahi "sa race, son clan", comme le dit Houria Bouteldja, la leader des Indigènes de la République, qui l'avait bien expliqué dans son livre (2) : "Si une femme Noire est violée par un Noir, c'est compréhensible qu'elle ne porte pas plainte pour protéger la communauté noire". Cela se décline pour les femmes d'origine maghrébine, les femmes de confession musulmane, etc. Mais cette femme a affiché son désir de s'émanciper de la communauté à laquelle on veut l'assigner.
Comment ces racialistes indigéno-islamistes osent-elles ensuite se prétendre féministes, parler de "sororité" quand l'appartenance ethnique et religieuse des protagonistes a plus d'importance que le crime sexiste supposé et le déferlement de haine misogyne qui se déverse sur la plaignante ?
Injonction à se taire, refus de l'émancipation individuelle, menaces et insultes par un sexisme décomplexé : le silence de ces "féministes" différencialistes face à ce que subit Henda Ayari démontre par le tragique les limites de leur pensée racialiste et l'hypocrisie de leur "sororité" qui n'est autre qu'un racisme victimaire dont le féminisme dévoyé est l'instrument.
Ce dilemme, cette monstruosité intellectuelle ne peuvent exister qu'à travers leur instrumentalisation du concept d'intersectionnalité. C'est bien la preuve que leur vision intersectionnelle n'est rien d'autre qu'une hiérarchie des discriminations dont la priorité est donnée à l'appartenance communautaire supposée. Ce qui est cohérent avec leur rejet de l'universalisme au profit d'un faux féminisme pour un vrai communautarisme. La hiérarchie des discriminations n'existe pas dans l'universalisme qui ne voit ici qu'une femme qui se déclare victime face à un homme qu'elle accuse, sans distinction de couleur de peau et de religion. Cela simplifie les choses et assure une cohérence. Mais cette cohérence ne serait qu'un concept "blanc" pour les indigéno-islamistes. Que pouvions-nous attendre de celles qui défendent le port du vêtement le plus raciste et misogyne de l'histoire, le voile, au nom du respect de la religion ? Le sexisme est une des pierres angulaires de ce "féminisme". Ses promotrices sont un danger pour toutes les femmes quelle que soit leur (non) confession.

Le silence coupable des soutiens des indigéno-islamistes est encore plus gênant et révélateur, de Rokhaya Diallo en passant par Edwy Plenel. Alors que toute la presse évoque cette affaire depuis des jours, que les torrents de haine sexiste et antisémite envers la plaignante se déversent sur les réseaux sociaux, il aura fallu attendre 8 jours et une deuxième plainte contre l'islamologue pour que Médiapart en parle. Ce journal est habituellement plus réactif sur des affaires moins évidentes que celles-ci.

Quant à Clémentine Autain, elle n'avait pas hésité à se rendre dans le café de Sevran interdit aux femmes pour se faire prendre en photo, estimant démontrer que cette interdiction était fausse. Sans préciser qu'elle y était connue puisque élue de la ville et qu'elle ne s'y était peut-être pas rendue seule (il fallait bien quelqu'un pour prendre la photo). J'attends de découvrir sa photo avec Tariq Ramadan dans une chambre d'hôtel, après avoir pris rendez-vous avec lui pour l'informer de sa démarche, afin de prouver qu'elle n'a pas été agressée par celui qu'on accuse.

Si Tariq Ramadan gagne cette procédure judiciaire, il en sortira grandi. Il ne sera pas seulement perçu comme celui qui aura su vaincre ses fausses accusatrices (elles sont à présent plusieurs). Pour ses partisans, ce sera la victoire d'un musulman qui aura su contrecarrer les desseins "sionistes" et "islamophobes".

En revanche, si la plainte est classée sans suite, le soupçon continuera à peser sur lui comme un chewing-gum à une chaussure. Il n'aura pas été condamné par le tribunal judiciaire mais par le tribunal populaire qui ne pardonnera pas les écarts sexuels de cet homme marié, référence absolue du bon comportement pour ses fidèles, et de l'hypocrisie religieuse pour ses adversaires. Cet homme qui prêche depuis toujours la limitation de la mixité, la "pudeur" vestimentaire et du comportement, le refus de toute vie sexuelle en dehors du mariage, aura trompé sa femme en multipliant les "conquêtes" féminines allant à l'inverse de tout ce qu'il a prôné devant des foules béates d'admiration et buvant ses paroles. Sa carrière de prédicateur à succès sera terminée.

Dans le cas où il serait condamné, cela serait un énorme rebondissement. Une jeune femme seule aura réussi en l'attaquant sur ses dérives sexuelles là où tous ses adversaires intellectuels ont échoué : déchoir l'idéologue de son piédestal.


Cette affaire dramatique marque peut-être la fin de carrière d'un des idéologues islamistes européens les plus dangereux. Non pas par une révélation intellectuelle sur son double discours, chose faite depuis longtemps déjà, mais par la révélation humiliante d'une braguette violente dont la force spirituelle du propriétaire n'a pas été suffisante pour la garder fermée.


(3) Houria Bouteldja, Les Blancs, les Juifs et nous : Vers une politique de l'amour révolutionnaire, La Fabrique, 2016.

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Le CCIF, fleuron de la nouvelle extrême droite française (1ère partie)


Le CCIF, fleuron de la nouvelle extrême droite française

Marwan Muhammad répond à Marine Le Pen

(Liens vers les parties suivantes en fin de celle-ci).

       Marwan Muhammad qui donne une leçon d’Histoire à Marine Le Pen, c’est comme si Mac Donald donnait une leçon de gastronomie à Quick.

L’argument du tweet de M. Le Pen ne vole pas très haut, tout comme la réponse de M. Muhammad. Ces déclarations sont tout autant ridicules et manquent tout autant de connaissances historiques l’une que l’autre. D’autant plus que ce dernier ne cesse de comparer l’incomparable : la situation actuelle des (intégristes) musulmans en France à celle des Juifs dans l’Allemagne des années 30 (1), tout en ignorant ici l’antisémitisme historique au sein de l’islamisme. Marwan Muhammad n’a pas plus son “BEP Histoire” que Marine Le Pen.

Cette joute verbale est à l’image des ressemblances et de la complicité qui lient les deux idéologies représentées par ces deux personnes. Deux idéologies qui se positionnent dans un système de valeurs situé à l’extrême droite de l’échiquier politique. L’une est le fer de lance de l’extrême droite traditionnelle, l’autre est le fleuron de la nouvelle extrême droite française. On peut le constater ici par le populisme de leurs déclarations. Mais on l’observe aussi et avant tout par leurs racines historiques et idéologiques, à commencer justement par l’antisémitisme, ainsi que par leurs stratégies actuelles. Leurs points communs et leurs convergences sont si nombreux et demandent une telle analyse que je ne pouvais tout inclure dans un seul article. Je partirai donc de leurs accusations réciproques d’antisémitisme pour démontrer, dans une première partie, l’antisémitisme de chacun de leur courant. En privilégiant l’antisémitisme islamiste que l’on connait moins et qui a pourtant le vent en poupe. Cet antisémitisme commun s’explique par leurs lignées idéologiques racistes et totalitaires, que je développerai dans une seconde partie, au même titre que le côté décomplexé de la radicalité et du racisme islamiste, médiatiquement incarné aujourd’hui par le Collectif Contre l'Islamophobie en France (CCIF). Leurs idéologies racistes et totalitaires les rendent évidemment incompatible avec la démocratie. Une démocratie instrumentalisée par ces mouvements pour tenter d’atteindre le pouvoir (3ème partie). Leur rejet et instrumentalisation de la laïcité, ainsi que leurs partenariats, lèvent une partie du voile sur leurs réelles intentions. Alors comment est-il possible que cette extrême droite nouvelle réussisse à endormir, séduire, voire être soutenue par une partie de nos élites (intellectuels, politiques, journalistes), de la gauche et d’associations combattant théoriquement les valeurs de l’extrême droite ? C’est ce que j’analyserai dans une 4ème et 5ème parties.

Si le Front National (FN) ne cesse jamais de nous rappeler les “racines chrétiennes de la France”, il oublie toujours de rappeler les racines antisémites de son parti. Dans son désir d’atteindre un degré de respectabilité suffisant, il tente par tous les moyens de mettre son histoire et ses bases idéologiques sous le tapis de notre mémoire. Cela passe par le gommage de son histoire, un lifting marketing, mais aussi, comme on le voit ici, par de multiples diversions en renvoyant par exemple l’antisémitisme vers les islamistes.

Or, depuis ses origines, toutes les tendances de l’extrême droite française sont représentées au FN. D'Édouard Drumont à Jean-Marie Le Pen en passant par Pétain, du fantasme d’un complot juif mondial au négationnisme d’aujourd’hui, l’antisémitisme de l’extrême droite française traditionnelle est pavé de références qui se retrouvent toutes au sein du FN.

François Duprat en est un exemple. Cadre dirigeant du FN dans les années 1970, il était antisémite et négationniste. Il avait diffusé des ouvrages à la gloire du nazisme et des SS, ainsi que la traduction de diverses brochures telles que “Le Mensonge d'Auschwitz” ou “Six Millions de morts, le sont-ils réellement ?”.

Il y a également l’ancien militant des jeunesses hitlériennes et combattant SS, Franz Schönhuber, qui a été un proche des Le Pen. Il avait “siégé à l’Assemblée européenne dans le même groupe que l’actuel président d’honneur du parti et a même écrit sa biographie.” (2)

Sans oublier les diverses déclarations de Jean-Marie Le Pen ces 40 dernières années qui illustrent cet héritage antisémite de l’extrême droite traditionnelle.

Mais si Marine Le Pen tente de faire diversion, elle n’a pas vraiment tort sur l’antisémitisme islamiste. Seulement, dans ses déclarations, elle use des mêmes méthodes que Marwan Muhammad. Ces deux extrêmes droites utilisent toujours des faits réels pour broder tout autour des faits qui ne le sont pas et/ou en occulter d’autres. Ce qui leur permet d’apporter des conclusions fausses mais qui servent parfaitement leurs intérêts.

Car si nous connaissons l’histoire antisémite de l’extrême droite traditionnelle, c’est moins le cas pour celle de la nouvelle extrême droite.

Depuis les origines de l’islam, les relations entre Juifs et musulmans ont parfois été houleuses, souvent fraternelles et fructueuses. Les liens sincères et profonds entre les deux communautés le sont encore bien plus qu’on ne le croit. L’excellente encyclopédie de l’”Histoire des relations entre Juifs et musulmans des origines à nos jours”, sous la direction de Abdelwahab Meddeb et Benjamin Stora (3), en retrace l’incroyable richesse sans en écarter les zones d’ombre. Car en terre d’islam, les Juifs n’étaient pas les égaux des musulmans. Mais ces riches relations, aussi imparfaites soient-elles, allaient être bouleversées au 20ème siècle par la conjugaison de trois éléments concomitants, la colonisation, le conflit israélo-palestinien et la naissance de l’islamisme contemporain menant vers une “salafisation” progressive de l’islam.

Si les musulmans ne sont pas antisémites par essence, l’antisémitisme fait partie de l’ADN de l’intégrisme musulman. Une haine des Juifs qui puise ses racines dans leurs interprétations coraniques mais également dans l’antisémitisme européen, inscrit lui aussi dans l’histoire du Front National. Une des bases principales de l’antisémitisme moderne en Europe est un ouvrage écrit en 1898, “Les protocoles des sages de Sion”, à l’origine de la légende d’un complot juif mondial. Ainsi, pour les islamistes tout comme les antisémites européens, les Juifs seraient responsables de tous les maux de la terre, des problèmes économiques aux guerres en passant par les famines et autres problèmes du monde.

Durant la Seconde Guerre Mondiale, des musulmans avaient protégé les Juifs du nazisme. Ce fut le cas au Maroc, pourtant sous protectorat français, dont le roi refusa de les livrer à la France de Vichy. Le monde musulman en général n’a pas montré un grand intérêt à la propagande antisémite allemande, malgré tous les efforts nazis en sa direction. Si de nombreux musulmans souhaitaient la victoire de l’Allemagne, c’était moins par antisémitisme que pour l’espoir d’une libération du joug des colonisations françaises et britanniques. Mais tous les musulmans n’ont pas eu la même attitude. Car si, comme le dit ironiquement Marwan Muhammad pour dédouaner les islamistes de tout antisémitisme, il n’y a pas eu un “mufti Hitler diplômé en charia de l’université de Médine”, il y a bien eu le mufti Al-Husseini Grand Mufti de Jérusalem… Il est l’antisémite musulman le plus connu de cette période.

Jusque dans les années 1930, les Égyptiens musulmans et juifs cohabitaient sans heurts. A tel point que la propagande locale antisémite des nazis ne réussissait pas à s’implanter. Amin Al-Husseini et la toute jeune confrérie des Frères musulmans allaient faire évoluer la situation.

Le Grand Mufti était motivé par des raisons nationalistes dans le conflit israélo-palestinien naissant. Mais il était également profondément antisémite. Un antisémitisme nourri par sa perception de l’islam et l’antisémitisme européen. La “juiverie mondiale” lui parlait. Il n’a eu de cesse d’utiliser sa fonction pour islamiser la haine des Juifs en lui donnant un cadre religieux. Il était donc logiquement séduit par le nazisme et Adolf Hitler qu’il eut l’occasion de rencontrer. Il avait beaucoup de respect pour le petit moustachu haineux. Dès janvier 1941, il lui proposa un soutien actif. En 1942, il devint le parrain du tout nouvel Institut Central Islamique de Berlin, créé avec le soutien des nazis. Depuis Berlin, il dirigea la résistance contre les Alliés au Proche-Orient et prêchait la guerre sainte contre les Juifs à la radio allemande. Il tenta de convaincre les musulmans, y compris non arabes, de s’engager militairement avec les allemands. Comme ce 2 novembre 1943 où il s’exprima à la radio internationale allemande à destination du Proche Orient : L’Allemagne combat un ennemi qui est aussi le nôtre. Ayant parfaitement saisi la nature du Juif, elle a décidé d’éliminer définitivement le péril juif pour mettre un terme au mal qu’il inflige au monde entier (4).

Amin Al-Husseini et Adolf Hitler
Amin Al-Husseini et Adolf Hitler
Amin Al-Husseini était parfaitement au courant de l’extermination des Juifs qui avait cours. Cette déclaration en est une des preuves. C’est Adolf Eichmann, haut fonctionnaire du Reich et officier SS, qui lui en avait parlé quelques mois auparavant. A cette époque, Eichmann était “administrateur du transport” : il avait la responsabilité de tous les trains qui acheminaient les Juifs vers les camps de la mort en Pologne. Peut-être qu’ils en discutaient parfois, autour d’un thé...

En contrepartie de ses loyaux services, le IIIe Reich lui offrit la belle vie : une jolie maison, une résidence secondaire, ainsi qu’une très généreuse allocation mensuelle.

En 1943, un autre nazi qu’il trouvait sympathique (oui, il aimait bien les nazis, surtout la crème d’entre eux), le chef des SS Heinrich Himmler, lui donna une information agréable à ses oreilles sur la progression de la Solution Finale : à ce jour, nous en avons exterminé environ 3 millions. (5)

Mais il y avait quand même, parfois, des Juifs qui réussissaient à s’échapper. De plus, il apprit aussi que des négociations avaient lieu entre les partenaires de l'Axe, les Britanniques, les Suisses et la Croix-Rouge internationale pour évacuer et mettre des enfants juifs en sécurité en Palestine (6). Et ça, ça ne plaisait pas du tout au Grand Mufti ! Il a alors tout tenté pour les arrêter. Il s’adressa au régime nazi et à plusieurs pays d’Europe centrale. Il écrivit par exemple au ministre des affaires étrangères de Bulgarie le 6 mai 1943 : La plupart des peuples se sont rendus à l’évidence que le péril juif menaçait le monde en général, et les pays abritant des Juifs en particulier. Nous ne pensons pas que la simple émigration des Juifs puisse résoudre ce problème. Car une fois émigrés, ces Juifs seraient libres de se rallier à leurs congénères de par le monde, pour nuire plus gravement encore que par le passé aux pays qu’ils ont quittés. (…) Il serait plus approprié et plus efficace d’empêcher les Juifs de quitter votre pays, et de les expédier dans des régions où ils seraient plus étroitement surveillés, comme la Pologne par exemple. Ce serait une manière d’écarter la menace qu’ils représentent, et une bonne action envers le peuple arabe qui saura se montrer reconnaissant. (7) La Pologne… Là où se trouvent les camps de la mort les plus performants, alimentés par les trains de Eichmann. Ses lettres n’eurent aucun effet. Cela n’enlève rien au fait qu’il les ait envoyées…

En 1943, l’armée allemande se heurtait à la résistance des partisans de Tito en Bosnie. Hitler ordonna la création d’une nouvelle division SS parmi les Bosniaques. Amin Al-Husseini se rendit sur place pour jouer les recruteurs. Plusieurs milliers de musulmans s’engagèrent dans la division de Waffen SS “Handschar”. Dans la foulée, les nazis inventèrent le néologisme de “musulgermain”. Himmler décréta que les musulmans bosniaques étaient à classer parmi les peuples européens de classe supérieure. (8) Le Grand Mufti se chargea de leur formation et recruta des imams pour la division.

Le Grand Mufti Amin Al-Husseini inspectant la division de Waffen SS musulmane "Handschar"
Le Grand Mufti inspectant la division de Waffen SS musulmane "Handschar"
A la défaite, Al-Husseini fut capturé par les français. Considéré comme criminel de guerre, il fut placé en résidence surveillée en région parisienne.

Concernant les tirailleurs, et contrairement à ce que dit Marwan Muhammad, ils ne se sont pas “opposés au génocide au péril de leur vie”. Les soldats “indigènes” ont versé leur sang pour la France, mais pas pour ces raisons. Aucun soldat d’aucune des armées alliées n’avait combattu pour empêcher la Shoah. Tout simplement parce qu’aucun d’entre eux n’était informé de l’existence des camps de concentration et encore moins de l’extermination des Juifs. Seule une poignée des états-majors alliés connaissait l’existence des camps. Et encore, même eux n’avaient pas mesuré l’ampleur de l’horreur. L’information fut connue de tous une fois la guerre terminée.

Ainsi, les tirailleurs, comme tous les autres soldats, avaient combattu pour libérer le pays et annihiler l’ennemi nazi (sans aucune justification religieuse). C’était leurs seules motivations. Ce que dit M. Muhammad est donc faux. En revanche, des musulmans (même s’ils étaient bien moins nombreux que les tirailleurs et que leur rôle a été négligeable) ont bien combattu pour Hitler, fortement soutenus par Amin Al-Husseini qui, avec son entourage, était parfaitement informé du destin des Juifs et agissait au nom de l’islam.

Ces musulmans antisémites qui ont activement collaboré avec l’Allemagne nazie étaient une infime minorité comparée à l’ensemble des musulmans. Mais cette minorité est devenue une référence. Elle a posé les jalons de l’antisémitisme islamiste qui s’est dilué dans le monde musulman jusqu’à aujourd’hui.

La vie “professionnelle” du Grand Mufti était loin d’être finie. Il put s’évader de France et regagner l’Égypte grâce au soutien d’autres islamistes : les Frères musulmans. Leur destin idéologique ne pouvait qu’amener Al-Husseini et la confrérie à travailler ensemble. Dans les années 1930, l’antisémitisme des Frères musulmans allait de pair avec la détestation du colonialisme anglais. Hassan Al-Banna, le co-fondateur de la confrérie, eut logiquement très envie de collaborer avec Al-Husseini dans son obsession d’en découdre avec les Juifs en Palestine. Tariq Ramadan confirme la collaboration entre son grand-père et le Grand Mufti dans un de ses discours consacré à l’éloge de son aïeul (9).

Ils avaient évidemment de nombreux points de convergence, notamment leur rejet absolu de tout ce que représentait l’Occident, à commencer par la mixité et l’égalité des sexes. Une égalité non réelle avec nos yeux d’aujourd’hui, mais trop présente déjà à l’époque aux yeux des islamistes. Et qui serait responsable de cette importation de mœurs dépravées ?... Les Juifs. Al-Husseini l’exprima en ces termes en 1935 : Le cinéma, le théâtre et certains magazines honteux entrent dans nos maisons comme des vipères, qui tuent la moralité et détruisent les fondations de la société. [Les Juifs] ont répandu ici aussi leurs us et coutumes qui s’opposent à notre religion et à tout notre mode de vie. Les jeunes filles juives qui courent en short démoralisent notre jeunesse par leur simple présence. (10) Il rejoint parfaitement les préoccupations de Hassan Al-Banna à propos de la culture et des mœurs que l’on retrouve dans les 50 demandes des Frères musulmans rédigées en 1936. Avec tous ces points communs, le Grand Mufti fut nommé après la guerre “chef des Frères musulmans en Palestine” et adjoint de Hassan Al-Banna. Et ce, malgré son passé nazi et son statut officiel de criminel de guerre. Ce passé et ce statut étaient même une source de fierté pour les islamistes. D’ailleurs, l’Amérique du sud ne fut pas le seul El Dorado des criminels de guerre nazis. Un certain nombre trouvèrent refuge en Égypte (ainsi que dans d’autres pays musulmans de la région).

Dès les années 1930, l’antisémitisme frériste grandissait à mesure de l’augmentation du nombre de réfugiés juifs fuyant l’Allemagne nazie. Je parle bien d’antisémitisme, pas seulement d’anti-sionisme. Entre autre exemple, le journal de la confrérie Al-Nadhir, tenait une rubrique régulière intitulée “La menace juive en Égypte” dans laquelle il publiait les noms et adresses des propriétaires des entreprises juives, ainsi que des journaux prétendument juifs à travers le monde ; tout le mal était attribué au “péril juif”. (11). En 1938 au Caire, lors de la “Conférence parlementaire pour les pays arabes et musulmans” en soutien à la Palestine, les Frères musulmans avaient assuré la distribution de la version arabe de “Mein Kampf” et des “Protocoles des Sages de Sion” (12).

Au début des années 1930, les Égyptiens étaient peu sensibles aux discours antisémites. Grâce au Grand Mufti et aux Frères musulmans, cela changea complètement moins de 20 ans plus tard.

Par la suite, Sayed Qutb, l’un des penseurs fréristes les plus durs mais aussi influents, ne fut pas en reste. Dans au moins deux de ses ouvrages écrits entre 1950 et les années 1960 (“Notre combat contre les Juifs” et “A l’ombre du Coran”), il exprima clairement ce qu’il pensait des Juifs. D’après lui, ils empêcheraient le règne de Dieu. Ses ouvrages font partie des fondements de la pensée islamiste d’aujourd’hui. On y retrouve le côté victimaire que nous connaissons chez les islamistes français : les musulmans sont persécutés, personne n’aime les musulmans parce que c’est le peuple supérieur qui a tout compris, etc.

Ses écrits concentrent également toute la rhétorique de l’antisémitisme musulman. Un mélange à la fois d’antisémitisme européen et d’interprétations coraniques. Qutb n’est pas toujours d’accord avec Hitler. Non pas sur l’extermination des Juifs. Non, là il estime plutôt qu’il n’a pas terminé le boulot. Son désaccord porte sur les moyens perfides des Juifs pour dominer le monde. Pour les nazis, ils luttaient en secret pour la fin des Aryens. Pour les islamistes, ils le faisaient pour la fin des musulmans : Depuis les premiers jours de l’islam, le monde musulman a toujours dû affronter des problèmes issus de complots juifs. (…) Leurs intrigues ont continué jusqu’à aujourd’hui, et ils continuent à en ourdir de nouvelles, cultivant leur rancœur, n’hésitant jamais à user de traîtrise pour saper l’autorité de l’islam. (…) Les Juifs ont toujours été les premiers à tirer, dans la guerre qui fait rage de toutes parts contre les défenseurs de la renaissance musulmane dans le monde (13).

C’est pour cela que, à ses yeux, les Juifs sont responsables de tout ce qui leur est personnellement arrivé à travers l’Histoire, des pogroms à la Shoah. C’est cohérent : les Juifs étant responsables de tous les maux de la terre, la Shoah ne peut donc être considérée comme un crime mais au contraire comme une punition. Si on a voulu les exterminer, c’est de leur faute. Dans le monde merveilleux de Qutb, “non seulement tout ce qui est juif est mal, mais tout ce qui est mal est juif.” Cette pensée glaçante rejoint l’autre obsession de Qutb, le sexe. Comme tous les islamistes, quelle que soit l’époque, il est obsédé par les Juifs et les femmes. Alors quand on peut rassembler les deux, c’est l’orgasme : La doctrine permissive que l’on appelle quelquefois “révolution sexuelle” a été pensée par un Juif (Freud). En vérité, ce sont des Juifs qui soutiennent la plupart des théories maléfiques visant à détruire toutes les valeurs et tout ce qui est sacré pour l’humanité (14).

A partir de là, toute personne, toute politique économique ou diplomatique, toute forme culturelle ne correspondant pas à ce qu’il souhaite sera accusée d’être un agent sioniste. Dans le discours antisémite, le glissement sémantique de “juif” à “sioniste” a été lancé par les islamistes.

Nous pourrions espérer que ces “opinions” soient seulement connues de ses fans de l’époque. Cela aurait pu être le cas. Mais son livre “Notre combat contre les Juifs”, écrit en 1950, fut largement distribué par l’Arabie Saoudite dans le monde musulman à partir de 1970. Aujourd’hui, l’accusation de “sionisme”, une insulte dans la bouche de ces musulmans, est largement répandue.

Plus proche de nous, la Charte du Hamas rédigée en 1988 (15) affiche sans complexe sa détestation des Juifs inspirée par sa référence absolue, Hassan Al-Banna. Dans son préambule, la charte cite le fondateur des Frères : “Israël existe et continuera à exister jusqu'à ce que l'islam l'abroge comme il a abrogé ce qui l'a précédé”. L'imâm martyr Hasan al-Bannâ -que Dieu lui fasse miséricorde !

Pour être encore plus précis sur sa filiation, le Hamas confirme dans son article 2 qu’il est l'une des ailes des Frères musulmans en Palestine.

Cette charte concentre encore et toujours les deux influences, européenne et religieuse. Elle est l’illustration fidèle de toute la rhétorique antisémite islamiste que nous retrouvons partout dans le monde. L’influence religieuse se retrouve dans son préambule par sa citation de la sourate 3 verset 112 du Coran : Où qu’ils se trouvent, ils sont frappés d’avilissement, à moins d’un secours providentiel d’Allah ou d’un pacte conclu avec les hommes. Ils ont encouru la colère d’Allah, et les voilà frappés de malheur, pour n’avoir pas cru aux signes d’Allah, et assassiné injustement les prophètes, et aussi pour avoir désobéi et transgressé.

L’influence de l’extrême droite européenne se retrouve dans l’article 22 : (…) Grâce à l'argent, [les Juifs] règnent sur les médias mondiaux, les agences d'informations, la presse, les maisons d'édition, les radios, etc. Grâce à l'argent, ils ont fait éclater des révolutions dans différentes régions du monde pour réaliser leurs intérêts et les faire fructifier. Ce sont eux qui étaient derrière la révolution française, la révolution communiste et la plupart des révolutions dont nous avons entendu et entendons parler de-ci de-là. Grâce à l'argent, ils ont créé des organisations secrètes qui étendent leur présence dans toutes les parties du monde pour détruire les sociétés et réaliser les intérêts du sionisme, comme la franc-maçonnerie, les clubs Rotary et Lyons, etc. Ce sont toutes des organisations qui se livrent à l'espionnage et au sabotage. Grâce à l'argent, ils sont parvenus à prendre le contrôle des États colonialistes et ce sont eux qui les ont poussés à coloniser de nombreuses régions pour en exploiter les richesses et y répandre leur corruption.

Nous sommes bien loin de la lutte indépendantiste. C’est donc en raison de tous ces clichés antisémites que le mouvement déclare à travers un hadith dans son article 7 que l'Heure ne viendra pas avant que les musulmans n'aient combattu les Juifs (c'est à dire que les musulmans ne les aient tués). Oui, nous sommes bien loin de la lutte indépendantiste. La cause palestinienne est légitime. Mais étant une branche des Frères musulmans, le Hamas n’est pas un simple mouvement de résistance.

Un autre exemple plus récent encore, celui de Youssef Al-Qaradhawi, grand penseur des Frères musulmans encore en vie. Antisémite notoire, il a eu maintes occasions d’exprimer sa “sympathie” envers les Juifs. Comme en janvier 2009 où il déclara sur Al-Jazeera : Tout au long de l'histoire, Allah a imposé [aux Juifs] des personnes qui les puniraient de leur corruption. Le dernier châtiment a été administré par Hitler. (...) C'était un châtiment divin. Si Allah veut, la prochaine fois, ce sera par la main des musulmans. (16) Ce théologien est encensé par l’ensemble de la nouvelle extrême droite française, dont l’UOIF et Tariq Ramadan.

Sous l’influence des islamistes, cet antisémitisme s’est évidemment répandu en Afrique du nord. Le décret Crémieux de 1870, accordant la citoyenneté française aux juifs d’Algérie, marqua le début de la fracture entre Juifs et musulmans du Maghreb. Les conséquences de ce décret facilitèrent la propagande islamiste quelques décennies plus tard. Dès les années 1930, de vives tensions entre Juifs et musulmans d’Afrique du nord éclatèrent en raison des évènements en Palestine. L’antisionisme commença à glisser dès cette époque vers l’antisémitisme inspiré de l’Europe. La naissance de l’État d’Israël en 1948 puis l’aggravation du conflit dans les années 1960 permirent à la fois aux islamistes, mais aussi aux pouvoirs politiques en place, de mieux l’instrumentaliser. Pour les régimes autoritaires post-indépendance du Maghreb, détourner l’attention vers la misère des Palestiniens était le moyen pour que les peuples se préoccupent moins de la misère chez eux. Ce qui contribue à éviter une déstabilisation des régimes. Cela leur permettait aussi d’apporter une pierre supplémentaire à la construction d’un sentiment panarabe. L’échec du panarabisme a ouvert un boulevard au développement du panislamisme. Pour les islamistes justement, la cause palestinienne est le moyen, non pas d’aider les palestiniens en trouvant une solution au conflit, mais de créer un sentiment d’appartenance à la Oumma en identifiant chaque musulman de la planète aux musulmans de Palestine. Le maintien du conflit, en le confessionnalisant, est donc primordial. Et ça marche. Nombre de musulmans dans le monde sont plus sensibles à ce que vivent les Palestiniens qu’à ce que vivent leurs voisins de palier ou leurs concitoyens non musulmans.

Les conséquences furent négatives pour les Juifs du Maghreb qui, pour nombre d’entre eux, n’avaient pourtant pas de liens avec ce conflit. Tout ceci engendra un malaise, une discrimination de plus en plus importante, voire une insécurité physique. Résultat : entre 1948 et la fin des années 1960, la quasi-totalité des Juifs vivant dans les pays arabo-musulmans ont émigré, la plupart vers Israël dans un déchirement immense. Nombre de ces Juifs ne se remirent jamais d’avoir quitté leur Maghreb tant aimé. La plupart d’entre eux se considérait comme marocains, algériens ou tunisiens, avant de se considérer comme israéliens. Drôle ironie de l’histoire : en poussant les Juifs à quitter leur pays et donc à émigrer en Israël, les maghrébins musulmans, qui hurlent à l’injustice envers la Palestine aujourd’hui, ont été parmi les contributeurs à l’aggravation de la situation des Palestiniens.

L’absence de Juifs dans les pays musulmans (ils y sont aujourd’hui peu nombreux), la propagande islamiste sur le conflit israélo-palestinien alliée à son instrumentalisation par les régimes autoritaires, ont permis de construire cette image fantasmée et antisémite du Juif depuis quelques décennies. En oubliant même leur histoire commune qui fut longue et riche.

La transmission antisémite ne s’est jamais rompue. Une transmission à travers le temps et l’espace, jusqu’en France. Hassan Iquioussen, un prédicateur fanatique de l’UOIF, en est un des transmetteurs. Dans une conférence célèbre dans les milieux islamistes, il développe un discours dans la droite ligne de ses ainés. Cette conférence tenue en avril 2003 était intitulée “La Palestine, histoire d'une injustice” (17) (le terme victimaire “injustice” que l’on retrouve constamment dans tous les discours et de nombreux intitulés des conférences islamistes). Entouré d’enfants car une bonne part de l’auditoire était venue en famille, on y entend encore et toujours le mélange de l’antisémitisme religieux basé sur des versets du Coran et l’antisémitisme moderne européen de l’extrême droite traditionnelle. Il explique que les Juifs sont ingrats, qu’ils ont tué Jésus et bien d’autres prophètes et que, par conséquent, c’est un peuple qui nécessite d’être rappelé à l’ordre 24h sur 24. Il relate également l’histoire du premier schisme en islam de cette façon : La première dispute qu’il y a eu entre les musulmans, vous savez elle est due à qui ? Elle est due à un Juif yéménite converti à l’Islam hypocritement et qui de l’intérieur va tout faire pour détruire l’islam. Il est dans le même délire avec la Turquie kémaliste : Vous savez, le mouvement des jeunes Turcs, qui a à sa tête Mustafa Kemal Atatürk (…). D'après certains historiens, Mustafa Kemal était un Juif. (…) Car en Turquie, il y avait des Juifs qui se sont convertis à l’Islam hypocritement pour pouvoir accéder aux postes les plus importants et détruire l'islam et les musulmans de l'intérieur.

Sa reconstruction historique va plus loin encore : Et qu’est-ce qu’ils font en Europe ? Ce que je vais vous dire va vous choquer, mais c'est les textes aujourd'hui qui le disent, ils vont être de connivence avec Hitler, les sionistes. Pourquoi ? Pour pousser les Juifs à quitter l'Allemagne. Parce que les Juifs allemands ne voulaient pas quitter l'Allemagne. (…) Alors les sionistes ont dit : “il y a qu'une manière”. Vous savez comment ? Il faut qu'il y ait en Europe quelqu'un qui fasse du mal aux Juifs pour dire aux Juifs “sauvez-vous sinon vous allez voir ce qui va vous arriver. Les Européens vous détestent, ils ne vous aiment pas”. C'est pour ça [que les sionistes] ont créé des groupuscules fanatiques intégristes qui tuaient, qui posaient des bombes, qui ont massacré des musulmans. Ce sont tous des gens qui ont offert leurs services à Hitler. Pourquoi ? Pour justement qu'Hitler tue des Juifs pour utiliser cela pour que les Juifs quittent l'Europe.

On a droit également au profil du Juif type : les Juifs sont des tricheurs, des menteurs car c’est dans leur nature. En revanche, il aime bien le Hamas : Vous savez ce que c’est le Hamas ? C’est la ferveur, c’est l’entrain, la pêche en arabe, ça veut dire les deux en arabe, Hamas. Et là, Ce sont des gens qui vont jusqu'au bout. C’est soit la mort et le paradis, soit la victoire et la libération et nos droits qui reviennent.

Nous ne sommes donc pas étonnés de la conclusion de sa conférence : L’ONU qui reconnaît la création d'un État qui n'a pas lieu d'être. En s’identifiant au drame que vivent effectivement les Palestiniens (“NOS droits qui reviennent”), il y inclut l’ensemble des musulmans du monde, y compris les intégristes, dans une rhétorique victimaire : Aujourd'hui on massacre les musulmans et on les fait passer pour des intégristes, des bourreaux, alors que ce sont eux-mêmes des victimes.

Plusieurs passages de cette conférence reprennent quasiment mot pour mot des propos figurant dans les livres de Sayed Qutb cités plus haut.

Le CCIF, issu du même courant idéologique frériste, n’ignore pas les positions de Hassan Iquioussen, que ce soit sur les Juifs, les femmes ou les attentats. Cela ne lui pose aucun problème. Ils se retrouvent parfois dans des conférences pour dénoncer “l’islamophobie”. Hassan Iquioussen est même invité par le CCIF dans des conférences qu’il organise, telle que “Islamophobie décomplexée : quel impact sur notre société ?”, en 2013 (18). Il y apporte le “point de vue spirituel” et Marwan Muhammad le “point de vue juridique” (sic). Un “point de vue juridique” non pas pour prévenir H. Iquioussen ou toute autre personne de l’illégalité et de l’aspect choquant de tels propos. Absolument pas. Il intervient pour expliquer à quel point la France est raciste et “islamophobe” quand elle s’oppose à leur intégrisme. C’est sûr qu’avec de tels personnages, cela va beaucoup aider les musulmans à lutter contre les discriminations et la peur de l’islam ! Mais le but n’est pas là. Si cela était pour lutter contre les actes et propos antimusulmans, ils ne s’y prendraient évidemment pas comme ça. Le but serait plutôt : “islamisme décomplexé : comment le valider comme étant le véritable islam grâce à l’arme de “l’islamophobie””.

Les musulmans sunnites ne sont pas les seuls sur le marché de l’antisémitisme. Dès la révolution iranienne en 1979, le régime chiite des mollahs fit de la haine des Juifs et d’Israël un élément de sa politique intérieure et étrangère. En dehors de ses menaces militaires visant la destruction d’Israël, son point culminant fut atteint lors de la présidence de Mahmoud Ahmadinejad de 2005 à 2013. En 2006, il organisa le Concours international de caricatures sur l'Holocauste, en réponse aux caricatures de Mahomet. Ce concours annuel existe encore aujourd’hui. La même année, il invita également à Téhéran les négationnistes Robert Faurisson et Roger Garaudy pour une conférence sur la Shoah. Quand l’extrême droite traditionnelle française rencontre l’extrême droite musulmane…

Depuis les années 1920 jusqu’à aujourd’hui, les islamistes n’ont pas une simple rancœur en rapport avec le conflit israélo-palestinien. C’est la création (ou plutôt la reprise de l’antisémitisme européen) d’un Juif imaginaire responsable de tous les problèmes que vivent les musulmans.

Je n’ai évoqué que quelques exemples parmi d’autres. Les Wahhabites et de nombreux prédicateurs islamistes tendance frériste maghrébins ou turcs ne sont pas en reste. Le conflit israélo-palestinien sert de catalyseur à cet antisémitisme musulman fortement teinté d’antisémitisme européen. L’obsession jusqu’à l’overdose des islamistes envers ce conflit se traduit sous de nombreuses formes en France.

Aujourd’hui, nous pouvons voir régulièrement des manifestations de sympathie de la part de musulmans envers Hitler sur les réseaux sociaux. Les propos antisémites sont devenus si banals qu’ils sont entrés dans le langage courant de nombreux musulmans, y compris en France. “Les protocoles des sages de Sion” est encore le texte antisémite le plus répandu et le plus populaire dans le monde musulman. Il y est même largement considéré comme véridique. On a aussi pu en trouver la trace il y a quelques années sur les étals du congrès annuel de l’UOIF au Bourget.

L’antisémitisme a été vivace dans de nombreux régimes et idéologies. Le christianisme, le communisme soviétique, et bien-sûr le nazisme, ont toujours trouvé pratique de rendre les Juifs responsables de tout et n’importe quoi, souvent au point de les persécuter ou d’appeler à leur destruction. Aujourd’hui, l’antisémitisme existe encore en Europe. Mais son centre de gravité s’est déplacé vers le monde arabo-musulman. Tous les musulmans ne sont pas antisémites. Mais une bonne partie des antisémites aujourd’hui dans le monde est musulmane. Cet antisémitisme ne se réfère plus à une théorie raciale ou à un projet de purification biologique, pour atteindre la pureté de la race supérieure telle que rêvée par Hitler. Ils basent leur antisémitisme sur une vision politico-religieuse du monde. Une vision manichéenne où les Juifs, pardon les “sionistes” (c’est le terme utilisé aujourd’hui), sont responsables de tous les problèmes. Leur disparition est une des étapes qui permettrait aux musulmans, peuple supérieur, d’islamiser le monde. L’antisémitisme ne se construit donc plus sur une base ethnique mais religieuse. Toutefois, la paranoïa conspirationniste (la crise financière et économique de 2008 serait un complot juif, par exemple) et la fourberie du Juif sont quelques-uns des traits encore communs avec l’antisémitisme européen. Cela permet aussi à une partie des musulmans de dédouaner de toute responsabilité individuelle leurs coreligionnaires violents. Ce qui explique également l’aggravation de l’antisémitisme musulman depuis 2001 : des attentats du 11 septembre, en passant par DAESH ou les attentats de Paris, tout cela serait orchestré par les j…sionistes.

Ce qui m’effraye le plus, c’est la banalité du discours. Encore une fois, tous les musulmans ne sont pas antisémites, mais l’antisémitisme est très ancré dans le monde musulman. Lorsque j’entends certains d’entre eux tenir de tels propos, le naturel avec lequel ils les expriment, comme s’ils parlaient de la météo ou d’un programme télé, je suis désarmé car abasourdi, et déprimé face à l’ampleur du phénomène. Avec les accusations de racisme ou “d’islamophobie”, l’accusation de “sionisme” et “d’influence sioniste” a envahi les réseaux sociaux dès qu’une personne émet une critique envers l’islam ou l’islamisme. La victimisation par tous les moyens…

Ainsi, Marine Le Pen et Marwan Muhammad ont chacun cité une part de vérité, mais en la déformant et en occultant le reste de l’histoire qui leur est défavorable. Alors quand Marwan Muhammad compare la situation des musulmans français d’aujourd’hui à la situation des Juifs dans l’Allemagne des années 30, à la lumière de l’histoire antisémite de son idéologie et au-delà du fait que les deux périodes ne sont pas comparables, on pourrait trouver cela très cocasse si ce n’était pas si grave.

Pour ce qui est du Front National, son antisémitisme historique est une des épines dans le pied qui gêne l’accès aux dernières marches de l’Élysée. Alors il marginalise ses membres les plus virulents, tente de faire oublier son passé et ses pères fondateurs, et change de cible. Une dédiabolisation pas toujours aisée. Marion Maréchal Le Pen, par ses piqures de rappel aux fondamentaux du FN, est là pour le lui rappeler. Les ennemis désignés ne sont plus les Juifs (en tout cas, ils ne sont plus la priorité) mais les musulmans, dont l’islamisme sert de prétexte. Et c’est là que les islamistes, dont le CCIF, interviennent. Sans eux, le FN aurait très peu de prises sur cette thématique. Car le terrorisme au nom de l’islam ne peut suffire à lui seul pour drainer un maximum de citoyens. C’est l’islamisme politique, celui qui travaille notre société depuis plus de 30 ans, qui fait la joie du FN. Le CCIF, qui en est le fleuron aujourd’hui, avec ses partenaires racistes du Parti des Indigènes de la République, est ainsi le plus grand allié et le meilleur outil qui permettrait au FN de casser le plafond de verre qui le sépare des dorures de la République. De la même façon que l’extrême droite traditionnelle est le meilleur alibi du CCIF et de ses alliés, car cela leur permet d’exister et d’assimiler toute opposition à leur extrémisme comme étant raciste et fasciste.

Certes, Marine Le Pen n’a pas écrit les “Protocoles des Sages de Sion” et Marwan Muhammad n’a pas diffusé cet ouvrage dans le monde musulman. Elle n’est pas responsable des actes de Pétain tout comme il n’est pas responsable de ceux de Amin Al-Husseini ou Sayed Qutb. Mais ils sont tous deux les héritiers de leurs idéologies respectives. Avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur leur vision du monde et leurs opinions politiques. Sont-ils antisémites eux-mêmes ? Je ne sais pas. Mais cet antisémitisme historique partagé par les deux extrêmes droites est possible grâce à la proximité de leur vision du monde. Leurs idéologies sont basées sur les mêmes principes racistes et totalitaires. Principes que l’on retrouve à travers leur histoire. A la différence que le racisme et le totalitarisme des intégristes musulmans s’expriment aujourd’hui en France et dans le monde avec moins de complexe que celui du FN. Leurs stratégies de victimisation, “d’islamophobie” et d’inversion des rôles sont les armes les plus efficaces pour faire passer leur racisme et leur totalitarisme comme de simples points de vue. Pourtant, le parallèle avec l’extrême droite traditionnelle est flagrant.

C’est ce que j’aborderai dans la 2ème partie de mon article.



(3) Abdelwahab Meddeb et Benjamin Stora (dir.), Histoire des relations entre Juifs et musulmans des origines à nos jours, Albin Michel, Paris, 2013.

(4) La Croix gammée et le turban, la tentation nazie du grand mufti, documentaire de Heinrich Billstein, 2009.

(5) Ibid

(7) La Croix gammée et le turban, la tentation nazie du grand mufti, documentaire de Heinrich Billstein, 2009.

(8) Ibid

(10) Jihad et haine des Juifs, le lien troublant entre islamisme et nazisme à la racine du terrorisme international, Matthias Küntzel, Edition du Toucan, Paris, 2015, p. 70.

(11) Ibid, p. 59.

(12) Ibid, p. 62.

(13) Sayed Qutb cité par Paul Berman, Les habits neufs de la terreur, Hachette Littératures, 2004, p. 114.

(14) Ibid, p. 115.

(16) Memritv.org ou https://www.youtube.com/watch?v=IJxxuuhHsQY pour avoir les sous-titres français.
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Le CCIF et sa référence à l’Allemagne des années 30, l’arroseur arrosé


Conférence de Marwan Muhammad à  la mosquée de Vigneux, avril 2011

       y’a pas un niveau de sacrifice en dessous duquel les gens ils vont nous accepter. Allah, soubhanahou wa ta’ala, il nous donne encore une fois la réponse dans le coran : "on ne sera satisfait de nous que quand on aura abandonné notre religion pour suivre la leur." Il n’y a pas un degré d’acceptabilité de notre religion. C’est pour ça qu’on met en scène l’histoire du musulman modéré et du musulman extrémiste. Parce qu’on espère que, pour ne pas être pris pour un extrémiste, chacun d’entre nous va accepter de faire toutes les concessions pour qu’on nous donne le pin’s d’acceptabilité de « ça y est, c’est bon, tu es un modéré. (…) Ce qu’ils appellent l’islam des Lumières, moi j’appelle ça l’islam du réverbère.

Au moins, c’est clair... Ces déclarations ont été faites par Marwan Muhammad, à l’époque porte-parole du CCIF, à une conférence-débat qui s’était tenue à la mosquée de Vigneux le 30 avril 2011. Mosquée qui a vu défiler de nombreux prédicateurs intégristes de France et d’ailleurs. Organisée par l’association culturelle des musulmans de Vigneux, elle avait pour thème "islamophobie, notre responsabilité face à l’injustice". L’ensemble des propos idéologiques qui ont été tenus lors de cette conférence sont courants et régulièrement répétés par l’ensemble des intégristes. Ce discours politique et religieusement radical est intéressant car il concentre une bonne part de la vision de l’islam politique.

Le CCIF, qui se présente comme grand défenseur de la laïcité et du vivre ensemble, n’est pas à une contradiction et un amalgame près. C’est une stratégie pensée et structurée pour perdre les français et les culpabiliser s’ils ont le malheur de critiquer les intégristes musulmans. Pour cela, deux outils sont utilisés par l’ensemble des islamistes : la victimisation et "l’islamophobie" (terme ancien qui aurait pris son essor avec les intégristes iraniens à la fin des années 70 pour stigmatiser les femmes refusant de se voiler). S’il existe effectivement des actes et propos anti-musulmans (et il faut les sanctionner), le CCIF inclut surtout dans son action la lutte contre toute critique de l’islam, de l’islamisme, et contre toute opposition laïque. Il considère les intégristes comme de simples musulmans. La lutte contre l’intégrisme se transformant ainsi en une lutte contre les musulmans en général. Et c’est tout cela qui serait de "l’islamophobie", à leurs yeux un délit. Les musulmans modérés étant considérés comme les "musulmans de service" (cité également dans cette conférence). Le piège de ce terme inapproprié, et qui n’existe pas en droit français, a été maintes fois démontré.

D’un autre côté, Il ne fait aucune distinction entre ses adversaires : l’extrême droite est mise dans le même sac que les défenseurs de la laïcité et de l’égalité des sexes : tous des fachos ! Cette stratégie en dit long sur leur vision de la démocratie. Comme tout mouvement inspiré des Frères musulmans, il utilise les termes de nos valeurs (démocratie, valeurs républicaines, laïcité, liberté, …) pour en détourner le sens et les retourner contre nous. Rien de mieux pour culpabiliser les laïcs et les féministes. Et ça marche sur beaucoup d’entre eux.
Marwan Muhammad n’a jamais souhaité non plus donner son opinion devant le grand public sur l’instrumentalisation de la religion à des fins sexistes et misogynes, comme le voile par exemple. Pour ne pas montrer sa radicalité, il botte en touche en se présentant comme simple défenseur des opprimés et souhaite rester uniquement sur le terrain juridique (et politique). Mais quand il est face à son public, comme lors de cette conférence, c’est tout autre chose. Tout en restant dans le discours politique, il n’hésite pas à faire la leçon en citant Allah, le Coran, le prophète. Il devient un imam devant ses fidèles. Il ne s’adresse plus à des hommes et des femmes, ou à des citoyen(ne)s, mais à des "frères" et "sœurs". Comme tout bon islamiste, il a une lecture littéraliste du coran, il distille l’idée de l’impudeur des femmes de culture française, il expose sa vision rétrograde du rôle de la femme musulmane, et il magnifie la suprématie de l’islam sur la France et sur le monde. Il n’a aucun état d’âme non plus à faire des comparaisons choquantes (et historiquement fausses) avec les juifs. Cette conférence, dont le thème et le discours dégoulinent de victimisation surréaliste, n’est pas différente des autres. A un moment, la mine grave et sur un ton solennel, il déclame :
C’est l’histoire d’un pays qui chaque jour bascule un peu plus dans l’islamophobie. Ce pays, c’est pas l’Allemagne des années 30. C’est la France des années 2010. Cette façon de nommer un culte, cette façon de nommer des croyants, cette façon de les stigmatiser et de dire qu’ils posent problème et qu’ils mettent en péril l’identité du pays, c’est exactement la manière dont on stigmatisait les juifs au début du siècle dernier. C’est pas dans l’Allemagne des années 30 qu’on mitraille des mosquées. C’est pas dans l’Allemagne des années 30 qu’on dit à des enfants tu n’iras pas au centre de loisirs parce que tu ne veux pas manger du pâté et du jambon à l’école. Ce n’est pas dans l’Allemagne des années 30 qu’on viole des femmes le jour de l’Aïd. Qu’est-ce que nous, musulmans, on fait pour changer ça ? Et est-ce qu’on est responsable de changer ça ? La réponse est dans la question.

Passons sur les énormités à propos du pâté et du jambon, et du viol des femmes le jour de l’Aïd. Ben oui, les violeurs aussi sont "islamophobes" : ils osent violer des femmes le jour de l’Aïd ! Ils pourraient quand même attendre le lendemain, par respect ! Les viols sont bien moins graves le reste de l’année (estimés à 75000/an). Ils n’ont vraiment aucun respect ces violeurs… Ou bien le viol serait plus grave si les victimes sont musulmanes ? Dans son propos, si le viol a lieu le jour de l’Aïd, ce n’est plus un crime commis sur une femme mais un acte "islamophobe" contre une musulmane...
Alors passons. A part ça, nous voyons ici une des rhétoriques les plus utilisées par les intégristes musulmans : l’analogie victimaire avec l’antisémitisme. Mais n’est pas historien qui veut. Cette analogie qui se veut historique n’a rien à voir avec l’Histoire. Les comparaisons sont hors sujet et il n’y a aucune mise en contexte. Mais comment lui en vouloir ? Comme tout bon intégriste qui se respecte, il aborde aussi le Coran exactement de la même façon. De plus, la comparaison faite par les islamistes entre ce que subiraient les (intégristes) musulmans aujourd’hui et les persécutions des Juifs dans les années 30 est assez ironique, quand on connaît l’antisémitisme du monde musulman et chez une partie des français de confession musulmane.

Cette rhétorique islamiste commence d’abord par la création d’une figure raciale, celle de l’opprimé supposé. Le problème ne relèverait plus d’une idéologie religieuse choisie, mais d’un groupe racialisé persécuté. Il y aurait une race musulmane comme il y a un peuple juif. Cela rappelle les théories racialistes et racistes du Parti des Indigènes de la République. On comprend mieux les liens qu’ils entretiennent. C’est par cette stratégie que "l’islamophobie", délit imaginaire, devient un racisme. La religiosité, et de surcroit la religiosité extrémiste, relève pourtant d’un choix, pas d’une origine ethnique. L’autre problème est qu’il y a une essentialisation qui piège les musulmans qui n’ont pas choisi le radicalisme, en les incluant malgré eux dans le système victimaire et racialisé par les islamistes.

Dans l’Allemagne des années 30, les juifs ne cherchaient pas à se distinguer et ne demandaient aucun aménagement pour leur religion, contrairement au CCIF et aux autres islamistes en France aujourd’hui. Ils ne demandaient pas à l’Allemagne des accommodements à leurs pratiques rigoristes sous la menace d’être accusés de judéophobie. La référence à l’Allemagne des années 30 concerne l’antisémitisme, pas l’anti-judaisme. L’anti-judaïsme est une opinion qui concerne une religion. L’antisémitisme est un racisme puisqu’il vise une ethnie. Comparer l’antisémitisme à "l’islamophobie", c’est mettre au même niveau la manifestation d’un racisme et l’expression d’une critique religieuse, dont la critique de l’extrémisme religieux.

Dans les années 30, les juifs ont été persécutés. Ils ne l’ont pas été pour leur religion, mais en tant que groupe racial. Un juif pouvait donc être non pratiquant, athée ou converti au catholicisme, il était quand même discriminé, harcelé, spolié puis plus tard déporté. Le juif était considéré comme faisant partie d’une race inférieure et impure. Sa judaïté n’était pas un critère. D’ailleurs, les nazis n’ont pas empêché les juifs pratiquants d’exercer leur culte.

En France aujourd’hui, les musulmans, y compris les intégristes, ne sont évidemment pas persécutés. L’islamisme politique s’exprime même sans difficultés (n’est-ce pas M. Muhammad ?). De nombreuses associations officiellement culturelles, qui sont en réalité cultuelles, reçoivent des subventions publiques (comme l’association culturelle des musulmans de Vigneux ?). Les musulmans, tout comme les croyants des autres religions, sont même protégés par notre laïcité. Le CCIF le sait bien puisqu’il n’hésite pas à se servir de ces lois et à attaquer en justice quand il estime qu’il y a eu un acte "islamophobe". Et s’il y a vraiment eu discrimination, la justice de ce "pays islamophobe" leur donne raison. Les juifs avaient-ils toutes ces possibilités dans l’Allemagne des années 30 ? Bien-sûr que non. Bien au contraire, l’Allemagne des années 30 avait fait de l’antisémitisme un programme politique en promulguant des lois pour exclure totalement les juifs de la société : interdiction du mariage et des relations extraconjugales entre Juifs et citoyens de sang allemand, interdiction pour les Juifs d’exercer certains métiers, puis confiscation des biens juifs, etc.

S’il y a bien en France des lois d’interdiction, elles ne visent en aucun cas un groupe ethnique ni même les musulmans en tant que croyants. Elles visent à limiter l’expansion d’une idéologie totalitaire, du communautarisme et du sexisme au nom du religieux. Contrairement à ce que souhaite faire croire le CCIF, les lois ne concernent pas les musulmans, mais les dérives faites au nom de l’islam. Une musulmane modérée se fiche complètement de la loi sur le voile intégral ou de celle sur les signes religieux à l’école puisque cela ne la concerne pas. Elle peut pleinement vivre sa foi, et même être protégée contre les injonctions des intégristes. Rien de tel pour les juifs allemands des années 30.

Il est vrai que les actes et propos anti-musulmans ont augmenté en 2015. Mais leur nombre reste limité. Sachant qu’il y a eu en France plusieurs attentats et des dizaines de morts au nom de l’islam (par armes à feu, égorgement, écrasement). Sachant que les "représentants" des musulmans invités dans les médias sont presque toujours les militants de l’islamisme politique (UOIF, Tariq Ramadan, CCIF, etc.). Sachant que notre pays a une histoire et des acquis concernant la lutte pour l’égalité des sexes. Il est donc compréhensible que les français aient peur, et cela explique en partie la stupidité d’une minorité à commettre des actes anti-musulmans. Mais vu la gravité de la situation, la France en général a toutefois su rester digne. Quand on compare l’attitude de la France face à la barbarie qui la touche et l’islamisme qui se développe sur notre sol, cela n’a rien à voir avec l’attitude de nombre de musulmans à travers le monde pour quelques dessins caricaturant le prophète. De plus, pour revenir à la comparaison avec l’antisémitisme, il y a presque 2 fois plus d’actes antisémites alors que cette population est 6 fois moins importante en France que les musulmans. Et les actes et propos antisémites commis par des français musulmans sont en augmentation…
Il y a donc du racisme en France. Mais pas plus qu’ailleurs, et même bien moins que dans la plupart des pays du monde, surtout bien moins que dans bon nombre de pays musulmans. Les musulmans ne sont donc pas stigmatisés. Ce sont les dérives extrémistes et sexistes d’une partie d’entre eux qui sont dénoncées et combattues. En incluant volontairement l’ensemble des musulmans malgré eux, les islamistes contribuent à l’amalgame et à la peur de l’islam.

Alors pourquoi faire l’analogie entre “l’islamophobie” et l’antisémitisme de l’Allemagne des années 30 ? Car la référence à la persécution des juifs est la carte premium de la victimisation. D’autant plus qu’elle fait écho à notre traumatisme historique. Il n’y a donc rien de mieux pour culpabiliser la population, même si les persécutions des juifs allemands n’ont absolument rien à voir avec "l’islamophobie en France". Cette analogie est également le moyen de diaboliser, culpabiliser et disqualifier tous ceux qui s’opposent à l’islamisme, en les comparant aux nazis. Les deux volets de ce stratagème sont particulièrement ignobles...

Mais allons quand même dans le sens de M. Muhammad, juste pour voir. Tentons de faire un parallèle avec le nazisme et l’Allemagne des années 30 qu’il aime tant évoquer. Voici la suite de son discours qui passe du statut victimaire à celui de communauté supérieure : Allah, soubhanahou wa ta’ala, nous dit : "vous êtes la meilleure communauté qui ait surgi sur Terre". Pas la deuxième, pas une bonne communauté, mais la meilleure des communautés. Et juste après, Allah soubhanahou wa ta’ala dit : "vous recommandez le bien et vous interdisez ce qui est blâmable, et vous croyez en Allah" soubhanahou wa ta’ala. Ça veut dire que cette caractéristique est une caractéristique identificatrice des musulmans. Elle nous fait sortir du rang et elle fait de nous les premiers de la classe auprès d’Allah soubhanahou wa ta’ala. C’est pas une petite caractéristique, mais c’est une responsabilité. C’est une responsabilité, pas que quand on s’attaque aux musulmans. C’est une responsabilité pour toutes les injustices qui frappent la terre sur laquelle Allah soubhanahou wa ta’ala nous a mis comme gérants, comme responsables de l’ordre public.”

Ce discours est surprenant pour n’importe qui, mais banal et tout à fait normal pour les islamistes. Il fait référence à la Sourate 3 verset 110 du coran : "Vous êtes la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour les hommes vous ordonnez le convenable, interdisez le blâmable et croyez à Allah. (…)". Les musulmans modérés prennent le coran dans son esprit, pas à la lettre. Ils interprètent et adaptent l’islam en fonction du contexte, de l’époque, et de la société dans laquelle ils vivent. Ils estiment ainsi possible d’écarter des versets (sans pour autant les supprimer puisqu’ils existent) qui sont déconnectés de notre monde et ne sont plus applicables aujourd’hui. Tout ce que déteste le CCIF. Les intégristes, eux, considèrent que la parole de Dieu est éternelle et qu’il faut tout prendre à la lettre. Quitte même à extrapoler les écrits originaux dans un sens rigoriste et totalitaire qui les arrange. Le CCIF et l’ensemble des intégristes n’y voient aucun mal. Ce qui est d’autant plus terrifiant.

Ainsi, le porte-parole du CCIF affirme à ses fidèles que la communauté musulmane est supérieure à toutes les autres. Il revendique donc "une idéologie fondée sur la croyance qu'il existe une hiérarchie entre les groupes humains et que certaines catégories de personnes sont supérieures à d'autres". Pourquoi je mets des guillemets ? Parce que je cite la définition exacte du racisme… Cette supériorité supposée donnerait aux musulmans la capacité de déterminer ce qui est bien ou mal pour tous. Cela rendrait cette communauté désignée par Dieu "gérante et responsable de l’ordre public". Cela porte un nom : le totalitarisme.

Cette pensée raciste et totalitaire est effrayante et choquante. Mais c’est si peu quand on connait celui qui a pensé et appliqué les mêmes idées, avec presque les mêmes termes, dans la fameuse "Allemagne des années 30" si souvent citée par M. Muhammad pour se poser en victime. Pour bien comparer, je le cite de nouveau : Allah nous dit : "vous êtes la meilleure communauté qui ait surgi sur Terre". Pas la deuxième, pas une bonne communauté, mais la meilleure des communautés. Et juste après, Allah dit : "vous recommandez le bien et vous interdisez ce qui est blâmable, et vous croyez en Allah". Ça veut dire que cette caractéristique est une caractéristique identificatrice des musulmans. Elle nous fait sortir du rang et elle fait de nous les premiers de la classe auprès d’Allah. C’est pas une petite caractéristique, mais c’est une responsabilité. C’est une responsabilité, pas que quand on s’attaque aux musulmans. C’est une responsabilité pour toutes les injustices qui frappent la terre sur laquelle Allah nous a mis comme gérants, comme responsables de l’ordre public.

Voici maintenant la pensée d’un allemand qui était dans le même délire : L'Aryen est l'étincelle divine du génie (…) ; il a toujours allumé à nouveau ce feu qui, sous la forme de la connaissance, éclairait la nuit et montrait ainsi à l'homme le chemin qu'il devait gravir pour devenir le maître des autres êtres vivant sur cette terre. (Tome I, chapitre 11) [La] mission donnée au peuple allemand sur cette terre consiste uniquement à former un État qui considère comme son but suprême de conserver et de défendre les plus nobles éléments de notre peuple, restés inaltérés, et qui sont aussi ceux de l'humanité entière. (…) La tâche qui consiste à conserver et à défendre une espèce humaine supérieure (la race aryenne), dont la bonté du Tout Puissant a gratifié cette terre, apparaît une mission vraiment noble. (Tome II chapitre 2) [Le nazisme] doit avoir conscience de ce que, gardiens de la plus haute humanité sur cette terre, nous avons aussi les plus hautes obligations. (Tome II chapitre 14). Adolph Hitler, Mein Kampf
Pas mal pour une association qui prétend "défendre les droits de l’Homme". Le CCIF a bien su inverser les rôles dans sa référence à l’Allemagne des années 30. Vous avez un peu la nausée ? C’est normal. A côté du CCIF, les idéologues fachos du FN passeraient presque pour des enfants de chœur.
Si cette conférence a eu lieu en 2011, la comparaison avec l’Allemagne des années 30, et la référence au verset cité, n’ont jamais cessé depuis.

Ainsi, le CCIF prétend défendre la laïcité mais la bafoue. Il prétend défendre les droits de l’Homme, et traite tous ses adversaires de fascistes, pour mieux défendre et véhiculer une idéologie raciste et totalitaire : le fascisme vert. On retrouve là, typiquement, la mécanique du Front National. Avec de tels défenseurs, les musulmans n’ont pas besoin d’agresseurs.

Loin de défendre les droits humains et les musulmans dans l’absolu, le CCIF, comme tous les islamistes, lutte pour une certaine idée de l’islam et la validation de l’intégrisme comme étant l’islam véritable. En cela, et en incluant les musulmans modérés malgré eux dans sa "communauté musulmane", il entretient et développe volontairement ce qu’il prétend combattre : l’amalgame et "l’islamophobie". Car ce qui crée la peur de l’islam chez nos concitoyens, ce qui aussi excite, donne des arguments et favorise l’extrême droite, c’est l’islamisme, dont le CCIF est idéologiquement la branche juridique en France. Cette stratégie peut fonctionner, mais seulement un temps, le temps de l’illusion.

Pour en finir avec la référence à l’Allemagne des années 30 si chère aux intégristes : si les démocraties s’étaient montrées faibles et parfois complaisantes avec le nazisme, il est vrai qu’il y a le même aveuglement et la même complaisance aujourd’hui avec une partie de la gauche et des féministes concernant l’islamisme. Mais nous, les féministes universalistes, les républicains démocrates et laïques de gauche, de droite et de toutes confessions, ne commettrons pas la même erreur, dans “la France des années 2010”, avec ce nouveau totalitarisme qu’est l’islamisme. Ne l’oublions pas : “l’islamisme n’est pas une religion”, comme le disent très justement des musulmans laïques. Les intégristes ne réussiront jamais à nous ramener au Moyen-Age, ni même à l’Allemagne des années 30, car ils ne peuvent rien contre le progrès des consciences.

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