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Le CCIF et l'homophobie : un faux silence, une vraie caution (2ème partie)


Le CCIF et l'homophobie : un faux silence, une vraie caution
(source CCIF et leparisien.fr)

(Lien vers la 1ère partie en fin de celle-ci)

       Par sa stratégie politique victimaire et d'inversion des rôles, le CCIF se présente comme "une association de défense des droits de l’homme" (sic). Cet affichage pour la vitrine tente de masquer la réalité de son arrière-cour islamiste. Pour ne pas être mis en porte à faux entre ses convictions réelles et son affichage officiel, le CCIF prend bien garde de ne jamais se prononcer sur certains sujets. L'homosexualité est l'un d'entre eux. Sa vitrine revendiquant la défense des droits humains en général et des musulmans en particulier, il aurait été logique qu'il lutte activement contre l'homophobie puisque cela concerne aussi les musulmans. Lors des débats sur le mariage pour tous, il aurait pu se prononcer pour l'égalité quelle que soit son orientation sexuelle. D'abord parce qu'être contre signifie le désir de discriminer des êtres humains en raison de ce qu'ils sont. Ce qui est du racisme. Les homosexuels musulmans doivent avoir la possibilité de se marier, que leur amour soit reconnu officiellement, comme les couples musulmans hétérosexuels, pour "éviter les injustices" (expression chère au CCIF lorsqu'il s'agit de défendre l'intégrisme).  Ensuite, autoriser l'accès au mariage aux homosexuels assurerait une forme de protection pour les musulmans gays. Si des musulmans, y compris leur famille, les discriminent (parfois violemment), l'État reconnaîtrait leur union et leur accorderait des droits les protégeant mieux.
Alors où sont ses projets de lutte contre l'homophobie entre musulmans ? Quels sont les dossiers traités par le CCIF pour la défense d'homosexuels musulmans ? Où sont ses "statistiques" à ce sujet ? A-t-il déjà manifesté son soutien pour les homosexuels musulmans ? A-t-il ne serait-ce qu'évoqué ce sujet ? Jamais. Comme si les homosexuels musulmans n'existaient pas. Or, l'homophobie est très répandue chez les citoyens de confession musulmane, surtout bien sûr chez les intégristes dont le CCIF fait partie. Passer son temps à dénoncer un "racisme d'État" chimérique n'efface pas les discriminations institutionnalisées intracommunautaires, bien réelles.

Si, pour préserver sa vitrine, le CCIF ne se prononce pas directement sur cette question, il laisse les soutiens de sa famille idéologique s'exprimer pour lui. Nabil Ennasri, islamiste homophobe (je sais, c'est un pléonasme) et fervent soutien du CCIF qui en est fier (cf. 1ère partie), est loin d'être le seul.

Tariq Ramadan est réputé pour son double discours, parfois difficile à relever quand on n'est pas au fait de sa rhétorique, même si on sent déjà une gêne sans savoir d'où cela vient exactement. Il a perfectionné à l'extrême la rhétorique des Frères Musulmans. Il est devenu un exemple à suivre.
Son double discours se situe à deux niveaux. Le premier et le plus simple à déceler est son adaptation à son auditoire. Il y a ce qu'il dit pour la vitrine, à destination des médias et du grand public, et ce qu'il dit sincèrement dans l'arrière-cour face à ses fidèles. Il peut ainsi sembler ouvert et moderne d'un côté, et montrer son ultra-conservatisme et son intégrisme de l'autre. Le deuxième niveau se situe dans ses propos où le double langage peut-être présent dans un même discours, voire dans une même phrase.
La question de l'homosexualité n'échappe pas à cela. Sur ce sujet, il commence toujours par se réfugier derrière les textes sacrés des autres religions qui sont effectivement homophobes, pour arriver à la conclusion que, l'islam s'inscrivant naturellement dans cette continuité, il n'exprime pas son opinion mais ne fait que rappeler la position des religions. En résumé, il ne serait pas homophobe, il ne fait que citer les textes. Comme les textes sont la parole de Dieu, alors l'homosexualité est contre-nature.
Pour lui, l'orientation sexuelle ne relève pas de l'Être, comme la couleur de peau par exemple. Elle relève d'un choix pervers. Il réduit donc la question à son acceptation ou non. Son "acceptation" relèverait d'une injonction de l'Occident pour l'intégration du musulman, une injonction aux "relents coloniaux voire xénophobes". Il faudrait refuser cette acceptation de l'homosexualité pour préserver son islamité. Houria Bouteldja, figure emblématique des Indigènes de la République et autre soutien du CCIF, est exactement sur la même ligne.

Pour montrer sa tolérance, Tariq Ramadan use d'un de ses artifices habituels. Il dit être particulièrement critiqué par certains groupes musulmans sur cette question. L’homosexualité est interdite en islam mais nous devons éviter la condamnation et le rejet des personnes. Comme à son habitude, il se compare à des islamistes qui veulent tuer les gays pour passer pour un modéré, plutôt que de se comparer à des modernistes face auxquels il passerait pour un extrémiste. Il poursuit : Ainsi, on peut être en désaccord avec le comportement d’une personne (sur le plan public ou privé) mais respecter la personne en  tant qu’être. C’est ce que j’ai toujours affirmé en allant même plus loin : une personne qui prononce l’attestation de foi islamique devient musulmane et si, par ailleurs, elle pratique l’homosexualité, il n’appartient à personne de la sortir de l’islam. Un comportement considéré comme répréhensible par les  règles morales ne suffit pas à excommunier un individu.
Pour lui, l'homosexualité est une simple "pratique", "un comportement" sur lequel on peut être en "désaccord" et considéré comme "répréhensible par les règles morales". Un homosexuel est un pêché à lui tout seul, baignant dans l'immoralité. Il serait dans l'erreur par son "choix", mais il ne faut pas rejeter l'individu. Dans son raisonnement, "l'acceptation" de l'homosexualité serait en faire la "promotion". Nous sommes ici dans l'homophobie basique teintée d'une pseudo tolérance.
Incapable de dépasser la littéralité du coran et tout imprégnée de l'intégrisme des Frères Musulmans, cette posture "d'ouverture" est le maximum qu'il puisse faire pour la vitrine. Nous la retrouvons sur son site internet (1) et il tient les mêmes propos sur les plateaux de télévision, comme lors d'une émission face à un musulman homosexuel (2).

Le fond de sa pensée perce un peu plus dans l'un de ses ouvrages où il écrit que l'homosexualité est un "comportement [qui] révèle une perturbation, un dysfonctionnement, un déséquilibre" (3). Face à cela, il déclare, dans une conférence devant ses fidèles, regretter que l'homosexualité soit devenue un "comportement normal" en Occident. Il regrette également qu'il soit impossible d'envoyer tous les enfants musulmans dans des écoles musulmanes pour les protéger car en tant que musulmans "on ne peut pas normaliser" l'homosexualité. Il estime que la lutte contre l'homosexualité n'est qu'une question d'éducation, qu'il faut être "armé, intellectuellement et psychologiquement". Sans cette éducation, l'enfant "cultive le mal". D'après lui, plus il y a de religiosité moins les enfants seront "exposés à ça" (4).

Mais Tariq Ramadan sait faire preuve d'une certaine "compréhension" : Il ne s’agit pas de culpabiliser, mais d’accompagner, d’orienter, réformer pour accéder à l’équilibre de la spiritualité (5). La spiritualité d'un(e) musulman(e) gay serait, d'après lui, moins équilibrée que celle des autres musulmans. Pour retrouver l'équilibre, il suffirait de réorienter le "déséquilibré". En plus d'être homophobe, nous sommes en plein discours "islamophobe" selon la définition du CCIF. Nous avons les mêmes discours avec les intégristes chrétiens dirigés contre les chrétiens homosexuels. La différence est que ces intégristes ne sont soutenus par personne à gauche et par aucun militant LGBT…

Le CCIF n'a jamais apporté le moindre bémol aux propos de Tariq Ramadan, quels que soient les sujets, notamment sur l'homosexualité. C'est même le contraire. Il a toujours soutenu le prédicateur islamiste et inversement. T. Ramadan fut notamment l'un des intervenants phares d'un colloque du CCIF sur "l'islamophobie" en novembre 2012. Il exprime même son soutien au collectif dans une vidéo du CCIF.


Il a également été  l'invité vedette récurrent de ses "dîners de soutien" annuels. En 2015, il fut physiquement absent mais fortement présent par une vidéo et la mise aux enchères d'un dîner avec lui, animé par un fan des Frères Musulmans : Yassine Bellatar.

Les liens entre le CCIF et Tariq Ramadan sont encore plus forts. Marwan Muhammad, qui fut porte-parole puis directeur du collectif, a été officiellement adoubé par le prédicateur comme étant son héritier idéologique.

Tariq Ramadan reconnait Marwan Muhammad parmi ses héritiers idéologiques

Hani Ramadan, frère de Tariq, n'est évidemment pas en reste. Comme toujours, il exprime la même chose que son frère mais de façon moins subtile : N’observons-nous pas aujourd’hui encore en effet, que dans nos sociétés modernes, malgré le progrès des sciences et le confort matériel, nous sommes envahis par toutes sortes de maux qui traduisent une dérive constante vers l’adoration du Taghut (terme qui désigne tout ce qui dépasse les limites de la religion) sous tous ses aspects ? Ne serait-ce qu’au niveau d’une sexualité débridée qui s’exprime dans les relations hors mariage, dans la prostitution, l’homosexualité, le harcèlement, le viol, la pédophilie, l’inceste ? (6). Nous retrouvons là encore la comparaison avec la pédophilie et l'inceste, avec en bonus une comparaison avec l'adultère, le harcèlement, la prostitution et le viol. Tout ceci serait causé par une "sexualité débridée". L'homophobie dans toute sa splendeur. Hani Ramadan fut l'un des invités du CCIF pour son "dîner de gala" de 2012. Le prédicateur soutient également le collectif dans une vidéo. Une demande du CCIF qui n'a jamais apporté le moindre bémol non plus aux positions de ce Frère Musulman.


Hassan Iquioussen est une des "stars" des Frères Musulmans français. Prédicateur cadre de l'UOIF, ses conférences et prêches en vidéo se comptent par dizaines. Il s'était rendu célèbre en 2003 par une conférence antisémite particulièrement violente (7). Son sexisme atteint les mêmes sommets. Serait-il plus ouvert avec l'homosexualité ? : Il est évident qu'en tant que musulman, je condamne l'homosexualité parce que nous la considérons comme un pêché (…) comme je condamne le vol et le viol. (…) Chez nous l'homosexualité n'est pas la bienvenue (8).
C'est contre-nature. (...) Tout ce que je leur demande c'est qu'ils ne me touchent pas. (...) Pour certains, l'homosexualité est une maladie, pour certains c'est une faiblesse, pour certains c'est une perversion, pour certains c'est satanique. Mais celui qui te dit "c'est plus fort que moi", je ne le condamne pas (9).
Il est dans la lignée de Tariq Ramadan. Il est homophobe (il compare aussi, dans une autre conférence, le mariage homosexuel à un mariage avec des animaux), tout en expliquant qu'il ne condamne pas les homosexuels…

Comme l'ensemble des islamistes, CCIF inclus, Hassan Iquioussen ne se définit pas comme un intégriste mais comme un simple musulman. Les musulmans modérés seraient des "traîtres" qui ont abandonné leur religion. Il procède alors à la classification habituelle des intégristes, en précisant sa pensée : Il y a les musulmans "civilisés", "modernes", "modérés", "intégrés", "assimilés", athées, homosexuels et pourquoi pas pédophiles. Et puis vous avez les musulmans soucieux d'être fidèles à leur éthique religieuse, à leur spiritualité, mais soucieux de vivre dans leur pays la France, dans le respect des lois. Et bien entendu, ce type de musulmans est dans le collimateur.


Il cite l'homosexualité, toujours associée à la pédophilie, pour montrer à quel point l'athéisme serait horrible. Cet ensemble "d'horreur" est adjoint aux musulmans "modernes, modérés, intégrés, assimilés" qui ont accepté ces "monstruosités" au détriment de "l'éthique" musulmane. Nous retrouvons encore cette notion d'éthique, arlésienne chez les islamistes. L'homophobie en a toujours fait partie. Il met ainsi en balance les intégristes qui, eux, seraient soucieux d'être de vrais musulmans. C'est cette piété qui serait persécutée en France. Nous sommes au cœur de la stratégie victimaire des islamistes. Leur radicalité, leur totalitarisme, leur sexisme et leur homophobie doivent être respectés au nom de la liberté religieuse. Le contraire serait de… "l'islamophobie". C'est exactement le même discours que le CCIF.

Le discours de ce prédicateur extrémiste n'est pas un hasard. Il a été prononcé en soutien au CCIF dans une vidéo intitulée "Comprendre l'islamophobie et la combattre"… (10) Durant plus de 14 minutes, il reprend tous les propos victimaires du CCIF pour en faire un long éloge et montrer son soutien au collectif.


Le CCIF, là encore, a participé à plusieurs conférences à ses côtés, en l'invitant aussi parfois, accepte ce soutien et n'a jamais condamné ni même pris ses distances avec l'homophobie de ce prêcheur frériste.

Voici un dernier exemple, pour le "plaisir". Le prédicateur salafiste Hassan Bounamcha s'est rendu célèbre dans les milieux islamistes pour ses prises de paroles radicales.  Il exprime son "amour" pour les homosexuels ainsi : Vous avez vu le séisme qu’il y a eu dans les années 80 à San Francisco ? C’est la ville dans les années 80, si ma mémoire est bonne, qui représentait 3 millions de gays. 3 millions de gays, d’homosexuels ! 3 millions, c’est un tiers de la Tunisie ! Allah a envoyé un châtiment spécial : tremblement de terre, en quelques secondes des milliers de morts (11).


Il se fond si bien dans la vision de l’islam version CCIF que ce salafiste soutient lui aussi officiellement l’association. Un soutien que le CCIF est fier d’avoir filmé et affiché sur sa page Youtube, comme pour les autres. Certainement sa manière de "défendre les droits de l’Homme" (il semble que les homosexuels n’entrent pas dans la catégorie "Homme" du CCIF).


Toutes les personnes citées dans cet article ont plusieurs points communs. Elles défendent le terme "islamophobie" dans leur désir de criminaliser et culpabiliser toute critique de l'islamisme et de l'islam en général. Elles sont toutes homophobes. Elles soutiennent toutes le CCIF qui le leur rend bien. Leur lutte contre "l'islamophobie" s'accompagne de la promotion de l'homophobie.

Certes, on ne choisit pas toujours ses soutiens, mais on choisit qui on remercie et quels soutiens on met en avant. De plus, vu le nombre d'homophobes, on a les soutiens qu'on mérite.

Toutes ces déclarations et prises de positions, au-delà d'être homophobes, sont aussi "'islamophobes" selon les critères du CCIF qui définit "l'islamophobie" ainsi : "l’ensemble des actes de discrimination ou de violence contre des institutions ou des individus en raison de leur appartenance, réelle ou supposée, à l’islam". La réalité de ce terme n'est pas celle-là. Mais si nous allions dans ce sens, les musulmans homosexuels qui sont victimes de discrimination en raison de leur orientation sexuelle le sont aussi en raison de leur religion par d'autres musulmans, dont ces soutiens du CCIF. Ce qui démontre, pour un collectif "de défense des droits de l’homme" (sic), que la vitrine de la branche juridique des Frères Musulmans en France n'est là que pour cacher une arrière-cour où il pourrait festoyer avec la crème des intégristes de toutes les autres religions.

Le CCIF accepte ainsi de faire conférence commune avec des homophobes. Il accepte leur soutien, les assume et les affiche. Mais il n'a jamais participé à des conférences de la lutte LGBT pour exposer "l'islamophobie" et l'homophobie dont sont victimes les musulmans gays. Il n'a jamais soutenu les quelques rares musulmans qui ont eu le courage de faire leur coming out, bannis par leur entourage car considérés comme traîtres à l'islam de la pire des façons qui soit aux yeux de leurs proches.
Le CCIF est ainsi à l'opposé des associations antiracistes dont il tente d'être un équivalent. Est-il déjà arrivé que la LICRA ou SOS Racisme fassent meeting commun avec des homophobes ? Les associations antiracistes ont-elles déjà été soutenues par des homophobes tenant ce type de discours ?

Le CCIF n'a jamais condamné tous ces propos et ne s'en est jamais démarqué. Au contraire, à travers les soutiens qu'il met en avant, il les revendique. En effet, les vidéos de ces homophobes ne sont pas spontanées. Ce ne sont pas des déclarations à la volée et ne figurent pas sur les pages personnelles de ces personnes. Ces soutiens ont été préparés, filmés et montés par le CCIF pour leur donner un aspect officiel. Ce collectif est allé les chercher. Certes, il ne l'a pas fait pour leur homophobie spécifiquement, mais pour l'ensemble de leur "œuvre" dont l'homophobie (tout comme le sexisme) fait partie.

Des people, personnalités de la télévision, de la chanson et du cinéma ont aussi été approchées par le CCIF dans le cadre de ses campagnes de soutien. Mais les raisons sont différentes. Les Frères Musulmans ont des discours pour la vitrine destinée à séduire le grand public et une arrière-cour pour séduire et convertir les fidèles à sa radicalité. Pour se rendre acceptable, donner l'image d'un collectif luttant contre les discriminations, se mettre au niveau de la Ligue des Droits de l'Homme ou autres associations de ce genre, le CCIF demande à des personnalités rassurantes de le soutenir. Une caution indispensable amenée par des personnalités qui, elles, dénoncent sincèrement l'homophobie comme toutes les discriminations. Elles sont d'ailleurs, malgré elles, la caution pour la mise au même niveau entre homophobie et "islamophobie" afin de faire de cette dernière une discrimination qu'il faudrait aussi combattre.
Ces soutiens permettent également au CCIF de se targuer de ne pas uniquement être soutenu par des intégristes religieux. Dans son impossibilité d'être soutenu par des religieux modérés, le CCIF masque cette lacune par les soutiens des peoples. Aucun islamologue, imam ou intellectuel musulman progressiste n'a été filmé pour soutenir le CCIF. Et pour cause, ils sont adversaires.

Les soutiens vidéo des islamistes ont donc une autre fonction. Moins médiatisés que les vidéos des peoples destinées au grand public, les soutiens islamistes visent plus spécifiquement les fidèles, les militants, "les musulmans" qu'on souhaite toucher. Il n'est pas question de défendre les musulmans dans leur ensemble mais de devenir le défenseur référent de l'intégrisme pour la "salafisation" des musulmans et son acceptation par la société.

Là est sa volonté de démontrer son idéologie, son adhésion à ce courant extrémiste de l'islam, dont l'homophobie est logiquement une évidence. Le CCIF s'identifie à cet islam-là. Toute sa lutte depuis sa création est de le défendre. Toute sa stratégie est de louvoyer pour que cela ne se voie pas.

A ce jour, aucun journaliste ni vrai contradicteur (que le CCIF prend bien soin d'éviter) n'a eu l'idée de lui poser une question sur un sujet concret en insistant jusqu'à obtenir une réponse précise… sauf une fois. En octobre 2016, un débat avait été organisé par Science Po Paris entre Marwan Muhammad, à l'époque directeur du CCIF, et Jean-François Copé (12). Ce dernier demanda au directeur du CCIF s'il condamnait la polygamie, ne lâchant rien jusqu'à enfin obtenir une réponse. Évidemment, en bon islamiste, Marwan Muhammad refusa de la condamner. Mais il va encore plus loin en comparant la polygamie à la liberté sexuelle : On vit dans une société où les gens choisissent d’avoir un, deux ou trois partenaires sexuels, ça n’est pas la question du CCIF. Dans ses propos, avoir plusieurs partenaires sexuels n’est évidemment pas un compliment. Il semble réduire la polygamie à des partenaires sexuelles multiples ou à une simple partouze religieusement légalisée pour mieux la relativiser. Mieux encore, il se met à parler d’homosexualité pour faire un parallèle avec la polygamie : Je ne condamne pas les choix personnels des uns et des autres d’être homosexuel ou d’être polygame ou de se marier à deux ou à trois, ça ne m’intéresse pas. Le fait d’avoir plusieurs partenaires sexuels, ça n’est pas mon sujet.


L’homosexualité serait un "choix personnel" qu’il compare à son amalgame persistant entre polygamie et liberté sexuelle. Il est exactement sur la même ligne que la totalité des soutiens islamistes du CCIF cités dans cet article.

Dans son extrémisme religieux, comment pourrait-il être contre la polygamie et pour l'acceptation de l'homosexualité ? Ce serait pour lui un blasphème, un pêché, un défi lancé à Dieu. Cette confusion teintée d’homophobie qui confond homosexualité, polygamie (qu'il relativise) et liberté sexuelle, résume assez bien la pensée islamiste dans son ensemble.
Marwan Muhammad s’exprimait publiquement et engageait le CCIF. Il s'était donc retrouvé coincé entre la dissimulation de sa véritable pensée pour des raisons stratégiques, et sa crédibilité religieuse face à ses fidèles présents en nombre dans la salle et à regarder cette vidéo sur internet. Ce jour-là, son interlocuteur força suffisamment la vitrine pour nous laisser apercevoir une partie de l'arrière-cour.

Tous les intégristes religieux de toutes les religions tiennent ce type de propos. Les religions sont homophobes par essence puisqu'elles sont le reflet des époques où elles ont été créées. Il n'y a pas besoin d'être croyant, d'avoir un livre sacré, pour être homophobe. Mais il est plus facile de lutter contre l'homophobie face aux non-croyants que face à des intégristes religieux qui ont gravé pour l'éternité cette discrimination dans le marbre. D'un côté ce n'est qu'un athée qui parle. De l'autre c'est la parole de Dieu. Qui oserait la remettre en cause quand on est croyant et sensible aux interprétations littéralistes des extrémistes ?

Si le CCIF se présentait comme une association religieuse qui défend l'islam des Frères Musulmans contre les valeurs démocratiques et républicaines, ce serait plus honnête mais moins avantageux. En inversant les rôles pour se présenter comme une "association de défense des droits de l'homme", le collectif a tout à gagner. Cet anesthésiant victimaire fonctionne bien. Concernant l'homophobie par exemple, le CCIF est soutenu par des militants de la cause LGBT. Un soutien idéologiquement contre nature mais qui marque l'efficacité du choix stratégique des Frères Musulmans à travers le concept "d'islamophobie". Critiquer cette homophobie serait de "l'islamophobie" à leurs yeux. Cette incohérence ne pose aucun problème aux soutiens "antiracistes" du collectif. Voilà pourquoi la lutte contre l'homophobie passe aussi par la lutte contre le terme "islamophobie". Les musulmans gays méritent d'être défendus tout autant que les autres.

Les "antiracistes" qui soutiennent le CCIF participent à la promotion de l'homophobie en faisant de cette discrimination une "opinion" acceptable puisque exprimée par les éternelles victimes que seraient les (intégristes) musulmans. Alors on ferme les yeux. On préfère détourner le regard pour promouvoir le délit de blasphème en imaginant que c'est comme cela qu'on lutte contre les discriminations. A ce jeu-là, les homosexuels ne sont pas les seuls perdants. En ayant laissé les islamistes pénétrer les mouvements antiracistes, c'est l'ensemble des luttes contre les discriminations qui en pâtissent.

Le faux silence du CCIF sur l'homophobie, en laissant parler ses soutiens à sa place, est sa caution à cette discrimination. Les islamistes soutiennent le CCIF car il leur permet, à travers sa vitrine de "défense des droits de l'homme", de rendre leur homophobie acceptable. Par cette mauvaise image qu'il renvoie de l'islam, par son désir de cliver la société à travers son "vivre (dans son) ensemble", le CCIF est l'allié objectif, l'autre face, de l'extrême droite traditionnelle. Cette dernière s'appuie sur l'intégrisme du CCIF et consorts pour attaquer l'ensemble des musulmans. Lutter contre le CCIF et ses alliés permet de lutter contre les discriminations envers les musulmans en général, et les musulmans homosexuels en particulier.
Mieux encore, les intégristes chrétiens et homophobes en tout genre se frottent les mains. Tout comme la question du sexisme au nom du religieux, les intégristes musulmans réussissent mieux à propager leur homophobie que les premiers. Si nous acceptions et banalisions cette homophobie des islamistes, pourquoi ne l'accepterions-nous pas des autres ? Couper l'herbe sous les pieds des islamistes permet aussi de lutter contre l'intégrisme des autres religions qui sont en embuscade.

C'est pour l'ensemble de ces raisons qu'il faut reconnaître le CCIF pour ce qu'il est : un mouvement politico-religieux d'extrême droite, non une association de défense des droits humains. Il faut faire l'effort d'investir son arrière-cour plutôt que de rester sur le trottoir à "admirer" sa vitrine qui fait de moins en moins illusion. Les musulmans homosexuels s'en porteront mieux, les musulmans en général et l'ensemble de la société aussi.






(3) Tariq Ramadan, Peut-on vivre avec l’islam ?, Tariq Ramadan en entretien avec Jacques Neirynck, Lausanne, Favre, 2004.


(5) Tariq Ramadan, Peut-on vivre avec l’islam ?, Tariq Ramadan en entretien avec Jacques Neirynck, Lausanne, Favre, 2004.

(6) Hani Ramadan, Aspects du monothéisme musulman, Tawhid, Lyon, 1998.






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La nudité pour un yaourt ou le voile pour la "pudeur" : la femme selon le CCIF


La nudité pour un yaourt ou le voile pour la "pudeur" : la femme selon le CCIF

       Le 30 avril 2011, Marwan Muhammad (alors porte-parole du CCIF) avait donné une conférence à la mosquée de Vigneux. Identique aux autres, elle était surréaliste et dégoulinante de victimisation à outrance. Il n’y avait pas seulement parlé des victimes musulmanes dignes de la persécution des juifs dans l’Allemagne des années 30. Musulmans qui auraient pourtant, d’après lui, vocation à diriger le monde puisque étant une communauté supérieure (1). Il n’avait pas non plus uniquement dénigré les musulmans modérés. Il avait également instillé l’idée de l’impudeur des femmes de culture française et exposé sa vision rétrograde du rôle de la femme musulmane. Il passe pour cela par un biais assez surprenant mais qui est sa marque de fabrique qu’il place partout, la persécution de l’islam et des musulmans éternellement victimes :

Pourquoi est-ce l’islam qui est visé ? Y a plein de raisons idéologiques qui expliquent que c’est l’islam qui est visé et pas une autre religion. (…) On a des problèmes idéologiques avec l’islam, et on est ok pour parler de ça.

L’islam n’est pas plus visé que les autres religions. Mais ses fidèles intégristes, de courants islamistes divers, souhaitent banaliser et imposer un islam rigoriste, avec toutes les conséquences rétrogrades que cela implique, contre ce qu'ils perçoivent être des "valeurs occidentales". Ils sont ainsi bien plus bruyants que les intégristes des autres religions. Que ce soit sur les réseaux sociaux, en librairie, dans le prosélytisme de terrain ou en politique. Sans oublier qu’une partie d’entre eux n’hésite pas à prendre directement les armes. Cela sert effectivement de prétexte à l’extrême droite pour lutter contre les musulmans en général. Mais il faut avouer qu’elle est bien aidée par les islamistes. Il est donc normal que les laïques et féministes se dressent contre cela, justement par équité de traitement envers les autres religions. La lutte contre l’intégrisme catholique a été bien plus virulente il y a plus d’un siècle que celle contre l’intégrisme musulman aujourd’hui. Et nous ne manquons pas de nous dresser face aux soubresauts de l’intégrisme catholique dès qu’il se manifeste. Mais Marwan Muhammad a eu maintes occasions de démontrer ses lacunes et sa vision particulière de l’Histoire. Toutefois, avec sa dernière phrase, on s’attend justement à ce qu’il évoque le terrorisme, l’instrumentalisation de l’islam à des fins politiques, la "salafisation" de l’islam qui ramène cette religion vers le passé plutôt que de la faire avancer. Tous ces "problèmes idéologiques avec l’islam" instrumentalisé par ses extrémistes qui refusent toute réforme de leur religion. Mais il n’est évidemment pas question de cela. Il n’y a pas d’extrémisme puisque c’est le véritable islam à ses yeux. Voici le problème idéologique selon lui :

Un problème idéologique c’est que voilà une population qui n’a pas envie de se soumettre. Se soumettre à quoi ? Au mode de vie tel qu'il est pratiqué ici. Voilà des gens qui ont dit "non" : "non, ma femme ou ma fille ne sera pas un objet sexuel dans cette société. Elle ne se mettra pas nue pour vendre du yaourt." (…) Donc voilà des gens qui apportent une contradiction au mode de vie tel qu’il est pratiqué ici, dans ses extrêmes et dans ses limites.


Le "problème idéologique avec l’islam" ne viendrait pas de l’intégrisme musulman mais du "mode de vie" français. Il caricature ce mode de vie où les femmes seraient des objets sexuels dont les musulmanes souhaiteraient se protéger. Ce refus de "se soumettre" à notre culture expliquerait pourquoi l’islam serait "visé". Belle inversion des rôles dont le CCIF est si friand.

La femme musulmane serait donc un individu de pureté et de vertu face à la décadence et au manque de pudeur des femmes de culture française. L’ensemble des Françaises, y compris celles de confession musulmane n’entrant pas dans la conception de Marwan Muhammad et qui se sentent "ici" chez elles, apprécieront.

Personnellement, je ne connais aucun homme qui aimerait que sa femme ou sa fille soit un objet sexuel dans notre société. Rares sont les femmes qui accepteraient de se mettre nues pour vendre du yaourt, ou les parents qui donneraient leur bénédiction. Je n’imagine pas non plus Caroline Fourest ou Élisabeth Badinter se mettre nues pour vendre quoi que ce soit. Je n’ai également jamais entendu parler d’une enseigne qui mettrait une femme nue au rayon frais pour faire la promotion d’un yaourt. Nous pourrions imaginer que cela puisse être le cas au rayon lingerie. Rayon qui serait plus pertinent pour la promotion d’un produit (je précise que je suis ironique). Mais ce n’est pas le cas non plus.

L’exemple de la femme nue pour vendre du yaourt n’est pas une invention. Il fait référence à une pub Danone. Seulement voilà, il n’a pas pu la voir en avril 2011, ni le mois précédent ni même l’année précédente. Puisqu’elle date du début des années 90, soit près de 20 ans auparavant. Cette pub n’a plus été diffusée ni imitée depuis. Et pour cause, les féministes s’étaient énormément mobilisées à l’époque et sont, depuis, toujours très vigilantes à ce type de marketing sexiste mettant en scène une femme nue pour vendre un produit. C’est grâce à cela que la société a évolué et que nous ne voyons plus ce genre de publicité. Même s’il reste encore beaucoup à faire sur le sexisme en publicité bien-sûr.

Mais peu importe pour lui qu’en 2011 cette pub n’existe plus depuis plus de 15 ans. Cette référence n’est pas choisie au hasard. Elle est très prisée par les islamistes depuis longtemps déjà, qui l’usent jusqu’à la corde. Elle fait partie d’éléments de langage construits par les intégristes musulmans afin de désarmer toute opposition laïque et surtout féministe. Parmi ces éléments, on retrouve toute une série de comparaisons : voile/mini-jupe, voile islamique/voile des nonnes, et cette fameuse publicité du yaourt symbole de la décadence occidentale/femme musulmane vertueuse et qui a de la pudeur. Des comparaisons fausses et artificielles que nous pouvons démonter facilement, mais efficaces sur le plan marketing (nombre de citoyens sincères reprennent ces arguments). La dénonciation islamiste de la femme nue pour vendre du yaourt est donc très loin des motivations féministes originales.

Ils extrapolent au maximum ce sujet pour en faire une dénonciation du mode de vie occidental. Cet exemple est systématiquement utilisé pour deux raisons. Tout d’abord, en pointant "le mode de vie pratiqué ici", Marwan Muhammad crée une opposition entre la culture française et l’islam. Ce mode de vie serait français, pas musulman. Pourtant, "ici" c’est chez lui, c’est chez toutes les personnes à qui il s’adresse. Par ce "ici", il désigne "eux" et "nous". Son appartenance est plus communautaire que citoyenne. Il créé ainsi une opposition entre la citoyenneté et le choix (rigoriste) religieux. Si la femme musulmane ne veut pas être un objet sexuel, si elle ne veut pas être impudique comme les femmes de culture française, alors elle ne doit pas se soumettre à ce mode de vie. Elle doit faire le choix de la (vraie) pudeur. Discours culpabilisant parmi tant d’autres pour laisser aux femmes musulmanes le choix entre "l’impudeur" des femmes de notre société et la "pudeur islamique".

La référence à la pub Danone est incluse dans leur dénonciation du style de vie des Françaises : la liberté de disposer de son corps, la coquetterie, les bikinis, leur indépendance au détriment de leur rôle "naturel" d’épouse et de mère, la trop grande mixité homme/femme, etc. Ceci dans un seul but : faire la promotion du voile, pour se démarquer et se protéger de cette décadence au profit du rôle spécifique qu’est censé avoir la femme musulmane. Voile qui fait pourtant de la femme un objet sexuel bien plus encore que le marketing sexiste.

Il est vrai que dans les deux cas (le marketing sexiste et le voile) on chosifie la femme. Mais la comparaison s’arrête là. La pub sexiste est considérée par les féministes comme un dérapage qu’il faut stopper car dégradante pour l’image de la femme. Idée globalement admise aujourd’hui par la société. De plus, elle n’a pas vocation à pousser les femmes à se mettre systématiquement nues pour manger un yaourt, que ce soit en privé ou en public. Et encore moins, contrairement à ce que dit Marwan Muhammad, à pousser toutes les femmes à se mettre nues pour en vendre.

Le voile, lui, n’est pas considéré comme un dérapage sexiste par les islamistes mais comme une norme devant se standardiser pour toutes les femmes musulmanes vertueuses, en privé (si elles sont en présence d’un homme qui n’est pas leur mari ou de leur famille) et en public. Ceci afin de maitriser (voire éviter) leur émancipation, qu’elle soit sexuelle par la maitrise de leur corps, ou sociale par la maitrise de leur destin loin de toute contrainte rigoriste. Par ce voile, elles deviennent des objets. La pureté et la vertu ne concerne que leur corps et leur sexualité. Leurs qualités humaines et leurs compétences sont secondaires. Ce qui se passe entre leurs cuisses est plus important que ce qui se passe dans leur tête ou dans leur coeur. La réputation, que seules les filles et non les garçons portent sur leurs épaules, est un des baromètres mesurant la pureté et la vertu. Il faut cacher leur peau et leurs cheveux pour rendre les victimes responsable de la tentation de leurs bourreaux potentiels. Elles sont ainsi des objets sexuels qu’il faut protéger de la convoitise des hommes en les empaquetant derrière un voile. C’est pour cela que les islamistes les considèrent comme des "perles" ou des "bijoux" dont le voile serait leur "écrin". Le côté précieux de l’objet est censé faire mieux passer la pilule. C’est aussi pour cela que les femmes voilées préfèrent en général refuser un emploi ou une formation plutôt que d’ôter leur voile. Comme je l’ai dit, l’objet sexuel théorique qu’elles représenteraient passe avant l’aspect intellectuel réel de leur cerveau.

Ainsi, d’un côté nous avons le refus des pubs sexistes par une part toujours plus grande de la société qui les considère comme négative pour l’image de la femme. De l’autre nous avons la promotion du symbole du sexisme par les islamistes qui le considèrent comme positif pour l’image de la femme musulmane. Cet argumentaire est donc une inversion totale de la situation et des valeurs puisqu’il chosifie justement la femme à l’extrême en en faisant un objet sexuel par essence.

C’est pour tout cela que le recours à cette publicité sexiste est un prétexte pour dénoncer un mode de vie en général qui devrait être remplacé par le seul mode de vie valable : le rigorisme islamiste, au moins pour les "bonnes" musulmanes.

L’ensemble des idéologues islamistes a ainsi recours à cette rhétorique. L’un des premiers fut l’Égyptien Sayed Qutb, l’un des idéologues les plus durs des Frères musulmans. Il a vécu aux États-Unis entre 1948 et 1950. Il avait été choqué de voir le style de vie des américains, notamment des femmes : Les Américaines savent que la séduction réside dans les seins ronds, les fesses pleines, les jambes bien formées ; et elles montrent tout cela et ne le cachent pas. (2) Il faut quand même se souvenir que la société américaine de l’époque était encore plus puritaine qu’aujourd’hui. Il ne dénonce donc pas la nudité au sens propre, mais les tenues vestimentaires des femmes (des années 40), pas assez couvertes à son gout, et une mixité trop présente pour son espace vital. Il a très mal vécu la proximité entre hommes et femmes dans tous les aspects de la vie quotidienne. Tout ceci l’a dégoûté du mode de vie pratiqué là-bas. Au point que, à la suite de cette expérience et dès son retour en Égypte, il commença à prêcher pour un islam purifié à l’extrême de toute influence et innovation. Le refuge communautaire rigoriste était censé protéger les musulmans de ce mode de vie étranger. Son radicalisme le poussa à militer avec ses amis Frères musulmans pour que les Égyptiennes, et toutes les musulmanes, se voilent. Cela avait bien fait rire Nasser et son auditoire (3). Mais nous rions moins aujourd’hui.

Sayed Qutb était un étranger résidant aux États-Unis qui souhaitait éviter une telle "contamination" dans son pays, et plus largement dans le monde musulman. Or, Marwan Muhammad est français et s’adresse à des citoyens français. Cette volonté de se mettre à part, de ne pas adopter notre "mode de vie", est similaire aux motivations de Qutb : les musulmans sont purs. Ils savent ce qui est bien ou mal car ils font partie d’un peuple supérieur désigné par Dieu. Cette pureté de la Oumma (communauté transnationale musulmane au-dessus de toute citoyenneté nationale) ne doit pas être contaminée par des modes de vie nationaux bien trop décadents lorsqu’on souhaite revivre la belle époque des tribus bédouines au Moyen-Age.

La référence plus précise à la pub Danone pour faire avancer la dénonciation frériste du "mode de vie pratiqué ici" est aussi utilisée par de nombreux prédicateurs intégristes. C’est par exemple le cas de Hassan Bounamcha, un prédicateur salafiste de référence qui officie régulièrement dans les mosquées intégristes, comme celle de… Vigneux. Il a eu l’occasion à maintes reprises de donner son opinion sur notre mode de vie. Marwan Muhammad est en accord avec lui, mais H. Bounamcha emploie un vocabulaire plus direct :

Pourquoi tu acceptes [qu'une soeur s'habille comme ça] en France et tu l'acceptes pas au Maroc, en Tunisie, en Algérie ? Parce que la société dans laquelle tu vas vivre est beaucoup plus préservée, protectrice, est beaucoup plus forte, pieuse. (...) En France, le vice est une nature humaine, mais qui est facilité par les médias (…). Wallah je le pense de tout mon cœur : comment voulez-vous vivre dans une société comme ça, quand vous sortez dans la rue vous voyez tout ce que vous voyez, dans les panneaux publicitaires, quand vous regardez la télévision vous voyez tout ce que vous voyez dans la publicité ? Pour vendre du beurre ils mettent une femme nue. Pour vendre une mobylette, une femme nue, pour vendre un micro-onde une femme nue ! (…) Si tu n’as pas de pudeur, fait ce que tu veux. (…) Vous sortez dehors et vous voyez que c’est normalisé. Quand j’étais petit on vivait à Djerba. Une fois on a invité des touristes qui sont venus manger chez mes parents. Les gens du sud sont très très conservateurs. Même ma mère quand elle s’habille on voit à peine son œil. Et quand elle sort dehors, elle a des valeurs, elle ne montre pas ses formes, elle fait attention. La catastrophe est que quand j’ai invité ces gens-là, ils sont venus et elle est venue en short, allah ouakbar. Ouh ! Le vice ne peut pas s’installer facilement quand il y a des valeurs. (…) Le vice que vous vivez "ici" en France il est obligé d’être présent. Car malheureusement, certaines personnes sont inconscientes du mal qu’il y a. (…) Dans quelle position je suis quand cette femme, avec son mari, est entrée devant mes parents en short ? Chez nous c'est une honte, mais chez eux c'est normal, normal, normal. (…) Il faut que nous raisonnions en tant que musulmans et musulmanes. (…) Pourquoi il y a le vice ? Parce que nous avons un ennemi, c’est le sheitan (le diable). (…) Vous avez vu certaines personnes qui s’habillent de façon attirante ? Comment elles marchent dans la rue ? Elles marchent d'un côté, puis de l'autre côté. Est-ce que c'est une démarche normale ? Wallah elle n’est pas normale. Quand une femme sort de chez elle, il y a le Sheitan qui l’attend devant la porte, avec un ange. Si elle sort d'une façon pieuse, c'est l'ange qui va avec elle. Mais si elle sort de façon décadente, c'est le Sheitan qui vient. (4)

Extrait de la profonde réflexion de Hassan Bounamcha sur la "pudeur".

Il est clair qu’on ne lui donnera pas "le pin’s du musulman modéré", comme l’avait déclaré avec mépris Marwan Muhammad à propos de ces musulmans lors de cette même conférence. Nous avons ainsi une idée plus précise de la pensée de M. Muhammad à propos des Françaises et des "femmes musulmanes". Il semble que H. Bounamcha est une de ses sources d’inspiration, puisque ces propos ont été tenus plusieurs années avant la conférence de M. Muhammad. Pour avoir une idée plus fine de H. Bounamcha, voici comment il exprime son amour pour les homosexuels : Vous avez vu le séisme qu’il y a eu dans les années 80 à San Francisco ? C’est la ville dans les années 80, si ma mémoire est bonne, qui représentait 3 millions de gays. 3 millions de gays, d’homosexuels ! 3 millions, c’est un tiers de la Tunisie ! Allah a envoyé un châtiment spécial : tremblement de terre, en quelques secondes des milliers de morts. (5)


H. Bounamcha se fond si bien dans la vision de l’islam version CCIF que ce salafiste soutient officiellement l’association. Un soutien que le CCIF est fier d’avoir filmé et affiché sur sa page Youtube (6). Certainement sa manière de "défendre les droits de l’Homme" (il semble que les homosexuels n’entrent pas dans la catégorie "Homme" du CCIF).


Ce prédicateur a une connaissance un peu confuse des publicités (je serais curieux de savoir quelles marques de mobylettes et de micro-ondes ont mis des femmes nues dans leurs pubs pour vendre leurs produits). Mais nous sommes toujours dans l’idée du yaourt. Nous voyons bien que c’est le moyen de pointer du doigt le "manque de pudeur des françaises" au quotidien. Les musulmans sont ainsi appelés à raisonner en tant que musulmans ("chez nous") et non en tant que français ("chez eux").

Cet élément de langage doit être répété constamment pour pénétrer les esprits. Et ça marche. Depuis le début des années 2000, je l’ai personnellement entendu un nombre incalculable de fois (avec les comparaisons voile/mini-jupe et voile islamique/voile des nones). Il est également exprimé dans différents témoignages que nous pouvons trouver dans quelques ouvrages sur l’intégrisme musulman. Voici l’exemple d’un entretien avec une salafiste portant le niqab, extrait de Du Golfe aux banlieues : Le salafisme mondialisé, de Adraoui Mohamed-Ali, enseignant-chercheur en sciences politiques : Quand une femme veut porter le niqab, on lui interdit, c’est une catastrophe. Mais quand on met une femme nue pour vendre un yaourt, on ne dit rien. C’est un scandale. Il y a confusion entre liberté et libertinage. (7)

Facebook n’échappe évidemment pas à la règle. De nombreuses pages militant pour un islam rétrograde ont déjà utilisé l’argument de la femme nue pour vendre du yaourt afin de mieux valoriser la femme musulmane (donc contre les "valeurs occidentales" qui ne sont pas son identité) vertueuse sachant faire preuve de pudeur et de piété en cachant son corps honteux derrière un voile.

Par ce martelage, la double culpabilisation surgit encore et toujours. Une culpabilisation sexuelle : "si tu veux être une femme bien, choisis le voile." Et une culpabilisation religieuse : "si tu veux être une bonne musulmane, choisis le voile".

Le constat est édifiant. L’argument du yaourt a parfaitement imprégné l’ensemble de la sphère islamiste qui l’utilise régulièrement. Que ce soit dans des prêches, des conférences (les deux ne font souvent qu’un) ou sur internet. C’est exactement le cas avec Marwan Muhammad. C’est en cohérence avec la vigueur de sa mobilisation pour le burkini l’été dernier. Un "vêtement de bain" censé protéger la pudeur des (bonnes) musulmanes.

Il ne va pas jusqu’à dire, comme Hani Ramadan, que les femmes voilées sont précieuses comme des perles et les autres des pièces de 2 euros qui passent de poche en poche. Il ne parle pas non plus du "sheitan" et du "vice". Il utilise une rhétorique moins directe, plus soft. Il parle du refus du "mode de vie tel qu’il est pratiqué ici". Pour une fois, il est plus "ramadanien" que franc du collier. Que ce soit Qutb, Bounamcha, Muhammad ou d’autres, à chacun sa façon de le dire pour exprimer la même idée.

C’est pour cela que dans cette stratégie, Marwan Muhammad n’oppose pas directement les Françaises aux musulmanes. Puisque, comme Tariq Ramadan le dit aussi, elles doivent affirmer qu’elles sont françaises (ce qu’elles sont effectivement), mais qu’elles en refusent le mode de vie. Elles doivent reconstruire et modeler la culture de leur pays à l’image de ce qu’est censée être celle de la femme musulmane (c’est-à-dire à leurs yeux celle des tribus bédouines du Moyen-Age), à travers la "pudeur islamique" dont le voile est le symbole.

Les conséquences de tous ces discours sont réelles. C’est au nom de cette pudeur, du refus de ne pas se mettre nue pour vendre du yaourt, qu’il y a une explosion des allergies au chlore dispensant de piscine de nombreuses élèves. Un rapport de l’inspection générale de l’Éducation Nationale remis au ministre de l’Éducation National en juin 2004 (plus connu sous le nom de "rapport Obin"), nous alertait déjà sur la situation dans des quartiers populaires (8) :
L’EPS fait partie des disciplines pour lesquelles les professeurs se plaignent souvent de manifestations ou d’interventions de nature religieuse perturbant leur enseignement. Beaucoup tournent autour de la mixité, ou de la préservation de la « pudeur » des filles. L’absentéisme et le refus de certaines activités sont de plus en plus fréquents, notamment en piscine et en plein air. Une autre source de tensions réside dans le refus d’un nombre croissant d’élèves (la totalité dans certains collèges) de porter les tenues sportives réglementaires. Les professeurs décrivent alors les diverses innovations vestimentaires, parfois étonnantes, dont ils sont les témoins, souvent de la part des filles, mais aussi des garçons, pour dissimuler le plus possible leur corps. Beaucoup d’élèves préfèrent « un zéro » ou une punition plutôt que de pratiquer une activité ou de la pratiquer en tenue réglementaire. Les dispenses se multiplient et l’existence de certificats de complaisance est massive dans certains quartiers.

Ces constats ont également été faits dans le rapport Femmes et sports (pages 17 à 19) remis en 2004 au ministre des sports et à la ministre de l’enseignement professionnel (9).

Ces manifestations sexistes et d’apartheid sexuel ne se limitent pas au sport, comme l’indique le rapport Obin : Alors que l’on observe de plus en plus souvent des fillettes voilées, les adolescentes font l’objet d’une surveillance rigoureuse, d’ailleurs exercée davantage par les garçons que par les parents. (…) A côté des fréquentations et des comportements, le vêtement est souvent l’objet de prescriptions rigoureuses (…). Dans tel lycée elles enfilent leur manteau avant d’aller au tableau afin de n’éveiller aucune concupiscence. (…) Dans beaucoup de collèges visités, le vêtement des filles, ainsi que leurs « mœurs », sont l’objet d’un contrôle général. (…) Dans le second degré d’une manière générale, de nombreux cas nous ont été signalés de professeurs femmes ayant fait l’objet de propos désobligeants ou sexistes de la part d’élèves.

C’est la manière qu’ont ces élèves de dénoncer "le mode de vie tel qu’il est pratiqué ici".

Les tabous autour de la sexualité sont si énormes, perçue comme une telle dépravation, qu’il y a aussi des conséquences à l’école, toujours citées dans ce rapport : Une [autre] occasion de contestation est fournie par les parties du programme abordant la reproduction, de même que, en marge de cet enseignement, par les séquences d’éducation sexuelle (…). Les raisons invoquées pour s’absenter, refuser l’enseignement ou ne pas participer aux séances d’information sur la sexualité est « l’impudeur » des propos tenus et des images diffusées à cette occasion, ou encore la mixité des cours ou séquences (qui n’est d’ailleurs pas la règle), ou même leur caractère superflu (puisque « les musulmanes restent vierges ».).

Ce type d’attitudes n’est pas un hasard : De toute évidence, des organisations religieuses et politico-religieuses « travaillent » ces élèves, parfois dès l’école primaire, ainsi que leur famille, leur milieu social, leur quartier, et tentent pour certaines de les dresser contre l’école, les professeurs (ces « menteurs ») et l’enseignement dispensé.

J’ai également pu observer l’influence de telles organisations sur les jeunes, notamment avec le discours "on ne vit pas comme les Français". Les problèmes socio-économiques et la discrimination ont fortement contribué à créer ce ressenti de ne pas être pleinement français. Les intégristes n’ont eu qu’à irriguer et récolter les fruits semés par une stratégie qui peut se résumer en un argument souvent répété : "les Français ne te reconnaissent pas comme un des leurs et ils ont raison. Tu n’es pas français, tu es musulman avant tout." Marwan Muhammad et ses confrères sont certainement l’illustration la plus flagrante de la réussite du projet islamiste de la génération précédente.

Le rapport conclut que des organisations, le plus souvent structurées sur le plan international, prospèrent sur ce terreau et assurent à cette nouvelle identité « musulmane » une promotion efficace (…). Le projet de ces groupes ouvertement ségrégationnistes et qui dénoncent l’intégration comme une apostasie ou une oppression, va encore plus loin. Il est aussi de rassembler ces populations sur le plan politique en les dissociant de la nation française et en les agrégeant à une vaste « nation musulmane ».

Comme je l’ai dit, le CCIF et consort sont certainement l’illustration la plus flagrante de la réussite de ce projet…

Le CCIF est ainsi dans la continuité. Marwan Muhammad estime peut-être que tout ceci est normal. Notre indignation et notre lutte face à cette idéologie serait une attitude "islamophobe", manifestation d’un racisme postcolonial et de notre impérialisme culturel (et j’en passe).

Ainsi, un des volets de la stratégie victimaire est la suivante : l’islam est victime d’un racisme spécifique car les (vraies) musulmanes refuseraient de se dépraver comme les autres Françaises. "L’islamophobie", à travers la question du voile, toucherait plus les femmes que les hommes pour deux raisons selon lui : D’abord parce que les agresseurs en général sont des lâches, tout simplement. C’est facile de s’attaquer à 3 personnes, à une femme [qui portait un niqab], avec un bébé dans les bras au zoo ! C’est facile ! Aujourd’hui, s’attaquer aux musulmans ça coûte pas cher et ça rapporte gros.

Avec le CCIF, toute agression est forcément "islamophobe" s’il y a un musulman concerné, même si le motif n’a rien à voir. Mais admettons que ce soit réellement une agression en raison de la religion, ce qui dans l’exemple cité est possible. Quel serait l’intérêt des agresseurs ? Ce serait un acte gratuit anti-(extrémiste) musulman punissable par la loi. Qu’est-ce que cela pourrait leur rapporter de si gros, à part la satisfaction d’une pulsion barbare ? Rien. Marwan Muhammad est dans la confusion (volontaire ou non) la plus totale. Il confond une agression condamnable, qui n’est pas représentative de ce que vivent les français musulmans, avec l’instrumentalisation politique et médiatique que certains peuvent faire de la peur de l’islam (avec un gros coup de pouce du CCIF), tout en y incluant les critiques et combats légitimes envers l’islamisme et le voile qui en est le symbole. Ce mélange "est facile, ça coûte pas cher et ça rapporte gros".

L’autre raison qui expliquerait qu’on s’attaquerait plus spécifiquement aux femmes musulmanes serait ce statut si particulier qui la différencie du "mode de vie pratiqué ici". Il développe alors sa pensée d’une vision très patriarcale et essentialiste du rôle de la femme musulmane : La deuxième raison pour laquelle on s’attaque aux femmes, c’est que la femme c’est le moteur de la cellule familiale musulmane. Qu’on le veuille ou non, j’espère que je ne vais pas vous froisser mes chers frères, mais c’est la maman qui construit cette famille-là. C’est la maman qui fait fonctionner cette famille-là. Nous hamdoullah on travaille dur, on parle à table. Mais c’est elle qui fait fonctionner la famille. Et nous quand on est abimé, quand la journée de travail nous a épuisé ou il y a quelqu’un qui nous a vexé dans la rue ou autre, on rentre à la maison, on va avoir un câlin des enfants, il y a un repas chaud sur la table. Notre femme va nous dire quelques mots de consolation. Au moment où on s’est endormi, on a déjà oublié le problème. Mais une maman qui est abimé, comment on répare ça ? Comment est-ce qu’on console une maman qui est cassé ? Comment est-ce qu’on la répare ? Ça ne se répare pas ! Quand la maman est abimée, toute la famille est abimée. C’est pour ça que c’est elle qu’on vise. Parce qu’elle fait l’essence de la famille musulmane. Elle mène l’éducation. C’est elle qui fait cette petite flamme, cette petite vie, cet espoir, cette douceur qu’il y a dans la maison musulmane. C’est elle qui le fait vivre. C’est elle qui l’anime. C’est elle qui, quand tout le monde est fatigué, se lève le week-end pour préparer le petit-déjeuner et laver les enfants, et préparer… faire tout ça. C’est la maman qui fait ça. Et si on l’abime elle, alors on abime une génération entière de musulmans.


Avec ce style larmoyant, on aurait dit Charles Ingalls. En remplaçant "musulman" par "chrétien", on croirait entendre le sermon d’un curé d’une petite paroisse au 14ème siècle. En l’écoutant, je me suis retrouvé en plein cours d’Histoire médiévale. Il est à des milliers d’années lumières du MLF. Ce qui n’empêche pas certaines militantes féministes de cette époque de soutenir aujourd’hui les islamistes… Car sa conclusion lors de cette conférence est ce qui leur parle : s’attaquer aux femmes voilées au nom de la laïcité est plus acceptable que le "racisme d’autrefois".

Il est clair qu’avec une telle vision du rôle de la femme, il ne vit pas à la bonne époque. Rien d’étonnant à cela et ce n’est pas un problème en soi. Cela relève de ses convictions personnelles, aussi rétrogrades soient-elles. De plus, ce n’est pas une exception islamiste. Les ultra-conservateurs chrétiens, juifs, hindouistes, et même certains athées, ont la même conception du rôle de la femme. Le machisme n’a pas de religion. Même si, lorsqu’il y a enracinement religieux, cela le rend plus difficile à combattre.

Justement, son ultra-conservatisme se transforme en intégrisme lorsqu’il tient ces propos dans ces circonstances. C’est-à-dire qu’il sort ce type de discours de la sphère privée pour l’exprimer publiquement afin de prêcher la bonne parole et d’accuser toute opposition "d’islamophobie" ou de "racisme néocolonial". Il n’est pas à un diner entre amis dans le cadre de sa vie privée. Il est un prêcheur extrémiste qui intervient dans un lieu de culte, officiellement en tant que porte-parole d’une association défendant le "vivre ensemble" et qui n’appartiendrait "à aucun courant politique, religieux ou idéologique".

Le "mode de vie pratiqué ici", même s’il n’est pas parfait, a au moins l’avantage de pouvoir constamment être questionné, critiqué, pour le faire avancer vers plus d’égalité des sexes. Ce qui n’est pas le cas du mode de vie rêvé par le CCIF qui doit rester figé au Moyen-Age et pour l’éternité sous prétexte que ce serait Dieu qui l’aurait décidé. Une femme nue vendant du yaourt me choque. Mais ce sera toujours moins choquant qu’une femme voilée expliquant que son intégrisme est une forme de féminisme. Le 1er sexisme est plus facile à combattre que le second. S’il a fallu une forte mobilisation féministe pour arriver à bout de la nudité d’une femme pour vendre du yaourt, il faudra bien plus d’efforts pour arriver à bout du second. De plus, si le 1er sexisme fait l’unanimité contre lui, le second est plus relativisé, mieux accepté, trouvant des alliés parmi les mêmes personnes qui condamnent le sexisme publicitaire. Si Jean-Frédéric Poisson, président du Parti Chrétien Démocrate, avait tenu les mêmes propos que Marwan Muhammad, en remplaçant "femme musulmane" par "femme chrétienne", nul doute que tout le monde lui serait tombé dessus ou l’aurait tourné en dérision, à juste titre. Mais lorsqu’il s’agit des intégristes musulmans, ça passe plus tranquillement. Et si les prochains invités de la mosquée de Vigneux étaient Clémentine Autain, Christine Delphy, Rokhaya Diallo et Edwy Plenel ?

Là est la force du CCIF et de l’ensemble des Frères musulmans. Entre double langage, victimisation, récupération et trahison de nos valeurs, ils réussissent à faire ce qu’aucun misogyne et partisan du patriarcat n’a jamais osé imaginer : avoir le soutien de féministes et d’une partie de la classe politique et médiatique.

On ne met plus en scène une femme nue pour vendre du yaourt. On met en scène une femme voilée pour vendre une idéologie moyenâgeuse, misogyne et totalitaire. L’objet sexuel a encore de beaux jours devant lui.


(1) Le CCIF et sa référence à l’Allemagne des années 30, l’arroseur arrosé

(2) Citation de Sayed Qutb par Gilles Kepel, Le Prophète et Pharaon, Paris, La Découverte, 1984.



(5) Ibid


(7) Adraoui Mohamed-Ali, Du Golfe aux banlieues: Le salafisme mondialisé, Paris, Presses universitaires de France, 2013.

(8) Les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires, rapport présenté par Jean-Pierre Obin, remis au ministre de l’Éducation Nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche en juin 2004.

(9) Rapport femmes et sports, remis au ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Vie Associative et à la ministre de la Parité et de l’Égalité Professionnelle, le 21 avril 2004.

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