Burkini à la piscine municipale de Grenoble : la mairie sous pression d'intégristes musulmanes, fruit de l'histoire de l'islamisme sur l'agglomération

Par Naëm Bestandji


Burkini à la piscine municipale de Grenoble : la mairie sous pression d'intégristes musulmanes, fruit de l'histoire de l'islamisme sur l'agglomération

Burkini à la piscine municipale de Grenoble

       Depuis plus d'un an, les élus de la ville de Grenoble et de la Métropole d'agglomération subissent diverses pressions fomentées par un groupe de fanatiques religieuses soutenu par l'association "Alliance Citoyenne de l'Agglomération Grenobloise". L'objet de cette association est d'"aider les citoyens à s'organiser pour faire face aux situations d'injustice en formant un contre-pouvoir capable d'obtenir des améliorations concrètes sur leurs conditions de vie." Elle agit aussi bien sur les problèmes de logement que sur les discriminations au sens large. Son action dans les quartiers populaires la met en contact avec les habitants, et donc aussi avec les islamistes qui y vivent. Quelques-uns de ces derniers, dans leur stratégie victimaire pour faire avancer leur idéologie, apprécient particulièrement ce genre d'associations souvent composées de relativistes en mal de victimes à défendre. La rencontre avec certaines de ces islamistes se transforma en lune de miel. Depuis, leurs actions plus ou moins spectaculaires pour promouvoir l'intégrisme musulman et son corollaire ultra sexiste se multiplient.

Une nouvelle étape vient d'être franchie. Ces mêmes islamistes soutenues par la même association se sont baignées en burkini à la piscine municipale de Grenoble malgré l'interdiction, pour toujours mieux faire plier la mairie. Avant d'analyser leur rhétorique et arguments, il est nécessaire de comprendre pourquoi et comment Grenoble en est arrivée là.

Deux raisons majeures contribuèrent à développer l'islamisme en France. En 1979, la révolution islamique iranienne galvanisa les islamistes sunnites. Elle leur rendit une forme de fierté et se dirent aussi "s'ils y sont arrivés, pourquoi pas nous ?". En 1981 en France, la loi de 1901 fut modifiée pour autoriser les étrangers à créer des associations. Ces deux évènements clés permirent aux intégristes de s'organiser : en 1983, des islamistes réussirent à rassembler plusieurs associations religieuses au sein d'une même union, l'Union des Organisations Islamiques en France (UOIF), branche française des Frères Musulmans. Parallèlement, de nombreux islamistes, dont des salafistes, fuyaient la répression de leur pays respectifs et se réfugièrent en Europe, notamment en France. Ce fut le cas d'islamistes algériens, mais aussi tunisiens et autres. Ils ont pu y assouvir sans entrave leur désir de prosélytisme en prenant le contrôle de salles de prière, en créant leurs propres associations "culturelles" ou bien en s'investissant dans des associations maghrébines laïques pour agir de l'intérieur. Ce fut le cas à Grenoble. La relégation dans des quartiers de plus en plus paupérisés et ethniquement homogènes, la crise économique subie de plein fouet par les immigrés, et le racisme persistant furent les autres facteurs qui permirent à la "salafisation" de l'islam de récolter ses premiers fruits dans les années 1980. Avec les années, les associations "culturelles", qui sont en réalité cultuelles, se multiplièrent.

En décembre 1991 éclata la guerre civile algérienne (1991-2002) qui opposa le régime militaire aux islamistes. Cette guerre marquera durablement nos deux pays sur la question de l'intégrisme, du terrorisme, et de l'identité vécue par une partie des habitants des quartiers populaires français.
Les islamistes djihadistes exportèrent le conflit en France. D'abord par la série d'attentats et de tentatives d'attentats sur notre sol, fomentés par le Groupe Islamique Armée (GIA) dans les années 1990. Mais aussi et surtout par une nouvelle vague de réfugiés islamistes qui mirent leurs "compétences" à profit pour faire du prosélytisme dans les quartiers populaires.

Depuis les indépendances et la forte immigration économique puis de regroupement familial dans l'hexagone, les pays d'origine ont tout fait pour garder un contrôle, ou au moins un droit de regard, sur leurs émigrés. C'est particulièrement vrai pour Grenoble, notamment à travers des associations et y compris dans l’organisation du culte. Jusque dans les années 1990, les pays du Maghreb et la Turquie contrôlaient la quasi-totalité des lieux de culte et plusieurs associations, outils importants de leur politique intérieure et étrangère. Les rares mosquées et salles de prières se partageaient selon les pays d'origine.
A Grenoble comme ailleurs dans l'hexagone, l'apparition de l'islamisme dans les années 1980 marqua le début de l'érosion de l'influence étatique du Maghreb. La répartition des lieux de cultes n'allait plus seulement se faire selon les pays. Ils allaient aussi être partagés, et de plus en plus, selon les courants islamistes. Telle salle de prière pouvait être contrôlée par le Maroc. Telle autre par des salafistes ou bien une autre par des Frères Musulmans. Toutes ces "chapelles" mènent une véritable lutte pour ravir des lieux de cultes aux autres.
Ces contrôles étatiques commencèrent aussi à s'effriter par l'émancipation lente des populations concernées. Les enfants des immigrés, nés en France, avaient peu de liens avec le pays d'origine de leurs parents. Une fois adultes, les consulats eurent moins de prise sur eux. Cela facilita aussi le transfert d'influence vers l'islamisme pour certaines mosquées. La mosquée Al-Kawthar à Grenoble en est un cas d'école. Fermée provisoirement depuis février 2019 en raison de prêches radicaux qui s'y étaient tenus, cette sanction est la conséquence de toute une histoire qui s'inscrit dans la grande et remonte justement à la guerre civile algérienne. J'avais retracé cette histoire dans un article précédent (1).

L'irruption progressive de l'islamisme peut aussi se mesurer à une activité qui peut sembler anodine : les cours d'arabe. Lorsque j'étais enfant dans les années 1980, ces cours étaient dispensés par la Maison des Jeunes et de la Culture de mon quartier de la banlieue de Grenoble. Puis, progressivement, ces cours ne furent donnés que dans des mosquées ou des "associations culturelles" musulmanes. Les structures laïques ont été supplantées par les structures religieuses. Et qui tient ces dernières ?...

Ajouté à cela, l'offensive islamiste se faisait aussi par des livres, des cassettes audios et vidéos largement vendus sur les marchés, les associations et la librairie "islamique" tenue par des salafistes au centre-ville de Grenoble. Nombre de ces livres étaient, et sont toujours, publiés par les éditions Tawhid, également créées dans les années 1990. Installées en banlieue lyonnaise, leur proximité géographique avec Grenoble facilita les contacts et échanges avec les islamistes du Rhône qui eux-mêmes sont en étroit lien avec le centre islamique de Genève tout proche. Ce centre fut créé par Saïd Ramadan, père de Tariq et Hani, et membre important de la Confrérie des Frères Musulmans. Résultat : Tariq Ramadan (qui vivait à Genève et dont de nombreux livres et cassettes audio étaient édités chez Tawhid) avait un succès fou à Grenoble. Il y a donné de nombreuses conférences. J'avais même pu l'accompagner de Grenoble à son domicile de Genève pour m'entretenir avec lui.
Enfin, il ne faut pas non plus négliger le rôle des chaines religieuses satellitaires du Moyen Orient qui, là encore, connurent leur essor dans les années 1990.

Par l'addition de tous ces éléments, l'islam passa du statut de religion à celui d'identité face à cette République qui ne voulait pas reconnaitre tous ses enfants. Cela explique la montée du religieux, dans sa forme intégriste, et le développement de son symbole visible sexiste, politique et identitaire : le voile. Le travail de fond mené par les islamistes commença à porter ses fruits assez rapidement. La première affaire de voile à l'école eut lieu en 1989 dans un collège de Creil.

Jusqu'au début des années 1990, nous n'avions jamais vu d'islamistes dans mon quartier de la banlieue de Grenoble. Un salafiste y emménagea au tout début de cette décennie. Nous voyions parfois ses deux femmes sortir, voilées de la tête aux pieds, en noir ou bleu foncé. Elles étaient gantées, leurs yeux dissimulés derrière un voile sombre. Leur mari avait toute la panoplie vestimentaire et pileuse du salafiste. Si ses deux femmes faisaient peur, surtout aux enfants, lui nous faisait rire. Il jouait au parfait et pieu musulman mais il cachait toujours un pack de bières dans sa boite aux lettres. Ce fut mon premier contact avec un islamiste. A l'époque, aucune femme n'était voilée puisque seuls les intégristes le prescrivent. Un hijab aurait choqué tout le monde, y compris les musulmans pratiquants. Alors voir un salafiste polygame et ses deux femmes bâchées, c'était "Rencontre du troisième type".

Dans les années qui suivirent, des actions politico-religieuses pro voiles menées par des islamistes perturbèrent le fonctionnement de certains établissements scolaires en France, avec toutes les conséquences que cela pouvait entraîner pour les filles. En 1994, une lycéenne avait été renvoyée du lycée Emmanuel Mounier de Grenoble pour avoir refusé de retirer son voile. Fanatique, elle campa devant le lycée et entama une grève de la faim en février pour contraindre l'établissement à l'accepter avec son voile qu'elle considérait plus important que ses études. Elle fut soutenue par l'Union des Jeunes Musulmans (UJM), un des satellites créé par l'UOIF. L'association islamiste réussit à rassembler environ un millier de jeunes musulmans venus d'une douzaine de villes pour la soutenir. La grève de la faim de la lycéenne dura 23 jours, en vain. Le lycée ne cédant pas, elle fut transférée dans un autre établissement. Des pressions similaires se multiplièrent en France. Les islamistes rêvaient de cacher les femmes derrière un voile pour préserver leur libido d'obsédés sexuels, comme tous les islamistes du monde. Pendant que des Françaises musulmanes militaient pour porter le voile, symbole du sexisme sous l'influence d'islamistes, des femmes se faisaient égorger au même moment en Algérie parce qu'elles refusaient de se voiler…

Toutes ces pressions sur l'école poussèrent François Bayrou, ministre de l'Éducation Nationale de l'époque, à diffuser en septembre 1994 une circulaire sur les signes religieux ostentatoires. Il faudra attendre encore dix ans, et une expansion des problèmes d'année en année, pour qu'une loi soit enfin votée.
Du milieu des années 1990 au milieu des années 2000, j'avais aussi observé ces évolutions dans le cadre de ma profession d'animateur socio-culturel dans divers quartiers populaires de l'agglomération grenobloise. Le développement de l'intégrisme musulman avait des conséquences sur les filles, toujours les premières victimes par le contrôle des corps et des déplacements. J’avais vu les comportements des garçons vis-à-vis des filles changer, puis des filles entre elles… J'avais constaté l'évolution vestimentaire de certaines qui ont opté pour le survêtement et se comportaient comme les garçons pour pouvoir s'affirmer un minimum. Quand d'autres ont opté pour le hijab voire le voile intégral. J’ai vu la question de la "réputation" prendre de plus en plus d’importance. Cette "réputation" familiale que seule la fille porte sur ses épaules et dont le voile est apparu comme un label officiel de bonnes mœurs. J’ai vécu la difficulté de plus en plus grande de proposer des activités mixtes aux adolescents. J’ai été confronté aux conséquences souvent graves pour une jeune fille du mythe de la virginité au mariage. J'avais constaté que les islamistes gagnaient les âmes au point que certains animateurs se mirent à utiliser des formules religieuses lorsqu'ils s'adressaient aux jeunes dont ils avaient la charge, chose inimaginable auparavant.
Ce ne sont que quelques exemples parmi d'autres. Je mesurais chaque jour un peu plus la menace de cet intégrisme religieux qui devenait une norme à ne pas remettre en question, car il fallait se distinguer de ces "français" qui nous rejetaient. Le communautarisme faisait son nid, tranquillement.

A la naissance du comité "Ni Putes Ni Soumises" de Grenoble, que j'avais créé en janvier 2004 et présidé pendant quelques années, il me sembla important de dépasser mes expériences et vécus personnels. Nous devions avoir une meilleure vue d'ensemble de la situation sur Grenoble. Nous avions alors rencontré plus de soixante personnes (des adolescents, des associations de défense de victimes et de droits des femmes, des centres sociaux, des animateurs socioculturels, des éducateurs spécialisés, des enseignants, etc.). La montée de l'intégrisme musulman, le rôle grandissant des associations religieuses, le recul de la mixité et la pression croissante sur les filles étaient partout une réalité, sans exception.

La directrice d'un centre social m'avait fait part de son témoignage : "Quand nous rencontrons des jeunes filles et que nous discutons de leur situation, elles disent "chez nous c’est comme ça". Elles sont fatalistes. D’ailleurs la plupart d’entre elles s’habillent en garçon. On a éduqué les garçons vers l’extérieur et les filles vers l’intérieur. Sur les quartiers, les histoires d’amour se vivent cachées."

Le constat d'une animatrice était proche : "Pour certaines jeunes filles, le choix se résume à se marier ou à continuer ses études. A l’intérieur du quartier on montre du doigt celle qui ne pratique pas la religion. Dans le quartier, les jeunes filles ont toujours eu du mal à accueillir des copains chez elles. Tout cela est dû à la culture, les traditions et les principes. Par exemple aujourd’hui, elles ne peuvent même plus appeler un garçon. Parfois elles le font d’ici. Il faut dénoncer le côté irrespectueux des garçons et le reste. Ils respectent uniquement les filles voilées. Les filles doivent faire attention à ce qu’elles mettent si elles ne veulent pas être traitées de putes."

Deux éducatrices spécialisées faisaient également un constat amer : "Des filles paraissant libres nous disent qu’elles finiront mariées avec des gosses. C’est pour ça que, pour elles, ça sert à rien de faire des études. Elles sont résignées et nous disent qu’on ne peut pas comprendre. Ces jeunes filles sont partagées entre leur culture et l’émancipation. Elles ne s’approprient pas les acquis féministes de la même manière."

Un autre témoignage, recueilli auprès d’un directeur d’une structure socio culturelle, résumait aussi la situation : "Depuis quelques années, il y a un changement de la vision des garçons par rapport aux filles. Il y a également un repli communautaire, une montée de la pratique religieuse et de ses extrêmes qui sont dus, d’après moi, à la déception de la politique. (…) La mosquée est fortement présente dans la vie sociale du quartier. Il y a aussi deux associations religieuses qui se sont créées ces dernières années, une pour les hommes et une autre pour les femmes. Ces deux associations sont proches de l’UOIF. Elles prônent un islam dur et communautaire."
Au fil de nos entretiens, nous réalisions le rôle social croissant de la religion et la multiplication d'associations religieuses dites "culturelles" pour "faire du soutien scolaire et lutter contre la délinquance" dans de nombreux quartiers de Grenoble et de son agglomération. Cette OPA des islamistes sur les missions de la collectivité et des associations laïques n'était pas spécifique à Grenoble. Tout le pays était concerné.

La directrice d'un centre social de Grenoble me donna un exemple des conséquences de cette influence islamiste. L'activité couture existait depuis des années. Mais depuis quelques temps, certaines femmes s'étaient mises à porter le voile intégral. Au-delà de l'aspect choquant, cela posait des questions éthiques aux professionnelles. Mais le plus grave fut l'attitude de certains maris. Ils surveillaient constamment leurs femmes. Certains débarquaient parfois durant l'activité pour vérifier qu'il n'y avait pas d'hommes présents. Puis ils finirent par leur interdire de s'y rendre. L'esprit des islamistes est entièrement occupé par le sexe. Ils ne pensent qu'à ça. La présence possible d'hommes, voire même simplement la possibilité d'en croiser, était  considérée comme une tentation sexuelle trop risquée à leurs yeux. La fonction du voile n'était pas une barrière suffisante. Les femmes devenues salafistes se coupaient progressivement de tout lien social. Les professionnels semblaient impuissants. Les religieux prenaient le relais.

Les enseignants rencontrés partageaient le même constat : "Depuis quelques années nous avons pu observer un changement dans les relations entre garçons et filles. Ils se mélangent moins. La religion s’invite aujourd’hui dans notre établissement. Certains élèves font même du prosélytisme."

Les discours tenus par la trentaine d'adolescents que nous avions rencontrés corroborèrent les témoignages des professionnels. Agés de 15 à 19 ans, nous les avions interviewés individuellement ou par petits groupes.
Des garçons nous expliquaient que "une fille bien ne doit pas avoir de fréquentations. Elle doit s’occuper de ses études et de la maison. Le jour de son mariage elle doit être vierge. Pour nous, les garçons, c’est pas pareil. Les filles portent l’honneur de la famille. Nous, on peut avoir des rapports sexuels avant le mariage."

Le plus surprenant est que des jeunes filles défendaient ces points de vue :"Nous sommes inférieures aux garçons, c’est normal parce que c’est comme ça. (…) Si une fille se fait violer dans une cave, c’est qu’elle l’a un peu cherché."

Les interventions en milieu scolaire étaient aussi révélatrices. En abordant des sujets sans tabou, certains lycéens exprimaient des idées qui choquèrent les enseignants : la fille serait responsable de son sort selon les vêtements qu'elle porte. Un garçon qui couche, c'est normal. Une fille qui couche est une "pute". Les filles seraient respectables si "elles se respectent d'abord". Pour beaucoup, il ne doit pas y avoir de relations sexuelles avant le mariage. Dans leur esprit, il s'agissait bien de mariage. Vivre en union libre leur était inconcevable, immoral. Ils sont convaincus qu'il est possible de savoir si une femme est sexuellement vierge. Le mythe de la virginité et les stéréotypes sexistes sont bien ancrés. Là encore le plus étonnant est que des filles étaient plus dures que les garçons dans leurs propos. Elles étaient sans pitié vis-à-vis des filles qui seraient trop "libérées".

Leur première justification était religieuse, en y joignant le "respect". Ils avaient la même définition du respect que celle des islamistes. Je pourrais la résumer ainsi : l'homme doit être respecté, la femme doit se respecter. La définition du dictionnaire ne leur parle pas. Leur connaissance religieuse était du même niveau : proche du néant.

Avoir comme premier et principal repère l'islam, définir ce qui est permis ou pas uniquement par la religion et non par les lois de la République, était un élément commun à de très nombreux adolescents rencontrés. Les conséquences les plus importantes étaient subies par les filles, dont certaines étaient actrices volontaires de leur propre oppression. Aujourd'hui, celles et ceux qui défendent le "féminisme islamique" (sic) appellent cela le "libre choix".

Tous leurs propos étaient d'un autre temps. Les enseignants étaient effarés. Tous les jeunes n'étaient évidemment pas sur ces positions. Certains auraient aimé exprimer leur désaccord. Mais la crainte de subir des remarques, moqueries, et la pression communautaire étaient trop fortes pour oser le faire.

Quelques années plus tard, en 2010, lors de mes recherches universitaires sur l'islamisme politique, j'avais eu l'occasion de me rendre au Centre Culturel Musulman de Grenoble (CCMG). Je me disais que je pourrais y trouver les ouvrages islamistes dont j'avais besoin. Bingo : dans ce domaine, c'était la caverne d'Ali Baba. Son centre de documentation regorgeait d’ouvrages islamistes plus durs les uns que les autres. On pouvait y trouver la collection complète des œuvres de Tariq et Hani Ramadan, Youssef Al-Qaradhawi, les compilations de l’ensemble des décrets des fatwas prises par le Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche (organisation européenne des Frères musulmans présidée par Y. Al Qaradhawi et dont l’UOIF est membre), les ouvrages de théologiens wahhabites, etc. Trouver les justifications et bonnes manières pour battre son épouse n'a jamais été aussi facile tant les livres qui les décrivent sont nombreux. Idem pour le voile, la plupart du temps dans les mêmes ouvrages. En revanche, impossible d’y trouver les écrits de musulmans rationalistes et de livres qui expliquent que le voile n'a rien d'islamique.
Les enfants ne sont pas oubliés. En tant que futurs citoyens, c’est même leur première cible. Les diverses activités éducatives, culturelles et de loisirs qui y sont proposées ne sont que des supports pour endoctriner leurs adhérents. De plus, des livres pour la petite enfance ou des informations sur des activités de loisirs avaient pour illustration des fillettes voilées parmi d’autres bambins. L’objectif est d’instiller le voile chez les enfants, en faire un "vêtement" comme un autre en habituant les fillettes à le porter pour leur faire accepter leur futur statut d’objet sexuel qu’il faudra cacher. Ainsi, elles "choisiront" plus tard, d’elles-mêmes, de le porter… "librement".
Centre Culturel Musulman de Grenoble
Exemple d'activité et de son illustration par le CCMG. Ici, l'endoctrinement dès le plus jeune âge à la cause Palestinienne et par le biais de la confessionnalisation du conflit. Deux petites filles voilées figurent parmi les autres enfants. Un des moyens de banaliser le voile.
Nous payons le prix de tout ceci aujourd'hui. Le Centre Culturel Musulman de Grenoble se porte toujours aussi bien. Le Comité Contre l'Islamophobie en France (CCIF), idéologiquement la branche juridique des Frères Musulmans en France, y intervient parfois. Des prédicateurs fréristes comme Hassan iquioussen ou salafistes comme Nader Abou Anas, dont les propos sur les femmes et leur "pudeur" sont dignes de l'Oscar du meilleur obscurantiste, aiment répondre positivement à l'invitation de lieux de cultes sur l'agglomération.

Le prédicateur salafiste Nader Abou Anas est invité à Echirolles
Le prédicateur Frère Musulman Hassan Iquioussen est invité à Echirolles

Une mosquée a été fermée en février dernier par les services de l'État, une école salafiste est sur le point de l'être (2). En avril 2017, une entraineuse de foot féminin refusa, par fanatisme, de retirer son voile le temps d'un match, privant ainsi son équipe d'une finale pour laquelle les jeunes joueuses avaient tant travaillé (3). Et l'association "Alliance Citoyenne de l'Agglomération Grenobloise" s'associe à des islamistes pour faire pression sur la mairie de Grenoble.
La dangereuse dérive de cette association ne peut seulement s'expliquer par l'influence de quelques militantes intégristes. Ce partenariat avec l'islamisme est inscrit dans son ADN depuis des années. Elle compte par exemple, parmi ses divers partenaires, le Centre Culturel Musulman évoqué plus haut mais aussi la branche estudiantine des Frères Musulmans : EMF (Étudiants Musulmans de France).


Les partenaires de l'Alliance citoyenne, dont des islamistes
Source : https://alliancecitoyenne.org/amis/
Ces partenariats sont en partie à l'origine de ses actions d'aujourd'hui par capillarité idéologique et porosité entre militants. Les islamistes concernées sont les héritières de tout ce que j'ai relaté plus haut et dont cette association apporte sa "modeste" pierre à l'histoire et la construction de l'islamisme grenoblois. La chef de file de ses actions, Taous Hammouti, est d'ailleurs une grande fan de Tariq Ramadan vu la promotion zélée qu'elle fait du prédicateur sur sa page Facebook. Elle aime aussi relayer des actions du CCIF et de son ex directeur Marwan Muhammad.


Taous Hammouti aime partager des publications du CCIF
Taous Hammouti aime faire la promotion de Marwan Muhammad
Promotion pour Marwan Muhammad et le RAMF, plus grand rassemblement islamiste d'Europe organisé par les Frères Musulmans de l'UOIF.
Ce dernier, fervent militant de l'extrême droite musulmane, avait eu l'occasion d'exposer sa vision de ses coreligionnaires féminines. Musulmanes qui, selon lui, se voilent pour "ne pas se soumettre au mode de vie tel qu'il est pratiqué ici", à savoir le mode de vie dépravé des françaises qui se mettent nues pour vendre du yaourt (référence classique dans les cercles islamistes) (4).



En bon intégriste, elle considère également que Charlie Hebdo est responsable de ce qui lui est arrivé le 7 janvier 2015 car c'est lui qui, par ses dessins, aurait "dégainé le 1er"… Apologie du terrorisme dans toute sa splendeur.

Taous Hammouti bascule dans l'apologie du terrorisme

La première action médiatique de ce collectif fut leur tribune dans Libération le 1er mars 2019, suite à l'affaire du "hijab de running" de Décathlon qui enflamma les réseaux sociaux (5). Quelques jours plus tard, le 6 avril, une poignée de ces militantes coururent ensemble dans Grenoble et brandirent des pancartes (6). L'objectif est clair : faire de leur sexisme religieux et prosélyte une norme, de leurs actions politico-religieuses une légitimité, faire plier la société pour la ramener en arrière au nom du respect du sexisme et de la pratique religieuse leur graal. Pour cela, ces fanatiques usent de la stratégie politique victimaire typique des Frères Musulmans : la rhétorique d'inversion. On fait de fausses comparaisons, on récupère les termes qui font sens à la société française, on inverse les rôles et les concepts, pour les retourner contre la République. J'avais détaillé et analysé cette rhétorique dans un article précédent (7).

Ainsi, dans chacune de leurs actions, ces intégristes se présentent d'abord comme de simples musulmanes. Les autres, les "impudiques" qui se promènent sans voile et se baignent en maillot de bain, seraient moins musulmanes ou ne le seraient même pas du tout. Cela fait des islamistes les porte-paroles de toutes les musulmanes. Une musulmane étant ainsi identifiée au voile et à l'extrémisme qui l'accompagne. Voilà comment effrayer la société pour ensuite se plaindre que les citoyens ont peur de l'islam, ce qui nourrit la victimisation permanente des islamistes… C'est un cercle "vertueux". La presse, sans aucun esprit critique, reprend cela. Exemple avec le journal Libération : "Le collectif Alliance citoyenne, qui milite pour les droits civiques des femmes musulmanes (…)" (8). Cette volonté de faire croire qu'elles sont de simples musulmanes et de prétendre qu'elles se battent pour "les femmes musulmanes" est un classique chez les islamistes. La plus en pointe en ce domaine aujourd'hui est l'association Lallab dont Taous Hammouti relaye parfois les publications.

Taous Hammouti se retrouve sur la ligne de Lallab dont le sexisme est issu des Frères Musulmans

Une fois ce cadre "représentatif" posé, on peut commencer la victimisation : à l'école, dans la fonction publique, dans les piscines, les (intégristes) musulmanes seraient discriminées. Nous passons d'une auto discrimination "choisie", en s'affublant de plus du vêtement le plus raciste et discriminant que l'Être humain ait inventé, à une discrimination subie dont les coupables ne sont pas les hommes qui leur ont prescrit le voile mais la société qui souhaite limiter l'expansion de ce sexisme "religieux". L'inversion est totale.

Si certains cas sont effectivement des discriminations bien réelles et punissables par la loi, d'autres n'en sont pas et sont même purement fantasmés. Exemple : "on veut nous empêcher de faire du sport" ou "on nous interdit l'accès à la piscine" ou encore "on m'empêche d'être fonctionnaire". Personne n'empêche les intégristes de faire du sport, et encore moins les musulmanes dans leur ensemble. La polémique de Décathlon n'avait pas pour objet l'accès au footing des femmes voilées mais la vente d'un vêtement ultra sexiste par une grande marque. Il est inconcevable que ces marques participent à l'expansion de l'islamisme et de son corolaire sexiste, contribuant ainsi à enfoncer les musulmanes qui, partout dans le monde y compris en France, résistent encore à cette pression islamiste. Sauf peut-être l'extrême droite, personne n'a demandé à ce que ce vêtement soit interdit de vente en France. Les boutiques islamistes peuvent en vendre sans problèmes. On les trouve facilement sur internet et dans certaines boutiques de nos banlieues.

Pour l'accès à la piscine publique, comme pour la fonction publique, les femmes musulmanes ne sont pas discriminées. La preuve, elles sont des milliers à se baigner dans ces piscines et à être fonctionnaires. Quant à celles qui sont voilées, là encore ces accès ne leur sont pas interdits. C'est le voile qui l'est, pas leur personne. Refuser ces accès à un individu parce qu'il est noir ou Maghrébin est une discrimination. La couleur de peau, l'origine ethnique, ne sont pas un choix et ne définissent pas quel Être humain nous pouvons être. Or, le port d'un vêtement tel que le voile envoie un message, ici sexiste et politique (le religieux n'est qu'un prétexte). On ne nait pas avec un hijab, un jelbab ou un burkini. Contrairement à la couleur de peau, le voile n'a rien d'inné. Il n'est pas incrusté dans les gènes. Il est le fruit d'un endoctrinement idéologique. Le retirer pour quelques minutes ou quelques heures afin de se plier à la règle commune applicable à tout citoyen est tout à fait normal… sauf pour les fanatiques de la libido. Il n'y a donc aucune discrimination. Il y a seulement des règles communes à respecter. Accorder un privilège, une dérogation à ces règles, n'est pas un geste d'égalité. C'est un passe-droit. Ce n'est donc pas le règlement de la piscine qu'il faut interroger mais l'intransigeance de ces personnes qui refusent de retirer leur voile, preuve d'un endoctrinement profond, et militent pour se baigner en burkini. C'est cet intégrisme et ce sexisme qu'il faut traiter, non les règles sociétales qu'il faudrait changer pour s'y plier. Accuser la société de discrimination envers un vêtement (auto) discriminant est là encore une inversion accusatoire.

Ce 6 avril, elles avaient annoncé la couleur : "On se baignera, en combi ou en maillot, même si Piolle [maire de la ville de Grenoble] ne le veut pas, nous, on se baignera". Ce fut chose faite un mois plus tard.
Depuis un moment déjà, elles avaient créé un groupe de testing de femmes voilées, piloté par Alliance citoyenne, pour tester les piscines afin de faire pression sur les élus. Mais cette fois, dans une publication sur sa page Facebook datée du 17 mai 2019, le collectif Alliance citoyenne fut fier de relater sa dernière action : "A Grenoble, les femmes musulmanes membres de l'Alliance Citoyenne ont désobéi au règlement intérieur leur interdisant d'accéder à la piscine municipale. Elles se sont baignées pendant une heure malgré les injonctions de sortir" (9).


Alliance Citoyenne de l'Agglomération Grenobloise cherche un créer des liens avec des islamistes de Roubaix

Comme leurs actions précédentes, qui reprennent les éléments de langage des Frères Musulmans, l'objectif est double :
- séduire et culpabiliser la population et les élus par leur stratégie et arguments victimaires.
- Faire pression sur la mairie afin de faire accepter le voile, et les valeurs sexistes et politico-religieuses qui en découlent, partout.

Cette action, comme les autres, n'est pas motivée par la religion ou la liberté religieuse. Si le Coran n'a jamais évoqué le moindre voile (seuls les islamistes le prescrivent), il affirme en revanche que les musulmans (hommes et femmes) doivent faire preuve de discrétion et d'humilité dans leurs tenues et attitudes afin d'éviter les regards sur eux trop appuyés. Or, le voile, le burkini, et particulièrement ces actions de ces islamistes grenobloises, font exactement l'inverse : exhibition faussement religieuse, attirance de tous les regards sur elles, absence totale de discrétion et d'humilité. Leurs motivations n'ont rien de spirituelles. Elles sont entièrement politiques.
L'interdiction de ces vêtements dans les piscines municipales n'a donc rien à voir avec l'islam. Les musulmanes ne sont pas visées non plus. La médiatisation de ces affaires ne concerne que les intégristes musulmans parce qu'aucun autre intégrisme d'aucune autre religion ne se comporte de la sorte. Accuser les féministes universalistes et tout autre opposant de ne s'en prendre qu'aux (intégristes) musulmanes est donc là encore une inversion accusatoire. Ce n'est pas notre faute si seuls les islamistes se comportent ainsi. Par cette rhétorique d'inversion, les islamistes et leurs soutiens n'ont d'autre choix, comme toujours, que de confessionnaliser le sujet. Amener le débat sur le terrain de la laïcité est plus pratique pour eux que son véritable terrain : le sexisme, l'égalité des sexes.
Enfin, si cette demande de privilège est accordée, quid des hommes qui ont l'obligation de se baigner uniquement en maillot de bain ? Pourront-ils aussi se baigner en bermuda ou porter un scaphandre par "pudeur" ? Si l'argument de la discrimination est retenu, alors il faut le retenir pleinement et pour toutes les autres revendications de baignade.

Face à l'impasse de la lutte pour obtenir des horaires aménagés où hommes et femmes seraient séparés, ces intégristes se concentrent pour l'instant sur l'acceptation du burkini. Les baignades non mixtes, ce sera pour plus tard, une fois que le burkini sera mieux accepté. C'est la stratégie classique des petits pas où, après chaque "accommodement raisonnable" (qui ne sont rien d'autres que des renoncements), on se met à militer pour le suivant. Ces islamistes ne s'en cachent pas. Un des objectifs de leurs actions à Grenoble est, par exemple, de pouvoir être examinées uniquement par des femmes médecins (10).
Comme évoqué plus haut, les Frères Musulmans sont doués pour récupérer ce qui nous fait sens pour les retourner contre la République. Ainsi, les islamistes deviennent les vrais défenseurs de la laïcité, leur sexisme devient féministe, leur désir communautariste sous leur joug devient le "vivre ensemble", leur racisme devient de l'antiracisme, refuser leur totalitarisme devient de l'intolérance, etc. Ils n'hésitent pas non plus à détourner des expressions féministes comme "pro choix" pour le voile. Jamais en manque d'imagination dans ce domaine, les islamistes grenobloises soutenues par Alliance citoyenne osent cette fois faire appel à l'image de Rosa Parks :
"[ Rosa Parks a la piscine / Droits Civiques des femmes Musulmanes ]

65 ans après Rosa Parks qui a désobéi aux règles interdisant aux noirs de s'asseoir dans certaines parties du bus, elles utilisent la désobéissance civile pour les droits des femmes musulmanes en France."

Pourquoi cette référence ? Pour créer un lien entre conquête des droits civiques aux États-Unis contre la ségrégation raciale et interdiction dans certains lieux de signes religieux ostentatoires dont ce type d'image dégradante des femmes. L'adhésion à l'extrémisme religieux devient équivalente à la couleur de peau. L'interdiction du sexisme au nom du religieux dans certains lieux devient une discrimination raciale. L'intérêt est de culpabiliser population et élus en faisant croire qu'encadrer ce sexisme moyenâgeux et sexuellement raciste serait...raciste et sexiste.

Cette volonté de marquer son corps par son occultation prescrite par des hommes, de discriminer les femmes et d'assigner les musulmanes à un objet sexuel devant être caché, est l'inverse de l'acte de Rosa Parks qui refusa d'être assignée à sa couleur de peau et d'être discriminée. Elle ne demandait pas une dérogation pour bénéficier d'un privilège lié à l’interprétation extrémiste d'une religion afin de se différencier du reste de la population par une auto discrimination. L'acte de cette femme courageuse fut motivé par la liberté, la lutte contre le racisme, l'égalité pour tous. L'acte de ces islamistes est motivé par l'aliénation à un dogme dont les plus radicaux leur recommande de s'auto discriminer et s'auto stigmatiser uniquement parce qu'elles ont un vagin.
A l'époque de Rosa Parks, noirs et blancs étaient séparés dans les transports, les restaurants et d'autres lieux dans nombre de territoires des États-Unis. C'était la ségrégation raciale. Aujourd'hui en France, les islamistes font tout ce qu'ils peuvent pour créer une ségrégation religieuse, un apartheid sexuel dont le voile est l'outil de prédilection, la piscine un des lieux de leur lutte. Rosa Parks prit le risque d'être arrêtée pour s'être assise dans ce bus, pour que les mêmes lois s'appliquent à tous sans distinction. En réclamant de modifier les règles communes à leur seul profit, et au détriment de toutes les femmes qui refusent ce diktat patriarcal, les islamistes font exactement l'inverse. En effet, définir ce qui est "pudique" (et donc ce qui ne l'est pas) et demander à ce que la loi commune s'adapte à une minorité, contribuera à accentuer la pression sur les musulmanes qui refusent encore le voilement. Puis, avec le temps, la pression sera sur toutes les femmes.

Cette comparaison avec Rosa Parks est donc hallucinante de mauvaise foi, une insulte à sa mémoire dont l'acte d'un jour marqua l'Histoire de la lutte contre le racisme. Ses dignes héritières sont celles qui se battent partout à travers le monde, souvent au péril de leur vie, pour ne plus avoir à porter ce symbole antique de discrimination et de l'asservissement des femmes à la libido masculine.

Pour ne pas faire les choses à moitié dans la récupération du féminisme pour faire de l'antiféminisme, la publication Facebook d'Alliance citoyenne détourne le nom de l'association "Osez le féminisme" pour ceci : "Osez l'Islamo féminisme". Elle récupère également d'autres termes qui nous font sens pour inscrire dans l'inconscient collectif que leur sexisme serait féministe : "MLF", "girl power", etc. Ces intégristes d'un autre âge n'ont honte de rien.

Mais l'association ne s'arrête pas là. En répondant à une partisane en commentaire de cette fameuse publication, Alliance citoyenne propose de créer un lien entre les intégristes musulmanes de Roubaix et celles de Grenoble pour coordonner des actions politico-religieuses afin d'assurer une meilleure pression sur les piscines municipales. Le maire de Grenoble sera ravi de prendre connaissance de cette initiative lors de sa rencontre prévue avec ces fanatiques obsédés de la libido et de l'occultation du corps des femmes dont l'islam n'est qu'un prétexte.
date du commentaire : 18 mai 2019 à 23h09
La mairie résistera-t-elle encore longtemps à ces pressions dont l'objectif est de ramener les femmes à ce que nous pensions être une époque révolue ? Cèdera-t-elle comme a cédé la ville de Rennes il y a quelques mois ? L'été arrive à grand pas, les coups de pression seront encore plus nombreux. C'est un bon cliffhanger pour le prochain épisode de l'histoire de l'islamisme sur l'agglomération grenobloise.











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Le ramadan de nombre de musulmans : entre hypocrisie religieuse et intolérance envers les non jeûneurs

Par Naëm Bestandji
Le ramadan de nombre de musulmans : entre hypocrisie religieuse et intolérance envers les non jeûneurs
Source : https://www.h24info.ma/wp-content/uploads/2018/05/ramadan-2018-e1557246211734.jpg
       Le ramadan, prescrit dans le Coran (sourate 2, verset 183), est un des cinq piliers de l'islam. Cela consiste à ne rien ingérer et à s'abstenir de toute relation sexuelle du lever au coucher du soleil pendant un mois. Le ramadan est un acte de foi, profondément religieux et spirituel. Ce mois sacré pour les musulmans est censé être une période de recueillement spirituel, voire mystique, un moment privilégié entre le fidèle et ce qu'il désigne être son "Créateur". Le jeûne physique permettrait à l'esprit d'être plus proche de Dieu. C'est donc aussi une période de célébration du Coran. Les fidèles se plongent dans ces écrits de façon encore plus intense que le reste de l'année. Enfin, le ramadan est également censé être une période plus solidaire, notamment avec les pauvres.
Voilà pour la théorie. Seulement, il y a souvent un gouffre entre les prescriptions religieuses et leur mise en pratique par les fidèles, quelle que soit la religion.

De nos jours, l'aspect spirituel du ramadan passe souvent à la trappe. Comme pour le reste, cette pratique devient plus un affichage pour montrer qu'on est un "bon musulman". Le ramadan est devenu plus culturel, festif, folklorique et identitaire que religieux et spirituel.

L'hypocrisie est souvent de mise. Nombre de musulmans sont par exemple convaincus que pratiquer le ramadan permettrait l'effacement de tous leurs péchés commis le reste de l'année. On pourrait donc manquer de respect aux femmes, à ses voisins ou ses collègues, pratiquer l'adultère, commettre des infractions, tout sera pardonné si on s'astreint à 30 jours de jeûne. On peut aussi s'abstenir de fumer des cigarettes la journée. Puis replonger dans ce pêché de toxicomane le soir venu.

Certains musulmans considèrent aussi l'islam comme un jeu : chaque action de la vie serait comptabilisée dans une sorte de cahier de comptabilité. Telle bonne action rapporterait tant de points, telle mauvaise en rapporterait d'autres. Le jour du Jugement, Dieu fera le solde de tout compte. Si les bons points sont excédentaires, alors l'individu gagnera sa place au paradis. Sinon…
Cette vision manichéenne et puérile de l'islam a des conséquences pour le fidèle concerné. Le ramadan et l'aide aux pauvres qui l'accompagne sont alors pratiqués hypocritement (sachant que l'aumône, autre pilier de l'islam, est censée être pratiquée toute l'année). En effet, le but n'est plus spirituel ni d'aider son prochain. Il est de gagner des points. La pratique du ramadan et l'aide aux indigents n'en sont plus que le moyen. L'action devient plus importante que l'intention par l'espoir de satisfaire Dieu ou la crainte de son châtiment. S'ils ne craignaient pas son "Créateur", ils ne jeûneraient pas et ne donneraient jamais rien à un pauvre. Or, Dieu est supposé être capable de sonder les cœurs et d'en tenir compte. Un athée qui donne par altruisme quelques pièces à un mendiant aura plus de mérite qu'un musulman qui donne par fayotage dans l'espoir de faire plaisir à Dieu et de gagner quelques points pour son accès au paradis. Preuve en est qu'à la fin du ramadan nombre de musulmans n'aident plus personne durant les 11 mois suivants (de plus, l'aide est destinée quasi exclusivement aux musulmans. Tant pis pour les autres pauvres. Ils n'ont qu'à se convertir).

Une autre raison avancée pour le ramadan est la volonté de se rapprocher de ce que ressentiraient les personnes qui ne mangent pas à leur faim. Argument louable mais infondé. Si un individu qui meurt de faim avait la possibilité de manger, il n'attendrait pas le coucher du soleil. Un individu qui meurt de faim ne sait pas forcément non plus s'il pourra manger le soir. Echéance dévolue à la pratique du ramadan, pas à l'indigent qui n'a pas de quoi se nourrir. Enfin, le ramadan est aujourd'hui devenu festif. A la nuit tombée, on ne compte plus les festins familiaux ou les repas gargantuesques à l'extérieur (restaurants, marchands ambulants, etc.). On jeûne toute la journée pour se goinfrer le soir. Nous sommes bien loin du recueillement mystique et de la solidarité de l'estomac avec les pauvres.
Quelques exemples de repas durant le ramadan, par solidarité avec ceux qui ont faim...
Quelques exemples de repas durant le ramadan, par solidarité avec ceux qui ont faim...
L'éloignement de la philosophie du ramadan s'exprime pour certains jusque dans le vocabulaire. Lors de mes quelques séjours à Alger, je fus particulièrement surpris de très peu entendre le terme "ramadan", remplacé par "carême", vestige linguistique et culturel de la colonisation française. Certains français de confession musulmane utilisent également ce terme. Les Algériens sont pourtant plutôt nationalistes et désirent arabiser tous les domaines pour se faire les chantres de la culture arabe. Ils sont aussi très attachés à faire de l'islam leur identité première et de rester fidèles au message coranique. Pourtant, en tout cas chez les Algérois, ils utilisent un terme chrétien hérité de la colonisation pour nommer la période religieuse la plus importante pour les musulmans…
Ce n'est pas qu'une question de vocabulaire. Le carême fait partie des pratiques chrétiennes les plus importantes. C’est une période de jeûne et de pénitence de quarante jours (30 jours pour le ramadan) en référence aux quarante jours de jeûne effectués par Jésus-Christ dans le désert. C’est la période de préparation à la fête de Pâques qui est, dans le calendrier chrétien, la plus grande fête de l'année : elle commémore et célèbre la résurrection du Christ. Or, une telle célébration est impossible pour les musulmans puisque, pour eux, Jésus n’est pas ressuscité : Dieu l'aurait remplacé par un sosie avant la crucifixion. La résurrection est uniquement une croyance chrétienne.
Autre différence avec l’islam : le jeûne du carême n'est pas total durant la journée. De plus, contrairement au ramadan, ce jeûne concerne uniquement les personnes majeures, jusqu’à l’âge de 59 ans, et les dimanches ne sont pas jeuné, puisque c’est le jour du seigneur.

Enfin, la fin du ramadan est marquée par l’Aïd, la fin du carême par Pâques. Les musulmans qui parlent de "carême" devraient donc aller au bout de leur logique en proclamant qu’ils fêtent Pâques et la résurrection du Christ, pendant que tous les autres musulmans fêtent l’Aïd.

Concernant la pratique, et contrairement à ce que beaucoup de non musulmans imaginent, l'islam est particulièrement souple. C'est le cas pour le ramadan. La première idée reçue est son caractère obligatoire. Or, le Coran invite, incite, à jeûner mais ne contraint pas (sourate 2 verset 184). D'ailleurs, le célèbre verset "nul contrainte en religion" est une nouvelle fois là pour le rappeler (sourate 2 verset 256). La raison est simple : obliger quelqu'un à faire quelque chose est contradictoire avec la sincérité que requiert toute pratique religieuse. Le caractère obligatoire du ramadan s'est construit par la suite, au fil des siècles.
Même à l'intérieure de cette pratique il existe des souplesses. Une personne malade ou en voyage peut s'abstenir de jeuner pendant le ramadan (sourate 2 verset 184). Elle peut alors rattraper ces jours à un autre moment de l'année ou bien, "pour ceux qui ne pourraient le supporter (qu’avec grande difficulté), il y a une compensation : nourrir un pauvre" (Ibid). Ce cadre, déjà souple, est valable dans une société musulmane. Dans les sociétés non musulmanes et laïques, la liberté religieuse est protégée mais ne peut être supérieure aux lois républicaines. Pourtant, des musulmans n'hésitent pas à demander des aménagements souvent impossibles à leur employeur, malgré les règlements. D'autres continuent à pratiquer le ramadan durant l'été et pendant leur temps de travail au péril du bon déroulement de celui-ci. C'est le cas par exemple d'animateurs en centre de vacances ou centres de loisirs. En charge de la sécurité des enfants, notamment en conduisant par exemple un mini bus, le fait de ne pas manger ni boire par temps de chaleur durant plus de 12 heures, tout en faisant des efforts physiques (sport, jeux collectifs), représente au mieux une baisse de la qualité du travail et de l'attention nécessaire à accorder au bien-être des enfants, au pire un danger.
Ces intransigeances de nombre de musulmans contrastent avec la souplesse décrite dans le Coran. C'est à celui ou celle qui "respectera" le mieux ce qu'ils croient être un ordre divin, une victoire non pas du spirituel mais du rigorisme de la pratique sur la société mécréante.

Cette intransigeance fait du ramadan un des sujets qui révèle le mieux le gouffre entre les représentations du concept de "respect". Il y a d'un côté la définition du dictionnaire, de l'autre celle d'une partie des musulmans.
Larousse définit le respect par le "sentiment de considération envers quelqu'un, et qui porte à le traiter avec des égards particuliers". Pour résumer la vision des musulmans dont je parle, je définis leur perception du respect ainsi : "sentiment de considération envers l'islam et les musulmans, et qui porte à les traiter avec des égards particuliers".
La définition du dictionnaire peut amener à une réciprocité : on se respecte les uns les autres. La définition de ces musulmans est unilatérale : on doit respecter l'islam et les musulmans, sans pour autant que ces musulmans respectent autrui. En théorie, la liberté des uns s'arrête où commence celle des autres. En réalité, là où les musulmans sont majoritaires, la liberté individuelle des non pratiquants doit se soumettre à celle de la communauté musulmane.
Dans les pays musulmans, cette définition particulière du respect a des conséquences visibles dont le ramadan est un des facteurs clés. Prenons l'exemple de la Tunisie. Il n'existe aucune statistique évaluant le nombre de musulmans dans ce pays. Mais il est communément admis que l'écrasante majorité des Tunisiens serait cultuellement musulmane. Il y est également communément admis que les Tunisiens non musulmans ou non pratiquants doivent se faire discrets. C'est particulièrement vrai durant la période du ramadan.
Lors de l'un de mes séjours en Tunisie, une amie tunisienne m'avait dit d'un air amusé : "Je suis athée. Si je fais le ramadan, ce n'est pas par peur de Dieu mais par peur de ma mère". Cette réflexion à prendre au second degré résumait la conversation que nous avions eue, que j'avais aussi eue avec de nombreux Maghrébins et la situation d'un nombre non négligeable de personnes vivant dans les pays musulmans.
Rares sont les Tunisiens à assumer leur athéisme. La société le désapprouve. Quelques familles acceptent la diversité des croyances et la non croyance. Mais elles restent exceptionnelles. En général, les familles des personnes concernées vivraient cela comme un drame, une trahison. Cette honte, cette tâche sur l'honneur de la famille, doit être dissimulée. Les athées sont ainsi contraints à la clandestinité de la pensée. Ils doivent jouer un rôle, celui du bon croyant. Cela leur permet de ne pas être agressé à l'extérieur (verbalement et parfois physiquement) et de ne pas blesser les parents à l'intérieur.

De nombreux croyants Tunisiens n'ont aussi aucune envie de prier ou de faire le ramadan. Sont-ils plus nombreux que les athées ? Je ne sais pas. Aucune étude sérieuse n'a permis de le quantifier. Les conséquences néfastes sont si importantes en cas d'athéisme révélé qu'ils le dissimulent. C'est comme pour l'homosexualité : peu oseraient faire leur "coming out". Quel que soit le chiffre qui serait avancé, il sera sous-évalué.

Ainsi, certains athées se déclarent musulmans non pratiquants. Être croyant est le "minimum syndical". Ne pas reconnaitre Dieu et son messager Mohamed est pire que tuer une vieille dame après l'avoir torturée ou la décapitation d'un Être humain par un terroriste de DAESH. A leurs yeux, aucun crime n'est plus monstrueux que l'athéisme. C'est ce qu'ils appellent le respect…
Musulmans non pratiquants ou athées, beaucoup feignent de faire le ramadan et mangent en cachette comme des voleurs. C'était le cas de mon amie.

Cette forme de "respect" m'avait été formulée ainsi par une Tunisienne musulmane pratiquante : s'abstenir devant quelqu'un qui jeûne, à mon avis, rentre sous le volet du respect. Un athée vivant dans une famille souhaitant respecter les traditions et la religion a aussi intérêt à se faire tout petit. Donc, ton dilemme rentre plutôt dans le chapitre du "respect d'autrui, du patrimoine culturel des traditions" et non pas la pression religieuse. Ce type d'arguments est un grand classique et illustre bien la notion toute relative qu'ils ont du respect. Leur vision est bien à sens unique : le leur.

Un individu n'a pas à s'abstenir de manger devant quelqu'un qui jeûne. Celui qui mange ne fait rien de mal. Il satisfait un besoin naturel. Pour jouir d'un des droits les plus élémentaires de l'Humanité, se nourrir, il faudrait se cacher comme un délinquant… par respect. Le terme est totalement dévoyé.
Le non-jeûneur ne doit pas empêcher le pratiquant de jeûner. Celui qui jeûne ne doit pas empêcher l'autre de manger librement. Là est le respect. Si le fait de manger devant un jeûneur est perturbant pour sa pratique, il a des questions à se poser sur la solidité de sa foi.
Quant au "respect d'autrui, du patrimoine culturel des traditions et non pas la pression religieuse", le ramadan est avant tout une pratique religieuse avant d'être traditionnelle, même si cela peut être vécu uniquement de façon culturelle par des musulmans toujours plus nombreux. L'argument du respect des traditions illustre encore une fois le rejet des libertés individuelles au profit du "respect" des pratiques de la communauté. S'abstenir de manger devant quelqu'un qui jeûne par respect pour cette personne, pour sa famille ou ses parents, se base sur une notion purement religieuse et totalitaire du respect, pas sur une notion universaliste.
Ainsi, à aucun moment les promoteurs du respect "islamique" n'évoquent le respect dû au non-jeûneur. Leur définition s'arrête à mi-chemin, sans la moindre réciprocité. Il ne leur vient jamais à l'esprit que, s’il ne faut pas offenser le jeûneur, il ne faut pas non plus offenser le non-jeûneur. Surtout que ce dernier ne fait que satisfaire un besoin élémentaire qui ne retire aucune liberté au premier. Autrement dit, leur notion du respect est : "respectez nous totalement et on vous respectera peut-être un peu".

Ce "détail" leur importe peu et amène un autre argument de leur part. Certains se déplacent en France pour raisons professionnelles. D'autres sont français. Ils déclarent que leurs collègues de travail non musulmans ne mangent pas devant eux durant le ramadan, par "respect". Selon eux, c'est bien la preuve que ces collègues seraient respectueux par rapport à d'autres qui continueraient à vivre normalement et à manger en leur présence. Là est toute la perversité de leur raisonnement. Dans un pays majoritairement musulman, il faudrait ne pas manger dans la rue, au travail et partout où se trouveraient des jeûneurs, par respect pour eux, pour la majorité et pour les traditions. Dans un pays laïc et majoritairement déconfessionnalisé, il faudrait ne pas manger devant les musulmans jeûneurs par tolérance et respect de la minorité religieuse. Les musulmans pratiquants auraient ainsi droit à un statut privilégié, un respect supérieur à celui dû aux autres, quels que soient la situation et le pays où ils se trouvent.
Personnellement, il m'est impossible d'imaginer interdire à quelqu'un de manger devant moi parce que je refuserais de me nourrir durant la journée. Même si la personne me le proposait, je serais très mal à l'aise. Ce serait à moi d'assumer mon choix, pas aux autres. Ne pas imposer sa foi, ou ses conséquences, relève de l'éducation et du savoir-vivre.

D'un autre côté, le non-jeûneur ne doit évidemment pas ignorer le ramadan de son entourage, sans pour autant se cacher quand il mange. Mais le compromis n'est pas de mise pour ces musulmans pratiquants. Ils considèrent l'unilatéralité de leur respect comme étant universelle.

La question du ramadan est une parmi d'autres. Cette pression sociale sur l'individu explique pourquoi les musulmans sont officiellement ultra majoritaires en Tunisie. Quand il est plus facile d'affirmer son islamité que son athéisme, quand tout est fait pour favoriser la parole religieuse et censurer les idées universalistes, il est logique que ce refus des libertés individuelles ait pour conséquence un nombre écrasant de citoyens qui se déclarent musulmans. Si la dictature théocratique n'est pas politique, elle est sociale.
Toute l'hypocrisie autour du ramadan par ces cafés aux vitres opacifiées pour ne pas être vu de l'extérieur, et des stratagèmes pour manger en cachette tout en faisant croire qu'on jeûne, est exprimée par des Tunisiens sur les réseaux sociaux. Un documentaire en particulier relate tout ceci : "Laïcité Inchallah", sorti en salle en 2011. Il fit scandale en Tunisie. Sa réalisatrice, Nadia El Fani, fut menacée de mort et dut quitter le pays pour sa sécurité. Pour nombre de musulmans, il n'est jamais agréable de mettre le nez dans le tabou nauséabond de leur hypocrisie religieuse.

Pour ma part, je n'ai jamais souhaité partir en vacances en Tunisie durant le ramadan. On m'a souvent dit et répété que l'ambiance est incroyablement bonne durant cette période. Le soir les rues sont animées, les gens sortent en famille, mangent et s'amusent. Il règne une atmosphère agréable et différente du reste de l'année. Je n'en doute pas. Mais quid de la journée ? L'ambiance est totalement opposée avant le coucher du soleil. Vivre ce que vivent les non-jeûneurs tunisiens n'a jamais été pour moi le top festif des vacances.

L'apparition des réseaux sociaux a permis à des Maghrébins de s'organiser pour exprimer leur ras-le-bol. Au Maroc, en Algérie (surtout en Kabylie) et en Tunisie, des groupes de "dé-jeuneurs" ont été créés depuis plusieurs années. Certains mènent des actions collectives pour organiser des pique-niques publics et bon enfant durant le ramadan. D'autres se prennent en photo en train de manger et les postent sur internet. Si quelques participants à ces pique-niques peuvent provoquer verbalement les jeûneurs (comme en Kabylie) pour exprimer leur ras-le-bol de cette dictature religieuse de la société, leurs actions ne sont jamais violentes. Elles sont pacifiques et n'ont pas pour but de contraindre les musulmans à ne pas faire le ramadan. Elles n'ont jamais été une entrave à cette pratique. C'est seulement l'expression d'une liberté qui ne retire rien à celle des autres. Pourtant, les menaces et agressions ne sont pas rares envers ces "dé-jeuneurs". Il faut avoir une bonne dose de courage ou d'inconscience pour organiser un pique-nique en plein ramadan en Algérie. Nous sommes encore une fois face au "respect" version religieuse où s'expriment "la paix, l'amour et la tolérance" de ces musulmans...
Les dé-jeûneurs veulent se faire entendre et être respectés
Les dé-jeûneurs veulent se faire entendre et être respectés
Les dé-jeûneurs veulent se faire entendre et être respectés
Les dé-jeûneurs veulent se faire entendre et être respectés
Les dé-jeûneurs veulent se faire entendre et être respectés

La pression sur les athées est si forte et parfois violente qu'ils se lâchent verbalement dès qu'ils en ont la possibilité. Personnellement, les propos les plus durs, violents et insultants contre l'islam, le Coran et le Prophète Mohamed que j'ai pu entendre ont été prononcés par des Tunisiens et des Algériens dans leurs pays respectifs. C'est d'ailleurs en Tunisie que j'avais pour la première fois entendu le Prophète être insulté de pédophile. L'expression de la peur et du rejet de l'islam est une réalité bien plus forte dans ces pays musulmans où les libertés individuelles et la liberté d'expression n'existent pas.

Les réseaux sociaux ont libéré cette parole. Si l'ère du numérique a permis de rapprocher les fanatiques, elle a aussi permis de rapprocher les apostats ou simplement des musulmans progressistes et laïques. De multiples pages Facebook se sont créées. Certaines sont purement spirituelles et progressistes, d'autres sont laïques, quand d'autres consacrent l'apostasie et le rejet de l'islam. Mais l'influence de ces pages est à relativiser. En comparant leur nombre d'abonnés par rapport aux pages faisant la promotion de l'islamisme, on constate un rapport de 1 à 10, voire plus. La crainte des apostats d'être repérés et reconnus est bien trop grande. Afficher son amour de l'islam sur les réseaux sociaux n'a, là aussi, pas les mêmes conséquences dans un pays musulman que d'afficher son rejet. Dans le premier cas, les personnes sont valorisées ou, au pire, moquées. Dans l'autre, elles sont menacées, agressées voire condamnées à mort. La condamnation à mort n'est pas forcément décidée par les États mais par des concitoyens qui s'octroient ce droit. Telle est l'attitude des islamistes qui se définissent comme "opprimés" dans les pays où l'islam est minoritaire, mais qui sont en réalité des oppresseurs dans tous les pays où ils se trouvent, musulmans ou pas.

Dans un pays laïc comme le nôtre, le blasphème, ou même être apostat, n'est pas aussi grave. Mais elle n'est pas évidente pour de nombreux français issus de familles musulmanes. Il existe souvent les mêmes pressions pour "respecter" la famille. L'environnement extérieur peut aussi être une source de pression.

Pour ma part, ma mère était conciliante. Un compromis de bon sens s'était installé à la maison. Le repas était préparé uniquement pour le soir. Je mangeais parfois avec ma famille, dont tous les membres sont pratiquants, pour partager ce moment avec eux, même si ce n'était pas l'heure habituelle du diner. Pour le déjeuner, je mangeais ce qui restait de la veille ou je me préparais un petit quelque chose, en général sans cuisson trop odorante, justement par respect. En revanche, je ne me cachais pas. Il m'arrivait de manger avec un membre de ma famille assis à côté. Sa foi n'était pas ébranlée parce que je me nourrissais. Je ne mangeais pas caché dans un placard par "respect".
Cependant, il m'est arrivé, comme à d'autres, de subir des remarques par des musulmans de mon quartier, et même de quelques membres de ma famille en Tunisie. Ce n'était jamais menaçant. La pression était diffuse. On me faisait comprendre que j'étais sur le mauvais chemin. On essayait de me convaincre de faire le ramadan.
Ces personnes n'étaient pas méchantes. Elles ne pensaient pas à mal, au contraire. Pour elles, leurs remarques étaient faites pour mon bien. D'après elles, la vie sur terre étant provisoire, l'important serait la vie éternelle après la mort physique. Elles n'avaient aucune envie que j'aille brûler en enfer pour l'éternité, condamnation possible si je ne faisais pas le ramadan. Ces bonnes intentions originelles rendaient leur comportement d'autant plus effrayant.
Si cette situation n'arrivait qu'une fois par an, ce ne serait pas grave. Mais cela pouvait se produire assez souvent, par plusieurs personnes différentes. Elles ignoraient les autres petits coups de pression que j'avais vécus par d'autres. C'était fatiguant et, à la longue, humiliant et énervant. Et si nous inversions les rôles et que je tentais de les convaincre de ne plus faire le ramadan car j'estime que ça ne sert à rien ? Impossible : ce serait vécu comme un manque de respect et un blasphème de ma part... Toujours ce fameux respect à sens unique.

Au-delà de ma personne, j'ai aussi pu observer à de nombreuses reprises en France ce type de situations subies, quand je prenais les transports en commun. Durant le ramadan, j'avais toutes les chances d'être témoin de cela. En voici un exemple : assis dans le tramway, deux adolescentes papotaient à deux mètres devant moi. Un jeune homme s'approcha d'elles. Visiblement, il en connaissait au moins une des deux. Il leur demanda sur un ton moralisateur si elles faisaient le ramadan. Elles lui répondirent que non et ressentirent immédiatement le besoin de se justifier. Elles étaient sans doute habituées, comme moi, à ce type d'échanges. L'une ne le faisait pas ce jour-là car elle aurait malencontreusement "cassé" le jeûne. L'autre promit de le faire dès le lendemain. La séquence moralisatrice de ce jeune homme dura tout leur trajet. Il n'était visiblement pas de leur famille. C'était une connaissance du quartier, degré suffisant pour lui donner ce droit moral et remettre ces "égarées" sur le "bon chemin".
Cela ne se produisait pas auparavant. Le phénomène est apparu dans les années 1990. Je l'avais aussi vu apparaitre dans mon métier dès cette époque. Quelques adolescents dont j'avais la charge à la Maison des Jeunes et de la Culture (MJC) commencèrent à vérifier si tous les jeunes musulmans présents faisaient bien le ramadan. Ceux qui ne le faisaient pas étaient pointés du doigt. Je n'étais pas resté sans réagir. Mais j'avoue ne pas avoir mesuré à l'époque l'ampleur et la gravité du problème. Personne ne l'avait mesuré.

Cette notion particulière du respect échappe à nos politiques qui clament encore et encore que "la laïcité est la liberté de croire et de ne pas croire, de pratiquer ou pas, de changer de religion ou de ne pas en avoir". Leur incantation de cette juste théorie censée se suffire à elle-même est déconnectée du réel pour les français cultuellement/culturellement musulmans. En cette période de ramadan, il est donc nécessaire de rappeler que cette pratique est parfois un outil prosélyte, éloigné de sa signification spirituelle. Il est aussi important de rappeler que le Coran, tout comme les lois républicaines, affirme que toute pratique religieuse doit être un choix individuel. Il est donc aussi important, enfin, d'avoir une pensée pour les ex musulmans ou musulmans non pratiquants "coupables" de ne pas jeûner.

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