L'attentat en Nouvelle Zélande, outil tant attendu par les islamistes pour tenter de sanctionner les atteintes à l'islam ("islamophobie"). 2ème partie

L'attentat en Nouvelle Zélande, outil tant attendu par les islamistes pour tenter de sanctionner les atteintes à l'islam ("islamophobie")

(Lien, vers les autres parties en fin de celle-ci)

       L'attentat commis contre des musulmans en Nouvelle Zélande est une aubaine pour les islamistes du monde entier. Alors que les corps des victimes n'étaient pas encore froids, leurs réactions politiques victimaires explosèrent à travers le monde. Eux si prompts à s'en prendre aux interprétations coraniques et aux musulmans qui ne leur conviennent pas, et se rendent ainsi coupables d'islamophobie (peur de l'islam) et très souvent de propos (et parfois d'actes) anti musulmans, hurlent à "l'islamophobie" à la moindre occasion. Celle-ci est pour eux l'occasion du siècle : s'appuyer sur un drame humain, celui tant attendu, pour justifier le délit de blasphème au niveau mondial en amalgamant critique d'une idéologie et actes contre des individus.
Les islamistes français ne sont pas en reste. Ils s'agitent comme un seul homme depuis le 15 mars. Leur réaction face à un attentat qui a eu lieu à 20 000 km de chez nous contraste avec leur mollesse et déclarations de circonstance lors des multiples attentats sur notre sol.

Une semaine après l'attentat, les sites internet Muslim Post, Al-Kanz, Islam&Info, "Des Dômes et des Minarets" et Mizane Info se sont associés pour publier une tribune : "Appel contre une islamophobie grandissante" (1). Plaidoyer pour la validation du terme "islamophobie", ils jouent sur l'émotion suscitée par l'attentat en Nouvelle Zélande pour provoquer la peur des français musulmans et tenter de faire fléchir l'État. L'occasion est trop belle.
Certes, l'extrême droite traditionnelle (les islamistes composent l'autre extrême droite) aime rendre l'islam responsable de beaucoup de choses, confondre Arabe/musulman et réduire tous les musulmans à l'islamisme (avec l'aide des islamistes eux-mêmes). Elle aime faire appel à la laïcité pour s'opposer à l'islam mais la trahit quand cela concerne le catholicisme. Tout cela est vrai. Mais, pour les islamistes, c'est aussi, et même surtout, le prétexte pour y amalgamer toute forme d'opposition : tous leurs adversaires laïques, y compris des musulmans, sont mis dans le même sac que l'extrême droite. Dénoncer le salafisme et les Frères musulmans, dont le voile est le symbole sexiste et politique, serait être allié à Génération identitaire et autres fachos. Ceci pour masquer le fait que les islamistes sont d'abord et avant tout des ultra identitaires.
Comme toujours, ils considèrent que toute critique de l'islam et de l'islamisme est équivalente aux actes et propos anti musulmans. Ils inversent également les rôles : selon eux, ce ne sont pas leurs multiples coups de boutoirs contre la République (surtout à travers les multiples affaires de voile) qui posent problème. Ce sont les réactions à leurs actions qui seraient problématiques. S'il n'y avait pas autant d'offensives politiques des islamistes, il n'y aurait pas autant de réactions et d'articles sur ce sujet. Si ces sites internet à l'origine de cette tribune, et tous les autres islamistes, ne montraient pas une image aussi effrayante de l'islam, ne passaient pas leur temps à vouloir cliver la société entre "eux" (les "blancs", les non musulmans) et "nous" (les musulmans), les citoyens en auraient moins peur (sens réel du terme "islamophobie"). Mais les islamistes ne s'arrêtent pas à ce genre de détails. Quoi qu'ils fassent, ils se présenteront toujours en éternelles victimes. Celles de Christchurch sont macabrement instrumentalisées pour cela.

Leur sentiment d'appartenance à une communauté supranationale musulmane (Oumma) fait passer leur citoyenneté française au second plan. Une citoyenneté qui n'est qu'un prétexte pour la promotion de leur islamité. Cela entraîne leur vision du "eux" et "nous" et leur indignation à géométrie variable selon l'origine des terroristes et les victimes d'attentats.
Mais, pour réussir à rallier plus de non-musulmans à leur tribune, il fallait user de la stratégie habituelle des islamistes politiques, en plus de la victimisation : récupérer ce qui nous fait sens pour toucher notre fibre républicaine. C'est ainsi que la tribune se termine : "Il est encore temps de mettre une fin à cette surenchère avant que le terrorisme antimusulman finisse par vraiment toucher la France, détruisant ce qui reste des valeurs censées nous unir."
Il faut bien sûr tout mettre en œuvre pour protéger tous les citoyens, quelle que soit leur religion. Mais faire appel aux "valeurs censées nous unir" alors que leur raison de vivre est de les combattre…

Justement, penchons-nous sur le profil et les valeurs défendues par ces sites et les premiers signataires.
La vision de l'islam diffusée par le Muslim Post est plus proche de celle des Frères Musulmans, dont il reconnaît l'influence, que des musulmans rationalistes et progressistes (2).


Éloge de Tariq Ramadan et des Frères musulmans

Il fait l'éloge de Tariq Ramadan et de son ascendance ancrée dans l'histoire des Frères musulmans, et laisse croire que cette influence frériste est naturelle pour tous les musulmans. Effectivement, la Confrérie est "le plus grand mouvement de réforme islamique moderne et le plus répandu dans le monde". L'islam est aujourd'hui dominé par l'islamisme dont les Frères musulmans sont les plus influents. "Réforme" n'est pas synonyme de "progrès". Les salafistes, souvent alliés aux Frères, sont aussi des réformateurs. On peut réformer pour retourner dans le passé et/ou bloquer toute réforme progressiste. Ce "plus grand mouvement de réforme" a pour co-fondateur Hassan Al-Banna, comme le site l'indique. Le slogan créé par ce leader, pour être la devise de la Confrérie, est : "Dieu est notre but. Le messager de Dieu est notre guide. Le Coran est notre constitution. Le Jihad est notre chemin. La mort sur le sentier de Dieu est notre souhait ultime". Dans son credo des Frères musulmans, Hassan Al-Banna déclara en 1935 que "la bannière de l’Islam doit couvrir le genre humain et que chaque musulman a pour mission d’éduquer le monde selon les principes de l’Islam".
La mise en pratique de cette doctrine sera détaillée dans les "50 demandes du programme des Frères musulmans" rédigés en 1936. Destiné au monde musulman, ce programme explique aujourd’hui encore l’attitude et les dérives des islamistes en Égypte, au Maghreb, en Turquie, etc., mais aussi en Europe (par la présence d'une minorité importante de musulmans en Europe, les islamistes considèrent ce continent comme terre de prédication depuis plusieurs décennies). La Confrérie y fait l’éloge de la guerre sainte, de la Oumma par la création d’un sixième Califat, l’interdiction de toute mixité sexuelle, l’oppression des femmes, la censure des médias et de la culture, l’interdiction de toute critique de l’islam, l’imposition de l’enseignement de la religion (et dans sa version frériste) dans la totalité des niveaux de l’enseignement, le développement de la propagande, puis l’imposition (par la force s’il le faut) de la pratique religieuse, la création de groupes jeunesse fanatisés, etc. En résumé, le même fonctionnement que le nazisme à la même époque, des mesures communes également écrites dans “Mein Kampf”, en ajoutant un sexisme poussé encore plus loin.
Le logo de la Confrérie se devait d'illustrer au mieux toutes ces "bonnes" intentions. Composé d'un Coran surplombant deux sabres entrecroisés, il souligne bien l’aspect guerrier et conquérant au cœur de sa doctrine.


Logo des Frères musulmans.
Autour de l'image est écrit leur slogan : "Dieu est notre but - Le prophète est notre leader - Le Coran est notre constitution - Le djihad est notre voie - Mourir pour Dieu est notre souhait le plus ardent."
Sous les 2 sabres est écrit : "préparez-vous contre eux".
Beaucoup se réclament de cette idéologie aujourd’hui. Cela va d'une partie des djihadistes jusqu’aux militants de l’islamisme politique (dont beaucoup préfèrent ne rien en dire). Par ses circonstances particulières, le Hamas est le mouvement frériste qui applique actuellement le mieux la doctrine.
Le slogan et le programme originel sont discutés entre Frères musulmans. La majorité rejette aujourd'hui la violence. De plus, nombre de Frères vivent à présent dans des pays où les musulmans sont minoritaires et où la démocratie peut difficilement être combattue frontalement. L'investissement dans la vie de la cité pour la travailler de l'intérieur et la stratégie victimaire par le concept d'"islamophobie" sont privilégiés. Mais n'étant pas abrogés, le slogan et le programme originel restent officiellement valables. Les figures historiques de la Confrérie qui se succédèrent (de Sayed Qutb à Youssef Al-Qaradhawi pour les plus connus) sont tous antisémites, homophobes, ultra sexistes et bellicistes. Ils restent aujourd'hui encore des références théologiques et politiques pour les militants et sympathisants.

Le MuslimPost ne prend ainsi aucune distance. Il considère les Frères musulmans comme un simple "mouvement de réforme islamique moderne". Il n'hésite donc pas à reconnaître le voile, instrument islamiste par excellence, comme un signe religieux dans tous les articles où ce sujet est abordé. Il participe même à la propagande pro voile dans le sport, l'éducation et la politique. En parallèle, il pointe du doigt les musulmans qui affirment que le port du voile n'est pas une prescription coranique, comme Ghaleb Bencheikh (islamologue et président de la Fondation de l'islam de France).

Comme les autres sites islamistes, il cible les Français d'origine maghrébine qui luttent contre les intégristes. Essentialisant de façon raciste les individus, le Muslim Post considère ces Français comme des "collabeurs". C’est-à-dire des traîtres à leur "communauté" qui collaborent avec les "blancs"/français comme ces français, traîtres à leur patrie, qui avaient collaboré avec l'occupant allemand durant la seconde guerre mondiale.


Le muslim Post considère comme des traîtres les français d'origine maghrébine qui ne leur correspondent pas.

Même si des articles publiés peuvent parfois faire entendre d'autres voix musulmanes, ce site est un acteur clé de l'activisme islamiste en France. Son partenariat pour cet appel avec des sites islamistes encore moins consensuels en est une illustration.

Islam&info, autre site signataire de cet appel, se présente comme un "média musulman engagé. L'info par le Musulman, pour le Musulman". Sa page Facebook est suivie par près de 490 000 personnes. Ce média a du poids. Mais il devrait en réalité s'appeler "islamisme info". Il est dans la droite ligne de la stratégie victimaire à outrance pour légitimer sa vision radicale, identitaire, totalitaire et raciste de la religion. Le "M" de "Musulman" est bien en majuscule. Cela démontre la volonté de transformer une adhésion à une idéologie religieuse en ethnie, le peuple Musulman. Cela permet de se distinguer du reste de la population en s'identifiant à la Oumma. Cela permet également de mieux se victimiser : en définissant le musulman comme membre d'un peuple, on le racialise, l'essentialise et on brandit la carte du racisme face à toute critique de l'islam et des dérives faites en son nom. Sa participation à cet appel contre "l'islamophobie" est donc une évidence.

Islam&info est un site d'information tendance salafiste

Elias d'Imzalène, de son vrai nom Eli Yess Zareli, est le fondateur et l'animateur de ce média. Fiché S, le domicile de ce militant salafiste avait été perquisitionné en décembre 2015, suite aux attentats. Selon les services de renseignements, il est aussi une des raisons de la fermeture de la mosquée de Torcy (Seine-et-Marne) en avril 2017. Cette mosquée radicale visait particulièrement la jeunesse pour leur enseigner le "combat contre les mécréants", appréciait les djihadistes et sollicitait "l’aide d’Allah en leur faveur afin de détruire les ennemis de l’Islam, des ennemis de l’intérieur, ici en France et ailleurs". Elias d'Imzalène y était intervenu à deux reprises. Il "a fourni des éléments de langage comparant la situation existant en France à l’apartheid et demandant aux fidèles d’arrêter d’être Français légalistes, Français républicains et Français patriotes". (3) Elias d'Imzalène est doublement signataire de la tribune contre "l'islamophobie" qui prétend vouloir préserver les "valeurs censées nous unir " : en son nom propre et au nom de son site.

En juin 2013, dans cette même mosquée, il exposa plus précisément son interprétation des "valeurs censées nous unir". Il considère que l'enseignement doit être une cible pour une bonne transmission de l'obscurantisme, du communautarisme et du sexisme : Votre éducation est prioritaire. (…) Vos écoles (…) doivent être abandonnées et qu'on arrive à nos écoles. (…) Au lieu de pleurer et de dire "s'il vous plaît, changez les programmes. S'il vous plaît acceptez ma fille avec le hijab" (…). Les écoles doivent devenir une priorité pour nous tous ! Aujourd'hui, nous devons nous dire "le projet d'école et le projet de mosquée, c'est deux choses qui vont ensemble". (...) Il faut nous réapproprier aussi nos loisirs, pour nos enfants. Et là je pense à l'éducation. C'est à nous de faire nos colonies de vacances. C'est à nous de faire nos centres de loisirs. C'est à nous de prévoir des salles de sport pour nos femmes. Et plus aux autres qui mettent à chaque fois des conditions. (...) Un jour il faudra penser local. Un jour il faudra penser communautaire. Un jour il faudra penser grand. Un jour il faudra penser même à avoir nos banques, notre monnaie locale."

Pour lui, le simple fait qu'il n'y ait pas de cours de religion façon prêche du vendredi, que l'école soit totalement laïque pour donner la possibilité à chacun de penser par lui-même, seraient une forme d'agression. La mixité et le fait d'interdire les signes religieux pour notamment permettre à des fillettes de réaliser qu'elles ne sont pas des objets sexuels qui doivent être bâchés par un voile, est aussi pour lui une atteinte à son sexisme et à son patriarcat. Il prône alors l'apartheid sexuel avec, par exemple, des salles de sport "fréquentables" (c'est à dire non mixtes) pour "nos" femmes.
Elias d'Imzalène appelle donc les parents à abandonner cette horrible école laïque au profit d'établissements islamistes dont mosquée et école fonctionneraient en symbiose pour une meilleure cohérence obscurantiste, anti laïque et anti républicaine. L'important est d'être musulman et de défendre sa "communauté", pas d'être citoyen et de défendre son pays. C'est pour cela qu'il "pense grand" en invitant les musulmans à islamiser tous les domaines de l'éducation, de leurs loisirs, à supprimer la mixité, et même à faire sécession avec la République par la création de banques communautaristes et une monnaie locale.



Voilà comment cliver la société, effrayer la population, susciter la peur de l'islam (islamophobie) pour ensuite s'en plaindre et prétendre défendre les "valeurs censées nous unir".

Al Kanz est un autre site co-signataire. C'est un blog islamiste qui souhaite réguler tous les aspects de la vie quotidienne par le prisme halal/haram et fait de l'économie son outil et argument prosélyte. Depuis sa création en 2006, Al Kanz est devenu un des fers de lance du développement de l'islamisme par l'économie. Il perçoit moins l'islam comme une forme de spiritualité que comme un code de conduite binaire où tous les aspects de la vie sont concernés. Il est de ces salafistes qui ne voient pas de problèmes à la pratique du sport ou d'une activité professionnelle pour les femmes, à la condition qu'elles restent des éternelles mineures et des objets sexuels à dissimuler en ce qui concerne leur corps. Il pratique un lobbying important sur divers marchés et auprès des marques, arguant du poids économique que représente la "communauté musulmane".

Dans son livre "Le marché halal ou l'invention d'une tradition", Florence Bergeaud-Blackler retrace très bien tous les aspects de cette norme "halal" que des islamistes comme Al-Kanz tentent d'imposer : "La convention halal est née d'un deal opportuniste entre des États prédicateurs et des marchands capitalistes. Cette tradition inventée constitue une fenêtre d'opportunités pour des intermédiaires "religieux et marchands", indépendants des États qui se disputent la définition du licite et donc de la norme en islam, c’est-à-dire de l'autorité religieuse. (…) Dans les pays non musulmans, ce sont les dynamiques diasporiques et l'arrivée des mouvances fondamentalistes qui vont permettre la constitution d'une demande pour ce nouveau marché."

Je suis en accord en tout point avec son analyse dont je constate les effets depuis le début des années 1990 avec l'arrivée du "halal" concomitante à celle des premiers voiles. S'il n'y avait pas de culpabilisations et menaces religieuses brandies par les islamistes (comme "l'impudeur" et l'enfer), ce qu'ils appellent le "libre choix", et la création d'un marché mercantile pour y répondre afin de gagner sa place au paradis, personne n'aurait envie d'acheter ces outils oppressifs. Il est donc facile de crier à l'empêchement de la pratique sportive ou d'un emploi pour les femmes qui veulent être voilées, après avoir tout fait en amont pour les convaincre qu'elles ne doivent rien faire sans voile.

Al-Kanz s'inscrit dans cette stratégie de l'économie marchande pour imposer sa vision salafiste de la norme religieuse à tous les musulmans et aussi contraindre la société à s'adapter à cette norme. Il est toujours en première ligne pour favoriser le voilement des femmes, cheval de Troie politique commun à tous les islamistes, en promouvant H&M ou Nike. Il fut le plus fervent défenseur du "hijab de running" de Décathlon. Il est en contact avec de nombreuses entreprises pour leur faire miroiter les pluies de billets si elles investissaient le marché islamiste et commercialisaient des vêtements sexistes pour respecter la libido des intégristes par l'occultation de la tête et du corps des femmes. Les slogans marketing de mode "pudique" ou vêtement "modeste" sont venus à la rescousse de ces marques pour euphémiser et dissimuler ce racisme sexuel. Le marché contribue à rendre le voile, vêtement discriminant, acceptable, tout en contribuant à rajouter une pression supplémentaire sur les musulmanes qui refusent encore de se voiler. Voilà comment dicter aux femmes comment se vêtir tout en accusant leurs détracteurs de vouloir dicter aux femmes comment se vêtir (toujours cette fameuse rhétorique d'inversion)…

"Des dômes et des minarets" est un site islamiste dans la même veine que les autres. Il nomme les militants laïques "laïcistes radicalisés". Une pirouette sémantique habituelle depuis plusieurs années chez les islamistes. Cela consiste à créer une fausse équivalence entre militants laïques et "islamistes radicalisés" (pléonasme) par la phonétique. Ce site considère bien sûr le voile comme une prescription religieuse et se réjouit régulièrement des avancées de sa visibilité.
Une des vitrines de l'islamisme politique, ce site tente d'être respectable. Mais il ne peut s'empêcher parfois de commettre des dérapages racistes typiques de toutes les extrêmes droites. Ne considérant les individus qu'à l'aune de leur appartenance ethnique (et l'islam étant selon eux aussi inscrit dans les gênes), ce site considère toute émancipation individuelle comme une trahison. Les français d'origine maghrébine concernés sont ainsi nommés "arabes de service" et "bougnoules" (4). L'occasion aussi d'instiller une dose d'antisémitisme.


Le racisme et l'antisémitisme du site islamiste "Des dômes et des minarets"

Il est sur la même ligne que le Muslim Post et d'autres signataires de la tribune comme Taha Bouhafs. Ce dernier est un ultra identitaire "Arabe" à l'insulte facile et dont l'islam est un outil identitaire et racial bien plus que religieux. Il voit donc dans l'intégrisme musulman et les Indigènes de la République des partenaires de lutte. Il est de ces militants qui assurent le lien entre cette nébuleuse et une partie de l'extrême gauche. Pour mieux comprendre ce racisme intracommunautaire, vous pouvez consulter l'article que j'avais consacré à ce sujet (5).

Dans leur tribune commune, ces sites islamistes prétendent parler au nom des "musulmans et musulmanes de France". Nous retrouvons cette volonté de faire passer l'islamité avant l'appartenance citoyenne (ils sont des français musulmans, pas des musulmans de France). Mais surtout, ils veulent enrôler tous les musulmans à leur radicalité puis prétendre être les représentants de tous. Cette tribune montre une nouvelle fois cette OPA sur l'islam. L'attentat de Christchurch est décidément une belle occasion.

Parmi les premiers signataires de cette tribune, nous retrouvons Abdelaziz Chaambi, président de la CRI (Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie), un concurrent du CCIF. Il est un de ces exemples de militants de gauche qui ont basculé à l'extrême droite par leur militantisme islamiste. Son CV est impressionnant. Il est le co-fondateur des éditions Tawhid. Cette maison d'édition bien connue des islamistes publie les ouvrages des Frères musulmans. Tariq et Hani Ramadan sont en bonne place dans la maison. C'est aussi chez Tawhid que nous pouvons encore trouver le livre ultra misogyne et homophobe de Youssef Al-Qaradhawi "Le licite et l'illicite en islam" ou bien celui dans la même veine du salafiste A. D. Eldjazaïri "La voie du musulman". En revanche, vous n'y trouverez aucune trace d'ouvrages de musulmans progressistes. Par ses livres, cette maison d'édition a fortement contribué au prosélytisme de l'intégrisme musulman en France.

Abdelaziz Chaambi est également un des initiateurs de l'appel "Un débat pour tous" en janvier 2013, pour lutter contre la future loi sur le "mariage pour tous" (6). En bon militant d'extrême droite et ultra-conservateur, il tient des propos particulièrement homophobes en allant jusqu'à comparer le droit au mariage des homosexuels au droit à l'inceste et à la pédophilie.
Comme tous ses collègues islamistes, Abdelaziz Chaambi est obsédé par la Palestine. Comme eux, cette obsession passe par le prisme religieux. Dans le cadre de ses activités militantes, il a ainsi déclaré à plusieurs reprises son soutien au Hezbollah (mouvement politique et paramilitaire djihadiste des intégristes chiites) et au Hamas (7). Il considère ce dernier comme un simple mouvement de résistance, "au même titre que Lucie Aubrac, Jean Moulin ou Nelson Mandela" (8). Les assassinats de plusieurs centaines d'opposants palestiniens, le régime autoritaire mis en place dans la bande de Gaza, les Palestiniens dont il se sert comme boucliers humains pour se protéger des attaques israéliennes, son allégeance officielle aux Frères Musulmans, son rêve de voir la bannière de l'islam flotter sur le monde, son antisémitisme virulent et son désir de détruire Israël : tout ceci serait anecdotique pour Abdelaziz Chaambi. Le seul fait de s'opposer à l'occupation israélienne est suffisant pour comparer le Hamas à Nelson Mandela, Lucie Aubrac et Jean Moulin…

Dans son fanatisme religieux, il va également jusqu'à se faire le relais de la communication du Jihad islamique en Palestine (9), mouvement où tout est dit dans son appellation lorsque nous observons ses actions.
Avec un tel profil, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'il soit fiché S (10). En revanche, il est étonnant qu'il s'en étonne.

Abdelaziz Chaambi, fiché S

Avant de présider la CRI, Abdelaziz Chaambi fut un membre très actif du mouvement des Indigènes de la République. Un mouvement racialiste mélangeant des valeurs d'extrême gauche et d'extrême droite à la philosophie raciste et antirépublicaine dont la figure médiatique, Houria Bouteldja, a illustré à de multiples reprises sa vision de la "race", des "blancs", des Juifs et de l'islam version ultra-identitaire.

Houria Bouteldja fait justement partie des signataires de la tribune contre "l'islamophobie", comme plusieurs membres du Parti des indigènes de la République.

Ismahane Chouder est une autre signataire et une autre figure de l'islamisme politique, très active au Maroc mais aussi en France. Elle est de ces militants Frères musulmans les plus en pointe dans l'inversion et l'entrisme. Par ses multiples adhésions à divers associations, elle se présente comme féministe, prétend défendre la laïcité, être contre l'homophobie et lutter contre le racisme. Ses positions sexistes, anti féministes, anti laïques et communautaristes peuvent ainsi avoir l'attention d'une partie de l'extrême gauche sensible aux discours populistes de l'extrême droite musulmane. Ismahane Chouder est très douée pour faire passer ses valeurs rétrogrades et totalitaires pour des valeurs émancipatrices, faire passer l'islamisme pour l'islam et les intégristes musulmans pour de simples musulmans éternellement victimes.
Sur le terrain, elle est, entre autres, membre de Participation et Spiritualité Musulmanes (PSM). PSM se présente comme une association composée de simples musulmans. Ces musulmans "lambda" ont des liens très forts et assumés avec le parti islamiste marocain issu des Frères Musulmans "Justice et Bienfaisance". PSM a participé à la création du Collectif des Citoyens Musulmans pour l'Enfance dont l'objectif est de "rejoindre la dynamique « MANIF POUR TOUS » en réponse au « Mariage Pour Tous » et contre la loi Taubira" (sic) (10).


PSM a participé à la création du Collectif des Citoyens Musulmans pour l'Enfance dont l'objectif est de "rejoindre la dynamique « MANIF POUR TOUS » en réponse au « Mariage Pour Tous » et contre la loi Taubira" (sic)

Ces militants de l'extrême droite musulmane, qui se font passer pour de simples musulmans, ont agi main dans la main avec leurs confrères de l'extrême droite catholique pour lutter contre l'égalité des droits pour tous. Ainsi, PSM affiche fièrement son partenariat avec Alliance Vita, une association d'intégristes catholiques créée en 1993 par Christine Boutin dont un des buts est de lutter contre le droit à l'IVG. Leur complicité est si forte qu'ils ont prolongé leur lune de miel par la participation de PSM à l'université d’été d'Alliance Vita en 2013 (11).

Participation de PSM à l'université d’été d'Alliance Vita en 2013

Parmi les autres signataires, nous retrouvons également des membres de la plateforme "Les musulmans" et du CCIF, étroitement liés grâce à Marwan Muhammad. Ces structures issues des Frères musulmans ont aussi écrit leur propre appel. Ce sera le sujet de la dernière partie de cet article.


L'attentat en Nouvelle Zélande, outil tant attendu par les islamistes pour tenter de sanctionner les atteintes à l'islam ("islamophobie"). 1ère partie







(8) Ibid





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L'attentat en Nouvelle Zélande, outil tant attendu par les islamistes pour tenter de sanctionner les atteintes à l'islam ("islamophobie"). 1ère partie


L'attentat en Nouvelle Zélande, outil tant attendu par les islamistes pour tenter de sanctionner les atteintes à l'islam ("islamophobie")

(Lien vers les autres parties en fin de celle-ci)

       L'attentat commis contre deux mosquées à Christchurch (Nouvelle-Zélande), le 15 mars 2019, a fait 50 morts et plusieurs dizaines de blessés. C'est l'acte terroriste le plus meurtrier commis contre des musulmans en Occident. Comme disent les musulmans à la perte d'Êtres chers : Allah yarhamhoum (que Dieu leur accorde la miséricorde).
Que ce soit dans un café, une mosquée, une église, une salle de concert ou la rédaction d'un journal, les terroristes des deux bords veulent mettre nos valeurs à genoux par le sang versé. Les terroristes d'extrême droite "blanche" ne représentent pas plus les "blancs" que les terroristes d'extrême droite musulmane ne représentent les musulmans. D'ailleurs, les djihadistes doivent se réjouir de ce carnage tant espéré. Ils regrettent même sans doute que cela ait pris autant de temps à se réaliser. Ils se sentaient bien seuls dans la surenchère de violence pour créer le chaos.

Le monde entier a fait preuve de solidarité avec les proches des victimes et le peuple néo-zélandais en général. Les islamistes politiques jouant sur la fibre victimaire depuis toujours pour avancer, ce drame et l'émoi suscités sont pour eux une aubaine. Ils ont enfin un massacre anti musulmans commis par un extrémiste "blanc". Dès le jour du drame j'alertais sur la récupération rapide que ne manqueront pas de faire les islamistes et leurs soutiens. C'est ce qui s'est produit. Le corps des victimes n'étaient pas encore froids que, tels des charognards, ils ont surfé sur leur sang pour encore mieux consolider le terme "islamophobie".

L'islamophobie est la peur, la crainte de l'islam. L'exprimer, critiquer, déclarer ne pas aimer cette religion, la caricaturer ou s'en moquer relèvent de la liberté d'expression, tout comme l'islamophilie.
Or, pour une partie des musulmans, mais aussi une partie de la population de façon plus générale, seule l'islamophilie aurait droit de cité. Créer des sites internet, des pages Facebook et des comptes Twitter à la gloire de l'islam, déclarer que c'est une religion de paix et d'amour, twitter toute la journée des versets du Coran, professer constamment les "bienfaits" du sexisme du voile pour amener au "libre choix", ne posent pas de problèmes aux commerçants religieux ni à leurs soutiens. En tant que démocrate et militant laïque, je n'y vois aucun problème non plus. Leur liberté d'expression est garantie par les lois républicaines.
En revanche, l'islamophobie est condamnée par ces mêmes commerçants et soutiens. Déclarer que l'islam est une religion de haine et belliciste, dénoncer les versets violents envers les femmes et les non musulmans, le sexisme du voile, se moquer de l'islam et caricaturer le Prophète devraient être un délit puni par la loi, selon eux. Ces personnes sont anti démocrates par définition.
Pour les partisans du terme "islamophobie", l'islam devrait donc avoir un statut particulier, un privilège d'intouchabilité. Tout obstacle à l'expression de cette religion, même à ses dérives, serait un délit "d'islamophobie". Mais pour la délictualiser, il faut en détourner le sens pour en faire une forme de racisme. On transforme alors l'islam en race, génétiquement incluse en chaque musulman "de naissance". Le musulman, fidèle d'une religion censée être choisie, devient le Musulman, membre assigné à un peuple imaginaire. Ainsi, toute critique ou moquerie du dogme est déclarée être une attaque contre les croyants. De plus, les intégristes musulmans seraient des musulmans lambda. Toute critique de l'islamisme devient alors une attaque contre l'ensemble des musulmans, donc de "l'islamophobie", donc du racisme... même si ces critiques et moqueries émanent d'autres musulmans.
Au départ, les islamistes en France furent trop directs. Ils brandissaient l'islamophobie comme une atteinte à la religion et un "manque de respect envers les croyants", qu'ils mélangeaient avec les actes et propos anti musulmans qui eux sont condamnables par la loi. Confondre tout cela permet de faire croire que "l'islamophobie" serait un délit et ainsi de protéger l'islam (et surtout l'islamisme) de toute critique. Mais la liberté d'expression et l'anti cléricalisme sont bien trop ancrés en France. Les échecs judiciaires de l'UOIF et autres contre les caricatures du Prophète publiées dans Charlie Hebdo (la peine de mort fut quand même appliquée par des terroristes, le 7 janvier 2015) finirent par les pousser à adopter une stratégie plus fine. Ils déclarent à présent ne pas avoir de problèmes avec la libre critique de l'islam (ils esquivent la moquerie). Mais ils estiment que cette libre critique amène à la haine des musulmans. Ainsi, ils ne sont pas contre la critique mais hurlent à "l'islamophobie" dès qu'elle se pointe, surtout lorsque cette critique est en direction de l'islamisme. Par exemple, la critique du voilement est considérée comme une attaque contre les musulmanes voilées. Ce type de raisonnement, qui revient à réintroduire le délit de blasphème, est un danger pour la démocratie.

C'est dans ce cadre que se manifestent, suite à l'attentat de Nouvelle Zélande, les réactions des islamistes à travers le monde. Eux si prompts à s'en prendre aux interprétations coraniques et aux musulmans qui ne leur conviennent pas, et se rendent ainsi coupables d'islamophobie (peur de l'islam) et très souvent de propos (et parfois d'actes) anti musulmans, hurlent à "l'islamophobie" à la moindre occasion. Celle-ci est pour eux l'occasion du siècle.

La plus retentissante réaction vient de l’Organisation de Coopération Islamique (OCI). Créée en 1969 sous l'appellation "Organisation de la conférence islamique" jusqu'en 2011, elle est "la deuxième plus grande organisation intergouvernementale après les Nations unies avec 57 États membres", selon son site internet. Ses domaines ne sont pas uniquement religieux mais aussi politiques, économiques, sociaux et culturels. Elle a pour ambition d’être "le porte-voix du monde musulman dont elle assure la sauvegarde et la protection des intérêts" (1). C'est suffisamment vague et consensuel pour être présentable en vitrine. Pour connaître les détails, il faut se rendre dans l'arrière-cour. En 1983, l'"Organisation islamique pour l'éducation, les sciences et la culture", émanation de l’OCI, publia le premier numéro de sa revue "L'islam aujourd'hui". En voici un extrait :
La Oumma islamique, entière, a commencé comme une minorité réduite à une seule personne, le Prophète. Elle s’est ensuite élargie à quelques centaines de personnes (...). Le succès d'une minorité musulmane est de devenir un jour une majorité. Ce phénomène se fait par un effet d'assimilation réciproque entre la majorité non-islamique et la minorité islamique, la majorité acceptant petit à petit la morale et la religion islamiques et finissant par s'identifier à l'islam (...). Le but est d’établir un plan commun des pays musulmans qui aiderait chaque minorité musulmane à établir les conditions nécessaires à lui donner une dynamique de minorité réussie. Plus ces communautés seront fortes et acceptées dans leur pays, plus elles défendront les intérêts du monde musulman puisque la Oumma est une et indivisible, chaque fraction de cette Oumma est d'une importance primordiale. (2)

Nous retrouvons cette vision du monde dans tous les discours islamistes. Voilà pourquoi, par exemple, un islamiste français sera plus touché par le drame palestinien et les attentats en Nouvelle Zélande situés à 20 000 km plutôt que par les attentats qui touchent le pays dont il est citoyen (sauf s'il y a des musulmans parmi les victimes).
L'OCI soutient ainsi des organisations et associations dans les pays musulmans mais aussi non musulmans pour mieux y installer (sa vision de) l’islam. Elle exerce parallèlement des pressions sur les États afin de les faire plier à sa vision de la liberté et du respect (limiter la liberté d’expression, rétablir le délit de blasphème, accepter un retour en arrière pour les droits des femmes, lutter contre le droit à l’IVG, contre les mouvements LGBT, pour le port du voile, etc.). Tout ceci sous couvert de défense de la liberté religieuse et du droit à la différence. Des éléments de langage utilisés pour culpabiliser les pays non musulmans.

Un des outils dont l'OCI dispose est la "Déclaration des droits de l’homme en islam" (4), adoptée en 1990 : "Décoloniale" avant l'heure, elle considère l'universalisme comme une forme de colonialisme. L'égalité de tous les Êtres humains ne peut pas être islamique selon elle. Cela doit passer par le prisme de la charia pour rendre cette égalité compatible avec l'islamisme politique. Autrement dit, réduire certains droits humains pour respecter son archaïsme.
L'article 1 pose le cadre. Voici celui de la Déclaration universelle des droits de l'Homme : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience (…).
Voici celui de la Déclaration des droits de l’Homme en islam : Tous les êtres humains forment une famille dont les membres sont unis par leur soumission à Dieu, et par le fait qu'ils descendent d'Adam. (…)
Le premier considère que chaque Être humain né libre, à égalité avec tous, et reconnaît sa capacité à raisonner et sa liberté de conscience. Le second, soumet chacun à un groupe, lui-même soumis à un Dieu, et leur impose une ascendance supposée. La liberté de conscience est niée. L'athéisme n'est pas reconnu. Pour donner bonne figure, la suite de l'article est plus consensuelle en affirmant que "tous les hommes sont égaux". Une bonne part  de cette Déclaration des droits est construite sur des contradictions au sein de ses articles. Mais il en ressort bien la volonté de prendre ses distances avec l'universalité des droits pour les réduire afin de les soumettre à la charia.

L'article 6 en est un autre exemple. Elle commence par affirmer une fausse égalité femme-homme :
a) La femme est l'égale de l'homme dans la dignité humaine ; ses droits sont équivalents à ses devoirs. Elle a une personnalité civile, une responsabilité financière indépendante, et le droit de conserver son nom patronyme et ses liens de famille.

Ainsi, la femme n'est pas l'égale de l'homme dans l'absolu. Elle l'est seulement dans la "dignité humaine". Ses droits et devoirs ne sont pas égaux à ceux des hommes. Ils lui sont spécifiques et équivalents entre eux. La suite de l'article entérine ce patriarcat : Le mari a la charge de l'entretien de la famille et la responsabilité de sa protection.

L'aspect totalitaire de cette déclaration transparaît surtout à l'article 10 :
L’Islam est la religion naturelle de l'homme. Il n'est pas permis de soumettre ce dernier à une quelconque forme de pression ou de profiter de sa pauvreté ou de son ignorance pour le convertir à une autre religion ou à l'athéisme.
Il n'y rien de nouveau. Les islamistes ont décrété que l'islam relève de la nature. Tout choix différent serait donc contre nature. Chacun est assigné à l'islam sans avoir la possibilité d'en sortir. Si cette déclaration interdit le prosélytisme des autres religions (l'athéisme n'est pas prosélyte, contrairement à ce qu'elle affirme), elle n'interdit pas le prosélytisme dans l'autre sens pour convertir "l'homme" à l'islam.

Ainsi, cette déclaration alterne entre des articles qui semblent tolérants et d'autres franchement rétrogrades et totalitaires.

Pour arriver à ses fins, l'OCI fait notamment du lobbying à l’ONU où elle possède une délégation permanente. En 2016 par exemple, dans sa vision des droits humains et de la "dignité humaine", elle demanda l'exclusion de 11 ONG LGBT d'une conférence consacrée à la lutte contre la pandémie du VIH (3). Elle entrava ainsi la lutte contre ces maladies uniquement en raison de son homophobie motivée par sa foi.

Elle tente aussi depuis des années de faire reconnaître au niveau mondial ce que ses membres appliquent chez eux : la "diffamation de l'islam" pour toute critique du dogme (et de ses représentants), appelée aussi "islamophobie". Pour rendre cette demande moins communautariste et plus présentable à l'international, une autre formule est aussi utilisée en parallèle : la "diffamation des religions". Là encore, l'ONU sert de levier.

Ce cadre étant posé, nous pouvons mieux interpréter la réaction de l'OCI face à l'attentat en Nouvelle Zélande. Le 22 mars 2019, les représentants des pays membres de l’Organisation ont déclaré que "le massacre de Christchurch, et plus généralement les attaques visant des mosquées ou des musulmans, sont "des conséquences brutales, inhumaines et horribles" de l’islamophobie" (5). Ils ont également proposé de créer une "Journée mondiale de la solidarité contre l’islamophobie". La date choisie est le 15 mars, jour de l'attentat. Le président autoritaire turc Recep Tayyip Erdogan a même appelé à combattre l’islamophobie au même titre que "l’antisémitisme après l’Holocauste". Nous avons ici un concentré de toute la stratégie victimaire des islamistes : s'appuyer sur un drame humain, celui tant attendu, pour justifier le délit de blasphème au niveau mondial en amalgamant critique d'une idéologie et actes contre des individus. La comparaison avec la Shoah arrive à la rescousse, carte premium de la victimisation pour tenter de hisser l'islamophobie (peur d'une idéologie) au niveau de l'antisémitisme (haine contre des individus). Cela n'a aucun rapport, mais c'est très efficace dans la stratégie victimaire des Frères musulmans, comme je l'avais démontré dans un article précédent (5).
Représentants des pays membres de l'Organisation de Coopération Islamique réunis à Istanbul, le 22 mars 2019
Représentants des pays membres de l'Organisation de Coopération Islamique réunis à Istanbul, le 22 mars 2019
Les islamistes français ne sont pas en reste. Du MuslimPost au CCIF en passant par Al Kanz et Islam&info, l'ensemble des Frères musulmans et salafistes s'agitent comme un seul homme depuis le 15 mars. Leurs réactions face à un attentat qui a eu lieu à 20 000 km de chez nous contrastent avec leur mollesse et déclarations de circonstance lors des multiples attentats sur notre sol. Je les aborderai dans la deuxième partie.


L'attentat en Nouvelle Zélande, outil tant attendu par les islamistes pour tenter de sanctionner les atteintes à l'islam ("islamophobie"). 2ème partie


(2) L’Islam aujourd’hui, N°1, avril 1983, p. 105.



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L'islamisme progresse grâce à l'occultation du corps des femmes

Par Naëm Bestandji

L'islamisme progresse grâce à l'occultation du corps des femmes
Source : http://www.courrier-picard.fr/171486/article/2019-03-13/le-burkini-fait-son-entree-la-piscine-de-quend-fort-mahon#
       Les pressions islamistes, à travers le cheval de Troie politique qu'est le voile, se multiplient. Nous sommes bien loin de l'affaire isolée des deux collégiennes de Creil en 1989. Aujourd'hui, si la loi de 2004 a mis un terme (relatif) aux coups de boutoir de ces intégristes religieux contre l'école, tous les autres domaines de la société sont devenus des terrains de conquêtes. Des entreprises aux piscines en passant par les partis politiques, l'enseignement, l'économie et même la fonction publique censée être préservée. Ceci est rendu possible par la complicité de partis et personnalités politiques, d'intellectuels et d'associations, tout comme de grandes enseignes (Decathlon, H&M, Nike, etc.). Plus surprenant, des féministes, supposées lutter pour l'égalité des sexes et contre le patriarcat, soutiennent l'obscurantisme religieux de l'islamisme dont le corps des femmes est le champ de bataille.

Plusieurs raisons expliquent cela. Il y a bien sûr le côté victimaire. Si les musulmans lambda aspirent à vivre comme tous les autres citoyens, les islamistes sont présentés comme de simples musulmans éternellement victimes. Ainsi, toutes leurs revendications devraient être acceptées sous peine d'être accusé d'intolérance voire de racisme (l'islam est aujourd'hui racialisé pour rendre sa frange intégriste intouchable). Des partis politiques, syndicats, associations et individus ayant une vision orientaliste et condescendante des musulmans, sont ainsi prêts à accepter ce qu'ils n'accepteraient jamais venant d'autres idéologies.

Au-delà de la victimisation, pour réussir à obtenir ces alliances, les islamistes politiques que sont les Frères musulmans progressent par petits pas. Ils créent ou instrumentalisent des situations isolées pour mettre la pression sur la société et/ou une institution. Une fois satisfaction obtenue, on l'enracine pour que la société s'habitue. Puis, on passe à l'étape suivante pour toujours mieux avancer.

Tout cela est rendu possible car les signaux d'alerte ne fonctionnent pas. Nos repères se sont construits face aux pressions du catholicisme, aux luttes contre l'extrême droite et le soviétisme. L'islamisme ne correspond pas à ces modèles. On essaie pourtant de les calquer. Les signaux d'alerte ne sont donc pas adaptés et les balises ne peuvent pas s'allumer. L'ignorance est de mise. Ainsi, croire que c'est en acceptant l'intégrisme musulman que le voile disparaîtra de lui-même est une erreur fondamentale. Je n'y ai jamais cru. J'étais déjà affligé par un tel argument il y a 30 ans. Les faits et l'expansion de ce phénomène m'ont donné raison. Le fanatisme religieux ne s'éteint pas comme par magie au contact des autres citoyens. La puissance des discours islamistes, qui martèlent le risque des flammes de l'enfer, rend quasiment impossible le dévoilement des femmes endoctrinées, même si elles sont au contact du reste de la société. C'est plutôt le contraire qui se produit : l'islamisme se  banalise et en vient à être soutenu. Ce qui lui permet de renforcer sa pression psychologique sur les musulmanes non voilées. Le sexisme religieux et son corollaire politique ne peuvent donc que s'étendre. Cela explique en grande partie la situation que nous connaissons aujourd'hui.

Ainsi, si nous sommes tous unis face à l'islamisme djihadiste, dont les revendications sont trop flagrantes et les méthodes ultra-violentes, nous ne le sommes pas face à l'islamisme politique. Avec une grande patience, une stratégie victimaire et de petits pas habiles, la frange politique de l'islamisme réussit là où le djihadisme échoue. C'est pour cela que je ne cesse de clamer depuis des années que, sur le plan sociétal, la plus grande menace n'est pas le terrorisme. C'est l'islamisme politique.

Un nouvel exemple a eu lieu à Montpellier. Le 12 mars 2019, une islamiste voilée a posté une vidéo-témoignage sur Twitter. Elle explique s'être rendue dans une boutique de lingerie Etam pour y déposer une demande d'emploi. Estimant avoir été mal reçue, elle hurle à la discrimination en cas de refus. Dans l'inversion habituelle des rôles, elle ne considère pas son voile comme un vêtement sexiste discriminant. C'est la réponse négative à sa candidature qui serait vécue comme... raciste. Cette demande est un contre sens. Mais elle trouve politiquement une cohérence. Rapidement, la stratégie victimaire a tourné à plein régime. L'association "féministe" Lallab (qui défend l'idéologie des Frères musulmans, toilettée pour la rendre acceptable), le CCIF (idéologiquement la branche juridique des Frères musulmans en France), Islam&Info (site salafiste), etc. : tous se sont rués sur cette affaire. Certains somment même l'enseigne d'embaucher immédiatement la demandeuse. Sinon, ce serait de "l'islamophobie", terme dévoyé pour en faire un synonyme de racisme pour tout et n'importe quoi, toujours dans la même stratégie victimaire pour une meilleure progression politique et idéologique. Rappelons qu'une entreprise a le droit d'exiger la neutralité politique et religieuse de ses salariés, surtout quand ces salariés sont en contact avec la clientèle.

Un autre exemple concerne cette fois une piscine. Après Rennes, "le burkini fait son entrée à la piscine de Quend-Fort-Mahon" (1). Si jusque-là toute autre tenue que le maillot de bain était interdite, le "syndicat mixte Baie de Somme-Grand littoral picard a dû modifier le règlement de son équipement aquatique (…) afin d’accueillir les femmes vêtues de burkini." Une nouvelle fois, une demande de privilège est accordée pour ne pas être taxé de discrimination… en acceptant une tenue discriminante pour les femmes… Le raisonnement est totalement incohérent mais si plaisant pour l'avancée de l'islamisme. C'est l'épilogue d'une affaire qui remonte à 2016. Deux femmes s'étaient présentées pour se baigner en burkini. La piscine refusa, comme elle refuse les combinaisons de plongée ou les shorts de bain. Mais peu importe pour les deux femmes : ce refus de privilège a été vécu comme une injustice, leur radicalité religieuse et sexiste devant être acceptée par tous et partout. L'une d'elles a saisi le Défenseur des droits, estimant "avoir été victime de discrimination fondée sur sa religion". Nous retrouvons là un des fondamentaux de l'islamisme politique. L'occultation sexiste des femmes est religiosifié pour brandir l'atteinte à la liberté religieuse. En effet, cela n'a rien de religieux en islam. Seuls les intégristes le prescrivent et sans jamais avancer le moindre argument spirituel : cacher les femmes du regard des hommes pour préserver leur libido. De plus, les raisons du refus des responsables de la piscine n'ont rien à voir avec la religion. Ils ont appliqué une équité de traitement et d'hygiène vis-à-vis des autres baigneurs. Brandir la discrimination religieuse est donc hors sujet. Mais le Défenseur des droits n'a pas vu les choses ainsi : "le refus d’accès opposé aux deux dames fondé sur le port du burkini caractérise une discrimination fondée sur la religion et le genre au sens des articles 8 et 9 de la Convention Européenne des droits de l’Homme". Pourtant, le burkini, comme toutes les autres formes de voiles islamistes, ont été créé pour discriminer des Êtres humains, les femmes, en raison de leur genre. Mais le défenseur des Droits a préféré aller dans le sens politique des islamistes. Il invoque la liberté religieuse là où elle n'est pas concernée plutôt que de retenir la discrimination du burkini basée sur le genre et l'équité vestimentaire appliquée jusque-là dans cette piscine.

"Compte tenu du risque d’être poursuivi devant le tribunal correctionnel et d’une jurisprudence donnant droit à la plaignante à une indemnisation de 1000 euros, les élus du Syndicat mixte ont considéré la requête du Défenseur des droits et décidé de modifier le règlement de l’Aquaclub." Voilà comment la pression islamiste procède et porte ses fruits. L'islamisme politique réussit donc bien à faire rompre les digues là où le djihadisme échoue.

Le respect de la radicalité religieuse est de plus en plus privilégié au détriment du respect des femmes et de la lutte pour l'égalité des sexes. C'est le raisonnement de l'intersectionnalité portée par les "décoloniaux" qui permet, comme nous le constatons encore ici, d'ouvrir les portes à l'islamisme. De renoncement en renoncement, ces reculs, perçus comme des avancées de tolérances par les relativistes, auront des conséquences dramatiques. Les premières victimes seront toujours les femmes.


Mise à jour du 18-03-2019 : face au tollé, notamment l'indignation du président du conseil régional des Hauts de France Xavier Bertrand, le syndicat en charge de la piscine de Quend-Fort-Mahon vient d'annuler l'autorisation de privilège du burkini.
La digue a été colmatée. Pour combien de temps ? Car elles ont déjà cédé ailleurs, comme à Rennes.


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La notion de "libre choix" du voile, source de malentendus qui mènent au relativisme


La notion de "libre choix" du voile, source de malentendus qui mènent au relativisme
"Tu ne peux pas les empêcher, mais tu peux te protéger. Celui qui t'a créé sait mieux que quiconque ce qui est bien pour toi". C'est la traduction du texte en arabe. Les sucettes représentent les femmes qui ne peuvent empêcher les mouches (les hommes) de tourner autour d'elles pour s'y coller et les butiner. Les femmes peuvent s'en protéger en gardant l'emballage de la sucette (le voile) qui rendra celle-ci moins attirante pour les mouches. La ou les personnes ayant écrit ce texte s'expriment au nom de Dieu. Comme toujours avec les ultra-religieux, Dieu ne parle pas mais eux s'expriment pour lui. Ce dessin véhicule à la  fois un sentiment de crainte (on doit se protéger de la bestialité des hommes) et de culpabilité (si tu n'es pas voilée, tu déplairas à Dieu et en plus il ne faudra pas te plaindre si tu as des problèmes avec les mouches). Ce dessin qu'on retrouve sur de nombreux sites islamistes, y compris francophones, fait partie du prosélytisme des intégristes pour amener les musulmanes à faire le "libre choix" du voilement.

       Parmi les sujets qui divisent notre société, le voile dit "islamique" est en bonne place. Loin d'être anodin, ce bout de tissu reflète au contraire l'affrontement entre deux modèles de société dont les islamistes ont fait du corps des femmes le champ de bataille. En cette journée internationale du droit des femmes, il est important de rappeler ce qu'est le "libre choix" pour les intégristes et les relativistes qui les soutiennent.

En France, le voile suscite les passions. L'affaire du "Hijab de running" de Décathlon en est le dernier épisode en date. Cela s'explique par l'accroissement de l'exhibition et des revendications de l'intégrisme musulman, notamment à travers son symbole sexiste et politique qu'est le voile. Un phénomène qui effraie plus que partout ailleurs. Notre héritage laïc est le fruit de l'inquisition catholique, des conflits entre l'Église et la royauté puis - et surtout - la République, du traumatisme des guerres de religions qui trouvèrent leur "apothéose" dans le massacre de la Saint Barthélémy. Cela s'explique également par les luttes féministes qui trouvent leur source dans la Révolution Française. Pour la majeure partie de la population, il est hors de question de revenir en arrière, de s'asseoir sur des acquis laïques et féministes obtenus parfois au prix de drames et du sang. Par l'idéologie, les conceptions du monde et de la femme qu'il véhicule, le voile et ses revendications font planer des conflits et des idées rétrogrades que nous espérions révolues.

Dans leur stratégie politique adaptée au contexte occidental, les Frères musulmans ont toute une batterie d'éléments de langage pour amener les musulmanes à se voiler et à être soutenues par des non musulmans qui imaginent ainsi faire preuve d'ouverture et de tolérance (les salafistes sont moins subtils). Parmi ces éléments, le "libre choix" est toujours invoqué. A chaque opposition exprimée contre la notion de voilement, c'est le premier argument brandi pour montrer à quel point ces opposants seraient intolérants : "vous voulez dicter aux femmes leur façon de se vêtir". "Vous voulez forcer les femmes qui se voilent librement à se dénuder". "Vouloir dévoiler les femmes est la même chose que les contraindre à se voiler".

Cette accusation faite aux opposants du voilement est surréaliste tant elle inverse les rôles et concepts. Ce sont bien les partisans du "libre choix" du voile qui définissent de quelle façon les femmes doivent se vêtir.
Tout d'abord, comment est présenté ce choix et par qui ?
Le voile a été créé et prescrit par des hommes, non par des femmes motivées par un fétichisme vestimentaire masochiste. Les théologiens, prédicateurs et imams qui le recommandent sont tous des hommes. Les justifications sont elles aussi tournées uniquement vers les hommes : apaiser la libido masculine par l'occultation de l'objet de tentation. Ce voile n'a de raison d'être qu'à travers la sexualité pour marquer physiquement le danger que représenterait le corps féminin pour l'équilibre hormonal des hommes. Il a été créé pour cela. Si aucun homme ne prescrivait le voile, aucune femme ne le porterait.
La notion de "libre choix" du voile, source de malentendus qui mènent au relativisme
Ceci est un échantillon des différentes formulations de la justification du port du voile exprimées par les islamistes (seuls à prescrire le voile). Toutes, sans la moindre exception, s'appuient sur le même socle, unique raison de son existence : cacher le corps des femmes, coupable des débordements sexuels masculins.
La spiritualité n'a jamais été avancée par aucun intégriste pour le justifier. Pour une raison simple : cela ne figure nul part dans le Coran.
Pour correspondre à la culture française et ne pas effrayer, l'injonction n'est pas explicite comme dans les pays musulmans. Les islamistes, et les français musulmans séduits par cette approche, présentent un faux choix. Ils posent d'abord le cadre : le voile serait une obligation religieuse. Or, s'il y a obligation, il ne peut y avoir de choix. Cette tromperie est là pour masquer un dilemme imposé par les islamistes. En effet, le choix n'est pas dans celui de porter ou non le voile. Il est dans celui d'être une bonne musulmane ou pas, le voile étant l'étiquetage du bon choix. Pour celles qui refuseraient de s'y conformer, la seule issue possible serait donc la transgression religieuse, le pêché. C'est le premier aspect du "libre choix".

Comme nombre de Frères musulmans en Occident, Tariq Ramadan affirme que le voile serait une obligation religieuse mais, pour faire croire à une forme de tolérance, déclare dans la foulée que "la femme doit y aller selon son libre choix, comme on n'impose pas à une femme de l'enlever. Mais pour quelqu'un qui veut comprendre sa religion, le hijab est une prescription de l'islam." Autrement dit, la musulmane peut faire le "libre choix" du pêché et du non respect de sa religion. Il n'est donc pas étonnant que toutes les femmes de son entourage aient fait le "libre choix" du voile.

L'autre présentation du "libre choix", toujours associée à la première, se situe sur le terrain moral à connotation sexiste, seule raison d'être du voilement. Selon ses partisans, la femme est libre. Libre de choisir la pudeur, la dignité et la décence que lui offrirait le voile. Elle est ainsi libre de ne montrer ses cheveux et sa peau (ce qu'ils appellent "sa beauté") qu'à sa famille ou à son mari. Car "son corps est une perle, un bijou, dont le voile lui sert d'écrin" (la comparer à un objet sexuel dont le voile lui sert d'emballage serait plus juste mais moins valorisant). Elle est libre d'être respectable. Mais elle est tout aussi libre de choisir l'autre chemin, celui de la dépravation. Il y a donc un bon et un mauvais choix, mais les deux sont possibles, selon eux. Nous devons respecter celles qui choisissent la vertu et qui "se respectent". Tout comme nous devons respecter celles qui choisissent l'indécence et l'immoralité. Seulement ensuite, il ne faudra pas se plaindre… Sans parler du risque de brûler en enfer. En résumé, le "libre choix" est le suivant : choisir la vertu ou le vice, être une femme "bien" ou une femme qui "ne se respecte pas", la pudeur ou l'impudeur, être une bonne musulmane ou pas, la bonne ou la mauvaise pratique, le licite ou l'illicite, le paradis ou l'enfer.

Convaincre, non pas contraindre directement, pour amener la musulmane à "choisir" sa servitude, telle est la méthode. La culpabiliser, la rendre responsable de tous les maux phalliques et la faire vivre dans la hantise d'un châtiment divin si la moindre parcelle de peau ou mèche de cheveux est à l'air libre en est le moyen. Cette soumission à la libido masculine devient une soumission à Dieu pour tenter de convaincre les plus récalcitrantes.

Or, pour faire un véritable choix, les musulmanes devraient pouvoir choisir entre différentes possibilités théologiques. Ce n'est pas le cas. Les intégristes déploient tous les moyens financiers et matériels pour étendre leur idéologie à tous les musulmans et faire fléchir les sociétés (livres, prêches, conférences, chaines satellitaires, organisations nationales et internationales, associations, etc.). Le voile est leur cheval de Troie identitaire et politique. Cela leur permet aussi de condamner et ostraciser toute tentative contradictoire des musulmans rationalistes qui, eux, affirment (source coranique à l'appuie) que le voile n'est pas une prescription religieuse en islam.
Au bout de plusieurs mois, voire années, d'un tel apprentissage culpabilisant, quel "choix" fera une musulmane sensible à ces propos ? Les discours républicains, laïques et féministes pèsent si peu face au châtiment divin martelé par les islamistes. Une contrainte plus ou moins subtile, non visible ou non explicite, ne signifie pas qu'il y a absence de contrainte. Le fait d'avoir "choisi" le sexisme et la servitude volontaire ne confirme en rien un réel libre choix. 
Cette définition particulière du "libre choix" explique le dialogue de sourds.

Ce raisonnement se matérialise à travers des éléments de langage marketing. Les expressions "mode pudique" ou "tenues modestes" sont d'abord apparues sur les boutiques islamistes en ligne à destination des musulmanes occidentales, toujours pour les convaincre de faire le "libre choix" du voilement. Par appât du gain, quelques grandes marques de vêtements se les sont appropriées, comme Décathlon, Nike ou H&M, participant ainsi à la stratégie politique des islamistes.
Or, parler de "mode pudique" pour la dissimulation de la tête et du corps est un jugement de valeur, un jugement moral qui signifie que les femmes qui feraient un autre choix vestimentaire seraient impudiques. Opter pour le voile serait un acte de modestie face aux cheveux au vent qui seraient un choix indécent. Nous sommes bien là dans la volonté de dicter aux femmes leur façon de se vêtir. Quant aux hommes, aucune ligne de vêtements "pudiques", aucune "tenue modeste", aucun "hijab de running" pour homme n'ont été créés pour qu'ils puissent aussi faire ce "libre choix". Ce sont cette sexualisation et culpabilisation à l'extrême du corps des femmes qui sont dénoncées par les féministes universalistes. Par la rhétorique d'inversion, les islamistes présentent cela comme un refus de liberté pour les "femmes musulmanes", assignant ainsi par la même occasion toutes les musulmanes au voilement (les musulmanes non voilées seraient moins musulmanes, voire pas musulmanes du tout).

Cette réalité étant évidemment inacceptable, le seul moyen de faire accepter le voile aux musulmanes récalcitrantes et à la société est de le sanctuariser en lui attribuant une dimension religieuse, inexistante dans le Coran mais largement prescrite par les islamistes. Je l'ai démontré en détail dans un article précédent (1). Le vrai terrain du voile, celui du sexisme, est impossible à défendre dans un pays comme la France. En tant qu'oppresseurs, les intégristes ne peuvent défendre l'indéfendable. En revanche, le terrain de la laïcité leur permet de ne plus avoir l'image d'oppresseurs mais d'opprimés, celle de "musulmans" persécutés par une société "islamophobe" qui restreindrait la liberté religieuse. Il est ainsi bien plus aisé de revendiquer une laïcité "ouverte" ou "inclusive" plutôt qu'un "sexisme ouvert" ou un "patriarcat inclusif".

L'emballage religieux de ce sexisme permet également aux islamistes et à leurs "idiots utiles", ainsi nommés par leurs détracteurs, de comparer le voile à d'autres signes religieux. Ceci pour relativiser sa portée sexiste, dissimuler sa raison d'être et toujours orienter le débat vers le terrain qu'ils ont choisi, la laïcité, quitte à trahir l'islam. Le voile est ainsi régulièrement comparé à celui des nonnes et à la croix chrétienne. Or, ils n'ont rien en commun. Mais quoi de mieux que des symboles chrétiens qui parlent à tous les français pour donner au voile un semblant de religiosité et diviser le camp laïque ?
En attribuant au voile une dimension spirituelle qu'il n'a jamais eue (sauf pour la prière), les islamistes en ont fait un objet idolâtre. Depuis quand la croix serait un outil de "pudeur" réduisant la personne qui le porte à un objet sexuel devant être caché pour ne pas susciter l'excitation d'autrui ? La croix n'a aucune fonction de régulation des rapports entre les sexes ni de chosification et d'infériorisation des femmes. Son port et sa signification concernent femmes ET hommes.
Une chrétienne et un chrétien prient devant une croix où Jésus est représenté crucifié. Dans les moments importants, ils peuvent tenir une petite croix comme un objet fétiche, un porte bonheur. Cette croix symbolise le martyr de Jésus qui se serait sacrifié pour sauver l'humanité. Le voile matérialise-t-il un symbole spirituel équivalent ? Non. Il n'y a pas d'équivalent de la croix en islam car cette religion rejette toute forme d'idolâtrie. S'attacher à des symboles matériels est considéré comme un pêché. En cela, revendiquer le voile comme symbole religieux et, pire encore, faire croire que c'est une obligation religieuse pour en réalité calmer les pulsions sexuelles masculines, va à l'encontre du message coranique que ces musulmans prétendent vouloir incarner.

Ces tentatives de banalisation n'étant toujours pas suffisantes, les islamistes français, en chœur avec leurs soutiens, préfèrent souvent utiliser le terme "foulard". Dans l’inconscient collectif, cela renvoie au foulard d’antan porté par une partie des françaises. Là aussi ce n'est pas comparable. Mais l’objectif est de rendre le voile plus neutre, le faire passer pour un simple accessoire vestimentaire, comme celui porté si joliment par Grace Kelly (parfois sollicitée par les intégristes) toujours pour faire oublier sa véritable raison d’être. C’est stratégiquement plus efficace. Cela contribue à faciliter la culpabilisation des opposants et les attaques pour "intolérance". Le député LREM Aurélien Taché est allé encore plus loin. Le 2 mars 2019, sur le plateau de "C l'hebdo" sur France 5, il compara le voilement d'une fillette de 12 ans au port d'un… serre-tête d'une fillette catholique. Le relativisme n'avait jamais été poussé aussi loin. Même les islamistes n'auraient pas osé.

Une fois sa décision prise, la femme voilée affirme que c'est son choix, sa liberté. Alors pourquoi tenter de comprendre le processus de voilement et le remettre en question ?
Comment ose-t-on même le critiquer ? Lorsque les opposants aux islamistes, y compris des musulmans, expriment leur opinion sur le sexisme du voile, les pro-voiles brandissent les accusations d'intolérance et de blasphème ("islamophobie"). L'accusation de racisme arrive même à la rescousse pour un sujet qui ne concerne pourtant que la critique d'une idéologie. Avoir recours à cette accusation est une façon d'essentialiser les musulmans, réduire leur identité à leur religion, faire croire qu'une musulmane ne peut être que voilée. Là est le racisme.

Cette vision particulière du débat démocratique illustre leur victimisation permanente qui permet d'esquiver toute remise en question.
Les musulmanes ont bien évidemment le droit de porter un voile. Tout comme nous avons le droit de critiquer ce vêtement. Le droit de l'un ne retire rien au droit de l'autre. Si une femme prend la décision de se voiler, elle prend aussi celle d'être félicitée ou critiquée pour cela. Ce bout de tissu, lourd de symboles, n'a pas de statut d'intouchabilité. Réclamer un recul de la liberté d'expression, du débat d'idées, pour ménager la susceptibilité des intégristes musulmans est un contre-sens philosophique, démocratique mais aussi spirituel. La critique des valeurs portées par le voile n'est pas une attaque contre celles qui le portent. Accepter cette confusion est aussi une façon de nier les droits de toutes celles qui luttent pour ne pas se plier au diktat de ce sexisme. Si certain(e)s s'attachent à défendre la liberté de l'intégrisme religieux, de l'apartheid sexuel et du sexisme "choisi", d'autres préfèrent défendre les femmes qui se battent pour s'en émanciper. La journée du 8 mars est l'occasion de s'en souvenir.


(1) "l'obligation religieuse du voile" créée par les intégristes : une hérésie sexiste combattue par les musulmans rationalistes, Coran à l'appui

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