Voile "islamique"/voile des nonnes et croix, une fausse comparaison religieuse pour dissimuler un vrai racisme sexuel

Voile "islamique"/voile des nonnes et croix, une fausse comparaison religieuse pour dissimuler un vrai racisme sexuel
Une des multiples comparaisons voile des nonnes/voile "islamique"
sur les réseaux sociaux.
       Les débats sur le voile sont régulièrement relancés, que ce soit à travers l'école, l'ex salariée de la crèche Baby-Loup, l'UNEF et sa représentante voilée ou autres burkinis. Pourquoi une telle sensibilité, une telle hystérisation lorsque la question du voile se pose ? Tout d'abord parce qu'il est l'arme politique la plus efficace des intégristes musulmans. L'évolution de l'UNEF en est une des plus belles illustrations. La laïcité est alors brandie comme bouclier par les uns, même lorsqu'elle n'est pas concernée (comme le problème des burkinis sur les plages). En face, elle est tordue par les islamistes et leurs soutiens qui considèrent la laïcité française comme un obstacle. Mais le fond des crispations n'est pas là. La laïcité n'est qu'une conséquence. Le cœur du problème, ce qui touche au plus profond, est la signification réelle du voile et la conception que nous avons de la moitié de l'Humanité : les femmes.

Si les intégristes invoquent la spiritualité auprès du grand public, elle n'en a jamais été la justification auprès des musulmans. Le Coran n'est pas qu'un livre religieux. C'est aussi un livre politique, social et juridique. Concernant l'héritage par exemple, le Coran autorise la femme à obtenir une part équivalente à la moitié de celle d'un homme. Ce fut éminemment progressiste à l'époque de la Révélation : une ère où la femme n'avait pas d'existence juridique. En cela, le Coran fut une révolution. Seulement, 1400 ans se sont écoulés. L'Humanité a évolué. Cette conception de l'héritage, véritable progrès au VIIe siècle, serait une régression au XXIe. Que ce soit à l'époque de la Révélation ou aujourd'hui, a-t-on déjà avancé l'argument du spirituel pour justifier cette différence sexuée dans l'héritage ? Non, jamais. Les arguments ont toujours été sociaux et économiques. Aujourd'hui aussi, personne ne clamerait son désir d'appliquer la demi-part aux musulmanes en invoquant sa spiritualité pour être plus proche de Dieu.

C'est la même chose pour le voile. Les trois versets qui l'abordent vaguement n'ont jamais évoqué la spiritualité. En dehors des cinq prières quotidiennes, le voile n'est pas un vêtement religieux et n'a jamais été un objectif en soi. Cela concerne uniquement les mœurs dans la gestion sociale de la cité arabique du VIIe siècle : protéger la femme musulmane de l'offense (Coran, sourate 33 verset 59).

Aujourd'hui, par l'acceptation de l'interprétation extrémiste de l'islam, le "voile" n'est plus un moyen correspondant à des circonstances précises de l'Arabie du Moyen-Age. Il a été transformé dans sa forme matérielle (le voile des islamistes n'existe pas dans le Coran et n'a jamais évoqué la dissimulation des cheveux, du visage ou du cou) et dans sa signification. C'est un attribut vestimentaire qui a pour vocation de marquer l'infériorité d'un groupe humain, les femmes. Il n'a de raison d'être que pour hiérarchiser l'Humanité, stigmatiser et discriminer sa moitié féminine. C'est la définition du racisme.

La religion n'est qu'un prétexte, un vernis posé par les intégristes pour être brandi à la société. Le présenter comme un signe religieux offre l'avantage de déplacer le débat du sexisme et de l'égalité des sexes vers la laïcité. Cela permet de "sanctuariser" le voile au nom de la liberté religieuse.

Cette position a été celle des islamistes dès la première affaire de ce type dans un collège de Creil en 1989. L'État a fait le choix de les écouter, plutôt que de chercher à s'informer, et est allé tout droit où les islamistes voulaient l'amener : la laïcité. Le vrai terrain du voile, celui du sexisme et du patriarcat, est impossible à défendre dans un pays comme la France. En tant qu'oppresseurs, les intégristes ne peuvent défendre l'indéfendable. En revanche, le terrain de la laïcité leur permet de ne plus avoir l'image d'oppresseurs mais d'opprimés, celle de "musulmans" persécutés par une société "islamophobe" qui restreindrait la liberté religieuse. Il est ainsi bien plus aisé de revendiquer une laïcité "ouverte" ou "inclusive" plutôt qu'un sexisme "ouvert" ou un patriarcat "inclusif".

Ce renversement permet, par exemple, à ce vêtement raciste et discriminant de ne pas être une des cibles de la Déclaration Universelle des Droits Humains visées par son article 1 mais, au contraire, de bénéficier de sa protection en tant que "manifestation de sa religion" par l'article 18.

L'emballage religieux du racisme sexuel permet également aux islamistes, et à leurs soutiens "idiots utiles", de toujours comparer le voile à des signes d'autres religions pour en dissimuler le sexisme et toujours orienter le débat vers le terrain qu'ils ont choisi, quitte à trahir l'islam. Le voile est ainsi régulièrement comparé à celui des nonnes et à la croix chrétienne. Or, ils n'ont rien en commun. Mais quoi de mieux que des symboles chrétiens qui parlent à tous les français pour donner au voile un semblant de religiosité et diviser le camp laïque ? Ce camp sait se montrer uni face à l'intégrisme catholique. Mais, par l'efficace stratégie victimaire et d'inversion des rôles des islamistes, ce même camp se retrouve divisé face à l'intégrisme musulman et oublie la véritable signification du voile.

Selon les islamistes, leur voile s'adresse à toutes les musulmanes, quels que soient leur âge et leur vie. Tout au moins, à celles qui "se respectent" et ont de la "pudeur"… Le voile des nonnes, lui, ne s'adresse pas à toutes les catholiques, et encore moins à toutes les chrétiennes. Comme sa dénomination l'indique, il s'adresse… aux nonnes. Le voile, la cornette ou la guimpe entourant le visage des religieuses catholiques ont plusieurs significations.

Elles appartiennent à un ordre religieux régi par des règles ecclésiastiques (le régulier) en dehors du temps et de la société (le séculier). Cette ordination est rendue visible par leurs habits monastiques, dont le voile est un des éléments, qui en sont les uniformes : "l'habit est un signe de consécration, de pauvreté et d'appartenance à une famille religieuse déterminée" (1). Dans cette déclaration de Jean-Paul II, la "famille religieuse" n'est pas la famille catholique pour la distinguer des autres religions. C'est le synonyme de "ordre religieux". On ne dit d'ailleurs pas d'une femme entrant dans les ordres qu'elle "met le voile" mais qu'elle le prend. "Prendre le voile" signifie entrer au couvent. Ce voile est le symbole du mariage des religieuses avec Dieu et Jésus Christ. Cette pratique est sans doute l'héritage des vestales romaines (prêtresses de Vesta, vouées à la chasteté pendant les trente années de leurs fonctions). Elles côtoyèrent les premiers chrétiens qui, eux-mêmes, étaient d'anciens adorateurs des Dieux romains. Depuis le début, le voile des religieuses catholiques a la même fonction que celui des vestales romaines d'antan : se distinguer des femmes laïques.
Les nonnes vivent presque en autarcie. C'est un choix de vie au sein d'une communauté qui a fait vœu de célibat, de chasteté sexuelle (corollaires de leur mariage symbolique) et de pauvreté pour se consacrer à la prière. Leur voile symbolise aussi le sacrifice de s'être retirées du monde (pas de mariage, pas d'enfants, peu de vie sociale autre qu'avec les nonnes) pour montrer leur dévouement total à Jésus Christ. L'uniforme monastique étant uniquement spirituel sans aucune connotation sexuelle, et Dieu supposé être partout, ces religieuses sont toujours voilées, même lorsqu'elles sont entre elles.

Le voile prescrit par les intégristes musulmans est-il comparable ? Absolument pas. Une correspondance esthétique ne signifie pas une équivalence philosophique et idéologique. Les islamistes n'ont jamais prescrit le voile pour des raisons spirituelles. Il ne signifie en rien un engagement religieux, ne demande pas l'abstinence sexuelle, ni la pauvreté, ni le célibat, ni de vivre en autarcie. Il n'existe pas de couvents où devraient vivre les musulmanes et dont le voile serait l'uniforme. Aucune d'entre elles ne considèrent être mariée au Prophète Mohamed ou à Dieu, un mariage spirituel dont le voile serait le symbole.

Le voile islamiste, quelles que soient sa forme et sa longueur, est uniquement prescrit pour des raisons racistes et sexistes : considérées comme des objets sexuels sources de toutes les tentations, les femmes devraient cacher leur corps, y compris leurs cheveux, le cou, les bras, etc., pour ne pas exciter la libido de ces morts de faim que seraient les hommes. Il n'est pas question d'apprendre aux hommes à se contrôler. C'est à la femme de prendre les mesures nécessaires pour "se respecter" et ne pas être victimes de ses bourreaux potentiels.

Autrement dit, pour éviter les érections de pénis et des troubles dans la société, les femmes devraient se bâcher. La moindre mèche de cheveux qui dépasserait sera considérée comme tentatrice. Leur inversion classique des rôles par la culpabilisation se joint à la séduction pour amener les femmes à accepter elles-mêmes le voile, en le présentant comme un vêtement de "pudeur" et de respectabilité. Il devient à la fois une forme de valorisation, de protection patriarcale, de punition et de discrimination.

Tout tourne autour de la sexualité, de la culpabilité et du contrôle du corps des femmes. Il a été créé pour ça. Il est prescrit pour cela par les religieux dans la totalité des pays musulmans, la totalité de leurs livres et de leurs prêches. Il n'a jamais eu d'autre signification. La religion est bien un prétexte.

Ainsi, et contrairement aux nonnes, ce voile ne se porte pas dès le réveil le matin et ne s'ôte pas forcément le soir avant de se coucher. Tout comme le christianisme, l'islam considère que Dieu serait partout et verrait tout. Or, en présence de sa famille, de son éventuel mari, d’autres femmes ou seule, une musulmane voilée l'enlève. En présence d'enfants mâles, qu’ils soient ou non de sa famille, elle se dévoile également puisqu'ils ne sont pas sexuellement actifs. En revanche, elle porte le voile lorsqu'elle risque de croiser tout homme pouvant théoriquement avoir des relations sexuelles avec elle.

Nous sommes bien loin du spirituel et du voile des nonnes. Cette instrumentalisation de l'islam par les islamistes à des fins sexistes et politiques peut être vue comme une aberration théologique. Toujours prompts à accuser de blasphème ceux qui les critiquent (par leur usage du terme "islamophobie"), et tout embrumés par leur fanatisme et leur sexisme, les intégristes ne réalisent pas que le voile porte le blasphème aux nues. Revendiquer le vêtement le plus raciste et sexiste que l'homme ait inventé, laisser croire qu'il est religieux, le faire passer du rôle de moyen circonstanciel à un objectif en soi universel et intemporel, au point d'en faire quasiment le 6ème pilier de l'islam, c'est ce que les religieux appellent une "innovation". En islam, l'innovation est une des pires choses qui soit, un blasphème impardonnable.

Pire encore, en tentant de comparer le voile à la croix chrétienne pour dissimuler sa véritable raison d'être, et en lui attribuant une dimension spirituelle qu'il n'a jamais eue, les islamistes en ont fait un objet idolâtre. Tout d'abord, depuis quand la croix serait un outil de "pudeur" réduisant la personne qui le porte à un objet sexuel devant être caché pour ne pas susciter l'excitation d'autrui ? La croix n'a aucune fonction de régulation des rapports entre les sexes ni de chosification et d'infériorisation des femmes. Son port et sa signification concernent femmes ET hommes.
Une chrétienne et un chrétien prient devant une croix où Jésus est représenté crucifié. Dans les moments importants, ils peuvent tenir une petite croix comme un objet fétiche, un porte bonheur. Cette croix symbolise le martyr de Jésus qui se serait sacrifié pour sauver l'humanité. Le voile matérialise-t-il un symbole spirituel équivalent ? Non. Il n'y a pas d'équivalent de la croix en islam car cette religion rejette toute forme d'idolâtrie. S'attacher à des symboles matériels tels que les statues, les images (si un musulman est islamiquement touché par un dessin…) ou tout autre objet est considéré comme un pêché. En cela, revendiquer le voile comme un symbole religieux et, pire encore, faire croire que c'est une obligation religieuse pour en réalité contrôler leurs pulsions sexuelles, va à l'encontre du message originel que ces musulmans prétendent vouloir incarner. Ils sont blasphémateurs.

N'ayant rien en commun avec le voile des nonnes et la croix, les conséquences n'ont aussi absolument rien à voir. Au niveau international, il n'existe aucun régime autoritaire catholique qui impose le voile des nonnes à toutes les femmes, comme c'est le cas pour le voile islamiste en Iran, en Arabie Saoudite ou avec DAESH. Aucune police des mœurs chrétienne pour vérifier que toutes les catholiques portent bien un voile ou une croix. Il n'y a jamais eu la moindre femme égorgée par des intégristes catholiques parce qu'elle aurait refusé de porter le voile des nonnes, comme des musulmanes ont été égorgées dans les années 1990 en Algérie parce qu'elles refusaient de se voiler.

Il n'existe aucun lobby promouvant le voile des nonnes pour expliquer à quel point ce voile serait formidable, comme il existe des associations telles que Lallab pour le voile islamiste. Aucune chrétienne n'est insultée de "pute" par un intégriste chrétien parce qu'elle ne serait pas voilée ou ne porterait pas une croix autour du cou. Aucune pression d'un membre d'une famille catholique envers sa sœur, son épouse ou autre, pour la "convaincre" de se couvrir du voile des nonnes, n'a jamais été recensé. Il n'existe aucune menace de l'enfer ni de théorie sur les "bienfaits" de la cornette ou de la guimpe brandies par des prédicateurs chrétiens pour inciter les chrétiennes à faire le "libre choix" du voile. Par conséquent, il n'y a pas le moindre livre ou prêche faisant la promotion du voile des nonnes, face aux milliers de livres, conférences, prêches, chaînes satellitaires, etc. faisant la promotion du voile islamiste. Il n'y a ainsi aucune pression psychologique sur les catholiques qui ne se voilent pas.

Puisque le voile des nonnes concerne un ordre régulier, aucun aménagement n'est demandé à la société, aucune revendication politique, aucun acte prosélyte. Nous n'avons jamais vu une chrétienne faire pression sur son employeur pour imposer un voile de nonne. Aucune femme catholique n'a refusé d'être auscultée par un médecin homme en raison de sa "foi".
Plus grave encore, il n'y a jamais eu de petites filles bâchées par le voile des nonnes pour les habituer au sort sexuel qui les attend. Aucun parent catholique n'a jamais imposé ce voile à sa petite fille. A-t-on déjà vu des fillettes de 4, 10, ou 14 ans se présenter à l'école couvertes du voile des nonnes ? Il n'y a jamais eu la moindre affaire de voile catholique dans aucune école française.

Les élèves chrétiens ne se sont jamais présentés à l'école avec des croix visibles de plusieurs dizaines de centimètres sur leur tête ou même sur leur poitrine. Ils n'ont jamais eu de difficultés non plus à les ôter ou les dissimuler sur demande des enseignants. Pourquoi ? Parce que la croix est un signe religieux qui concerne la laïcité. Le voile islamiste est un signe sexiste qui, s'il est enlevé par la jeune fille, serait de "l'impudeur". Mettre son voile dans son sac n'a pas la même signification ni les mêmes conséquences sexuelles que dissimuler sa petite croix sous son pull.

En résumé, le voile des nonnes étant destiné uniquement aux nonnes, dont le nombre est très limité, il n'y aura jamais de prolifération dans la société ni de revendication dans ce sens. Ainsi, nous ne verrons jamais une nonne voilée représenter un syndicat étudiant tel que l'UNEF…

Puisque le voile islamiste n'est pas comparable au voile des nonnes, pourquoi les musulmanes voilées refusent de le remplacer par autre chose ? Après tout, l'important pour les islamistes est de cacher le corps des femmes, que ce soit avec un voile ou autre chose. Par exemple, la représentante de l'UNEF ou l'ex salariée de la crèche Baby-Loup auraient pu cacher les mêmes parties de leurs corps en portant une casquette ou un bonnet pour les cheveux, un foulard ou un bandana pour le cou et un pull pour le reste. Un compromis qui leur aurait permis de respecter leurs "convictions religieuses" sans pour autant afficher leur radicalité et ainsi mieux correspondre, tout au moins en apparence, à l'image du syndicat pour l'une et au règlement intérieur pour l'autre. Mais non, pour elles c'est le hijab et rien d'autre, car le voile est bien plus qu'un fétichisme vestimentaire masochiste. C'est un uniforme politique : s'exhiber, être reconnue, identifiée en tant que musulmane et faire la promotion de sa foi. Le théologien Frère Musulman Youssef Al-Qaradhawi, comme tous les autres prédicateurs islamistes, en explique les raisons ainsi : "[Le vêtement de la musulmane] ne doit pas ressembler à ce que portent spécialement les mécréantes, les juives, les chrétiennes et les idolâtres. L'intention d'imiter ces femmes est interdite en Islam qui tient à ce que les musulmans se distinguent et soient indépendants dans le fond et dans la forme. C'est pourquoi il a ordonné de faire le contraire de ce que font les mécréantes dans plusieurs domaines." (2)
Il ne cite aucun texte religieux pour appuyer son propos. C’est normal. L’interdiction de s’habiller à l’occidental pour se distinguer n’existe dans aucun verset du Coran. Le port du voile de la militante de l'UNEF et de l'ex salariée de Baby-Loup est bien un acte politique, peu importe leurs propos.

Ce sont bien les musulmanes qui, par leurs voiles, doivent assumer la responsabilité de distinguer l'ensemble des musulmans. Les hommes, eux, n'ont pas l'obligation de se différencier des "mécréants, des juifs, des chrétiens et des idolâtres". En Europe et dans nombre de pays musulmans, seule une partie des hommes salafistes le désirent par leur imitation vestimentaire de ce qu'ils croient être les habits des compagnons du Prophète. Le reste des islamistes, c’est-à-dire l'écrasante majorité, a troqué les vêtements orientaux pour les jeans, les costumes cravates et les bermudas. En France, il suffit d'observer la tenue des représentants des Frères Musulmans : de Tariq Ramadan à Marwan Muhammad en passant par les responsables de l'UOIF, tous sont habillés à l'occidental. En revanche, leurs militantes féminines appliquent l'injonction des "savants" en portant le voile par distinction. La différence entre la dispense des hommes et l'obligation des femmes est encore plus flagrante à la plage… "L'obligation religieuse" est bien une invention pour servir de prétexte à la lutte politique et à la promotion du sexisme.

Quant aux "foulards de nos grands-mères" invoqués par les relativistes, là aussi ce n'est pas comparable. Un voile peut être porté à l'église, en général une mantille qui peut laisser transparaître les cheveux. C'est l'héritage d'un passage du Nouveau Testament qui explique aussi en partie le voile des nonnes. Ni Dieu, ni Jésus, ni l'un des apôtres ne l'ont recommandé, ni même évoqué. Seul Saint Paul l'a fait en s'adressant aux Corinthiens (1ère épître aux Corinthiens, chapitre 11 versets 3 à 13) :
"Je veux pourtant que vous sachiez ceci : le chef de tout homme, c'est le Christ ; le chef de la femme, c'est l'homme ; le chef du Christ, c'est Dieu.
Tout homme qui prie ou prophétise la tête couverte fait affront à son chef.
Mais toute femme qui prie ou prophétise tête nue fait affront à son chef ; car c'est exactement comme si elle était rasée.
Si la femme ne porte pas de voile, qu'elle se fasse tondre ! Mais si c'est une honte pour une femme d'être tondue ou rasée, qu'elle porte un voile !
L'homme, lui, ne doit pas se voiler la tête : il est l'image et la gloire de Dieu ; mais la femme est la gloire de l'homme.
Car ce n'est pas l'homme qui a été tiré de la femme, mais la femme de l'homme,
Et l'homme n'a pas été créé pour la femme, mais la femme pour l'homme.
Voilà pourquoi la femme doit porter sur la tête la marque de sa dépendance, à cause des anges.
(…)
Jugez par vous-mêmes : est-il convenable qu'une femme prie Dieu sans être voilée ?"

Le christianisme est la seule des trois religions monothéistes à prescrire le voile par des arguments strictement religieux. Le sexisme et le patriarcat exprimés et associés au voile sont inspirés de l'Ancien Testament (Genèse 24:65 et Nombres 5:18). Une coutume elle-même héritée de la plus haute antiquité dont la première trace est une loi assyrienne qui imposait le voile aux femmes mariées pour les distinguer des prostituées. Comme pour le Coran, ce sujet judaïque fut source de multiples débats depuis toujours. Leurs exégètes, enfants de leur temps, interprétèrent ces textes dans un sens patriarcal voire misogyne. La tradition juive a enfanté un nombre incroyable de lois dans un domaine qui s'appuie sur deux versets seulement. Aujourd'hui, seules les intégristes juives se voilent la tête ou portent une perruque au quotidien. De plus, en dehors d'Israël, leurs prescripteurs n'en ont jamais fait une arme politique et prosélyte contre les sociétés laïques pour étendre leur idéologie.
Le Coran affirme également la supériorité de l'homme sur la femme (sourate 4 verset 34). Mais elle n'est pas associée au voile. Les deux versets de la Torah et le passage de l'épître de Paul aux Corinthiens sont aussi les seuls à préciser le voilement de la tête des femmes, contrairement au Coran. Et dans le cas de Paul, cette dissimulation est uniquement prescrite pour la prière, pas pour le quotidien.
Paul était un homme de son temps, une époque patriarcale où le voile relevait de la coutume. De plus, un temple de Vesta existait à Corinthe depuis des siècles. Côtoyer des religieuses voilées était culturellement une évidence pour les habitants. Son épître était de circonstance et ne faisait qu'entériner l'usage tout en y apportant un souffle religieux qu'il voulait chrétien, en s'inspirant aussi des deux versets de la Torah (livre qu'il avait étudié pendant des années avant de devenir le disciple du Christ). Comme ce n'est pas une prescription divine, et qu'elle ne concerne que les moments de prière, l'Église a eu du mal à imposer le voile au quotidien pour les chrétiennes laïques (c'est à dire n'appartenant pas à un ordre religieux). Au début de l'ère chrétienne, il était le symbole de la femme pieuse et soumise à son mari. Mais cela évolua dès le Moyen-Age. Les femmes issues des grandes familles aristocrates et marchandes contournaient cet aspect du patriarcat en portant un voile qui pouvait être transparent et en laissant dépasser des chignons. Même les reines de France, épouses des représentants de Dieu sur terre selon l'Église, n'étaient pas voilées.
Si l'Église incita à porter le voile au Moyen-Age, elle n'en fit jamais une règle indépassable pour les laïques. Ce n'est qu'en 1917 qu'elle rendit son port obligatoire dans les lieux de culte. Une obligation disparue depuis 1983. Les seules catholiques à s'en être toujours coiffées jusqu'à aujourd'hui sont les religieuses. Il ne symbolise pas la soumission aux hommes comme souhaité par Saint Paul puisqu'elles restent célibataires, vivent entre elles et sont peu en contact avec le monde extérieur. Il symbolise la soumission à Dieu et à Jésus Christ, comme abordé plus haut.

Paul n'a pas prescrit le voile pour préserver la libido masculine. Il n'était pas porté en fonction de la présence ou non d'hommes. Sa raison d'être n'était pas sexuelle mais signe de piété religieuse et de sujétion aux hommes. Si le Nouveau Testament avait au départ validé la coutume du voile par imprégnation du patriarcat ambiant, les islamistes d'aujourd'hui affirment reprendre la même coutume antique entérinée par Paul mais jamais validée par le Coran. L'intérêt est de relativiser leur position par comparaison avec la Bible. Ils reconnaissent ainsi qu'ils militent pour le sexisme et le patriarcat. Ils y ont en plus ajouté leur obsession sexuelle dont seraient responsables les femmes.

Au quotidien, dans leurs formes et leur signification, ce sont bien des foulards, pas des voiles, que portaient les femmes catholiques françaises jusqu'au milieu du XXe siècle. En milieu rural, ils étaient portés depuis toujours pour des raisons pratiques, notamment pour le travail à la ferme et dans les champs. Plus largement, ils étaient portés par habitude culturelle sans aucune connotation religieuse et encore moins sexiste. "Nos grands-mères" pouvaient porter un foulard un jour et pas le lendemain. Il pouvait ne rien laisser voir des cheveux le lundi et être transparent le mardi. Il était porté à l'extérieur, pas à l'intérieur du domicile, qu'un homme soit présent ou pas. Le foulard de Grace Kelly (exemple régulièrement avancé par les islamistes pour relativiser leur obsession sexuelle) n'a ainsi rien à voir avec le hijab, le niqab ou la burqa. De plus, comme les relativistes le précisent, cela concernait "nos grands-mères"… Avancer un argument rétrograde, un passé où les femmes avaient peu de droits, pour défendre le voile islamiste, ce n'est pas très judicieux mais c'est cohérent.

Le voile "islamique" n'est donc pas l'équivalent du voile des nonnes, de la croix ou de la kippa, car il n'est pas un signe religieux. Si nous souhaitons effectuer des comparaisons, cela doit se faire avec d'autres signes discriminants.

Aucun racisme ne peut être accepté au nom de la "liberté religieuse". Amener la question du voile sur son véritable terrain, celui du sexisme, permet de mieux le mesurer. L'enjeu laïque sera moins central, le débat plus pertinent et constructif. Ce fut la lourde erreur de la loi de mars 2004 sur les signes religieux à l'école. Elle aurait dû aborder le voile comme un signe discriminant, une forme de racisme, sans entrer dans des considérations religieuses. En le classant comme signe religieux, le législateur a pris une position théologique, a "excommunié" tous les musulmans qui ne reconnaissent pas le voile ainsi, a galvanisé les islamistes et a déplacé le débat sur un terrain inadéquat.

Ne persistons plus dans cette erreur. Au nom de l'égalité entre les Êtres humains et de la lutte contre toute forme de racisme, nous ne devons jamais oublier ce que signifie réellement le voile.


(1) Jean Paul II, Vita Consecrata 25, cité par Moreau Régis, Guide de lecture des textes du concile Vatican II, la réforme de l'Eglise - Tome 2, Artège éditions, 2013.

(2) Qaradhawi Youcef, Le licite et l'illicite en islam, Éditions Al Qalam, Paris, 1992, rééd 2005.

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La lutte légitime contre la cyberhaine ne doit pas servir de prétexte au rétablissement du délit de blasphème

Karim Amellal, chargé de mission sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme sur internet
Karim Amellal, chargé de mission sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme sur internet.
Source : http://www.meltingbook.com/karim-amellal-contre-la-cyberhaine-il-faut-que-les-gens-recourent-au-droit/
       Karim Amellal est un "écrivain et enseignant à Sciences Po [qui] a été chargé par le président de la République de mener une mission dédiée à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme sur internet. Aux côtés de Gilles Taïeb, vice-président du Crif et Laetitia Avia, députée LREM, il réfléchit à la pertinence d’une loi." (1)

Pour être aux premières loges, nous sommes nombreux à confirmer qu'une telle mission est nécessaire. Or, en observant son angle d'approche, on s'aperçoit que la lutte contre la cyberhaine est aussi le moyen de créer un délit de blasphème envers l'islam, sans le dire. Les mots utilisés sont importants. Karim Amellal en utilise certains pour tenter de judiciariser ce qui relève pour l'instant de la liberté d'expression.

Les actes et propos discriminants et haineux envers des individus en raison de leur religion sont condamnables de la même façon que les actes et propos racistes. Le problème ne vient pas du degré de sanction mais de la catégorisation. En incluant les propos anti musulmans dans la notion de racisme, Karim Amellal s'inscrit dans le logiciel des islamistes et des indigénistes : le musulman n'est plus le fidèle d'une religion. Il devient membre d'un peuple, d'une ethnie.
Il déclare qu'"on assiste à une banalisation de la parole haineuse à l’encontre des musulmans, des juifs, des homosexuels, des femmes". La parole haineuse envers les juifs, les homosexuels et les femmes s'exprime envers des individus pour ce qu'ils sont en tant qu'Êtres humains. La parole haineuse envers les musulmans (tout comme envers les chrétiens, les boudhistes ou autres) s'exprime envers des individus pour leur choix religieux. Encore une fois, la sanction est la même, mais pas son origine.

L'histoire de notre laïcité s'est construite notamment suite aux guerres de religions du XVIème siècle. En suivant la logique de Karim Amellal, les catholiques auraient été coupable d'actes et propos racistes envers les protestants et inversement. Les haines au sein même de nombreuses familles où le père pouvait être catholique et le fils protestant, le frère protestant et la sœur catholique, auraient été du racisme. Ce qui est parfaitement ridicule. Ces guerres étaient bien religieuses, pas raciales.

En racialisant un choix religieux, Karim Amellal essentialise tous les musulmans. Plus grave encore, et c'est tout l'intérêt de cette racialisation, cela ouvre les portes au rétablissement du délit de blasphème. En effet, si un individu est humainement musulman, toute critique de l'islam serait logiquement une attaque contre son humanité, donc du racisme. C'est tout l'art du terme "islamophobie". A ce jour, l'islamophobie n'est pas un délit puisque la peur, la critique ou la moquerie de l'islam relève de la liberté d'expression au même titre que pour les autres religions.

Jusqu'à présent, la critique du christianisme et les multiples caricatures de Jésus, de Moïse, du pape et de tout ce qui compose le clergé sont acceptés par la société au nom de la liberté d'expression. Les parodies des Guignols de l'info ou les caricatures de Charlie Hebdo n'ont jamais gêné personne, à part quelques intégristes chrétiens inaudibles. Il en va tout autrement de l'islam : procès, pressions, menaces de morts, etc. Si l'État n'a pas (encore) fait de l'islamophobie un délit, les islamistes djihadistes en ont fait un crime. La sanction : la peine de mort. Depuis janvier 2015, qui a osé caricaturer le Prophète Mohamed ?
Le fait même de critiquer les intégristes musulmans (puisqu'ils seraient membres du peuple musulman), et de leurs manifestations par le voile et leurs actions politiques, est perçu par certains comme des propos racistes, toujours à travers "l'islamophobie".

Le régime dérogatoire demandé par une partie des musulmans pour l'islam, à travers "l'islamophobie", a du mal à passer. Rétablir le délit de blasphème pour une seule religion, comme le souhaite le CCIF par exemple, n'emporte pas une large adhésion. Alors on instrumentalise l'antisémitisme pour le mettre au même niveau que la critique religieuse et inclure "l'islamophobie" dans "les expressions haineuses envers les religions". Karim Amellal l'explique ainsi : "On sait que la lutte contre l’antisémitisme est une préoccupation très forte du Gouvernement. (…) Toutes les expressions haineuses envers les religions seront punies." (2) Ce raccourci est le cœur de son propos.


Extrait de l'article Extrait de l'article « Contre la cyberhaine, il faut que les gens recourent au droit »

Cet angle explique pourquoi le CCIF a été auditionné.



Comment est-il possible qu'une association d'extrême droite représentant l'idéologie des Frères Musulmans (3), qui n'a de cesse de vouloir cliver la société, créer des tensions, qui milite pour le racisme sexuel à travers le voile, et qui parfois tient justement des propos haineux sur les réseaux sociaux (exemples ci-dessous de deux de ses ex porte-paroles, dont Marwan Muhammad, en fonction à la publication de ses tweets), soit entendue pour avoir son avis sur la cyberhaine ?… Parce que le rêve du CCIF, l'essence de son existence, est de faire de l'islamophobie un délit.
Ce qui explique aussi pourquoi il n'y a pas d'équité dans les auditions : les intégristes chrétiens de Civitas ou les militants d'extrême droite de Riposte Laïque n'ont pas été invités à partager leur "expérience".

Yasser Louati, militant d'extrême droite et ex porte-parole du CCIF

Marwan Muhammad, ex porte parole du CCIF, en fonction à la rédaction de ces tweets

Karim Amellal aurait-il commis des maladresses ou l'audition du CCIF reflète bien les idées qu'il a exprimées ? Si c'est la deuxième hypothèse, le nommer à la tête d'une telle mission est un nouveau coup de canif à la laïcité donné par le Président de la République. Emmanuel Macron souhaite peut-être être le premier Président à détricoter ce qui a été une lente construction dans la douleur de notre laïcité et de la liberté d'expression.


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La choquante programmation de Médine au Bataclan ne peut pas être interdite

La choquante programmation de Médine au Bataclan ne peut pas être interdite
Source : publication Facebook publique de Médine, 8 août 2013
(enfants floutés par mes soins)
       Le militant islamiste Médine a fait du rap son support de prédication politico-religieux. Depuis que son passage au Bataclan a été annoncé, de nombreux articles et publications sur les réseaux sociaux ont apporté tous les éléments qui montrent sa radicalité religieuse et politique.

Emule de Tariq Ramadan et de nombre de prédicateurs Frères Musulmans, il est, selon ses mots, "officiellement l'ambassadeur de Havre de Savoir". Cette association est une des vitrines des Frères Musulmans en France et ne s'en est jamais cachée. Elle considère par exemple Youssef Al-Qaradhawi (le plus important théologien de la Confrérie encore en vie) comme une référence absolue et regrette son interdiction de territoire. Ce théologien ultra sexiste, homophobe et antisémite considère l'Europe comme une terre de conquête : "L'islam s'installera de nouveau en Europe. La conquête doit-elle se faire par l'épée ? Non, pas nécessairement. Il y a ce qu'on appelle une conquête pacifique. L'islam reviendra sans passer par l'épée. La conquête se fera par la dawa et la prédication."

C'est exactement ce qu'applique Médine. Son support, le rap, est un des meilleurs outils pour cela, et c'est pour cela qu'il est mis en avant par la Confrérie. Les résultats ne se sont pas fait attendre : ce militant d'extrême droite est soutenu, comme toujours dans ces cas-là, par une partie de la gauche. Il flatte aussi l'extrême droite traditionnelle qui trouve encore un prétexte pour diaboliser tous les musulmans, puisque Médine serait un "musulman lambda". Parallèlement, Médine se victimise en dénonçant "l'islamophobie de l'extrême droite". Tous ses détracteurs sont ainsi assimilés au fascisme. Comme je ne cesse de le dire, ces deux extrêmes droites ont besoin l'une de l'autre.

Il est normal que son passage annoncé au Bataclan choque toute une partie de la population. Comme montré plus haut, il est le représentant juridiquement acceptable de l'idéologie mortifère qui était passée au même endroit en novembre 2015 et qui fit près de 130 morts et plus de 350 blessés. Peut-être est-ce une nouvelle forme de quenelle de la part de Médine.

Devrait-on interdire son passage pour autant ? Non. Si les paroles pourraient être juridiquement condamnables, alors des plaintes doivent être déposées et ce sera à la justice de trancher, comme ce fut le cas pour son ami Dieudonné. Pour l'instant, comme je l'ai dit, il est juridiquement autorisé à se produire et le Bataclan a le droit de choisir sa programmation. Et peut-être que, par équité et promotion de toutes les formes "d'arts", cette salle programmera aussi un concert de skinheads, l'autre face de la pièce d'extrême droite de Médine. Quitte à programmer des suprémacistes militants d'idéologies totalitaires, autant être "inclusifs".
Philosophiquement également, Médine a le droit de s'y produire, aussi choquant que cela puisse être. La liberté d'expression est à ce prix. Nous ne pouvons pas brandir cette liberté pour nous-mêmes et la refuser pour nos adversaires, sauf encore une fois si ces adversaires tiennent des propos hors la loi. Comme l'a dit Raphaël Enthoven, "si la liberté n’est pas réciproque, elle n’est qu’un alibi". C'est justement cette réciprocité qui nous donne aussi la liberté de critiquer cette programmation, d'exprimer notre indignation et, pourquoi pas, de manifester devant le Bataclan le jour du concert. Telle est la France et c'est aussi pour ça que je l'aime.

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La dérive de l'UNEF, un mouvement de fond qui touche une partie de la gauche

La dérive de l'UNEF, un mouvement de fond qui touche une partie de la gauche

       Le voile n'a d'autres raisons d'être que de stigmatiser, discriminer et hiérarchiser une partie de l'humanité. Considérées comme tentatrices, les femmes devraient bâcher leur corps coupables, y compris leurs cheveux, le cou, les bras, etc., pour ne pas exciter la libido des hommes.
Avec la racialisation de l'islam, l'essentialisation de l'ensemble des musulmans, la cause des femmes est devenue secondaire : il ne faudrait pas critiquer le voile et son sexisme par crainte de "stigmatiser" LES Musulmans. Les musulmanes qui refusent le voilement sont ainsi perçues comme moins pieuses, voire comme des traîtresses ou "islamophobes" lorsqu'elles militent pour le dénoncer. Par ce que j'ai nommé la rhétorique d'inversion (1), la dénonciation de ce racisme sexuel à travers son marquage vestimentaire est accusée de racisme par les intégristes musulmans, accusation reprise en chœur par leurs soutiens. Le dernier exemple en date est celui de l'UNEF.
                    
Ce syndicat étudiant a fait le choix d'être représenté par une jeune femme couverte d'un symbole opposé à tout ce qu'il défend. Le fait de questionner et de critiquer ce choix est accusé de vouloir l'interdire, voire de racisme. Par ces anathèmes, l'UNEF est dans le rejet du débat démocratique sur ce sujet, de voir ce que signifie ce voile, ses valeurs, qui le prescrit (l'islam a bon dos) et pourquoi. Il est à l'unisson avec les intégristes musulmans qui ont su convaincre que le racisme et le sexisme du voile seraient une forme d'émancipation, un féminisme différent, un "féminisme islamique".

Comment ce syndicat, dont l'histoire est l'inverse de ses dérives actuelles, en est arrivé là ? C'est le fruit de graines semées il y a cinquante ans. La récolte idéologique dépasse l'UNEF. C'est un basculement générationnel qui touche toute une partie de la gauche, qui s'explique par l'Histoire et la stratégie efficace des Frères Musulmans.

Depuis plusieurs décennies, les islamistes ont tout fait pour remettre les musulmans sur ce qu'ils estiment être "le droit chemin" : prêches, livres, librairies, supports audios et vidéos, chaînes satellitaires, conférences, créations d'associations dans tous les domaines (centres "culturels", soutien scolaire, apprentissage de la langue arabe, activités périscolaires, centres de loisirs, aide humanitaire, syndicat étudiant, etc.). L'UOIF (les Frères Musulmans de France) ont même fondé l’Institut Européen des Sciences Humaines qui a pour vocation de former des cadres qui partiront aux quatre coins de France pour diffuser l’idéologie des Frères.

Contrairement aux salafistes, les Frères Musulmans ne rejettent pas la politique et la société. La ré-islamisation des musulmans, en inculquant leur interprétation de l'islam, est aussi un marchepied pour transformer l'ensemble de la société. Le moyen n'est pas la violence mais la patience. Un des principes des Frères Musulmans est “on a le temps”. Que ce soit dans 50 ou 70 ans, ils sont convaincus qu’ils réussiront à islamiser l’ensemble des sociétés dans lesquelles ils se trouvent. Il suffit d’être stratégique et patient. Ils n'hésitent pas, en apparence, à reconnaître les lois des pays laïques et démocratiques, et appellent les musulmans à se servir de leur citoyenneté. Une stratégie politique dans laquelle la rhétorique d'inversion est centrale. L'intérêt est l'imposition de leurs spécificités et de "l’identité islamique" à l'ensemble de la société à travers les moyens que leur offre la démocratie. En France, cela dure médiatiquement depuis la première affaire de voile dans un collège de Creil en 1989. Ce n'est pas un hasard. Par leur obsession sexuelle, leur sexisme maladif, le corps des femmes est le principal champ de bataille et la première arme politique des islamistes. Le voile est leur cheval de Troie.
L'alliance entre les islamistes et une partie de la gauche ne date pas d'aujourd'hui.

Les communistes français ont toujours considéré, du moins dès les années 1950, les peuples "arabes" comme des opprimés exploités par la colonisation, comme le seraient les ouvriers par les patrons. En référence aux principes de la Révolution Française, ils militaient pour l’émancipation des peuples. Ils avaient soutenu le FLN lors de la guerre d’Algérie. Les indépendantistes maghrébins étaient motivés par ces mêmes raisons. L’ensemble de leurs combats affichait surtout des motivations socialistes.

Les luttes contre les régimes autoritaires et pour la cause Palestinienne dans les années 1960 et 1970 avaient gardé les mêmes motivations chez les immigrés arabes et maghrébins. Elles étaient exclusivement politiques sans préoccupations religieuses. Leurs références étaient "arabes", pas "musulmanes", avec des discours de gauche anti impérialistes. Les étudiants étrangers venant de pays musulmans créaient des associations politiques du genre "Comité de Liaison des Étudiants Progressistes Arabes". Ces étudiants étaient fortement soutenus par des étudiants français d’extrême gauche. Ils voyaient en eux des camarades de lutte défendant les mêmes valeurs pour un même idéal et réciproquement.

Des étudiants islamistes étaient bien présents en France dès les années 1960. Mais ils étaient étrangers, comme les autres, et peu nombreux. Une fois leurs années d’études terminées, ils repartaient dans leur pays. Mais ils posèrent les jalons de ce qui deviendra l'UOIF et firent glisser peu à peu la sémantique et les orientations de ces étudiants laïques vers la religion, dès les années 1970. Les contenus des tracts étudiants de cette époque sont révélateurs. Les formules religieuses et noms d’associations avec le terme "musulman" ont remplacé progressivement les formules et noms issus du langage de gauche. La révolution islamique iranienne en 1979 n’a fait que galvaniser le phénomène, notamment par son arme politique qu'est le voile. Mais l’extrême gauche, ne mesurant pas cette évolution dangereuse vers l’extrême droite, n’a pas rompu ses liens avec eux.

Cette collusion entre des militants arabes et maghrébins, intégrant de plus en plus de religiosité dans leurs valeurs, et l’extrême gauche, explique en grande partie pourquoi aujourd’hui encore cette dernière est si complaisante avec les intégristes musulmans. De plus, la chute du communisme au début des années 1990 renforça ces liens, l’intégrisme musulman se substituant au communisme comme idéologie révolutionnaire opposée à "l’impérialisme occidental".

Avec un discours toujours teinté de gauche sur les questions économiques et sociales, et de "lutte contre l’impérialisme", les Frères musulmans ont su garder cette tendresse que l’extrême gauche avait pour les militants laïques arabes et maghrébins. Dès la fin des années 1990, Tariq Ramadan avait un succès fou auprès des altermondialistes. La perte des ouvriers, dont une partie s’est tournée vers le FN, a renforcé cette attraction pour les intégristes musulmans, identifiés comme les nouvelles victimes de "l’impérialisme", en imaginant qu’ils représentent l’ensemble des musulmans. C’est cet héritage que nous voyons aujourd’hui. Une partie de la gauche soutient aveuglément les islamistes. Auréolés de leur statut de victimes permanentes des méchants colons blancs racistes et oppresseurs, déclamant des discours sur les problèmes sociaux dans les quartiers populaires, sur la lutte contre le "néocolonialisme occidental" ou les questions socio-économiques, cela ne pouvait que séduire une bonne partie de l'extrême gauche (car toute l'extrême gauche ne les soutient pas) en mal d’opprimés à défendre.

La lune de miel est si romantique que les frontières sont poreuses. Des Frères Musulmans militent également dans des mouvements de gauche. Leurs discours et leur rhétorique sont un mélange de religion, de racisme et de lutte sociale. Cette alliance entre l'extrême droite religieuse et une partie de l'extrême gauche s'est concrétisée par la création du Parti des Indigènes de la République.

Le milieu estudiantin est un des nerfs de la guerre. L'enseignement forme les citoyens de demain. Les islamistes ont conscience qu'ils ne réussiront pas à convaincre leurs adversaires d'aujourd'hui. Ils savent qu'ils n'ont pas la moindre chance de faire supprimer la loi de mars 2004 qui protège les petites filles du désir islamiste de les voiler. Les futurs citoyens sont des proies de choix. Les islamistes comptent sur eux pour un jour supprimer cette loi comme d'autres dispositifs laïques.
Les personnes de plus de 40 ans ont connu l'islam sans voile. Certains ont vécu la guerre civile algérienne et ont conscience de la violence symbolique du voile. D'autres ont connu l'émancipation des femmes en Tunisie. Quant à ma génération de français d'origine maghrébine, nous avons connu l'islam malékite bien éloigné de ce qui est aujourd'hui l'islam intégriste importé du Moyen-Orient et qui tend à devenir partout la norme, y compris en France.
Les musulmans nés à partir des années 1990 n'ont pas les mêmes repères et sont fortement influencés par l'islamisme qu'ils imaginent être l'islam tout court. L'ensemble des français nés à partir de cette époque est également habitué à voir des voiles et à entendre des propos extrémistes qu'ils considèrent être de simples positions pieuses. Cette normalité ne les amène pas à s'interroger sur les enjeux. Au contraire, l'accepter serait une forme de tolérance. Chez ces jeunes générations, l'universalisme prôné par notre pays évolue lentement vers l'acceptation du multiculturalisme voire du communautarisme. La laïcité française est perçue comme intolérante face à une laïcité anglo-saxonne faussement plus ouverte. Cette dernière est un rêve pour les islamistes car elle leur permettrait de s'épanouir sans entrave.

Cette situation est aussi le résultat de l'infiltration islamiste dans les milieux universitaires. L'UOIF a créé l'EMF dans l'objectif de ré-islamiser les étudiants identifiés comme musulmans. Le deuxième intérêt est de développer leur intégrisme par des revendications religieuses portées par l'EMF au sein des universités.
Les Frères Musulmans de France, l'UOIF, ont créé le syndicat étudiant EMF dans leur volonté d'investir aussi le milieu estudiantin.
Les Frères Musulmans de France, l'UOIF, ont créé le syndicat étudiant EMF dans leur volonté d'investir aussi le milieu estudiantin. 
Entre temps, la rhétorique d'inversion et la victimisation permanente se sont développées et ont été intellectualisées. La création des Indigènes de la République, alliés aux islamistes, a permis le développement d'un néo-racisme qu'ils désirent faire passer pour de l'antiracisme. L'accès aux universités a pour but d'orienter les recherches universitaires vers leurs thèses, car c'est là que sont formés les futurs enseignants et une partie des travailleurs sociaux.

Ces dérives débordent et éclatent à présent au grand jour. Le terme "islamophobie" développé par les intégristes musulmans tente de devenir un synonyme de racisme pour décrédibiliser toute critique à leur égard. Certaines universités ont validé ce point de vue.

En mai 2017, l’École Supérieure du Professorat et de l’Éducation de l’académie de Créteil avait organisé un colloque intitulé "Penser l'intersectionnalité dans les recherches en éducation". Développant toutes les thèses racialistes et colonialistes des indigénistes, certains thèmes abordés avaient pour titre "L’institution scolaire au risque de l’islamophobie" ou encore "Comment l'institution scolaire fabrique le "problème musulman"".

En octobre 2017 devait se tenir un colloque intitulé "Lutter contre l'islamophobie, un enjeu d'égalité ?", organisé par la Chaire "Égalité, inégalités et discriminations" de l'université Lyon 2 en partenariat avec "l’Institut Supérieur d'Étude des Religions et de la Laïcité". Il allait rassembler la fine fleur de la nouvelle extrême droite française : des associations islamistes alliées à l'intégrisme chrétien, des antisémites, des militants politico-religieux, et même un fiché S (2). Par la rhétorique d'inversion, tous se présentaient comme des militants démocrates et antiracistes. Aucun contradicteur, pas le moindre militant laïque ni même de musulmans progressistes n'ont été invités. Par cet entre-soi inquiétant, ce colloque était loin d'avoir une portée scientifique. C'était un moyen pour les intervenants de s'en servir comme caisse de résonance et permettre de légitimer encore un peu plus l'indigénisme et l'intégrisme musulman sur le plan universitaire.
Face au tollé, l'université a préféré l'annuler.

Quelques semaines plus tard était également prévu un séminaire d'"études décoloniales" à l'Université de Limoges. L'invité d'honneur devait être Houria Bouteldja. Raciste, antisémite et homophobe, elle est la porte-parole du Parti des Indigènes de la République et auteur du livre Les Blancs, les Juifs et nous : vers une politique de l'amour révolutionnaire. Nouvelle polémique, nouvelle annulation.

Autre lieu, autres dates mais mêmes orientations : les 18 et 19 décembre 2017, le syndicat Sud Éducation 93 organisa à Saint Denis un stage syndical "Au croisement des oppressions - Où en est-on de l’antiracisme à l’école ?". Ce stage était proposé aux enseignants fonctionnaires et agents non titulaires. Par ses intervenants indigénistes et islamistes, ainsi que les thèmes des débats proposés, il déroula toute la logorrhée indigéno-racialiste qui sert aussi de tremplin à l'idéologie islamiste (3).

Plus récemment, lors des grèves étudiantes en avril 2018, les mouvements grévistes ont été infiltrés par les indigénistes. A l'Université Libre de Tolbiac, des débats aux relents racistes ont été organisés, tels que "Les mouvements sociaux et la question de la race : les angles morts de l'extrême gauche blanche". Étaient également prévus des débats sous les thèmes "autonomie politique indigène, impérialisme gay, Palestine".

En s'alliant avec des islamistes et en choisissant une étudiante vêtue de l'uniforme des Frères Musulmans, l'UNEF se situe dans ce mouvement de fond. Les anciens du syndicat sont éberlués et choqués de constater les dérives de la nouvelle génération de militants.
L'EMF est la branche estudiantine des Frères. Par de multiples actions et conférences, les liens entre l'EMF et d'autres représentants de l'islamisme politique sont étroits. Le plus régulier est la Rencontre annuelle des Frères au Bourget. EMF y a son stand, à côté des librairies vendant des livres misogynes et homophobes, et d'autres stands vendant poupées voilées et voiles pour les fillettes (4).

Comme chaque année, l'EMF avait son stand à la Rencontre des Frères Musulmans au Bourget
Comme chaque année, l'EMF avait son stand à la Rencontre des Frères Musulmans au Bourget
Comme chaque année, l'EMF avait son stand à la Rencontre des Frères Musulmans au Bourget
Comme chaque année, l'EMF avait son stand à la Rencontre des Frères Musulmans au Bourget en 2018
En perte de vitesse, l'UNEF s'est alliée à EMF afin de gagner des sièges aux CROUS et ailleurs. L'élection puis la mise en avant d'une jeune femme portant le symbole sexiste et politique des islamistes n'est pas de la tolérance et encore moins un acte laïque. C'est l'aboutissement visible de l'alliance politique entre ce syndicat et l'intégrisme musulman. Cette évolution signe le déclin idéologique d'un syndicat qui défendait historiquement le féminisme et la laïcité.

L'UNEF, en perte de vitesse, s'est allié aux islamistes pour gagner des sièges aux élections.
L'UNEF, en perte de vitesse, s'est allié aux islamistes pour gagner des sièges aux élections.
L'UNEF, en perte de vitesse, s'est allié aux islamistes pour gagner des sièges aux élections.

L'infusion de la rhétorique d'inversion des Frères Musulmans ne touche pas seulement le milieu universitaire. Le féminisme est également concerné. Plusieurs associations et militantes considèrent que le voile est compatible avec le féminisme. Certaines estiment même que le voile est une forme de féminisme… Cette évolution générationnelle touche également un mouvement mythique à mes yeux, le Planning Familial.

Dans les années 1960 et 1970, le Planning Familial était en première ligne face au patriarcat et à l'intégrisme catholique. Les militantes de l'époque étaient conscientes du danger pour les femmes d'inclure la religion comme argument de régulation des rapports entre les sexes.
En 2004, le Planning Familial avait été un partenaire indéfectible du mouvement Ni Putes Ni Soumises (NPNS). Toute la sphère islamiste attaquait sans relâche cette jeune association. Les liens entre NPNS et le Planning Familial étaient si forts que pour la manifestation de la journée internationale des droits des femmes de mars 2004, en plein débat sur les signes religieux à l'école, les deux mouvements manifestèrent ensemble, pour se séparer du cortège principal qui intégrait des associations religieuses pro-voile.

A la tête du comité NPNS de Grenoble, j'avais eu plusieurs fois l'occasion d'intervenir à cette époque dans des débats publics en binôme avec une représentante du Planning.

Mais ça, c'était avant… Depuis quelques années, le mouvement vit une lente évolution de l'universalisme vers le relativisme. Des dissensions internes existent au sein du Planning opposant, pour faire simple, l'ancienne et la nouvelle génération de militantes. Si les anciennes sont conscientes du danger de l'alliance avec des religieux, quelle que soit la religion, les plus jeunes y voient une forme d'intolérance, mais uniquement envers l'islam. Le racisme et le sexisme du voile, les valeurs qu'il véhicule, notamment sur le corps des femmes et leur sexualité, sont à l'opposé de tout ce que défend le Planning Familial. Pourtant, tout comme à l'UNEF, ce symbole du patriarcat est perçu par certaines jeunes militantes comme un symbole féministe.

Le virage officiel fut pris à l'été 2017 par son soutien à Lallab, une association "féministe" qui s'inspire de l'idéologie des Frères Musulmans. Le Planning Familial a toujours lutté pour la mixité entre garçons et filles. Elle soutient aujourd'hui une association qui assume le refus de la mixité et qui défend le voilement des enfants par son désir de supprimer la loi de mars 2004.

Le Planning Familial a apporté son soutien à une association religieuse aux antipodes de ses valeurs.

Le Planning Familial a apporté son soutien à une association religieuse aux antipodes de ses valeurs.

Chaque avancée de la manifestation intégriste de ce voile est un recul et une pression supplémentaire pour les musulmanes qui ne le portent pas. Ce port est éminemment politique, surtout dans un syndicat censé défendre des valeurs laïques et féministes tel que l'UNEF. Peu importe les intentions de celle qui s'en couvre, il en est la quintessence. L'UNEF participe à sa banalisation et au développement de l'intégrisme musulman en France. Le féminisme est devenu secondaire au profit de la défense d'une idéologie politico-religieuse qu'ils déclarent être de l'antiracisme. C'est un mouvement de fond, héritage historique du mariage entre l'intégrisme musulman et une partie de la gauche.

Le CCIF, idéologiquement la branche juridique des Frères Musulmans, profite justement de cette polémique pour user encore de la rhétorique d'inversion. Il affiche sur les réseaux sociaux la photo d'une femme voilée avec pour accroche "les femmes musulmanes contre le sexisme et l'islamophobie".
La rhétorique d'inversion habituelle du CCIF : le sexisme du voile se transforme en lutte contre le sexisme
La rhétorique d'inversion habituelle du CCIF : le sexisme du voile se transforme en lutte contre le sexisme, et les musulmanes non voilées ne seraient pas musulmanes.
Les musulmanes non voilées seront ravies de savoir qu'elles ne sont pas musulmanes. Les autres seront satisfaites de voir que le sexisme ne vient plus du voile mais des féministes. Islamisme et revendications étudiantes, nous sommes bien dans la "convergence des luttes".





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