Le CCIF et l'homophobie : un faux silence, une vraie caution (2ème partie)

Le CCIF et l'homophobie : un faux silence, une vraie caution
(source CCIF et leparisien.fr)

(Lien vers la 1ère partie en fin de celle-ci)

       Par sa stratégie politique victimaire et d'inversion des rôles, le CCIF se présente comme "une association de défense des droits de l’homme" (sic). Cet affichage pour la vitrine tente de masquer la réalité de son arrière-cour islamiste. Pour ne pas être mis en porte à faux entre ses convictions réelles et son affichage officiel, le CCIF prend bien garde de ne jamais se prononcer sur certains sujets. L'homosexualité est l'un d'entre eux. Sa vitrine revendiquant la défense des droits humains en général et des musulmans en particulier, il aurait été logique qu'il lutte activement contre l'homophobie puisque cela concerne aussi les musulmans. Lors des débats sur le mariage pour tous, il aurait pu se prononcer pour l'égalité quelle que soit son orientation sexuelle. D'abord parce qu'être contre signifie le désir de discriminer des êtres humains en raison de ce qu'ils sont. Ce qui est du racisme. Les homosexuels musulmans doivent avoir la possibilité de se marier, que leur amour soit reconnu officiellement, comme les couples musulmans hétérosexuels, pour "éviter les injustices" (expression chère au CCIF lorsqu'il s'agit de défendre l'intégrisme).  Ensuite, autoriser l'accès au mariage aux homosexuels assurerait une forme de protection pour les musulmans gays. Si des musulmans, y compris leur famille, les discriminent (parfois violemment), l'État reconnaîtrait leur union et leur accorderait des droits les protégeant mieux.
Alors où sont ses projets de lutte contre l'homophobie entre musulmans ? Quels sont les dossiers traités par le CCIF pour la défense d'homosexuels musulmans ? Où sont ses "statistiques" à ce sujet ? A-t-il déjà manifesté son soutien pour les homosexuels musulmans ? A-t-il ne serait-ce qu'évoqué ce sujet ? Jamais. Comme si les homosexuels musulmans n'existaient pas. Or, l'homophobie est très répandue chez les citoyens de confession musulmane, surtout bien sûr chez les intégristes dont le CCIF fait partie. Passer son temps à dénoncer un "racisme d'État" chimérique n'efface pas les discriminations institutionnalisées intracommunautaires, bien réelles.

Si, pour préserver sa vitrine, le CCIF ne se prononce pas directement sur cette question, il laisse les soutiens de sa famille idéologique s'exprimer pour lui. Nabil Ennasri, islamiste homophobe (je sais, c'est un pléonasme) et fervent soutien du CCIF qui en est fier (cf. 1ère partie), est loin d'être le seul.

Tariq Ramadan est réputé pour son double discours, parfois difficile à relever quand on n'est pas au fait de sa rhétorique, même si on sent déjà une gêne sans savoir d'où cela vient exactement. Il a perfectionné à l'extrême la rhétorique des Frères Musulmans. Il est devenu un exemple à suivre.
Son double discours se situe à deux niveaux. Le premier et le plus simple à déceler est son adaptation à son auditoire. Il y a ce qu'il dit pour la vitrine, à destination des médias et du grand public, et ce qu'il dit sincèrement dans l'arrière-cour face à ses fidèles. Il peut ainsi sembler ouvert et moderne d'un côté, et montrer son ultra-conservatisme et son intégrisme de l'autre. Le deuxième niveau se situe dans ses propos où le double langage peut-être présent dans un même discours, voire dans une même phrase.
La question de l'homosexualité n'échappe pas à cela. Sur ce sujet, il commence toujours par se réfugier derrière les textes sacrés des autres religions qui sont effectivement homophobes, pour arriver à la conclusion que, l'islam s'inscrivant naturellement dans cette continuité, il n'exprime pas son opinion mais ne fait que rappeler la position des religions. En résumé, il ne serait pas homophobe, il ne fait que citer les textes. Comme les textes sont la parole de Dieu, alors l'homosexualité est contre-nature.
Pour lui, l'orientation sexuelle ne relève pas de l'Être, comme la couleur de peau par exemple. Elle relève d'un choix pervers. Il réduit donc la question à son acceptation ou non. Son "acceptation" relèverait d'une injonction de l'Occident pour l'intégration du musulman, une injonction aux "relents coloniaux voire xénophobes". Il faudrait refuser cette acceptation de l'homosexualité pour préserver son islamité. Houria Bouteldja, figure emblématique des Indigènes de la République et autre soutien du CCIF, est exactement sur la même ligne.

Pour montrer sa tolérance, Tariq Ramadan use d'un de ses artifices habituels. Il dit être particulièrement critiqué par certains groupes musulmans sur cette question. L’homosexualité est interdite en islam mais nous devons éviter la condamnation et le rejet des personnes. Comme à son habitude, il se compare à des islamistes qui veulent tuer les gays pour passer pour un modéré, plutôt que de se comparer à des modernistes face auxquels il passerait pour un extrémiste. Il poursuit : Ainsi, on peut être en désaccord avec le comportement d’une personne (sur le plan public ou privé) mais respecter la personne en  tant qu’être. C’est ce que j’ai toujours affirmé en allant même plus loin : une personne qui prononce l’attestation de foi islamique devient musulmane et si, par ailleurs, elle pratique l’homosexualité, il n’appartient à personne de la sortir de l’islam. Un comportement considéré comme répréhensible par les  règles morales ne suffit pas à excommunier un individu.
Pour lui, l'homosexualité est une simple "pratique", "un comportement" sur lequel on peut être en "désaccord" et considéré comme "répréhensible par les règles morales". Un homosexuel est un pêché à lui tout seul, baignant dans l'immoralité. Il serait dans l'erreur par son "choix", mais il ne faut pas rejeter l'individu. Dans son raisonnement, "l'acceptation" de l'homosexualité serait en faire la "promotion". Nous sommes ici dans l'homophobie basique teintée d'une pseudo tolérance.
Incapable de dépasser la littéralité du coran et tout imprégnée de l'intégrisme des Frères Musulmans, cette posture "d'ouverture" est le maximum qu'il puisse faire pour la vitrine. Nous la retrouvons sur son site internet (1) et il tient les mêmes propos sur les plateaux de télévision, comme lors d'une émission face à un musulman homosexuel (2).

Le fond de sa pensée perce un peu plus dans l'un de ses ouvrages où il écrit que l'homosexualité est un "comportement [qui] révèle une perturbation, un dysfonctionnement, un déséquilibre" (3). Face à cela, il déclare, dans une conférence devant ses fidèles, regretter que l'homosexualité soit devenue un "comportement normal" en Occident. Il regrette également qu'il soit impossible d'envoyer tous les enfants musulmans dans des écoles musulmanes pour les protéger car en tant que musulmans "on ne peut pas normaliser" l'homosexualité. Il estime que la lutte contre l'homosexualité n'est qu'une question d'éducation, qu'il faut être "armé, intellectuellement et psychologiquement". Sans cette éducation, l'enfant "cultive le mal". D'après lui, plus il y a de religiosité moins les enfants seront "exposés à ça" (4).

Mais Tariq Ramadan sait faire preuve d'une certaine "compréhension" : Il ne s’agit pas de culpabiliser, mais d’accompagner, d’orienter, réformer pour accéder à l’équilibre de la spiritualité (5). La spiritualité d'un(e) musulman(e) gay serait, d'après lui, moins équilibrée que celle des autres musulmans. Pour retrouver l'équilibre, il suffirait de réorienter le "déséquilibré". En plus d'être homophobe, nous sommes en plein discours "islamophobe" selon la définition du CCIF. Nous avons les mêmes discours avec les intégristes chrétiens dirigés contre les chrétiens homosexuels. La différence est que ces intégristes ne sont soutenus par personne à gauche et par aucun militant LGBT…

Le CCIF n'a jamais apporté le moindre bémol aux propos de Tariq Ramadan, quels que soient les sujets, notamment sur l'homosexualité. C'est même le contraire. Il a toujours soutenu le prédicateur islamiste et inversement. T. Ramadan fut notamment l'un des intervenants phares d'un colloque du CCIF sur "l'islamophobie" en novembre 2012. Il exprime même son soutien au collectif dans une vidéo du CCIF.


Il a également été  l'invité vedette récurrent de ses "dîners de soutien" annuels. En 2015, il fut physiquement absent mais fortement présent par une vidéo et la mise aux enchères d'un dîner avec lui, animé par un fan des Frères Musulmans : Yassine Bellatar.

Les liens entre le CCIF et Tariq Ramadan sont encore plus forts. Marwan Muhammad, qui fut porte-parole puis directeur du collectif, a été officiellement adoubé par le prédicateur comme étant son héritier idéologique.

Tariq Ramadan reconnait Marwan Muhammad parmi ses héritiers idéologiques

Hani Ramadan, frère de Tariq, n'est évidemment pas en reste. Comme toujours, il exprime la même chose que son frère mais de façon moins subtile : N’observons-nous pas aujourd’hui encore en effet, que dans nos sociétés modernes, malgré le progrès des sciences et le confort matériel, nous sommes envahis par toutes sortes de maux qui traduisent une dérive constante vers l’adoration du Taghut (terme qui désigne tout ce qui dépasse les limites de la religion) sous tous ses aspects ? Ne serait-ce qu’au niveau d’une sexualité débridée qui s’exprime dans les relations hors mariage, dans la prostitution, l’homosexualité, le harcèlement, le viol, la pédophilie, l’inceste ? (6). Nous retrouvons là encore la comparaison avec la pédophilie et l'inceste, avec en bonus une comparaison avec l'adultère, le harcèlement, la prostitution et le viol. Tout ceci serait causé par une "sexualité débridée". L'homophobie dans toute sa splendeur. Hani Ramadan fut l'un des invités du CCIF pour son "dîner de gala" de 2012. Le prédicateur soutient également le collectif dans une vidéo. Une demande du CCIF qui n'a jamais apporté le moindre bémol non plus aux positions de ce Frère Musulman.


Hassan Iquioussen est une des "stars" des Frères Musulmans français. Prédicateur cadre de l'UOIF, ses conférences et prêches en vidéo se comptent par dizaines. Il s'était rendu célèbre en 2003 par une conférence antisémite particulièrement violente (7). Son sexisme atteint les mêmes sommets. Serait-il plus ouvert avec l'homosexualité ? : Il est évident qu'en tant que musulman, je condamne l'homosexualité parce que nous la considérons comme un pêché (…) comme je condamne le vol et le viol. (…) Chez nous l'homosexualité n'est pas la bienvenue (8).
C'est contre-nature. (...) Tout ce que je leur demande c'est qu'ils ne me touchent pas. (...) Pour certains, l'homosexualité est une maladie, pour certains c'est une faiblesse, pour certains c'est une perversion, pour certains c'est satanique. Mais celui qui te dit "c'est plus fort que moi", je ne le condamne pas (9).
Il est dans la lignée de Tariq Ramadan. Il est homophobe (il compare aussi, dans une autre conférence, le mariage homosexuel à un mariage avec des animaux), tout en expliquant qu'il ne condamne pas les homosexuels…

Comme l'ensemble des islamistes, CCIF inclus, Hassan Iquioussen ne se définit pas comme un intégriste mais comme un simple musulman. Les musulmans modérés seraient des "traîtres" qui ont abandonné leur religion. Il procède alors à la classification habituelle des intégristes, en précisant sa pensée : Il y a les musulmans "civilisés", "modernes", "modérés", "intégrés", "assimilés", athées, homosexuels et pourquoi pas pédophiles. Et puis vous avez les musulmans soucieux d'être fidèles à leur éthique religieuse, à leur spiritualité, mais soucieux de vivre dans leur pays la France, dans le respect des lois. Et bien entendu, ce type de musulmans est dans le collimateur.


Il cite l'homosexualité, toujours associée à la pédophilie, pour montrer à quel point l'athéisme serait horrible. Cet ensemble "d'horreur" est adjoint aux musulmans "modernes, modérés, intégrés, assimilés" qui ont accepté ces "monstruosités" au détriment de "l'éthique" musulmane. Nous retrouvons encore cette notion d'éthique, arlésienne chez les islamistes. L'homophobie en a toujours fait partie. Il met ainsi en balance les intégristes qui, eux, seraient soucieux d'être de vrais musulmans. C'est cette piété qui serait persécutée en France. Nous sommes au cœur de la stratégie victimaire des islamistes. Leur radicalité, leur totalitarisme, leur sexisme et leur homophobie doivent être respectés au nom de la liberté religieuse. Le contraire serait de… "l'islamophobie". C'est exactement le même discours que le CCIF.

Le discours de ce prédicateur extrémiste n'est pas un hasard. Il a été prononcé en soutien au CCIF dans une vidéo intitulée "Comprendre l'islamophobie et la combattre"… (10) Durant plus de 14 minutes, il reprend tous les propos victimaires du CCIF pour en faire un long éloge et montrer son soutien au collectif.


Le CCIF, là encore, a participé à plusieurs conférences à ses côtés, en l'invitant aussi parfois, accepte ce soutien et n'a jamais condamné ni même pris ses distances avec l'homophobie de ce prêcheur frériste.

Voici un dernier exemple, pour le "plaisir". Le prédicateur salafiste Hassan Bounamcha s'est rendu célèbre dans les milieux islamistes pour ses prises de paroles radicales.  Il exprime son "amour" pour les homosexuels ainsi : Vous avez vu le séisme qu’il y a eu dans les années 80 à San Francisco ? C’est la ville dans les années 80, si ma mémoire est bonne, qui représentait 3 millions de gays. 3 millions de gays, d’homosexuels ! 3 millions, c’est un tiers de la Tunisie ! Allah a envoyé un châtiment spécial : tremblement de terre, en quelques secondes des milliers de morts (11).


Il se fond si bien dans la vision de l’islam version CCIF que ce salafiste soutient lui aussi officiellement l’association. Un soutien que le CCIF est fier d’avoir filmé et affiché sur sa page Youtube, comme pour les autres. Certainement sa manière de "défendre les droits de l’Homme" (il semble que les homosexuels n’entrent pas dans la catégorie "Homme" du CCIF).


Toutes les personnes citées dans cet article ont plusieurs points communs. Elles défendent le terme "islamophobie" dans leur désir de criminaliser et culpabiliser toute critique de l'islamisme et de l'islam en général. Elles sont toutes homophobes. Elles soutiennent toutes le CCIF qui le leur rend bien. Leur lutte contre "l'islamophobie" s'accompagne de la promotion de l'homophobie.

Certes, on ne choisit pas toujours ses soutiens, mais on choisit qui on remercie et quels soutiens on met en avant. De plus, vu le nombre d'homophobes, on a les soutiens qu'on mérite.

Toutes ces déclarations et prises de positions, au-delà d'être homophobes, sont aussi "'islamophobes" selon les critères du CCIF qui définit "l'islamophobie" ainsi : "l’ensemble des actes de discrimination ou de violence contre des institutions ou des individus en raison de leur appartenance, réelle ou supposée, à l’islam". La réalité de ce terme n'est pas celle-là. Mais si nous allions dans ce sens, les musulmans homosexuels qui sont victimes de discrimination en raison de leur orientation sexuelle le sont aussi en raison de leur religion par d'autres musulmans, dont ces soutiens du CCIF. Ce qui démontre, pour un collectif "de défense des droits de l’homme" (sic), que la vitrine de la branche juridique des Frères Musulmans en France n'est là que pour cacher une arrière-cour où il pourrait festoyer avec la crème des intégristes de toutes les autres religions.

Le CCIF accepte ainsi de faire conférence commune avec des homophobes. Il accepte leur soutien, les assume et les affiche. Mais il n'a jamais participé à des conférences de la lutte LGBT pour exposer "l'islamophobie" et l'homophobie dont sont victimes les musulmans gays. Il n'a jamais soutenu les quelques rares musulmans qui ont eu le courage de faire leur coming out, bannis par leur entourage car considérés comme traîtres à l'islam de la pire des façons qui soit aux yeux de leurs proches.
Le CCIF est ainsi à l'opposé des associations antiracistes dont il tente d'être un équivalent. Est-il déjà arrivé que la LICRA ou SOS Racisme fassent meeting commun avec des homophobes ? Les associations antiracistes ont-elles déjà été soutenues par des homophobes tenant ce type de discours ?

Le CCIF n'a jamais condamné tous ces propos et ne s'en est jamais démarqué. Au contraire, à travers les soutiens qu'il met en avant, il les revendique. En effet, les vidéos de ces homophobes ne sont pas spontanées. Ce ne sont pas des déclarations à la volée et ne figurent pas sur les pages personnelles de ces personnes. Ces soutiens ont été préparés, filmés et montés par le CCIF pour leur donner un aspect officiel. Ce collectif est allé les chercher. Certes, il ne l'a pas fait pour leur homophobie spécifiquement, mais pour l'ensemble de leur "œuvre" dont l'homophobie (tout comme le sexisme) fait partie.

Des people, personnalités de la télévision, de la chanson et du cinéma ont aussi été approchées par le CCIF dans le cadre de ses campagnes de soutien. Mais les raisons sont différentes. Les Frères Musulmans ont des discours pour la vitrine destinée à séduire le grand public et une arrière-cour pour séduire et convertir les fidèles à sa radicalité. Pour se rendre acceptable, donner l'image d'un collectif luttant contre les discriminations, se mettre au niveau de la Ligue des Droits de l'Homme ou autres associations de ce genre, le CCIF demande à des personnalités rassurantes de le soutenir. Une caution indispensable amenée par des personnalités qui, elles, dénoncent sincèrement l'homophobie comme toutes les discriminations. Elles sont d'ailleurs, malgré elles, la caution pour la mise au même niveau entre homophobie et "islamophobie" afin de faire de cette dernière une discrimination qu'il faudrait aussi combattre.
Ces soutiens permettent également au CCIF de se targuer de ne pas uniquement être soutenu par des intégristes religieux. Dans son impossibilité d'être soutenu par des religieux modérés, le CCIF masque cette lacune par les soutiens des peoples. Aucun islamologue, imam ou intellectuel musulman progressiste n'a été filmé pour soutenir le CCIF. Et pour cause, ils sont adversaires.

Les soutiens vidéo des islamistes ont donc une autre fonction. Moins médiatisés que les vidéos des peoples destinées au grand public, les soutiens islamistes visent plus spécifiquement les fidèles, les militants, "les musulmans" qu'on souhaite toucher. Il n'est pas question de défendre les musulmans dans leur ensemble mais de devenir le défenseur référent de l'intégrisme pour la "salafisation" des musulmans et son acceptation par la société.

Là est sa volonté de démontrer son idéologie, son adhésion à ce courant extrémiste de l'islam, dont l'homophobie est logiquement une évidence. Le CCIF s'identifie à cet islam-là. Toute sa lutte depuis sa création est de le défendre. Toute sa stratégie est de louvoyer pour que cela ne se voie pas.

A ce jour, aucun journaliste ni vrai contradicteur (que le CCIF prend bien soin d'éviter) n'a eu l'idée de lui poser une question sur un sujet concret en insistant jusqu'à obtenir une réponse précise… sauf une fois. En octobre 2016, un débat avait été organisé par Science Po Paris entre Marwan Muhammad, à l'époque directeur du CCIF, et Jean-François Copé (12). Ce dernier demanda au directeur du CCIF s'il condamnait la polygamie, ne lâchant rien jusqu'à enfin obtenir une réponse. Évidemment, en bon islamiste, Marwan Muhammad refusa de la condamner. Mais il va encore plus loin en comparant la polygamie à la liberté sexuelle : On vit dans une société où les gens choisissent d’avoir un, deux ou trois partenaires sexuels, ça n’est pas la question du CCIF. Dans ses propos, avoir plusieurs partenaires sexuels n’est évidemment pas un compliment. Il semble réduire la polygamie à des partenaires sexuelles multiples ou à une simple partouze religieusement légalisée pour mieux la relativiser. Mieux encore, il se met à parler d’homosexualité pour faire un parallèle avec la polygamie : Je ne condamne pas les choix personnels des uns et des autres d’être homosexuel ou d’être polygame ou de se marier à deux ou à trois, ça ne m’intéresse pas. Le fait d’avoir plusieurs partenaires sexuels, ça n’est pas mon sujet.


L’homosexualité serait un "choix personnel" qu’il compare à son amalgame persistant entre polygamie et liberté sexuelle. Il est exactement sur la même ligne que la totalité des soutiens islamistes du CCIF cités dans cet article.

Dans son extrémisme religieux, comment pourrait-il être contre la polygamie et pour l'acceptation de l'homosexualité ? Ce serait pour lui un blasphème, un pêché, un défi lancé à Dieu. Cette confusion teintée d’homophobie qui confond homosexualité, polygamie (qu'il relativise) et liberté sexuelle, résume assez bien la pensée islamiste dans son ensemble.
Marwan Muhammad s’exprimait publiquement et engageait le CCIF. Il s'était donc retrouvé coincé entre la dissimulation de sa véritable pensée pour des raisons stratégiques, et sa crédibilité religieuse face à ses fidèles présents en nombre dans la salle et à regarder cette vidéo sur internet. Ce jour-là, son interlocuteur força suffisamment la vitrine pour nous laisser apercevoir une partie de l'arrière-cour.

Tous les intégristes religieux de toutes les religions tiennent ce type de propos. Les religions sont homophobes par essence puisqu'elles sont le reflet des époques où elles ont été créées. Il n'y a pas besoin d'être croyant, d'avoir un livre sacré, pour être homophobe. Mais il est plus facile de lutter contre l'homophobie face aux non-croyants que face à des intégristes religieux qui ont gravé pour l'éternité cette discrimination dans le marbre. D'un côté ce n'est qu'un athée qui parle. De l'autre c'est la parole de Dieu. Qui oserait la remettre en cause quand on est croyant et sensible aux interprétations littéralistes des extrémistes ?

Si le CCIF se présentait comme une association religieuse qui défend l'islam des Frères Musulmans contre les valeurs démocratiques et républicaines, ce serait plus honnête mais moins avantageux. En inversant les rôles pour se présenter comme une "association de défense des droits de l'homme", le collectif a tout à gagner. Cet anesthésiant victimaire fonctionne bien. Concernant l'homophobie par exemple, le CCIF est soutenu par des militants de la cause LGBT. Un soutien idéologiquement contre nature mais qui marque l'efficacité du choix stratégique des Frères Musulmans à travers le concept "d'islamophobie". Critiquer cette homophobie serait de "l'islamophobie" à leurs yeux. Cette incohérence ne pose aucun problème aux soutiens "antiracistes" du collectif. Voilà pourquoi la lutte contre l'homophobie passe aussi par la lutte contre le terme "islamophobie". Les musulmans gays méritent d'être défendus tout autant que les autres.

Les "antiracistes" qui soutiennent le CCIF participent à la promotion de l'homophobie en faisant de cette discrimination une "opinion" acceptable puisque exprimée par les éternelles victimes que seraient les (intégristes) musulmans. Alors on ferme les yeux. On préfère détourner le regard pour promouvoir le délit de blasphème en imaginant que c'est comme cela qu'on lutte contre les discriminations. A ce jeu-là, les homosexuels ne sont pas les seuls perdants. En ayant laissé les islamistes pénétrer les mouvements antiracistes, c'est l'ensemble des luttes contre les discriminations qui en pâtissent.

Le faux silence du CCIF sur l'homophobie, en laissant parler ses soutiens à sa place, est sa caution à cette discrimination. Les islamistes soutiennent le CCIF car il leur permet, à travers sa vitrine de "défense des droits de l'homme", de rendre leur homophobie acceptable. Par cette mauvaise image qu'il renvoie de l'islam, par son désir de cliver la société à travers son "vivre (dans son) ensemble", le CCIF est l'allié objectif, l'autre face, de l'extrême droite traditionnelle. Cette dernière s'appuie sur l'intégrisme du CCIF et consorts pour attaquer l'ensemble des musulmans. Lutter contre le CCIF et ses alliés permet de lutter contre les discriminations envers les musulmans en général, et les musulmans homosexuels en particulier.
Mieux encore, les intégristes chrétiens et homophobes en tout genre se frottent les mains. Tout comme la question du sexisme au nom du religieux, les intégristes musulmans réussissent mieux à propager leur homophobie que les premiers. Si nous acceptions et banalisions cette homophobie des islamistes, pourquoi ne l'accepterions-nous pas des autres ? Couper l'herbe sous les pieds des islamistes permet aussi de lutter contre l'intégrisme des autres religions qui sont en embuscade.

C'est pour l'ensemble de ces raisons qu'il faut reconnaître le CCIF pour ce qu'il est : un mouvement politico-religieux d'extrême droite, non une association de défense des droits humains. Il faut faire l'effort d'investir son arrière-cour plutôt que de rester sur le trottoir à "admirer" sa vitrine qui fait de moins en moins illusion. Les musulmans homosexuels s'en porteront mieux, les musulmans en général et l'ensemble de la société aussi.






(3) Tariq Ramadan, Peut-on vivre avec l’islam ?, Tariq Ramadan en entretien avec Jacques Neirynck, Lausanne, Favre, 2004.


(5) Tariq Ramadan, Peut-on vivre avec l’islam ?, Tariq Ramadan en entretien avec Jacques Neirynck, Lausanne, Favre, 2004.

(6) Hani Ramadan, Aspects du monothéisme musulman, Tawhid, Lyon, 1998.






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Le CCIF et l'homophobie : un faux silence, une vraie caution (1ère partie)

Le CCIF et l'homophobie : un faux silence, une vraie caution
(source : CCIF et leparisien.fr)
(Liens vers la 2ème partie en fin de celle-ci)

       Nous savons depuis longtemps que l'homosexualité relève autant d'un choix que la couleur de la peau. On ne choisit pas d'être homosexuel, hétérosexuel, bisexuel ou transgenre, comme on ne choisit pas d'être blanc, noir, asiatique. La souffrance de nombre d'homosexuels à travers le monde, leur rejet, nous rappelle que si cela pouvait être un choix, la plupart d'entre eux choisirait d'être hétéro pour ne plus avoir à subir ces discriminations qui amènent souvent à des drames. Aucune orientation sexuelle n'est moins naturelle qu'une autre.
Les discriminations, brimades et violences subies par les homosexuels ne le sont pas pour des choix qu'ils auraient faits mais pour ce qu'ils sont en tant qu'êtres humains. Les considérer comme des êtres déséquilibrés, déviants, en faire une catégorie d'êtres humains inférieurs aux autres en liberté, droits et considération, cela s'appelle le racisme. Voilà pourquoi la lutte contre l'homophobie est incluse dans la lutte pour les droits humains en général. C'est pour cela que cet élément est commun à la totalité des associations qui luttent contre le racisme.

Ces dernières années, l'islamisme politique se présente comme défenseur des droits humains, par sa rhétorique d'inversion victimaire. De slogan en slogan, toujours de façon vague et générale, les islamistes affirment vouloir lutter contre les discriminations. Une stratégie politique habile et efficace pour inclure leurs revendications intégristes dans l'ensemble des combats antiracistes en se faisant passer pour des victimes. Le CCIF est le modèle le plus abouti de cette stratégie.

Le Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF) se présente comme "une association de défense des droits de l’homme (ADDH) fondée en 2000, dont la mission est de combattre l’islamophobie depuis 2003" (sic). Vous noterez le "h" de "homme" en minuscule…

Le CCIF se présente comme "une association de défense des droits de l’homme", homme avec un "h" minuscule.

Le CCIF a effectivement vocation à défendre les droits de l'homme (le mâle), dans sa vision qu'il se fait de l'homme, mais ne l'a jamais eue pour défendre les Droits de l'Homme (l'Humanité dans son ensemble). Cette première maladresse orthographique jamais rectifiée sur son site, ou ambiguïté volontaire symbolique, donne ironiquement des indications sur son orientation. Le CCIF est idéologiquement la branche juridique des Frères Musulmans en France. Il a été fondé par Samy Debah, un ancien militant du Tabligh (1) (mouvement islamiste dont le but est le prosélytisme pour la (ré)islamisation des âmes) et grand fan des Frères Musulmans. Toutes les figures de ce collectif sont islamistes et expriment un racisme certain puisque, pour le CCIF, les musulmans feraient partie d'une ethnie, un peuple supérieur qui a vocation à diriger le monde (2). Sa vision de "la femme musulmane", arme politique principale des Frères Musulmans, est identitaire et rétrograde. En serait-il autrement concernant l'homosexualité ?

En tant qu'"association de défense des droits de l’homme", elle devrait considérer que les droits humains surpassent les dogmes religieux lorsque ceux-ci sont en contradiction. Jugés pour leur "pratique" non islamique, considérés comme de mauvais musulmans, les homosexuels musulmans sont victimes d'homophobie mais aussi "d'islamophobie", selon la définition du CCIF, puisqu'ils sont stigmatisés, dénigrés, discriminés et rejetés par une bonne partie de leurs coreligionnaires en usant d'arguments religieux.
La lutte contre "l'islamophobie" ne peut pas relever de la défense des droits humains car "l'islamophobie" est la peur, la libre critique, d'une idéologie religieuse. Le délit de blasphème n'a jamais fait partie de ces droits. En revanche, la lutte contre l'homophobie, si. Quels sont les actions et les projets menés par le CCIF pour lutter contre l'homophobie envers les musulmans gays ? Quelles sont, au moins, les déclarations de ce collectif à ce sujet ?

A la différence des intégristes chrétiens et des salafistes, les Frères Musulmans ne combattent pas frontalement la République et ses principes tels que la laïcité, l'égalité des sexes ou la lutte contre toutes les discriminations. Ils ont une approche plus stratégique et objectivement plus efficace : dans un pays sécularisé tel que le nôtre, ils préfèrent s'approprier nos termes, expressions, valeurs pour les redéfinir et les retourner contre la République. C'est le meilleur moyen d'anesthésier une partie de sa composante pour l'amener à les soutenir, et culpabiliser ceux qui hésitent. En se présentant comme "une association de défense des droits de l’homme" (sic), le CCIF a perfectionné ce principe. Contrairement aux autres mouvements intégristes religieux, il n'affiche pas uniquement ses revendications. Il les retourne en les présentant de façon victimaire et les noie dans l'ensemble des luttes contre les discriminations. Son racisme devient ainsi un des éléments de l'antiracisme. Son sexisme se transforme en "féminisme islamique", etc. Cela permet de taxer de racisme toute opposition à sa vision de l'islam. C'est le sens et l'intérêt du terme "islamophobie". De plus, en optant pour une approche juridique, cela lui permet, là aussi, de se servir d'un des piliers de la République, la justice laïque et démocratique, dans sa stratégie religieuse et totalitaire. Cette approche n'est pas ancrée dans la culture des intégristes chrétiens comme Civitas par exemple. Ce qui explique en partie le succès de l'un et la quasi inexistence politique et médiatique de l'autre.

Mais cette stratégie d'entrisme pour mieux saper la lutte contre les discriminations de l'intérieur a ses limites, comme je l'avais démontré pour sa vision de la femme (3). Le sujet de l'homosexualité en est un autre exemple. Face à des situations concrètes, le CCIF serait découvert. Sa vitrine, qu'il tente de rendre acceptable, serait ternie et laisserait apparaître son arrière-cour. Voilà pourquoi il fait tout pour éviter d'en parler. En tant qu'association islamiste idéologiquement issue des Frères Musulmans, ses "convictions" affichées de défense des droits humains buttent sur sa vision totalitaire de l'islam par son approche littéraliste des textes religieux. Ces islamistes n'ont aucunement l'intention d'adapter ces textes aux circonstances de lieu, d'époque et de l'avancée des connaissances. Ce n'est pas l'esprit du coran mais la lettre qui prime. Ainsi, les droits humains ne sont pas supérieurs au dogme. Ils lui sont soumis. Dit autrement, le CCIF est une "association de défense des droits de l’homme (ADDH)" tant que ces droits ne contredisent pas sa vision de l'islam. Quand cela arrive, alors ces droits sont considérés comme "islamophobes"…
Tout le dilemme est là : défendre les droits humains en luttant contre l'homophobie ou défendre l'intégrisme religieux en faisant la promotion de "l'islamophobie".

Ainsi, le CCIF fait tout son possible pour ne pas être amené sur ce terrain, ne pas être questionné de façon précise sur ces sujets. Le risque d'être dévoilé est beaucoup trop grand. C'est pour cela qu'il n'a jamais parlé de l'homophobie d'une partie des musulmans ni des discriminations homophobes entre musulmans. Et pour cause, le CCIF est un des promoteurs des discriminations entre musulmans. Il préfère défendre les intégristes et fait la distinction entre ces mêmes intégristes (qu'il appelle "musulmans") et les autres (qu'il appelle "néoharkis"). S'il n'hésite jamais à critiquer les musulmans modernistes, il n'a jamais apporté le moindre bémol aux positions de ses collègues islamistes. Mieux encore, il accepte et revendique leurs soutiens. S'il ne peut exprimer ouvertement ses réelles opinions, qui sont en totale opposition avec sa vitrine, il laisse ses soutiens le faire pour lui qui, eux, s'adressent à son arrière-cour.

Le théologien de la confrérie le plus célèbre encore en vie est Youssef Al Qaradhawi. Misogyne, antisémite et justifiant souvent la violence, il n'est pas plus tendre avec l'homosexualité. Dans son best-seller, "Le licite et l'illicite en islam" (4), il écrit que l’homosexualité est un acte vicieux, une perversion de la nature, une plongée dans le cloaque de la saleté, une dépravation de la virilité et un crime contre les droits de la féminité. Quand ce péché répugnant se propage dans une société, la vie de ses membres devient mauvaise et il fait d’eux ses esclaves. Il leur fait oublier toute morale, toutes bonnes mœurs et toute bonne manière. Avec une opinion aussi "humaniste, poétique" et remplie "d’amour", comment compte-t-il "punir" les homosexuels ? Il hésite. Il ne se demande pas s’il faut les tuer ou non. C’est si évident pour lui qu’il ne se pose même pas la question. Il se demande seulement lequel des deux partenaires faut-il tuer et quelle serait la manière la plus cruellement appropriée pour le faire : est-ce que l'on tue l'actif et le passif ? Par quel moyen les tuer ? Est-ce avec un sabre ou le feu, ou en les jetant du haut d'un mur ? Il a conscience que son avis pourrait choquer des musulmans. Alors il se justifie : Cette sévérité qui semblerait inhumaine n'est qu'un moyen pour épurer la société islamique de ces êtres nocifs qui ne conduisent qu'à la perte de l'humanité. Pour lui, cela "semblerait" inhumain. Pour moi, il est l’incarnation de l’inhumanité.
Ce livre, qui est aussi la "bible" misogyne des Frères Musulmans où se trouvent expliquées les raisons du port du voile (5), est connu par la plupart des musulmans. Les modérés s'en détachent et voient en Youssef Al-Qaradhawi un extrémiste qui cause du tort à leur religion. Les islamistes, au contraire, voient en lui un théologien de référence dont "le licite et l'illicite en islam" a fortement contribué à leur construction religieuse individuelle.
Youssef Al-Qaradhawi s'exprime depuis un pays musulman (l'Egypte puis le Qatar) où ce type d'expression est permis. Dans un pays qui a vu naître les Droits de l'Homme, sécularisé et démocratique, il aurait eu des problèmes. Une telle franchise serait contreproductive. D'ailleurs, il a été interdit de territoire en France pour l'ensemble de son "œuvre", au grand regret des islamistes français, dont l'UOIF.
Les islamistes français, justement, ne peuvent pas s'exprimer ainsi. En dehors du risque d'être judiciairement condamnés, ils braqueraient la société plus qu'ils ne la séduiraient. Les Frères Musulmans n'adaptent pas leurs pensées mais leurs discours selon où ils se trouvent, comme expliqué plus haut. Toutefois, lorsqu'ils sont confrontés à des cas précis, nous voyons poindre leur nature idéologique.

L'UOIF, branche française de la confrérie, admire Youssef Al-Qardhawi qu'elle décrit comme "le plus grand des savants" musulmans. Mais elle ne peut pas s'exprimer comme lui. Lors des débats sur le mariage pour tous, une telle expression aurait annihilé l'UOIF. Elle a alors publié, en novembre 2012, un texte en tentant de présenter des propos argumentés. Mais elle n'a pu s'empêcher un dérapage : Qui pourra délégitimer la zoophilie, la polyandrie, au nom du sacro-saint amour ? Ne sommes-nous pas en train de suivre une voie où le principe d’égalité ne serait plus défini par des limites et des normes communes, mais par des perceptions personnelles, aussi égoïstes et affectives puissent-elles être ? (6)
Notons que l'UOIF ne parle pas de la polygamie (mariage d'un homme avec plusieurs femmes) mais de la polyandrie (mariage d'une femme avec plusieurs hommes). La première est normale pour les islamistes et ne peut être comparée à une "perversion" telle que l'homosexualité. La seconde, en revanche, est perçue comme une dépravation comparable à la zoophilie et à… l'homosexualité. Pour l'UOIF, la demande d'égalité pour l'accès au mariage serait une "perception personnelle et égoïste". En dehors de cela, l'UOIF explique ailleurs qu'elle respecte les homosexuels, bien-sûr…
Que pense Nabil Ennasri de tout ceci ?

Nabil Ennasri est un pur produit des Frères Musulmans. Dans les années 2000, il a été formé à l’Institut Européen des Sciences Humaines créé par l’UOIF (situé à Château-Chinon dans la Nièvre). Cet institut a pour vocation de former des cadres musulmans qui partiront aux quatre coins de France pour diffuser l’idéologie frériste. En 1992, Youssef Al-Qaradhawi avait logiquement présidé la première cérémonie de remise de diplômes. Poussé par son admiration envers Al-Qaradhawi, Nabil Ennasri a mené sa thèse de recherche en Sciences Politiques sur le théologien.
Répondant au désir prosélyte de l'institut où il a été formé, il est entre autre président du Collectif des Musulmans de France. Un collectif qui a pour objet la diffusion de l'islam version Frères Musulmans auprès des musulmans français avec "pour axes prioritaires de réflexion et d'action l’éducation, la spiritualité et l’action sociale, citoyenne et politique".

Populiste et d'extrême droite, il semble faire preuve d'une certaine cohérence avec Al-Qaradhawi et l'UOIF lorsqu'il s'exprime sur différents sujets ici ou là. Parmi ses faits d'arme, il y a un texte dont il est l'un des initiateurs : l'appel "un débat pour tous". C'est un texte homophobe écrit en janvier 2013 lors des débats sur le mariage pour tous. Comme tout bon homophobe qui se respecte, il y compare l'homosexualité à l'inceste et à la pédophilie (7).

La loi votée, Nabil Ennasri a eu du mal à avaler la pilule. Voici ce qu'il publia sur sa page Facebook en avril 2013 : Je profite du vote de la loi dite du "mariage pr tous" pr exposer cette réflexion. Voici ce vers quoi on somme la communauté musulmane de se diriger : une acceptation de l'homosexualité et une validation du discours de légitimation d'Israel et de son occupation des territoires palestiniens (sic) (8).
Il trouve choquant que les musulmans acceptent l'homosexualité. La discrimination des musulmans envers des êtres humains pour ce qu'ils sont doit rester la norme. Cela fait partie de la fameuse "éthique musulmane" des intégristes. Mieux encore, il trouve le moyen de relier l'acceptation du mariage pour tous à la question du conflit israélo-palestinien…

Avec une telle opinion, il lui est logiquement inconcevable que l'école participe à la lutte contre l'homophobie.
Dans deux vidéos datant de 2014 (9) (10), Nabil Ennasri prétend démontrer, comme les intégristes catholiques, que la théorie du genre existe et qu'elle aurait été introduite dans les programmes scolaires. Parmi les ouvrages qu'il dénonce, il y a ceux destinés à lutter contre l'homophobie. Il dénonce alors une forme de complot par sa "démonstration" de la présence d'un lobby gay au sein du gouvernement : il n'y a qu'à voir la place de Caroline Fourest. Comment malgré tous ses mensonges et ses manipulations elle truste l'ensemble du paysage audiovisuel français. On se rend compte que le lobby gay a effectivement pas mal d'influence au sein du gouvernement. Pourquoi parle-t-il de Caroline Fourest ? Elle n'a jamais eu d'influence sur aucun gouvernement et elle est bien moins présente que d'autres dans les médias. Il l'évoque parce qu'elle a deux "horribles défauts" : elle dénonce l'intégrisme musulman et elle est lesbienne. Ce qui est un vrai cauchemar pour les islamistes tels que Nabil Ennasri.

Il pointe également du doigt un "lobby homosexuel au sein du parti socialiste" ainsi que deux livres : "Jean a deux mamans" et "Camille veut une nouvelle famille". Il s'attarde sur ce dernier qui, à un moment, parle d'un petit qui a deux papas. Plus choquant encore pour lui est la morale de l'histoire : Camille sait qu'il n'y a pas de famille idéale. Quand on s'aime, toutes les familles sont idéales. Choqué par cette morale d'amour et de tolérance, Nabil Ennasri dit ceci : Camille a vu une famille où il y avait deux papas, et cette famille vaut autant que les autres. Donc on est bien dans une banalisation, dans une normalisation voire parfois dans une "valorisation", pour reprendre les propos de Michel Teychené, de la pratique homosexuelle.
Il se demande alors pourquoi il y a une tendance à favoriser, sous couvert d'égalité, la promotion, le prosélytisme de théories qui prennent en otage à la fois les enfants et l'école publique (…) pour masquer les différences de genre entre filles et garçons.
Par un sophisme dont il est coutumier, il dépeint un État qui voudrait effacer les différences entre filles et garçons, et agirait contre l'enfant et contre l'école publique, face aux islamistes qui seraient les défenseurs du bien-être de l'enfant et de cette école publique.
Il conclut sa "démonstration" ainsi : sous couvert d'égalité, de lutte contre les discriminations liée à l'homosexualité, ce n'est en fait qu'un prosélytisme au service du lobby LGBT. Tout ceci pour "valoriser" leurs "pratiques" à travers "une démarche de prosélytisme dangereux". Comme s'il suffisait d'en parler pour devenir gay. Il confond son prosélytisme religieux qui, lui, a pour but de convaincre pour enrôler, avec la prévention sur des discriminations qui n'a pour but que d'informer. Comme tous les homophobes, il réduit l'homosexualité à une simple "pratique" sexuelle qui serait ignoble. Au-delà de son jugement de valeur sur la sexualité, il lui est impossible de comprendre qu'on peut autant "promouvoir les pratiques homosexuelles" qu'on peut promouvoir la "pratique" d'avoir la peau noire. Il y a autant de possibilités pour un blanc de devenir noir en assistant à une séance de lutte contre les discriminations racistes, que de possibilités pour un hétéro de devenir homo suite à une séance du même type sur ce sujet.
Il n'invente rien. Il ressort les mêmes poncifs homophobes que l'extrême droite catholique. Il avait d'ailleurs participé à leurs côtés à au moins une des manifestations contre le mariage pour tous.

Selon lui, ce n'est pas le rôle de l'école de participer à la lutte contre les discriminations. L'école devrait se cantonner à apprendre aux élèves à lire, écrire et compter. En revanche, sa lutte contre ce qu'il appelle "l'islamophobie" serait légitime, ne serait pas du prosélytisme ni une "valorisation" de l'intégrisme musulman. Là, cette lutte aurait toute sa place à l'école. Il dénonce d'un côté la lutte contre les discriminations envers des individus pour ce qu'ils sont en tant qu'êtres humains. Il défend d'un autre côté la lutte contre le blasphème envers une idéologie religieuse choisie. L'ironie est que lui-même, par l'ensemble de ses actions et de tels propos, contribue à la peur de l'islam à travers l'image qu'il en donne.

Pour résoudre le problème, il propose aux musulmans de créer leurs propres écoles privées, afin de pouvoir voiler les fillettes sans entrave dès leur plus jeune âge et de protéger les petits musulmans des "pratiques homosexuelles" dans le respect de leur "éthique". C'est exactement la même proposition faite récemment par l'ex directeur du CCIF, Marwan Muhammad, qui avance également l'argument de "l'éthique"… (11) Tout comme Tariq Ramadan qui regrette que tous les musulmans ne placent pas leurs enfants dans des écoles privées musulmanes pour les mêmes raisons homophobes (cf. deuxième partie).
Mais Nabil Ennasri déclare en même temps ne pas être homophobe. Son argument ? Son rejet de toute violence contre les homosexuels (12). Le simple fait de se détacher de la violence physique, comme celle prônée par son référent théologique Youssef Al-Qaradhawi, ferait de lui un modéré qu'on ne pourrait pas qualifier d'homophobe.
Mais il lui est impossible de dépasser un certain seuil de "tolérance" limité par son approche des textes religieux : on assumera nos principes intangibles, nos valeurs spirituelles et on rappelera constamment la norme et le cadre islamique. Comme toutes les traditions monothéistes, l'islam condamne l'homosexualité. De même que le bouddhisme (…). Ma dignité ne dépend pas du regard des autres. Elle s'évalue dans la fidélité que je porte à ma croyance. (sic)
Tout est là. Tout d'abord, il reconnaît ne pas s'appuyer sur les connaissances scientifiques mais sur des croyances auxquelles il souhaite rester fidèle coûte que coûte, même si la réalité est tout autre. Ensuite, il ne dit pas "je" mais "on". Il prétend parler au nom de tous les musulmans. Enfin et surtout, il reconnaît buter volontairement sur les textes religieux, comme tous les Frères Musulmans. Il est dans l'incapacité intellectuelle et philosophique de dépasser la littéralité du coran qu'il faudrait respecter quel qu'en soit le prix, plutôt que de le prendre dans son esprit afin de s'adapter aux réalités de notre monde. Il préfère discriminer des êtres humains, affirmer son racisme, plutôt que de remettre en question son approche théologique. C'est ce qu'on appelle le fondamentalisme. Le fait de vouloir faire plier l'ensemble de la société à son fondamentalisme, ses coreligionnaires en premier lieu, c'est ce qu'on appelle l'intégrisme. Il met en avant son refus de la violence pour atténuer sa radicalité.
Cette attitude ressemble totalement à celle de Tariq Ramadan dont il est en passe de ravir la place que le prédicateur suisse a laissée vacante.

En s'exprimant au nom des musulmans, en exhortant les musulmans à agir comme ceci ou comme cela, l'OPA islamiste sur les musulmans français s'appuie aussi sur la question de l'homosexualité. En effet, tous ces islamistes n'exposent pas un point de vue qui serait parmi d'autres. Ils prétendent exprimer le véritable islam, disqualifiant toute autre interprétation qui serait faite. A travers cette "éthique" mainte fois évoquée et qu'ils prétendent incarner, ce n'est pas l'islam version Frères Musulmans qui s'exprimerait mais l'islam tout court.

Le CCIF, ce collectif extrémiste religieux qui se présente comme "une association de défense des droits de l’homme (ADDH)", est parfaitement informé des positions homophobes de Nabil Ennasri. Ce qui ne l'empêche pas d'accepter son soutien fervent, et même de le remercier chaleureusement en l'invitant à son "dîner du CCIF" (13). Partageant les mêmes idées, le collectif n'a jamais pris la moindre distance avec les propos de ce Frère Musulman.


Nabil Ennasri soutient le CCIF

Nabil Ennasri est loin d'être un cas isolé dans les soutiens fréristes apportés au CCIF. A travers Hassan Iquioussen, l'UOIF et son homophobie sont bien présents. Tariq et Hani Ramadan, homophobes affirmés, apportent également leur soutien au collectif. Le CCIF sait toutefois se montrer ouvert. Il n'accepte pas seulement les soutiens de sa famille idéologique directe. Il revendique également ceux de ses cousins salafistes, comme le prédicateur Hassan Bounamcha, lui aussi "grand amoureux" des homosexuels. Mais le CCIF a-t-il vraiment réussi à ne jamais se prononcer sur l'homosexualité, laissant uniquement ses soutiens s'exprimer pour lui ? Nous verrons tout ceci dans la seconde partie de cet article.


Le CCIF et l'homophobie : un faux silence, une vraie caution (2ème partie)





(4) Qaradhawi Youssef, Le licite et l'illicite en islam, traduction de Salaheddine Kechrid, Paris, Éditions Al Qalam, 1992, réed. 2005.







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