L'université Lyon 2 organise un colloque avec l'extrême droite musulmane sur les discriminations envers les musulmans


       Le 14 octobre prochain se tiendra un colloque intitulé "Lutter contre l'islamophobie, un enjeu d'égalité ?" Il sera "porté par un collectif d’associations et organisé par la Chaire «Égalité, inégalités et discriminations» de l'université Lyon 2 en partenariat avec l’ISERL (Institut Supérieur d'Étude des Religions et de la laïcité)", comme indiqué dans la brochure de présentation (1). Ce colloque se déroulera dans des locaux de l'université.
Le collectif d'associations en question rassemble la fine fleur de la nouvelle extrême droite française. Loin d'avoir une portée scientifique, ce colloque servira de caisse de résonance à l'intégrisme musulman qui lui permettra de légitimer encore un peu plus sa position victimaire pour toujours mieux avancer.
Cette Chaire et l'ISERL n'en sont pas à leur coup d'essai. Comme expliqué dans la brochure, ils avaient organisé un premier colloque en mars 2016 où ils avaient validé la définition du CCIF concernant "l'islamophobie". Rien de scientifique, peu d'approche critique, tout en idéologie complaisante envers le CCIF perçu comme un collectif "de défense des victimes".

Nous pouvons y lire également : "A une stigmatisation liée à l’origine (arabe, nord-africaine, maghrébine...) s’est ajoutée ces dernières années une discrimination à l’encontre des musulman-e-s ou supposé-e-s musulman-e-s. Ainsi, plusieurs associations se sont mobilisées pour réfléchir et combattre ensemble ce qui est devenu un fléau social parce qu’il clive la société en enfermant les citoyen-ne-s dans des catégories ethnicoreligieuses et qu’il nuit à la paix sociale."
Il y a effectivement des discriminations envers des musulmans. Seulement, les organisateurs nient le fait que le clivage de la société est dû en premier lieu aux associations participant à ce colloque qui justement enferment "les citoyen-ne-s dans des catégories ethnicoreligieuses et qu’elles nuisent à la paix sociale".

Quelles sont ces associations que ces universitaires promeuvent comme des partenaires de lutte contre les discriminations ? Le ton sera donné dès l'ouverture. Le représentant de l'association Participation et Spiritualité Musulmane (PSM), Khalid El Khadiri, sera l'un des trois intervenants prévus durant cette demi-heure.

PSM se présente comme une association composée de simples musulmans. Ces musulmans "lambda" ont des liens très forts et assumés avec le parti islamiste marocain issu des Frères Musulmans "Justice et Bienfaisance". PSM a participé à la création du Collectif des Citoyens Musulmans pour l'Enfance, "composé de simples citoyens de confession musulmane avec l'aide de quelques personnalités musulmanes de la région lyonnaise", comme il est écrit sur son site (2). Quel est l'objectif de ce collectif, dont Khalid El Khadiri est le porte-parole ? Il est de "rejoindre la dynamique « MANIF POUR TOUS » en réponse au « Mariage Pour Tous » et contre la loi Taubira" (sic) (3).
Collectif des Citoyens Musulmans pour l'Enfance, Manif pour tous à Lyon, 2013
Collectif des Citoyens Musulmans pour l'Enfance, "Manif pour tous" à Lyon contre l'égalité des droits pour tous au mariage, 2013
Ces militants de l'extrême droite musulmane, qui se font passer pour de simples musulmans, ont agi main dans la main avec leurs confrères de l'extrême droite catholique pour lutter contre l'égalité des droits pour tous. Ainsi, PSM affiche fièrement son partenariat avec Alliance Vita, une association d'intégristes catholiques créée en 1993 par Christine Boutin dont un des buts est de lutter contre le droit à l'IVG. La lutte contre le mariage pour tous fut pour elle une évidence. La rencontre avec les intégristes musulmans le fut tout autant. Leur complicité est si forte qu'ils ont prolongé leur lune de miel par la participation de PSM à l'université d’été d'Alliance Vita en 2013 (4).

En bon intégriste religieux et à travers son collectif, Khalid El Khadiri rejoint également les intégristes catholiques sur le fantasme d'une théorie du genre qui nierait les différences biologiques entre garçons et filles et qui serait enseignée dans les écoles (5). Un fantasme partagé par une autre intervenante de ce colloque, Jamilla Farah, une des cadres rhodaniennes du Parti Égalité et Justice (PEJ).

Le PEJ est un parti politique populiste d'extrême droite dont l'islam version Frères Musulmans est au centre de son action. En faisant de la religion sa politique, le PEJ est clairement anti-laïque. Son moyen le plus utilisé est là encore une victimisation à outrance : toute critique de son intégrisme religieux, toute opposition au développement de sa doctrine est considérée comme "islamophobe". Se cacher derrière l'islam pour mieux faire avancer son intégrisme, c'est le leitmotiv que nous retrouvons au CCIF, à la CRI et chez tous les islamistes. Une méthode qui a pour effet mécanique de gonfler les rangs de ceux qui ont peur de l’islam et de faire basculer une partie d'entre eux du côté de l'extrême droite traditionnelle. Mais dans l’inversion habituelle des rôles chez les islamistes, "l’islamophobie" serait d'après le PEJ carrément "encouragée directement par les États" européens, selon son site internet. Rien de surprenant qu'il rejette alors sur cette même page officielle l'idée d'un islam de France et qu'il prône une société multiculturelle pour l'épanouissement de sa radicalité. Mais le président du parti assure malgré tout que le PEJ n'est pas un parti musulman… La vitrine marketing par la récupération des termes comme "égalité des sexes", "laïcité", etc., et sa participation à des colloques tels que celui du 14 octobre 2017 à l'université de Lyon, sont des moyens utilisés pour normaliser le parti et donner l'illusion d'un parti politique démocrate et ouvert. Ainsi, pour ne plus être accusé de racisme, il faudrait se plier aux revendications islamistes pour le "vivre (dans leur) ensemble".

L'attitude victimaire, identitaire, communautariste et religieuse du "Parti Égalité et Justice" n'a rien d'étonnant. Il est la version française du "Parti de la justice et du développement" (AKP), le parti islamiste turc qui mène son pays vers un régime autoritaire et qui exècre la laïcité. Le PEJ est fan d'Erdogan. Ce grand "démocrate" qui avait déclaré il y a 20 ans que la démocratie est comme un tramway duquel on descend une fois arrivé au terminus, c’est-à-dire une fois arrivé au pouvoir (6). Une théorie qu'il met en pratique depuis quelques années et dont le PEJ continue à louer la politique. Plusieurs cadres du PEJ ont aussi des responsabilités au sein de la Cojep (Conseil pour la justice, l’égalité et la paix). Cette organisation internationale turque travaille en étroite collaboration avec l'AKP. Les ressemblances de leurs dénominations ne sont pas un hasard. Leurs stratégies et objectifs au niveau national et européen sont très similaires.

Comme tout mouvement d'extrême droite, seule compte sa conception de la famille. L'existence de familles homoparentales lui est insupportable. Au point de considérer, toujours sur sa page officielle, leur simple existence comme un "dictat" dont les enfants devraient être protégés (7). "L'islamophobie" (la peur d'une religion, l'islam), non. L'homophobie (le rejet d’êtres humains), oui. C'est ce que le PEJ appelle "le bien vivre ensemble".

Comme les intégristes catholiques et PSM, ce parti fantasme sur une théorie du genre qui serait enseignée et qu'il faudrait "abolir dans nos écoles maternelles et primaires prioritairement" (8).
Jamilla Farah, qui clôturera le colloque par un "bilan et perspectives de la journée", fut candidate du PEJ dans le Rhône lors des dernières législatives.
Jamilla Farah, candidate du PEJ aux législatives de juin 2017 dans la 9ème circonscription du Rhône
Jamilla Farah, candidate du PEJ aux législatives de juin 2017 dans la 9ème circonscription du Rhône
La représentante d'un parti d'extrême droite issu de l'AKP vient clôturer un colloque universitaire organisé par une Chaire qui a vocation à lutter contre les discriminations…
Certes, elle n'est pas invitée à intervenir en tant que représentante du PEJ, mais on ne peut pas l'ignorer. Tout comme nous ne pourrions pas ignorer l'intervention d'un représentant du FN dans un colloque sur les Droits de l'Homme, même s'il était invité pour représenter autre chose. Surtout que, dans le cas de Jamilla Farah, sa position au sein du PEJ n'est pas étrangère à sa qualité présentée pour ce colloque. En effet, elle interviendra en tant que "responsable de la CRI (Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie)". La CRI est un soutien officiel du PEJ (9). Les deux sont liés sur de nombreux points. Jamilla Farah est l'un de ces traits d'union.

La CRI est moins connue que le CCIF, mais elle a une place de choix dans la sphère de la nouvelle extrême droite française. Il n'y a alors rien d'étonnant à ce qu'elle soit représentée à différents moments de ce colloque : lors de la clôture avec Jamilla Farah et  lors d'un des débats par l'intervention de son président, Abdelaziz Chaambi.

Pour avoir une petite idée de cette Coordination, Abdelaziz Chaambi est un de ces exemples de militants de gauche qui ont basculé à l'extrême droite par leur militantisme islamiste. Son CV est impressionnant. Il est le co-fondateur des éditions Tawhid. Cette maison d'édition bien connue des islamistes publie les ouvrages des Frères musulmans. Tariq et Hani Ramadan sont en bonne place dans la maison. C'est aussi chez Tawhid que nous pouvons encore trouver le livre ultra misogyne et homophobe de Youssef Al-Qaradhawi "Le licite et l'illicite en islam" ou bien celui dans la même veine du salafiste A. D. Eldjazaïri "La voie du musulman". En revanche, vous n'y trouverez aucune trace d'ouvrages de musulmans modérés. Par ses livres, cette maison d'édition a fortement contribué au prosélytisme de l'intégrisme musulman en France.

Abdelaziz Chaambi est également un des initiateurs de l'appel "Un débat pour tous" en janvier 2013, pour lutter contre la future loi sur le "mariage pour tous" (10). En bon militant d'extrême droite et ultra-conservateur, il tient des propos particulièrement homophobes en allant jusqu'à comparer le droit au mariage des homosexuels au droit à l'inceste et à la pédophilie. Entre PSM et lui, "L’essor de manifestations homophobes" dénoncé dans la brochure de présentation du colloque trouve quelques-uns de ses promoteurs parmi ses intervenants. Intégristes chrétiens et intégristes musulmans, même combat et mêmes arguments. Sur les mœurs et la famille, il n'y a aucune différence entre les divers intégrismes religieux. Seulement un élément de taille différencie ces deux extrêmes droites : les intégristes chrétiens ne seront jamais invités par la Chaire de l'université de Lyon et l'ISERL pour faire la leçon sur les discriminations, les droits humains et l'égalité.

Avant de présider la CRI, Abdelaziz Chaambi fut un membre très actif du mouvement des Indigènes de la République. Un mouvement racialiste d'extrême droite à la philosophie raciste et antirépublicaine dont la figure médiatique, Houria Bouteldja, a illustré à de multiples reprises sa vision de la "race", des "blancs" et de l'islam version ultra-identitaire.

Comme tous ses collègues islamistes, Abdelaziz Chaambi est obsédé par la Palestine. Comme eux, cette obsession passe par le prisme religieux. Dans le cadre de ses activités militantes, il a ainsi déclaré à plusieurs reprises son soutien au Hezbollah (mouvement politique et paramilitaire djihadiste des intégristes chiites) et au Hamas (11). Il considère ce dernier comme un simple mouvement de résistance, "au même titre que Lucie Aubrac, Jean Moulin ou Nelson Mandela" (12). Les assassinats de plusieurs centaines d'opposants palestiniens, le régime autoritaire mis en place dans la bande de Gaza, les Palestiniens dont il se sert comme boucliers humains pour se protéger des attaques israéliennes, son allégeance officielle aux Frères Musulmans, son rêve de voir la bannière de l'islam flotter sur le monde, son antisémitisme virulent et son désir de détruire Israël : tout ceci serait anecdotique pour Abdelaziz Chaambi. Le seul fait de s'opposer à l'occupation israélienne est suffisant pour comparer le Hamas à Nelson Mandela, Lucie Aubrac et Jean Moulin…
Manifestation en janvier 2009 du Mouvement des Indigènes de la République, soutien du Hamas
Manifestation en janvier 2009 du Mouvement des Indigènes de la République, soutien du Hamas
Dans son fanatisme religieux, il va également jusqu'à se faire le relais de la communication du Jihad islamique en Palestine (13), mouvement où tout est dit dans son appellation lorsque nous observons ses actions.

Avec un tel profil, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'il soit fiché S (14). En revanche, il est étonnant qu'il s'en étonne.

Un homme fiché S, représentant de mouvements racistes, homophobes et islamistes, est invité par une Chaire de l'université de Lyon pour parler de discrimination et d'égalité dans un débat qui a pour titre "Peut-on parler d’islamophobie d’Etat ?" …

L'ISERL et la Chaire ne s'arrêtent pas là. Souhail Chichah, est un autre intervenant de cette journée placée sous le signe de l'égalité et de la lutte contre les discriminations. Il est présenté sur la brochure comme "économiste, intervenant, Université Lumière Lyon 2".
Il a bâti une partie de sa réputation sur ses coups de sang. En février 2012, Caroline Fourest était invitée à intervenir dans un débat sur l'extrême droite organisé par l'Université Libre de Bruxelles (ULB). Mais elle n'a jamais pu aller jusqu'au bout de son intervention. Elle fut prise à partie par un groupe d'excités dont certains étaient cagoulés façon burqa (15). Parmi les plus virulents, il y avait Nordine Saïdi, un de ces militants d'extrême droite qui se fait passer pour un militant de gauche. Mais le plus virulent fut l'organisateur de cette perturbation : Souhail Chichah, pourtant un des assistants de cette université.
Il n'en était pas à son premier coup d'éclat. En 2010 par exemple, lors d'un débat public sur la liberté d'expression au sein de cette même université, il tint des propos sur la Shoah qui laissent perplexe : "J'ai pas d'avis [sur le négationnisme] puisqu'il est interdit d'avoir un avis dessus. Donc en tant que légaliste, je m'en tiens à la vérité officielle" (16). Autrement dit, la vérité sur l'extermination des juifs serait censurée par une "vérité officielle" contre laquelle il ne peut aller sans risquer des problèmes avec la justice, ce qu'il déplore. En marge de ce même débat, nous retrouvons encore son partenaire, Nordine Saïdi, qui déclara comme le Hamas : "Je veux la fin d'Israël, c'est ça la paix." (17)

Son action contre Caroline Fourest fut donc l'élément de trop. Une pétition circula dans les heures qui suivirent pour demander son renvoi de l'université, signée par plus de 850 personnes en quelques jours, dont des professeurs de l'ULB (18). Il travaille aujourd'hui à l'université Lyon 2.

Pro-islamiste et athée affirmé, Souhail Chichah pourrait être l'équivalent de Charles Maurras, un des penseurs de l’Action française (mouvement d'extrême droite né en 1899). Il faisait partie d'un courant de pensée que certains nomment "catholicisme athée" (même s'il était sans doute agnostique). De la même façon, Souhail Chichah fait partie d'un courant que je pourrais nommer "l'islamisme athée", démontrant encore une fois que l'islamisme n'est pas une religion mais une idéologie totalitaire. C'est ce militant qui interviendra dans ce colloque universitaire organisé par une Chaire sur l'égalité et les discriminations, dans un débat intitulé "Intolérance au religieux, racisme, islamophobie ?"…

Que la nouvelle extrême droite (CCIF, CRI, Indigènes de la République et consorts) organise un colloque pour véhiculer son habituel fond de commerce victimaire pour défendre et promouvoir l'intégrisme religieux, cela serait tout autant choquant mais plus cohérent. Le CCIF, fleuron de cette nouvelle extrême droite française, et qui interviendra dans ce colloque dont il est partenaire, l'a régulièrement fait. Le 30 avril 2011 par exemple, il avait donné une conférence à l'intitulé proche : "islamophobie, notre responsabilité face à l’injustice". C'est dans ce genre de conférence qu'il explique que les musulmans seraient persécutés comme le furent les juifs dans l'Allemagne des années 30, tout en dévoilant dans la même conférence son racisme et son totalitarisme en affirmant que les musulmans sont un peuple supérieur qui a vocation à diriger le monde (19) :
Allah nous dit : "vous êtes la meilleure communauté qui ait surgi sur Terre". Pas la deuxième, pas une bonne communauté, mais la meilleure des communautés. Et juste après, Allah dit : "vous recommandez le bien et vous interdisez ce qui est blâmable, et vous croyez en Allah". Ça veut dire que cette caractéristique est une caractéristique identificatrice des musulmans. Elle nous fait sortir du rang et elle fait de nous les premiers de la classe auprès d’Allah. C’est pas une petite caractéristique, mais c’est une responsabilité. C’est une responsabilité, pas que quand on s’attaque aux musulmans. C’est une responsabilité pour toutes les injustices qui frappent la terre sur laquelle Allah nous a mis comme gérants, comme responsables de l’ordre public.


Son propos colle tant à certains passages de "Mein Kampf" que cela en est effrayant. Sa pensée s'appuie sur le verset 110 de la sourate 3 du coran, instrumentalisé par tous les intégristes. Le Hamas par exemple l'a inclus dans sa charte pour justifier sa supériorité sur Israël et celle de l'islam sur l'ensemble du monde. Mais cette conférence du CCIF, aussi choquante soit-elle, se déroulait dans les locaux d'une mosquée face à ses fidèles, pas dans une université.
Ces propos n'étaient pas une maladresse. En janvier 2010, lors d’une conférence organisée par les Indigènes de la République, le CCIF avait déjà déclaré la même chose : [L’islam] est une religion qui a vocation à régir toutes les sphères de la vie sociale. C’est un mode d’emploi pour l’Humanité. Un mode d’emploi à un groupe d’hommes à qui on a confié un certain nombre de ressources naturelles. (…) Et on leur a dit “voilà votre mandat”. C’est de vivre sur terre en accord avec les principes qu’on vous donne. Et pour ça, on vous a donné un mode d’emploi, et ça s’appelle le Coran. Et on vous a donné un individu qui vous sert d’exemple et qui va être l’incarnation vivante du bon comportement musulman. Et ça c’est le Prophète. Vous devez vous conformer à ça. (…) Et ça veut dire que l’islam a une portée sur tous les sujets qui régissent la vie en société.



Il y a également eu cette conférence du 9 février 2013, co-organisée par le CCIF avec là encore un intitulé très proche de celui du 14 octobre 2017 : "Islamophobie décomplexée : quel impact sur notre société ?", et dont Hassan Iquioussen, prédicateur intégriste de l'UOIF ouvertement antisémite, était l'intervenant de marque aux côtés du porte-parole du CCIF, Marwan Muhammad (20). On ne compte plus les conférences du CCIF avec des intervenants plus rétrogrades et sexistes les uns que les autres, ni les propos discriminants et dégradants de ce même CCIF à l'encontre des musulmans modérés ainsi qu'une vision rétrograde de la femme calquée sur celle des idéologues des Frères musulmans. Tout ceci inclus dans un discours clivant et ultra identitaire opposant "eux" et "nous" (21), sous couvert à chaque instant de la lutte contre "l'islamophobie" et pour le "vivre (dans leur) ensemble".

Un des champions en la matière est Yasser Louati, autre intervenant de ce colloque. Il se présente comme un "activiste des droits humains et libertés publiques". En fait, il est l'ancien porte-parole du CCIF et ne voit les "droits humains" qu'à travers le prisme de sa radicalité religieuse et sa vision toute victimaire de la situation des "musulmans" en France. Loin d'être pour le "vivre ensemble", il clame des discours clivants sous couvert de "lutte pour les libertés publiques". Comme tous les militants de la sphère islamiste, il dénonce peu les attentats en tant que tels et ne propose aucune solution pour lutter contre le terrorisme commis au nom de sa religion. Il ne dénonce jamais non plus les actes et propos antimusulmans commis par des musulmans sur d'autres musulmans. Cela peut se comprendre puisque le CCIF en a parfois été l'auteur.
En revanche, il ne cesse de dénoncer l'État français comme "islamophobe" à la moindre occasion, y compris à l'étranger. Cette "violence islamophobe sponsorisée par l’Etat", comme il aime à le dire, serait surtout due aux perquisitions dans le cadre de l'état d'urgence. Il est vrai que la police se concentre sur les islamistes. Il serait moins "islamophobe" de perquisitionner aussi des catholiques, des sikhs, des témoins de Jéhovah, etc. afin d'assurer une égalité de traitement sans discrimination (je suis ironique). L'autre aspect de cette "violence islamophobe sponsorisée par l’État" est la loi de mars 2004 sur les signes religieux à l'école. Lui et l'ensemble des islamistes français, dont la totalité des intervenants de ce colloque, militent pour sa suppression. Ils envisagent le voilement des fillettes sans le moindre état d'âme, leur signifiant dès le plus jeune âge que leur corps est honteux et responsable de tous les débordements sexuels masculins. Le religieux n'est qu'un prétexte pour mieux culpabiliser les hésitantes et disqualifier les détracteurs. Voiler une petite fille ou une adolescente pour qu'elle s'habitue à la condition qui l'attend, et qu'il lui soit difficile de faire véritablement ses propres choix une fois adulte, voilà leur désir. C'est là que toute forme d'opposition, par le débat démocratique et la loi républicaine, toute dénonciation de l'instrumentalisation de l'islam à des fins sexistes et totalitaires, est qualifiée "d'islamophobie".

Le CCIF et autres prédicateurs extrémistes contribuent ainsi à la fracturation de la société et à la peur des Français envers l'islam, justement le véritable sens du terme "islamophobie" que ce colloque "universitaire" du 14 octobre prochain interrogera si peu.

Pour parachever cette présentation, il ne faut pas oublier l'EMF (Étudiants Musulmans de France), un des partenaires de ce colloque qui n'est autre que la branche estudiantine des Frères Musulmans en France puisque créée et affiliée à l'UOIF. Entre autres positionnement du "juste milieu" et pour le "vivre ensemble", l'UOIF rejette et instrumentalise allègrement la laïcité, comme je l'avais démontré dans un article précédent (22), tout comme elle déplore l'interdiction de territoire faite à Youssef Al-Qaradhawi, ce théologien frériste misogyne, homophobe et antisémite qu'elle considère comme "le plus savant des savants du monde musulman aujourd’hui" (23). Une interdiction de territoire qui serait là aussi "islamophobe" ?

Avec de tels intervenants pour réfléchir à l'égalité et à la lutte contre les discriminations envers les musulmans, le FN et l'ensemble de l'extrême droite traditionnelle peuvent aller à la pêche ou gambader dans les champs.

Tous ont en commun de parler au nom des "musulmans". Leur rhétorique ne fait jamais référence à la pluralité existant à l'intérieur de l'islam, y compris l'islam sunnite. Leur radicalité est affichée comme étant le véritable islam. Ils se présentent eux-mêmes comme de simples musulmans. PSM par exemple a la prétention de présenter "ce que signifie être musulman" ainsi que de montrer "comment s’organise la pensée musulmane". L'appellation "Collectif des Citoyens Musulmans pour l'Enfance", "composé de simples citoyens de confession musulmane", comme il est écrit sur le site de PSM, illustre cette confusion entre "musulmans" et "intégristes musulmans". Cela ne relève pas uniquement de la stratégie politique pour instiller dans l'inconscient collectif que leur islam est le seul valable. Ils sont sincèrement convaincus d'être de simples musulmans.
Nous retrouvons cette rhétorique chez tous les intégristes dont la crème de l'islamisme politique participera à ce colloque. Leur radicalité ainsi dissoute parmi l'ensemble des musulmans permet à la fois d'entretenir et développer la peur de l'islam et l'amalgame envers tous les musulmans, tout en dénonçant une "islamophobie" lorsque des citoyens alertent sur leur extrémisme.

L'ensemble de ces acteurs organise et/ou participe régulièrement à des conférences, parfois en partenariat les uns avec les autres. C'est cela la sphère de la nouvelle extrême droite française.
Mais depuis quelques temps, ce type de conférences quitte les lieux de cultes et "culturels" pour investir les lieux universitaires qui leur donnent une légitimité scientifique sur le plan marketing. Ce fut le cas en mai 2017 à l'École Supérieure du Professorat et de l’Éducation de l’Académie de Créteil, lieu de formation des futurs enseignants, qui avait organisé un colloque "universitaire" sur l'intersectionnalité, dont la teneur était là encore bien plus idéologique que scientifique, et qui avait vu défiler une partie des militants indigénistes et islamistes en tant qu'intervenants.
L'université Lyon 2 franchit à son tour le Rubicon en faisant essentiellement appel à des religieux, de surcroît militants de l'islamisme politique, pour un colloque qui se prétend universitaire et ferait le lien avec "le militantisme pour les droits humains" pour "la construction d’une collectivité responsable et citoyenne". Tout cela démontre le peu de crédibilité et la lente dérive d'une partie de l'université française.

Tous les sujets peuvent et doivent être objet de recherche universitaire. Tout questionnement scientifique peut faire l'objet de colloques. Rien ne doit être tabou. Mais désormais, nous constatons une instrumentalisation des recherches universitaires en sciences humaines pour la diffusion d'une idéologie. Nous constatons l'influence grandissante d'une idéologie totalitaire sur les institutions censées produire la science et le savoir. Tariq Ramadan, dont nombre des intervenants sont les héritiers, fut le premier islamiste à avoir compris l'importance d'investir l'université. La Ligue de l'enseignement, autre intervenant de ce colloque et soutien de Tariq Ramadan depuis plus de 20 ans, est là pour nous le rappeler.

Aucune personnalité et association qui ont une approche universaliste et laïque de ces sujets, aucun musulman progressiste portant un autre discours que celui des intégristes musulmans intervenants dans ce colloque, n'a été invité. Rester dans un entre soi d'extrême droite pour dérouler un discours sur "l'égalité" où tout le monde est d'accord n'a rien d'un colloque universitaire et de recherche scientifique. C'est un meeting politique dans les locaux d'une université qui se transforment en temple de l'intégrisme musulman où la caution scientifique et les lieux servent de label.

C'est comme si une chaire nommée "études des droites totalitaires" organisait un colloque sur "Droits de l'Homme, un enjeu d'égalité" avec pour intervenants le Front National, Résistance Républicaine, Civitas, et des "défenseurs des Droits Humains" issus de l'extrême droite traditionnelle.

"Il n’existe pas de cloisonnement hermétique entre [le militantisme pour les droits humains et la réflexion universitaire] qui au contraire se complètent pour la construction d’une collectivité responsable et citoyenne", comme cela est noté dans la brochure. C'est vrai. Mais cela n'est pas une raison pour inviter des associations et individus qui militent pour le contraire. Cela interdit encore moins d'inviter des intervenants modérés.

Croire que promouvoir le discours des Frères Musulmans va contribuer à lutter contre les discriminations et la mauvaise image de l'islam est le dernier élément qui décrédibilise la portée scientifique et universitaire de ce colloque.

Charb disait "J'ai moins peur des extrémistes religieux que des laïques qui se taisent". Il avait raison. Je rajouterais que les laïques qui parlent en harmonie avec les extrémistes religieux sont encore plus effrayants.


(1) Lutter contre l'islamophobie, un enjeu d'égalité ?

(2) Au cœur de la manif pour tous, Khalid El Khadiri


(3) Ibid


(4) Musulmans et chrétiens pour la défense de la vie


(5) Zaman France n° 262 – FR, page 3.


(6) Erdogan, l'ivresse du pouvoir, documentaire de Gilles Cayatte et Guillaume Perrier, ARTE GEIE et Alegria Productions, 2016.


(7) La famille ne repose plus sur ce qu’elle a toujours été, à savoir sur une union entre un homme et une femme mais doit désormais inclure, sous ce dictat, la possibilité d’existence de plusieurs types de familles. Plus grave encore, ces distinctions sont enseignées à l’école à nos enfants dès le plus jeune âge.  Parti Égalité et Justice


(8) Manifeste du Parti Égalité et Justice, page 35.


(9) Pourquoi avoir choisi de soutenir le PEJ ?


(10) Un débat pour tous


(11) La grande colère des musulmans de France


(12) Ibid

(13) Communiqué du mouvement du Jihad islamique en Palestine

(14) Abdelaziz CHAAMBI est fiché S : pétition et soutien

(15) Souhail Chichah interrompt une conférence de Caroline Fourest

(16) Conférence sur la liberté d'expression, passage concerné à 2,13 minutes

(17) (1)  Ibid, passage concerné à 2,34 minutes

(18) 850 signatures pour le renvoi de Souhail Chichah

(19) Le CCIF et sa référence à l’Allemagne des années 30, l’arroseur arrosé

(20) Le CCIF, fleuron de la nouvelle extrême droite française (1ère partie)

(21) La nudité pour un yaourt ou le voile pour la "pudeur" : la femme selon le CCIF

(22) Le CCIF, fleuron de la nouvelle extrême droite française (3ème partie)

(23) Youssef Al-Qaradhawi, le voile et les femmes : un théologien "modéré" ?


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FranceTVéducation, plus d'ignorance que de pédagogie


       FranceTVéducation, site du service public de l'audiovisuel destiné à l'éducation et à la jeunesse, a produit avec l'argent du contribuable une vidéo censée lutter contre les discriminations envers les musulmans mais qui, en réalité, ne fait que véhiculer la propagande de leur frange intégriste.

Cette vidéo commence par nous expliquer que le terme "islamophobie" est fréquemment utilisé. FranceTV le valide donc sans se poser la moindre question sur l'essor de ce terme et ses promoteurs. Il faut rappeler qu'il a été développé par les intégristes musulmans pour rétablir le délit de blasphème, empêcher toute critique de l'islamisme et remise en cause du voile et du sexisme qui l'accompagne. En 1979, dès le début de la révolution islamique en Iran, l'ayatollah Khomeini avait popularisé ce terme pour stigmatiser les iraniennes qui refusaient de se voiler. Quel a été le moyen utilisé par ce "fou de Dieu" pour lutter contre cette "islamophobie" ? L'obligation par la loi du port du voile pour toutes les femmes afin de protéger les hommes de la tentation sexuelle et de l'impureté de leurs corps. Un détail que FranceTVéducation a omis de rappeler dans sa petite vidéo de "tolérance".

La vidéo tombe alors dans un travers corollaire : "l'islamophobie" n'est plus la peur d'une idéologie religieuse, l'islam (véritable sens du terme). Elle se transforme en "ensemble des réactions et des actes de rejet vis-à-vis des personnes musulmanes ou supposées l'être". Le titre orienté de cette vidéo est d'ailleurs "islamophobie, plus de haine que de peur". La possibilité de critiquer une religion, d'exprimer ses craintes (fondées ou non) ou de s'en moquer, est ainsi assimilée à de la haine et des attaques envers les individus. C'est la définition exacte du CCIF, ce collectif d'extrême droite islamiste qui tient justement des propos virulents vis-à-vis des "personnes musulmanes ou supposées l'être" qui ne correspondent pas à sa vision extrémiste de l'islam.
Par son titre et son propos, FranceTVéducation explique ainsi à la jeunesse que la liberté d'expression s'arrête là où l'islam commence.

Un seul élément du CCIF n'a pas été repris par FranceTV : la vidéo explique bien que "l'islamophobie" n'est pas un délit. Sa complaisance a trouvé sa limite par la réalité du code pénal, peut-être à regret ?

La vidéo fait aussi allusion à des discours politiques qui seraient "islamophobes". Si effectivement le FN et autres polémistes d'extrême droite sont clairement antimusulmans, il y a des personnalités politiques et intellectuelles telles que Manuel Valls, Malek Boutih ou Élisabeth Badinter qui sont dans la lutte contre l'islamisme sans être antimusulmans. Que nous soyons d'accord ou non avec ces derniers, ils n'ont rien de comparable avec l'extrême droite dont ils sont les premiers adversaires. Or, le CCIF les classe pourtant parmi les "islamophobes". Cet argument de FranceTVéducation ne sort pas de nulle part. Il a été avancé en début d'année par le CCIF lors de la présentation de son dernier rapport d'activité. Puisque les actes et propos antimusulmans ont été en net recul en 2016, il fallait bien trouver un autre angle d'attaque pour poursuivre la victimisation. Là encore, FranceTV se fait le relais de la propagande islamiste.
Alors dites-nous FranceTVéducation, qui classez-vous dans quelle catégorie ? En effet, comme il est dit dans la vidéo, la frontière entre peur, critique de l'islam et rejet des musulmans est parfois ténue. C'est pour cela que FranceTV mélange allègrement l'un et l'autre en confondant musulmans/intégristes musulmans et liberté d'expression/propos antimusulmans, grâce à son travail prémâché par le CCIF.

Quelle image est mise en illustration dans cette vidéo pendant qu'on nous explique que "l'islamophobie, c'est pas bien" ? Celle d'un barbu en djellaba et pantoufles à côté d'une femme voilée. La petite fille qui les accompagne est tête nue. Son corps n'étant pas sexuellement actif, le voile lui est pour le moment inutile. Quoique certains intégristes ne s'arrêtent pas à ce genre de détails pour voiler les fillettes afin de les habituer au sort qui les attend. FranceTV aurait alors pu aller jusqu'au bout de sa complaisance en la voilant également, par esprit de tolérance et de lutte contre "l'islamophobie"... Comme caricature des musulmans, comme essentialisation également, on ne pouvait pas faire pire. FranceTV valide à son tour l'idée qu'une musulmane s'identifie d'abord par un voile, donc d'abord par un sexisme moyenâgeux. L'objectif des islamistes de faire du voile l'élément identificateur de la musulmane, comme cheval de Troie de leur conquête idéologique, est en passe d'être atteint. C'est cela que le service public nous demande d'accepter et de ne pas critiquer sous peine d'être accusé "d'islamophobie" (qui, je le rappelle, n'est pas un délit). Ce qui voudrait aussi dire que les musulmanes non-voilées seraient moins musulmanes que les autres, et les musulmans luttant contre l'intégrisme seraient… "islamophobes". Or, c'est par attachement à leur religion, par désir d'affirmer les valeurs de la République, par la volonté de défendre ce bien précieux qu'est la laïcité et la hantise d'un retour en arrière concernant les femmes, qu'ils luttent contre les islamistes. FranceTV contribue à son tour au discrédit des musulmans progressistes par son soutien à la frange intégriste de l'islam. Elle contribue ainsi à ce qu'elle prétend combattre puisque cela ne fait que rajouter de l'inquiétude à la société qui pousse fatalement certains au délit par des propos et des actes antimusulmans.

Ainsi, le ras-le-bol croissant de la société française face à cette présence de plus en plus visible de la radicalité religieuse est perçu par FranceTV comme de l'intolérance. Pourquoi pas. J'attends donc une autre vidéo qui dénoncerait l'injuste discrimination envers les intégristes catholiques de Civitas, les Lefebvristes et autres nostalgiques d'une France chrétienne.

L'ombre du CCIF sur cette vidéo se dévoile lorsque la voix off déclare que les chiffres énoncés, censés être des preuves, sont issus de ce collectif islamiste. Le parti pris est bien là, l'objectivité est au placard. Car les fameuses "statistiques" du CCIF n'ont jamais été crédibles. A tel point que, face aux critiques, il n'en publie plus les détails depuis plusieurs années. Nous n'avons donc aucune idée des critères exacts du CCIF qui permettraient de déterminer si un élément est "islamophobe" ou pas. Aucun détail non plus sur les actes référencés, à part les quelques cas médiatisés pour justifier sa "légitimité" de défendre les (intégristes) "musulmans". Et pour cause, à l'époque où le CCIF les rendait publics, on s'apercevait qu'il classait tout et n'importe quoi comme "acte et propos islamophobe". C'est tout juste si un pigeon lâchant une fiente sur le balcon d'une femme voilée n'était pas considéré comme un acte "islamophobe" (j'exagère à peine).
Il est surprenant que FranceTV accorde du crédit et cite les chiffres invérifiables d'un collectif ultra-identitaire dont la seule volonté est le développement de la doctrine des Frères Musulmans, plutôt que d'utiliser les chiffres plus sérieux et vérifiables du Ministère de l'Intérieur. Mais peut-être que FranceTV considère que son employeur, l'État, serait trop "islamophobe" pour être fiable ?
Si effectivement le décalage avec les chiffres du Ministère de l'Intérieur s'explique en partie par le fait qu'il ne recense que les plaintes et mains courantes déposées, cela s'explique aussi par le volontaire manque de sérieux du CCIF qui trouve un intérêt certain à gonfler ces chiffres pour dessiner une situation anxiogène où les musulmans seraient persécutés.

Quelles que soient les sources officielles, les conclusions sont les mêmes : les actes et propos antimusulmans sont en recul (le CCIF a dû s'y résoudre dans son dernier rapport), malgré les craintes envers l'islam suscitées par l'expansion de l'islamisme politique au détriment de la laïcité et de l'égalité des sexes, et malgré les actes terroristes atroces commis au nom de cette religion. De plus, pour que les chiffres soient parlants, il faut les mettre en perspective avec les actes et propos antisémites et antichrétiens. Ce que cette vidéo ne fait pas. Or, on s'aperçoit que les atteintes les plus nombreuses sont dirigées contre des biens chrétiens (lieux de cultes, cimetières). Les actes physiques contre des musulmans sont heureusement rares. Mais quand ils se produisent, aucun d'entre eux n'a atteint le degré de violence subie par le père Jacques Hamel, égorgé parce que représentant de l'Église par un terroriste qui se réclamait de l'islam. Quant à l’antisémitisme, il y a presque deux fois plus d’actes et propos antisémites que d'actes et propos antimusulmans alors que cette population est six fois moins importante en France que les musulmans. Et les actes et propos antisémites commis par des français musulmans sont en augmentation…
Le CCIF n'a jamais été dans ce type d'analyses. Cela ne collerait pas avec sa stratégie de victimisation permanente. Une stratégie qui va jusqu'à utiliser un des arguments phares des Frères Musulmans que l'on voit brièvement passer dans la vidéo de FranceTVéducation : la comparaison entre la situation des juifs dans les années 30 et celle des musulmans aujourd'hui. Oui, l'extrême droite a toujours eu besoin d'un bouc-émissaire, dont les juifs ont une place de choix, pour expliquer les problèmes du moment. Mais cette comparaison entre juifs des années 30 et musulmans d'aujourd'hui est choquante et historiquement fausse. J'avais écrit un article à ce sujet pour démonter point par point cet argumentaire victimaire tout droit issu des intégristes musulmans, dont le CCIF (1). En le reprenant, FranceTV joue un jeu dangereux qui ne peut que cliver encore un peu plus la société.

Plus nous avançons dans le visionnage de cette vidéo, plus FranceTV s'enfonce dans le manque de professionnalisme. Elle explique que "l'islamophobie" aurait pour origine l'amalgame "islam-islamisme radical-terrorisme". Or, en déclarant cela, c'est bien FranceTVéducation qui nage en pleine confusion. Il est vrai que la peur de l'islam a pour origine le terrorisme, mais aussi l'islamisme politique dont le CCIF est la tête de proue, aujourd'hui promue par le service public. Seulement les termes utilisés dans la vidéo montrent le peu de maitrise du sujet. L'islamisme est par définition radical. Sinon, quel serait l'islamisme modéré ? Parle-t-on par exemple de nazisme radical sous-entendant qu'il y aurait un nazisme modéré ? Il ne faut pas confondre l'idéologie avec les moyens mis en œuvre pour la réaliser. Pour faire simple, les islamistes se partagent en deux tendances dans leurs moyens d'actions. La première est la violence à travers le terrorisme. La deuxième est le prosélytisme à travers l'action politique, associative, éducative et culturelle. Les origines idéologiques et objectifs sont les mêmes, seuls les moyens et le calendrier diffèrent. Les djihadistes veulent s'imposer maintenant et par la force. L'islamisme politique, quant à lui, a pour devise "on a le temps". Par le "djihad des tribunaux", le prosélytisme de terrain, les actions "culturelles et éducatives", l'acceptation du voile par la société et la culpabilisation à travers le concept "d'islamophobie" (à laquelle FranceTV apporte sa pierre), il désire convaincre, non pas contraindre directement. Ce qui lui permet de passer pour plus modéré que les djihadistes. Comparer le CCIF à DAESH rend ce collectif moins radical puisque non violent physiquement. En revanche, le comparer à des musulmans modérés comme Mohamed Arkoun ou abdennour bidar dévoile la radicalité du CCIF.
"Islamisme radical" est donc un pléonasme. On peut parler d'islam radical ou d'islamisme tout court, puis détailler en les nommant "islamisme djihadiste" et "islamisme politique".

Pensant bien faire, la vidéo se termine par une affirmation que nous entendons régulièrement : "l'islam est une religion de paix". Il suffit d'ouvrir le coran pour s'apercevoir du contraire. Les versets violents sont bien plus nombreux que les versets pacifistes. Quant au mot "amour", dans le sens d'aimer son prochain, de "aimez-vous les uns les autres", il est écrit nulle part. En y ajoutant les violences commises au nom de cette religion, cela ne fera pas changer d'avis les personnes ayant une image négative de l'islam. Cependant, on y trouve aussi le mot "salam" qui veut dire "paix", ainsi que la contextualisation des textes coraniques qui permet de vivre l'islam comme une spiritualité tout autant respectable que les autres religions. L'islam n'est donc pas une religion de paix ni de guerre, tout comme le christianisme (souvenons-nous de l'Inquisition et des conversions forcées et violentes des Amérindiens en Amérique latine actuelle par exemple, tout ceci au nom de Jésus). L’islam est ce qu’on veut qu’il soit. C'est toute la beauté de cette religion qui lui permet de s'adapter à l'époque et au lieu où elle se trouve, quand on prend la peine d'écouter les musulmans rationalistes. Mais c'est aussi son point faible qui permet aux islamistes de justifier leurs choix.
En rappelant l'affirmation "l'islam est une religion de paix", qui intellectuellement ne repose sur rien, après le déroulement de son raisonnement prémâché par le CCIF, nous pouvons comprendre le message suivant : remettre en question cette affirmation serait de l'intolérance, de "l'islamophobie". Ce site du service public a pourtant comme ambition d'apprendre l'esprit critique à la jeunesse…
Le slogan de FranceTVéducation est "cultiver l'envie d'apprendre". Il serait bien que les créateurs de cette vidéo commencent à s'y mettre pour eux-mêmes.

C'est pour toutes ces raisons que la phrase de conclusion en fin de vidéo est surréaliste : "le meilleur moyen de lutter contre l'islamophobie est de lutter contre l'ignorance". Au contraire, le meilleur moyen de lutter contre les actes et propos antimusulmans est de lutter contre le terme "islamophobie" et l'ignorance de structures telles que FranceTVéducation qui préfèrent soutenir la radicalité du CCIF, et contribuer à la validation de l'islamisme comme étant le véritable islam. Et ce, au détriment des musulmans progressistes que FranceTV abandonne en les condamnant à être assimilés à leurs coreligionnaires radicaux ou à être "excommuniés".

Les deux extrêmes droites peuvent remercier FranceTVéducation. Le CCIF est ravi de partager cette vidéo sur son site internet, sa page Facebook et son compte Twitter. Quant au FN et tous les identitaires nationalistes, ils pourront s'appuyer sur cette "œuvre d'art" pour alimenter leur fond de commerce. Le service public ne pouvait pas faire pire. Le CCIF ne pouvait pas rêver mieux.

(1) Le CCIF et sa référence à l’Allemagne des années 30, l’arroseur arrosé

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Le mariage, l'autre bataille des religieux pour le contrôle des femmes

Le mariage, l'autre bataille des religieux pour le contrôle des femmes

       Conscient du danger que représente la religion en politique pour les droits des femmes, le féminisme universaliste est un fervent défenseur du principe de laïcité, une des pierres angulaires qui garantit les libertés individuelles quand les religions privilégient les contraintes de la communauté. Les choix individuels n'ont pas leur place lorsque la religion est omniprésente dans la sphère publique. Seules les attitudes définies par la communauté religieuse dont on est issu font loi. Au-delà des sujets faisant les unes de la presse en ces domaines, l'un d'entre eux est plus discret mais touche le destin de plusieurs centaines de milliers de personnes, dont des français(e)s, où encore une fois la femme reste l'enjeu central : le mariage en islam.

La quasi-totalité des pays musulmans ont les mêmes lois sur le mariage. On en retrouve aussi les principes dans une bonne part de la communauté musulmane à travers le monde, y compris en France. Ces législations sont en grande partie basées sur la Charia. Ce qui amène à des dispositifs anachroniques et particulièrement choquants. Si les hommes musulmans peuvent se marier avec qui ils le souhaitent (et encore, il faut que ce soit une femme d’une des "religions du Livre"), ce n’est pas le cas des musulmanes. Dans les pays musulmans, les citoyennes n’ont pas le droit de se marier avec l’homme de leur choix. C'est l'État qui décide pour elles : les femmes ont l'obligation de se marier avec un musulman. Pourtant, rien dans le Coran ni la Sunna n’indique une telle discrimination envers les femmes. Les hommes et les femmes ont le même cadre, à savoir se marier avec un homme ou une femme des religions du Livre (musulman, chrétien ou juif), comme le Coran l'indique dans la sourate 60 verset 10. C’est par la suite que des théologiens ont ajouté une discrimination supplémentaire dans le fiqh (jurisprudence islamique) : le sexisme. Youssef Al-Qaradhawi en est par exemple l’un des promoteurs encore aujourd’hui. Préférant l’interprétation de la Charia plutôt que les sources directes du Coran, les codes juridiques de l’ensemble des pays ont intégré cette discrimination sexiste dans leur législation. La raison est que les femmes sont considérées comme particulièrement influençables et auraient ainsi tendance à adopter les croyances de leur époux. Leur grande crainte est qu’elles quittent leur religion si elles épousaient un non musulman. Car dans leur esprit, les enfants suivraient leur mère et cela aboutirait à la perte de l’islam. Cette loi est doublement discriminatoire puisqu’elle distingue et hiérarchise les individus en fonction de leur croyance et de leur sexe. Ces États justifient ainsi les droits plus limités des femmes par le fait qu'elles seraient influençables et moins intelligentes, au point de les priver d’une des libertés fondamentales : le libre choix de leur mari. Nous sommes clairement en présence d'un racisme d’État, doublé d’un sexisme des plus primaires. Bizarrement (mais pas tant que ça), nous n’avons jamais entendu le CCIF, le PIR, et autres prêcheurs islamistes "antiracistes" dénoncer cela. Car cette situation existe aussi chez les français de confession musulmane, et concerne donc également des français non-musulmans qui désirent épouser une musulmane. Les islamistes et indigénistes préfèrent dénoncer un racisme d’État imaginaire plutôt que celui-ci bien réel. Peut-être justement parce qu’ils sont racistes.

Nombreux sont les musulmans à déplorer ces lois. Les couples mixtes existent aussi, fort heureusement. Mais la tendance générale est à ce racisme, y compris chez des français de confession musulmane. On ne compte plus les situations malheureuses du choix cornélien imposé à une jeune femme écartelée entre son amour pour un non-musulman et la crainte de perdre sa famille. On ne compte pas non plus le nombre de conversions à l’islam pour qu’un mariage avec une musulmane puisse avoir lieu. Ainsi, il est perçu comme tout à fait normal qu’un homme se convertisse à l’islam, notamment pour un mariage. En revanche, il est impensable qu’un(e) musulman(e) quitte cette religion.
Il y a alors deux solutions possibles pour les femmes concernées. Soit leur fiancé se convertit à l’islam pour pouvoir célébrer le mariage dans le pays de la jeune femme si elle n'est pas française. Soit ils se marient dans un pays "raciste et islamophobe" comme la France laïque qui respecte les libertés individuelles notamment celle de pouvoir se marier avec la personne de son choix, peu importe sa couleur de peau ou sa religion. Quant à celles qui sont françaises et dont la famille n’imagine pas une seule seconde qu’elles puissent se marier avec un kâfir (terme arabe péjoratif pour désigner un non-musulman), le drame amoureux ou la rupture avec la famille sont souvent au bout du chemin.
Qu’individuellement les personnes souhaitent se marier avec un(e) coreligionnaire est évidemment un droit et une liberté tout à fait légitimes. Mais qu’un État ou une communauté religieuse l'impose à l’ensemble de la population ou de leurs coreligionnaires, c’est cela que l'on appelle un "racisme d’État". Si on adhère aux principes des Droits Humains, à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, alors le choix religieux (et donc de respecter ou non ces obligations religieuses) doit être individuel.

Dans l’Allemagne nazie (parallèle béni par les islamistes pour comparer la persécution hier des juifs à la situation que subiraient les musulmans en France aujourd’hui), une loi interdisait le mariage et les relations extraconjugales entre Juifs et citoyens de sang allemand. De nos jours, il y a dans les communautés et pays musulmans ces lois qui interdisent le mariage entre musulmanes et non-musulmans.

De plus, ce système est non seulement anachronique, mais surtout très hypocrite. En effet, comment un État pourrait déterminer qu'un homme est musulman ou non ? En lui demandant de  montrer son pénis à un jury pour voir s'il est circoncis ? Il fallait trouver un critère facile à identifier officiellement : la nationalité. On assigne à l'individu la religion supposée du pays dont il est citoyen. Un français musulman est ainsi considéré comme non-musulman. À l'inverse, un citoyen marocain athée est officiellement musulman.

Si un homme de nationalité française, qu'il soit musulman ou pas, désire se marier avec une musulmane dans le pays de la fiancée, il devra se convertir ou apporter la preuve qu'il est bien musulman (en général, de simples témoignages).
Quant au citoyen athée d'un pays musulman désirant se marier avec une musulmane d'un de ces pays, il n'aura rien à prouver ni conversion à effectuer puisqu'il est officiellement considéré comme musulman. Et tout cela, sans même se demander si la future épouse est elle-même musulmane puisqu'elle aussi, en tant que citoyenne d'un pays musulman, est considérée comme musulmane. Qu'elle le veuille ou non. Il existe donc des situations ubuesques où le futur époux européen musulman doit se convertir officiellement à l'islam pour pouvoir se marier avec une maghrébine athée.
Au-delà de l'aspect discriminatoire contraire aux droits humains élémentaires, c'est l'illustration de la bêtise humaine dans toute sa splendeur.

Ces situations cocasses existent car le monde a changé. Auparavant, on se mariait entre personnes de la même ville, de la même région ou au pire du même pays. Avec les progrès des communications et des transports, les distances géographiques se sont réduites. Les échanges humains et culturels n'ont jamais été aussi développés. Partir à l'étranger pour faire ses études ou pour raisons professionnelles est devenu banal. Tout comme partir en vacances dans le pays d'origine de ses parents ou grands-parents. Mais surtout, depuis une dizaine d'années, l'explosion des réseaux sociaux et des sites de rencontres a participé à cette évolution. Enfin, les femmes d'aujourd'hui, y compris la plupart des femmes musulmanes, désirent un mariage d'amour. Et l'amour peut frapper n'importe où.

Le jour où la liberté individuelle primera sur l'Oumma (communauté musulmane supranationale promue par les islamistes), de nombreux drames pourront être évités.

C'est le chemin qu'a choisi de prendre la Tunisie. Ce pays pionnier est le plus avancé des pays musulmans en ce qui concerne les droits des femmes. La contestation de ce système ne pouvait donc venir que de là. Des citoyen(ne)s se sont mobilisé(e)s pour changer leur législation (circulaire du ministère de l'intérieur de 1962, renforcée par une circulaire du ministère de la justice en 1973). C'est tout à leur honneur et dans la continuité de leur histoire progressiste.
Le 14 septembre 2017 restera une date historique pour les Tunisiennes, et un exemple pour toutes les femmes des pays musulmans : depuis cette date, les Tunisiennes sont enfin libre de choisir réellement leurs époux. La Tunisie poursuit son chemin vers la modernité, au grand dam des religieux, y compris des religieux non-tunisiens, qui poursuivent leur pression sur cet État.

Il faudra encore de nombreuses années, voire plusieurs générations, avant que cela soit accepté par l'ensemble des musulmans. L'universalisme ne se construit pas en un jour. L'obscurantisme et le sexisme de nos chers intégristes de toutes les religions nous le rappellent constamment. Mais l'amour d'un couple mixte plus fort que l'intolérance et le racisme, n'est-ce pas le plus beau des moteurs ?

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Lettre ouverte à Lallab d'un militant féministe : oui, démêlons votre vrai du faux

Lallab désire démêler le vrai du faux

       Vous avez demandé à l'État, cet État que les racialistes auxquels vous appartenez dénoncent comme "néocolonial et islamophobe", l'attribution de trois services civiques financés par le contribuable pour développer vos activités prosélytes. En l'apprenant, les féministes universalistes et militant(e)s laïques se sont élevé(e)s pour manifester leur indignation. La fachosphère, fidèle à elle-même, s'en est rapidement mêlée en vous attaquant de façon virulente et indigne. Face à cela, vous avez publié un texte censé éclairer vos positions (1).

A la lecture de votre texte, j'ai souhaité m'adresser directement à vous. Car les féministes universalistes et militants laïques ne sont pas d'extrême droite, contrairement à l'idéologie dont vous êtes une des vitrines.

Oui, votre interprétation de l'islam est issue de la doctrine des Frères musulmans. Ces islamistes qui considèrent qu'il faut s'investir dans la vie de la cité pour la changer, la mener vers le "vivre (dans leur) ensemble", qui veulent la faire plier pour qu'elle s'adapte à leur radicalité et à leur obsession sexuelle dont le voilement est censé contrôler les ardeurs masculines. Vous tentez de séduire par l'instrumentalisation du féminisme, de la lutte anti-raciste, l'arme du voile, la victimisation et l'intimidation par le concept "d'islamophobie", comme tous les militants de l'islam politique.

L'appartenance à la confrérie n'est pas formelle. Il n'y a pas de carte d'adhésion ni une organisation pyramidale dirigée depuis l’Égypte (pays d'origine de cette idéologie). C'est une idéologie à laquelle on adhère par la validation d’un certain islam, le vôtre. On peut donc facilement déclarer n'avoir "aucun lien avec les Frères musulmans". L'intérêt est double : ne pas effrayer la société et faire passer sa radicalité comme étant le véritable islam, une islamiste frériste devenant ainsi une simple musulmane. D'où votre affirmation de défendre "les femmes musulmanes". Indigénistes, vous extrayez la religiosité pour racialiser une confession. La musulmane, adepte d'une religion, se transforme en membre d'une ethnie, allant jusqu'à faire de l'islam une "race". Critiquer votre intégrisme, dont le voile, serait critiquer l'ensemble des musulmanes, donc du racisme. En y ajoutant votre rejet de la liberté d'expression par l'anathème "islamophobie" (qui signifie la peur d'une religion, l'islam) en amalgamant volontairement la critique d'une religion avec les actes et propos antimusulmans qui, eux, sont condamnables, nous avons la liste de tous les ingrédients de la stratégie politique des Frères musulmans.
Les autres représentants des Frères musulmans, le CCIF, l'UOIF, les partis politiques islamistes français et autres associations "culturelles", exploitent à fond la même stratégie que la vôtre, inspirée par des penseurs de la confrérie tels que Tariq Ramadan.

Considérer le voile comme une prescription religieuse, et non pas comme une interprétation extrémiste, est l'exemple le plus emblématique de votre adhésion à l'idéologie des Frères musulmans. Une partie de vos militantes affichent cette adhésion jusque sur leur tête par le port de son symbole sexiste développé depuis 1928 par la confrérie : le hijab. Qui d'autre que les "savants" salafistes et Frères musulmans considère le voile comme une obligation ? Toutes les justifications du voile sont faites par ces théologiens et islamologues plus sexistes et rétrogrades les uns que les autres. Aucun islamologue modéré ne considère le voile comme une prescription religieuse. Les musulmans rationnalistes combattent même cette idée.

Vous déclarez toutefois : "nous ne sommes pas non plus pour le voilement des petites filles", sans plus de précision. Mais vous enchainez en expliquant également que vous êtes contre la loi de 2004 sur les signes religieux à l'école. Une loi qui justement interdit le voilement des fillettes. Prétendre être contre le voilement des petites filles tout en militant pour l'abrogation d'une loi qui les protège, vous êtes là encore dans la contradiction volontaire (ou l'inconscience intellectuelle ?).
Mais après tout, pourquoi seriez-vous contre le voilement des fillettes ? D'après vous et l'ensemble des intégristes musulmans français, le voile n'est qu'un "foulard", un simple vêtement, juste du "textile" qu'on peut rendre fashion. Si vous estimez que le voile est un vêtement comme un autre, l'équivalent d'une jupe ou d'un pantalon, il n'y a aucune raison d'être contre le voilement des enfants.

Mais le voile n'est pas cela. Ce n'est pas un "foulard", terme utilisé par les islamistes pour le banaliser. C'est bien un voile, au sens propre comme au sens figuré, inventé et prescrit par des hommes pour la création d'un apartheid sexuel. Le voile fait partie du système de domination qu'on appelle "patriarcat". C'est un marquage textile qui a été créé pour stigmatiser la moitié de l'Humanité, les femmes. Il leur est destiné uniquement parce qu'elles sont nées femmes. Il marque l'impureté de leur corps et le danger sexuel qu'il est censé représenter pour les hommes. On le présente comme l'emballage d'un objet précieux pour le rendre plus acceptable. Oui, il fait de la femme un objet, mais pas n'importe lequel. Les islamistes déclarent que la femme est un bijou, une perle, dont le voile lui servirait d'écrin. Mais elle n'est en réalité qu'un objet sexuel, source de toutes les tentations masculines, qu'il faudrait cacher sous un voile pour que les hommes en soient protégés. Un voile qui n'est retiré que devant le mari ou les membres de la famille, car les cheveux, le cou, les bras (ce que les islamistes appellent "la beauté") ne peuvent être vus que par les proches. Les valeurs véhiculées par le voile sont nombreuses : invisibilité du corps féminin pour éviter les érections de pénis, remise en cause de la mixité, contrôle de la sexualité des femmes, labellisation des femmes "vertueuses" par ce marquage sexiste, etc. Vous valorisez tout cela dans vos articles. Vous appelez cela la "pudeur". Les féministes appellent cela le sexisme.

Une question se pose : à quel âge les intégristes musulmans estiment qu'une fille peut/doit se voiler ? Si les salafistes considèrent que cela doit se faire dès la petite enfance pour les habituer au sort qui leur est réservé, la totalité des islamistes estiment qu'une fille peut porter le voile dès l'adolescence, lorsque son corps devient femme. Ce qui confirme l'aspect "objet sexuel", et la légitimité de la loi de 2004...
Voilà pourquoi vous êtes mal à l'aise au sujet du voilement des fillettes. Cela ne fait pas de vous de ferventes féministes pour autant. Car vous défendez, et certaines de vos militantes le portent, le symbole le plus criant de l'inégalité des sexes. Si vous militez pour un minimum d'autonomie et d'indépendance sur le plan économique et professionnel, le voile marquera toujours l'infériorité des femmes par rapport aux hommes sur le plan humain.

Que vous validiez ce genre d'approche de la femme en tant qu'extrémistes religieuses, soit. Que vous le fassiez au nom du féminisme, avec le soutien du Planning Familial, c'est aberrant.

Ainsi, l'appartenance aux Frères musulmans n'est pas administrative ni organique. Votre proximité se manifeste par vos références théologiques, votre vision de l'islam, un islam bien plus politique, sexiste et exhibitionniste que spirituel, intime et progressiste. Votre islam est identitaire et vous l'assumez. Vous êtes un mouvement identitaire dont le féminisme sert de levier. Mohamed Talbi, historien et islamologue tunisien, avait écrit que la religion n'est ni une identité, ni une culture, ni une nation. C'est une relation personnelle à Dieu, une voie vers lui. Voilà une des différences avec les Frères musulmans. Votre appartenance se manifeste également par l'instrumentalisation de cette religion pour la faire sortir de la sphère privée en l'utilisant comme une arme politique afin d'influencer la sphère publique (le voile en est le cheval de Troie des islamistes depuis des décennies). Elle se manifeste enfin par le choix des "féministes" que vous encensez.

Vous avez choisi comme marraine une "féministe" islamiste frériste, Asma Lamrabet, qui considère que le droit à l'avortement ne constitue pas pour [les musulmanes] une priorité d'autant  plus que l'islam offre des latitudes et une grande flexibilité par rapport à cela. Un de ses ouvrages a été préfacé par Tariq Ramadan, l'islamiste frériste francophone le plus célèbre et dont la fibre féministe est plus que cachée.

Une autre "féministe" que vous admirez montre encore une fois votre adhésion idéologique aux Frères musulmans. Par son histoire contemporaine, la Tunisie est incontournable dans le domaine des droits des femmes. Vous avez alors fait le portrait d'une militante féministe tunisienne que vous admirez. Des féministes, la Tunisie n'en manque pas. Vous auriez pu choisir d'interviewer Lilia Labidi, Latifa Lakhdar, Nadia Chaabane ou d'autres qui représentent l'image de la femme tunisienne émancipée et féministe depuis plusieurs décennies. Mais il semble qu'elles soient trop laïques, trop émancipées sous l'influence du "féminisme blanc". Latifa Lakhdar par exemple, historienne tunisienne, professeur d’université et chercheur sur la pensée islamique, estime que le voile n’est pas un simple usage, il est la partie visible d’une vision du monde basée sur la coupure en deux de l’universel, les hommes et les femmes. Le voile est le signe de l’enfermement théologique des femmes.
Alors vous avez choisi Meherzia Labidi, députée d'Ennahda, le parti politique islamiste tunisien issu des Frères musulmans (2). Quand les premières luttent depuis toujours contre les intégristes, la seconde milite au sein du parti islamiste combattu par l'ensemble des féministes tunisiennes. Ce parti représente l'extrême droite de ce pays. Les démocrates tunisiens considèrent que lutter contre Ennahda est le même combat que lutter contre le Front National en France. Il faut rappeler qu'en 2012 Meherzia Labidi avait soutenu le projet islamiste d'inscrire dans la nouvelle constitution que la femme n'est pas l'égale de l'homme mais son "complément". Toutes les féministes tunisiennes s'étaient alors levées, avec une grande partie de la société, pour manifester contre ce projet. L'opposition contre Meherzia Labidi et son parti a été si forte que les islamistes ont reculé. En parlez-vous dans votre portrait, ne serait-ce que pour montrer un minimum de distance et d'esprit critique ? Non. Vous justifiez l'opposition qu'elle a subie uniquement parce qu'elle est voilée et qu'elle représente un "parti islamique", et non pas "islamiste", comme indiqué dans votre hagiographie. Comme toujours, vous jouez sur la fibre victimaire et "islamophobe", même pour un pays musulman… Vous louez son combat "contre les préjugés dont les femmes musulmanes sont victimes" en omettant que ce sont des femmes musulmanes (de culte ou de culture) qui s'étaient opposées à elle et à son désir de faire d'elles des éternelles mineures. J'étais à Tunis le 13 août 2013 pour participer à la manifestation contre le "féminisme" d'Ennahda, lors de la journée de la femme, aux côtés de milliers de Tunisiens. Tous sont "racistes et islamophobes" je suppose ?

Pour une fois je vous rejoins : dans cet exemple les femmes musulmanes sont bien des victimes, mais des victimes de l'islamisme que vous louez. C'est bien au nom de l'universalité des droits inspirée du "féminisme blanc" que tous ces Tunisiens ont manifesté. C'est toujours au nom de cette universalité installée en Tunisie par Bourguiba, à travers le code de statut personnel, que ces mêmes Tunisiens avaient fait reculer Ennahda qui a finalement été contraint, fin 2012, de supprimer la "complémentarité" de la future constitution.
Nous retrouvons ici votre désir d'inclure toutes les musulmanes dans votre radicalité en occultant celles qui vous combattent.
Ennahada a voulu instrumentaliser le code du statut personnel cher aux Tunisiens, prétendait le défendre, pour en réalité tenter de le vider de son essence afin de l'adapter à son intégrisme. Les frères musulmans français usent de la même méthode par leur instrumentalisation de nos valeurs comme la laïcité, le "vivre ensemble" et… le féminisme.
Le portrait que vous faites de cette militante de l'extrême droite religieuse tunisienne est élogieux et bien écrit, je vous le concède…
Quand on pense que le Planning Familial tunisien a toujours combattu les islamistes, alors qu'aujourd'hui le Planning Familial français soutient leurs promotrices.

Voilà comment nous pouvons affirmer que votre islam est bien plus proche de Hassan Al-Banna ou Youssef Al-Qaradhawi que de Mohamed Arkoun et autres musulmans éclairés.

Vous avez donc la prétention de parler au nom des "femmes musulmanes" et instrumentalisez le féminisme au profit d'une idéologie politico-religieuse que nous combattons. Comme le CCIF et l'ensemble des partis politiques issus des Frères musulmans, vous exposez une vitrine pour cacher votre arrière-cour. Vous vous présentez comme une association "areligieuse, aconfessionnelle et apartisane", tout en ayant une activité à l'opposé de cette déclaration.
La quasi-totalité de vos articles et de vos prises de positions concerne l'islam, de plus dans sa version rigoriste et sexiste. Vous habillez l'ensemble d'une forme et de formules modernes qui ne changent rien au fond : vous êtes une association 100% religieuse avec parfois des sujets qui ne le sont pas, et non l'inverse.

Face à cette réalité hallucinante d'évidence, vous maintenez vos propos en vous appuyant sur un argument tout aussi hallucinant : une des deux cofondatrices de Lallab est athée et "nous comptons parmi nos bénévoles des personnes musulmanes et non musulmanes, des femmes ainsi que des hommes !" Cela ressemble au même alibi que "j'ai un ami noir".

Vous avancez cet argument pour montrer que, dès sa création, l'association avait un désir d'équilibre. Le désir égalitaire d'accorder la même place aux "musulmanes", et de plus à TOUTES les musulmanes, qu'aux autres. Or, quels sont vos sujets, articles et actions concernant les chrétiennes, juives et femmes athées, puisque Lallab serait areligieuse ? Quels sont ceux concernant les femmes musulmanes discriminées et harcelées par leurs coreligionnaires car elles refusent d'être pratiquantes, de porter le voile ou ne sont pas  hétérosexuelles ? Vous soutenez le "hijab day" pour défendre les musulmanes voilées. Vous revendiquez également le "libre choix" de porter ou non le voile. A côté de votre prosélytisme pro-voile, quelles sont vos actions pour soutenir ces femmes qui subissent des remarques sexistes et des pressions pour se bâcher ? Participez-vous à la "journée sans voile" organisée chaque année par des féministes de confession ou de culture musulmane ? Avez-vous écrit des articles qui donnent le point de vue de musulman(e)s qui expliquent que le voile n'est pas religieux, à côté de l'ensemble de vos articles qui expriment à quel point le voile est formidable ? Où  est la parole de ces femmes dans vos colonnes ?

Vous pensez sincèrement qu'en véhiculant le message "touche pas à mon sexisme par respect de mon intégrisme" lors de ces "hijab day" va aider à améliorer l'image de l'islam et des femmes musulmanes ? Ce ne sont pas vos sourires, aussi sympathiques soient-ils, et vos voiles colorés, ni les cafés offerts, qui vont changer la raison d'être de ce tissu raciste créé pour marquer un groupe humain en raison de son sexe.

Vous représentez les bigotes catholiques d'antan, dont une partie d'entre elles avaient déjà eu la bonne idée de se revendiquer comme féministes pour mieux ramener la société vers le passé. Que des femmes se battent pour l'inégalité des sexes en déclarant être féministes, il n'y a rien de nouveau. Si, tout au long du XXe siècle, les féministes se sont battues contre la bigoterie catholique, nous menons la même lutte que nos ainées aujourd'hui contre la bigoterie musulmane que vous représentez. Quelle que soit la religion, nous refusons que les droits des femmes passent par la lessiveuse du diktat religieux pour définir ce qu'est le féminisme, un féminisme qui n'aura jamais pour vocation l'égalité des sexes.

Les faits sont têtus et les arguments en béton armé. Alors pour masquer vos incohérences dangereuses pour les femmes, vous balayez tout cela d'un revers de main en accusant tous vos opposants, y compris des musulmans, de racisme et "d'islamophobie" (terme popularisé par les islamistes pour désigner toute personne s'opposant à eux). Votre réaction est la même que tous les intégristes dans les pays musulmans : ils argumentent peu sur le fond pour accuser leurs opposants de ne pas respecter la religion. Vous déclarez vouloir défendre toutes les musulmanes en taxant d'"islamophobes" celles qui combattent votre idéologie. L'islam a bon dos.

L'islam n'est pas une race, les musulmans ne forment pas une catégorie d'êtres humains à part. Si vous avez été victime d'attaques de l'extrême droite, les féministes universalistes et militants laïques n'en sont pas responsables. Nous amalgamer avec les fachos est une stratégie pour tenter de nous discréditer. Mais cela ne fonctionne pas. Vous mettez en lumière vos détracteurs d'extrême droite pour nier vos détracteurs féministes et laïques. Mais nous ne nous tairons pas.
Quant à la peur et la critique de l'islam, elles ne sont pas interdites par la loi. Le délit de blasphème a été aboli il y a plus d'un siècle. La mauvaise image que vous donnez de cette religion ne peut qu'entretenir cette crainte de l'islam (vrai sens de "islamophobie") et favoriser l'extrême droite qui s'en sert pour lutter contre l'ensemble des musulmans. Vous êtes en cela les alliées objectives de ce que vous prétendez combattre.

Nos références n'ont aucune base idéologique raciste. Nous avons même toujours lutté contre les idées de Maurras, de Jean-Marie Le Pen et consorts. Nous nous revendiquons de l'héritage des Lumières. Mes références sont Voltaire, Rousseau, les "hussards noirs de la République", Aristide Briand, Olympe de Gouges, Simone de Beauvoir, les Suffragettes, le MLF, mais aussi Ibn Rushd (Averroès), Malek Chebel, abdelwahhab medeb, Mohamed Talbi, Latifa Lakhdar, Latifa Jbabdi, Nawal Al Saadawi…

Quelle que soit notre couleur de peau, nos origines ou nos croyances, nous nous revendiquons fils et filles des Lumières. C'est au nom de ces valeurs que nous militons pour l'égalité des sexes sans distinction de culture ou de religion. Vous appelez cela du racisme, du "féminisme blanc", nous appelons cela l'universalisme. Faut-il vous rappeler que c'est grâce à ces valeurs universalistes que vous avez la possibilité de vous exprimer aujourd'hui ? Même le terme de "féminisme" que vous revendiquez est issu de l'histoire des "Blancs". Faut-il vous rappeler, ou vous apprendre, que les Lumières françaises ont trouvé une partie de leurs sources dans l'islam des Lumières qui les avaient précédées de quelques siècles ? A l'époque du Moyen-Age européen, la modernité venait du monde musulman. Aujourd'hui, elle vient du monde "Blanc", pour reprendre votre terme. Qualifieriez-vous de "culture marron impérialiste" les progrès scientifiques et intellectuels apportés par les penseurs musulmans à l'Europe ? S'ils n'avaient pas fait ce colossal travail de sauvegarde et traduction des textes philosophiques de l'antiquité grecque, en y apportant de surcroit leurs propres avancées, il n'y aurait sans doute jamais eu les Lumières françaises (sans parler de la médecine moderne, des mathématiques, de la géographie, etc.). Lumières françaises sur lesquelles se sont appuyés la totalité des grands penseurs et des féministes pour revendiquer leur droit à la liberté individuelle, à la laïcité, à l'égalité des sexes.
L'héritage de l'islam des Lumières est aujourd'hui combattu par les salafistes ainsi que les Frères musulmans qui usent du voile comme arme principale, votre voile.

Ainsi, quand vous prenez pour exemple l'islamiste marocaine Asma Lamrabet, je me revendique de l'héritage d'Olympes de Gouges. Quand vous encensez Meherzia Labidi, je me réfère à Hoda Charaoui. Cette féministe égyptienne qui créa en 1922 l’Union féministe égyptienne et qui retira son voile en 1923 pour poursuivre son combat tête nue en Egypte. La naissance des Frères musulmans dans ce même pays en 1928 allait réduire progressivement au silence le féminisme égyptien, et faire la promotion de ce qu'une partie de vos militantes "féministes" porte sur la tête aujourd'hui : le hijab. Une des raisons de cette conquête islamiste est le refus de ce qu'ils estimaient être des "valeurs occidentales". Tout désir d'émancipation des femmes était taxé de vouloir faire le jeu des colons. Le terme a évolué aujourd'hui, vous l'appelez "féminisme blanc"…

A travers votre rejet du féminisme universaliste, ce n'est pas seulement une partie de l'histoire culturelle française que vous rejetez. C'est aussi le rejet d'une partie de l'héritage historique euro-méditerranéen auquel vous affirmez pourtant appartenir.
Quel que soit le côté de la Méditerranée où nous nous trouvons, nous sommes des milliers de femmes et d'hommes qui luttons contre votre idéologie. De nombreux musulmans à travers le monde considèrent le voile comme une aberration, même une insulte à Dieu et son Prophète. Les musulmans de culte ou de culture qui rejettent les idées véhiculées par le voile sont appelés "blasphémateurs" dans les pays musulmans. En France vous les appelez "islamophobes". Des anathèmes qui ne sont là que pour éviter tout débat. Car comment pourriez-vous justifier l'injustifiable autrement qu'en disqualifiant vos détracteurs ?

Tout comme pour le voile, vous pouvez tordre le "féminisme blanc" dans tous les sens, rien ne peut justifier vos oppositions à l'universalisme sauf… le racisme et l'intégrisme religieux.
Le seul racisme ici présent est donc le vôtre, par votre défense du marquage textile d'une partie de l'Humanité en raison de son sexe, et par le terme "féminisme blanc". Cette façon de nommer le féminisme, de réduire les femmes (et des hommes) qui luttent pour l'universalité des droits à la couleur de peau, est une formulation raciste. Vous êtes dans la même dérive que les indigénistes : vous vous servez de l'intersectionnalité pour développer une forme de racisme victimaire en faisant de la "blanchité" l'alpha et l'omega de tous vos problèmes. Mais le racisme reste le racisme, quelle que soit sa forme.

Votre féminisme différentialiste considère que les droits des femmes doivent s'adapter selon les circonstances pour respecter les cultures et religions. Notre féminisme désire s'affranchir de ces limites pour avoir les mêmes droits partout dans le monde. Il ne peut y avoir de différences entre les êtres humains. Le lieu et le milieu culturels et religieux de naissance ne doivent pas être une roulette russe où "tu perds ou tu gagnes". Le respect des individus, et a fortiori des femmes, doit être supérieur à celui des cultures. S'émanciper de la partie archaïque de sa culture n'est pas un manque de respect pour la communauté, mais une forme de respect envers soi-même. Voilà ce que vous refusez de défendre, voilà ce que nous défendons. Votre féminisme "intersectionnel" instrumentalise le féminisme pour imposer un rigorisme religieux par l'affirmation du différentialisme sexuel. On peut être féministe et musulmane. On ne peut pas revendiquer un "féminisme musulman". Vous vous battez pour la différence des droits par respect des cultures et religions. Nous nous battons pour l'universalité des droits par respect de chaque être humain. Les Droits Humains sont universels, les droits des femmes ne se divisent pas !

Vous ne militez pas pour l'égalité des sexes. Vous militez pour le respect du rigorisme religieux dans lequel vous désirez trouver des espaces de liberté limitée pour les femmes en tentant de moderniser, non pas l'islam, mais l'interprétation intégriste des Frères musulmans. Ce qui explique toutes les confusions entre celles et ceux qui voient le danger que vous représentez pour les avancées féministes, et d'autres qui voient en vous des progressistes face aux intégristes durs.

Il est possible que, comme pour beaucoup de musulmans, vous soyez tant imprégnées de l'idéologie frériste que vous êtes convaincues que votre interprétation de l'islam n'est pas extrémiste puisque ce serait le véritable islam. Vous ne voyez sans doute pas, par exemple, Tariq Ramadan comme un idéologue intégriste mais comme un simple philosophe musulman parlant de l'islam. Vous ne voyez sans doute pas les fanatiques du CCIF comme des militants identitaires d'extrême droite ayant une vision raciste et totalitaire de l'islam, mais comme un simple collectif "anti-raciste" de "défense des droits de l'homme" (sic). Vous êtes donc convaincues de ne pas être islamistes mais juste de simples musulmanes. C'est ce qui pourrait expliquer votre sincérité apparente et la séduction que cela opère auprès de certaines féministes.

Mais comment pouvez-vous vous définir comme féministes alors que tant de féministes dans les pays musulmans hurlent aux européennes que défendre le voile en Europe contribue à l'oppression des femmes qui résistent encore au voile en terre d'islam ?
A cela, vous répondez ceci : "Le fait de nous renvoyer systématiquement à d’autres pays, lorsque nous parlons de la situation des femmes musulmanes en France, est une injonction raciste. Cela suggère, de façon insidieuse, que les musulman·e·s sont d’une certaine façon condamné·e·s à être étranger·e·s".
Encore et toujours l'anathème de racisme pour tenter de désamorcer toute réflexion… Le hijab que vous brandissez en étendard n'est pas né en Lozère mais en Egypte. Votre marraine est marocaine. Toutes vos références théologiques sont du Moyen-Orient. En tant qu'association "areligieuse et aconfessionnelle" vous utilisez régulièrement dans vos écrits des formules religieuses, non pas en français mais en arabe. Vous ne parlez pas de Dieu mais d'Allah. Vous ne dites pas "si Dieu le veut" mais Inchallah, etc. Enfin, vous êtes dans le rejet d'une partie de la culture française et des valeurs républicaines. Comment voulez-vous qu'il en soit autrement que de vous comparer aux musulmanes des pays musulmans ? En revanche, il est vrai que tout cela sert de prétexte à l'extrême droite pour attaquer l'ensemble des musulmans. C'est un joli coup de pouce de votre part.

Vous terminez votre texte en expliquant que toutes les injonctions que vous subissez sont pour vous "des pertes de temps et d'énergie considérables qui ont des conséquences sur [votre] santé et [votre] travail quotidien pour les droits des femmes" en ajoutant qu'il y a des "conséquences sur [vos] membres et [vos] familles".
Croyez bien que nous pensons la même chose en ce qui nous concerne. Nous avons tou(te)s des vies qui seraient plus agréables si nous ne passions pas une partie de notre temps à nous battre pour sauvegarder des acquis face aux islamistes au lieu de l'utiliser pour en gagner des nouveaux. Nous subissons aussi des attaques, insultes et menaces de la part d'une partie de celles et ceux qui vous soutiennent. Leurs propos haineux sont souvent très virulents. Les "fils de pute inchallah tu crèves", "connard de Blanc" et autres messages de "paix et d'amour" ne sont pas rares. Cela a aussi des conséquences sur nous. Mais nous n'en faisons pas étalage. Car contrairement à vous, nous ne sommes pas dans la victimisation permanente pour faire pleurer dans les chaumières afin de gagner la sympathie de ceux que vous espérez rallier.
Quant à l'accusation sans fondement du manque "d'éthique et la malhonnêteté intellectuelle de [tous vos] détracteur·trice·s", nous pourrions vous retourner la même chose, preuves à l'appui.

Les critiques dont vous faites l'objet ne sont donc pas dues à un racisme ni à une intolérance religieuse. Seule l'extrême droite est sur ce terrain. Cette focalisation sur votre association résulte de vos positions, de votre idéologie, que vous qualifiez de féminisme. Si vous étiez une association cultuelle, ou au moins culturelle, qui mène des actions en direction des femmes musulmanes, il n'y aurait eu aucune polémique. Mais vous vous revendiquez comme association féministe. Vous êtes en France, un pays qui culturellement est anticlérical et dont les féministes ont mené un combat acharné contre la bigoterie catholique. Il ne faut donc pas vous étonner que des voix s'élèvent contre ce que nous espérions être une histoire révolue.

Les religions sont toutes patriarcales par essence. Le féminisme ne peut donc s'épanouir qu'à travers la laïcité. Partir de la religion, en faire un centre névralgique, pour définir les droits et libertés des femmes, est un féminisme dévoyé. Votre féminisme se rapproche plus de Hassan Al-Banna que de Simone de Beauvoir. On peut être d'accord ou pas, mais cela relève du débat intellectuel, pas du racisme.

Oui, il y a aujourd'hui des musulmanes fréristes qui désirent avoir un emploi et une carrière professionnelle (les salafistes restent à la maison). Toute leur communication autour de l'émancipation réside sous cet angle, et vous incarnez cela. Or c'est trompeur. Le voile les empêche d'accéder à certaines professions, comme celles de la fonction publique. Car ces femmes voilées refusent d'appliquer la neutralité religieuse demandée aux fonctionnaires. Plusieurs métiers du secteur privé sont également incompatibles avec le port du voile pour diverses raisons. Votre militantisme ne consiste pas à amener ces femmes à se dévoiler pour avoir les mêmes chances que les autres. Il consiste à un prosélytisme forcené pour faire plier la société et l'amener à accepter votre intégrisme. Le concept victimaire "d'islamophobie" est votre principal outil, comme le CCIF, l'UOIF et tous les prédicateurs fréristes.

Mais au-delà du handicap professionnel, le principal malentendu est ailleurs. L'émancipation d'un individu se construit d'abord par l'autonomie de son corps. Or, le voile matérialise la soumission à une idéologie patriarcale qui rejette cette autonomie pour les raisons évoquées en début d'article. Le mythe de la virginité reste encore vivace. Une femme non mariée doit rester vierge, même si elle a 40 ans. Le corps féminin est ainsi contrôlé afin d'éviter tout risque de tentation dont seule la femme serait responsable. Le voile en est le sceau. De sa naissance à sa mort, son corps ne lui appartiendra jamais. Pour les islamistes, la valeur d'une femme ne se mesure donc pas à sa réussite professionnelle ou à ses qualités humaines. En tant qu'objet sexuel, elle se mesure à ce qu'elle fait de son entrecuisse.
Vous désirez occulter le sexisme du voile qui renvoie au corps pour mettre en valeur la partielle émancipation professionnelle d'une partie des femmes concernées. Les "féministes" islamistes que vous mettez en avant sont aussi dans cette philosophie. Cela explique votre hagiographie de Meherzia Labidi. Vous appelez cela du féminisme. Nous appelons cela du sexisme dans sa forme la plus archaïque avec un emballage marketing que vous avez modernisé.

Certes, vous avez des positions qui relèvent du féminisme. Mais votre idéologie de référence qui est la religion (et de surcroit dans sa forme intégriste), vos positions anti-féministes par votre rejet de l'égalité de sexes à travers votre différentialisme, en y ajoutant vos liens avec l'idéologie des Frères musulmans, discréditent les quelques positions féministes que vous pouvez avoir. Car, comme le dit si bien la féministe algérienne Wassyla Tamzali (elle aussi raciste et "islamophobe" ?) : Ou bien les hommes et les femmes sont égaux ou bien ils ne le sont pas. On ne peut pas l'être qu'un peu. Avec Lallab, ce sera toujours "un peu".

Vous pouvez porter des voiles élégants et aux couleurs chatoyantes. Le voile reste le voile, avec tout le sexisme qu'il incarne. Vous pouvez mettre en place un marketing efficace, vous entourer de femmes sympathiques et souriantes, il n'en reste pas moins que vous représentez une idéologie totalitaire, l'islamisme. Un islamisme que vous désirez sans doute moderniser. Mais cela restera toujours de l'intégrisme musulman. Et nous refuserons toujours que cela soit financé par nos impôts.
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