Henda Ayari, de l’islamisme à l’islam : une citoyenne libre, une musulmane épanouie

Henda Ayari, de l'islamisme à l'islam : une citoyenne libre, une musulmane épanouie

       Personne t’a obligé à quoi que ce soit. Dans les deux cas c’est toi qui l’a choisie, ne remet pas ça sur l’islam. (...) Elle insinue que sa religion l’a emprisonnée. A gauche (de la photo) la pudeur qui est un des caractères premiers et importants pour le musulman. A droite, l’abandon de la pudeur. (commentaires sur Twitter, le 29 décembre 2015).

Si la tenue de Henda Ayari n’a rien d’impudique, ces propos tenus par un internaute "musulman" le sont particulièrement. Il est un exemple typique de ces islamistes qui sont plus préoccupés par le halal qui entre dans leur bouche plutôt que par le haram qui en sort. La pudeur relève plus du comportement et du langage que des vêtements. Ce tweet est gentil par rapport à d’autres. Les insultes qu’elle a reçues sont nombreuses depuis qu’elle revendique la visibilité de ses cheveux. On l’attaque sur les réseaux sociaux parce qu’elle attaquerait l’islam… Quelles seraient ses attaques contre l’islam ? Son abandon de "la pudeur" parce qu’elle a abandonné la bâche qui la couvrait.

Henda Ayari, comme de nombreuses musulmanes, a longtemps succombé au discours doublement culpabilisant des intégristes. Un discours religieusement culpabilisant : "si tu veux être une bonne musulmane, voile-toi". Et un discours sexuellement culpabilisant : "si tu veux être une femme bien, voile-toi". Comme pour la plupart des femmes voilées, on lui a appris que son corps est potentiellement source de problèmes. Pour les résoudre, il faudrait cacher ce corps. Pour encore mieux la convaincre, on lui explique que c’est Dieu qui l’a voulu et qu’elle en sera récompensée. Elle a vécu ce processus d’aliénation qui mène un jour à faire "le libre choix" de porter le voile. Mais, à force de courage et de réflexion réellement personnelle, elle a su s’extraire de ces discours extrémistes dont le seul but était de contrôler son corps et sa vie en général. Elle a choisi d’abandonner la servitude volontaire pour la liberté réellement choisie. Elle est devenue une femme libre. C’est cette liberté qui fait d’elle une citoyenne accomplie et une musulmane épanouie. Paradoxalement, elle est mieux imprégnée de spiritualité et plus proche de Dieu aujourd’hui, les cheveux au vent avec son blouson en cuir, qu’avec un voile sur la tête et un vêtement la transformant en Belphegor. Car elle a rejeté l’islam du paraitre pour choisir l’islam de l’être. Elle a compris que l’islam est dans le cœur, pas sur la tête. Le degré de spiritualité ne se mesure pas au nombre de centimètres carré d’un morceau de tissu sur le crâne qui désigne l’impureté de celle qui le porte. Elle a compris qu’en enlevant son voile, elle ne devient pas une pièce de 2 euros qui passerait de poche en poche, autrement dit une prostituée qui passe de pénis en pénis, selon les propos si poétique de Hani Ramadan qui compare la "pureté" et la "pudeur" des femmes voilées à l’impureté et l’impudeur des autres. Elle a compris que l’islam peut s’interpréter dans l’esprit de son message, pas à la lettre. Elle a compris qu’une des ambitions de cette religion à l’époque de son Prophète était de mener les fidèles vers plus d’égalité entre les hommes et les femmes. Son but, à une époque où les femmes n’avaient aucun droit ni existence légale, était de protéger les femmes de "l’offense" (coran, sourate 33 verset 59). Il a tenté de le faire avec les moyens, les connaissances et la culture de l’époque. Or, Henda a compris que nous ne sommes plus au Moyen-Age.
Si le but de protéger les femmes de "l’offense" est clairement exprimée dans le coran, le moyen par le port du voile en cachant les cheveux et/ou tout le corps (et de surcroit de nos jours), lui, ne l’est pas. Et encore moins le côté spirituel de ce tissu (sauf lors des 5 prières quotidiennes). La seule partie du corps mentionnée est la poitrine, puis les "atours" (ou "parures"). Pourtant aujourd’hui, nombre de musulman(e)s souhaitent appliquer à la lettre, voire même déformer, ces versets et ne font qu’aller à l’encontre de l’esprit du message originel. En souhaitant revenir à un soi-disant "islam authentique", ils font l’inverse de ce que Dieu et leur Prophète auraient voulu. Selon l’islam, cette religion avait pour ambition de faire progresser l’Humanité. En souhaitant la ramener au Moyen-Age, en désirant aliéner et voiler les femmes, les partisans du voile commettraient donc un "pêché". Ainsi, le voile, avec toutes les valeurs qu’il véhicule, est une insulte à Dieu et son Prophète.

Ces musulmans qui prétendent ainsi défendre leur religion en critiquant, insultant et menaçant Henda, sont exactement ces personnes que le coran dénonce comme offenseurs des femmes. C’est par leur lecture littéraliste et déformée de leurs textes sacrés qu’ils se permettent ce genre d’attitude : puisqu’elle n’est pas voilée alors on peut l’offenser. Peu importe que leur interprétation soit bonne ou non, seule leur vision compte. Peu importe que la religion n’a plus à autoriser ou non nos choix vestimentaires dans un État moderne et laïque au XXIe siècle : elle est musulmane, alors elle doit se plier à la "salafisation" de l’islam et rentrer dans le rang de l’Oumma, communauté des croyants supérieure à la communauté nationale.

C’est pour cela que seules l’éducation, l’instruction, l’émancipation, les lois de la république et la laïcité peuvent protéger les femmes de "l’offense" aujourd'hui. Certainement pas le voile, bien au contraire. Le voile et ses partisans font totalement l’inverse. Ce n’est plus à la religion de les protéger (protection d’ailleurs si peu efficace depuis toujours), mais à la République. C’est vers elle qu’on se tourne à présent. C’est exactement ce qu’a fait Henda.

Après tant d’années de mariage passées sous son voile, son désir de liberté était là. Le déclic lui est venu le jour où elle a été acceptée à l’École nationale des greffes de Dijon. Hier, Henda était une islamiste emprisonnée derrière des barreaux symbolisés par son voile. Aujourd’hui elle est une citoyenne libérée par le Barreau symbolisé par sa robe. C’est le plus beau, le plus parlant symbole de l’idéal laïque et républicain.
Elle est sortie de ces dilemmes en adoptant un islam apaisé. Elle est devenue, peut-être malgré elle, une féministe qui a soif de liberté et de modernité qui sont en accord avec sa nouvelle approche de l’islam. Dans un certain sens, elle est finalement devenue plus proche de l’esprit du message islamique du VIIe siècle que de l’application à la lettre des islamistes du XXIe.

Mais faudra-t-il qu’elle soit vigilante ? Car elle ne manquera pas d’être taxée d'"arabe de service" ou même de "traitresse" par les islamistes. Et puisque cette musulmane a retiré son voile et qu’elle le revendique, elle pourrait aussi être accusée "d’islamophobie" par le CCIF (là, je suis ironique. Quoique…).

Justement, où était le CCIF lorsqu’elle a eu besoin d’aide ? Ce collectif qui prétend défendre les droits des musulman(e)s. Où était-il quand elle a eu besoin d’être défendue pour sa liberté de conscience de vivre un islam plus respectueux des individus ? L’histoire de Henda est parue partout dans la presse. On l'a vu durant des semaines sur presque tous les sites internet d’information et ceux abordant ce type de sujets. Tous les sites ? Non... pas celui du CCIF. Aucun tweet de Marwan Muhammad, pas la moindre ligne, ni même une petite brève sur leur site pour en parler. Une musulmane qui se bat pour enlever son voile ? C’est un bug informatique, un cauchemar, un casse-tête idéologique dans leur conception de la défense des droits de "l’homme". Il vole à la rescousse des musulmanes qui militent pour le porter. Pas celles qui se battent pour l’enlever. Cela n’entre pas dans le cadre de leurs fameuses "statistiques". Un salafiste ne commet pas un "acte islamophobe" en instrumentalisant l’islam pour obliger sa femme à se voiler. Pour les intégristes, il ne fait que respecter sa religion, avec peut-être un peu trop de zèle et un léger manque de pédagogie envers sa femme aux yeux de quelques-uns, mais c’est tout. On invoque la liberté de conscience et de chef de famille pour l’un, et la liberté de conscience par son "libre choix" de se voiler pour l’autre. Le CCIF ne s’est donc pas précipité pour aller la soutenir, comme il sait si bien le faire dans l’heure quand il s’agit de femmes voilées et pour défendre celles et ceux qui revendiquent le sexisme comme valeur islamique. Pour les intégristes, le sexisme et le patriarcat font partie de l’ADN de leur religion. Donc les critiquer et les remettre en cause serait de "l’islamophobie" pour les uns, une trahison pour les autres.

Mais je l’avoue, oui elle a trahit. Elle a trahit l’islamisme pour aller vers l’islam dans son intimité (là où est la vraie place de la religion), et pour aller vers sa vie de femme dans sa citoyenneté. Et ça, les islamistes n’aiment pas du tout. Son livre témoignage, J’ai choisi d’être libre (édition Flammarion), fait partie des meilleures ventes actuelles. La "musulmane de service" n’aura jamais aussi bien porté ce surnom apprécié des intégristes. Car si les amalgames et la peur de l’islam sont entretenus et développés par les terroristes d’un côté, et les islamistes politique de l’autre, c’est avec ces "musulman(e)s de service" que l’image de l’islam pourra évoluer de façon plus positive, et ainsi apaiser les tensions. Elle rend ainsi service à tout le monde, y compris à de nombreux musulman(e)s.

On peut être athée et laïque, chrétien et laïque, musulman et laïque, juif et laïque, hindouiste et laïque, etc. Les religions et l’athéisme sont des particularismes. La laïcité est un bien commun. Henda est donc profondément musulmane et pleinement laïque. Preuve que l’islam peut être compatible avec la République et que l’émancipation de Henda n’est pas en contradiction avec sa foi. Certains diront qu’elle déforme la religion pour arriver à cela. D’autres diront qu’elle respecte au contraire les principes originels de l’islam. Peu importe. L’islam n’est ni moderne ni archaïque. Il n’est ni éclairé ni obscurantiste. Il n’est pas non plus émancipateur ni aliénant. L’islam est ce qu’on veut qu’il soit. Henda, elle, a choisi.

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