Riposte Laïque partage mon article sur le CCIF mais n’apprécie pas que je critique l’autre extrême droite

Riposte Laïque partage mon article sur le CCIF mais n’apprécie pas que je critique l’autre extrême droite

       Quelle ne fut pas ma surprise hier de découvrir que Riposte Laïque a partagé mon article sur le CCIF (1). Vu la forme et la présentation de mon parcours en introduction, il a été partagé depuis le site de Viv(r)e la République (2). Ils en ont le droit. Comme les islamistes ont aussi récupéré et allègrement partagé mon article qui dénonçait l’apologie du terrorisme de Résistance Républicaine (mouvement d'extrême droite idéologiquement proche de Riposte Laïque).

Seulement le site a jugé bon d'apporter ce qui lui semble être quelques précisions, voire corrections. Ses précisions étant erronées, j'apporte donc des précisions et corrections à ses précisions et corrections.

Tout d'abord, je ne me sens pas "obligé de classer le FN actuel à l’extrême droite et de multiplier les approximations historiques et les propos malveillants contre Marine Le Pen, comme pour [me] faire pardonner [mes] audaces." Si le FN est d'extrême droite, je n'y peux rien. Comme je l'ai démontré pour le CCIF, la vitrine se veut séduisante mais le fond est différent. Pour les approximations historiques concernant le FN, Riposte Laïque n'explique pas lesquelles. Je suis resté volontairement succinct sur le FN (ce qui est différent d'approximatif) car le sujet de mon article était centré sur le CCIF. Quant aux propos malveillants envers Marine Le Pen, là aussi pas de détails. Et dans les deux cas, je me suis basé sur des sources. Je n'ai rien inventé.

Effectivement, "le FN est le seul parti à avoir proposé la dissolution de l’UOIF, à avoir demandé l’interdiction de son congrès et l’interdiction du voile dans l’espace public, quand toutes les autres formations politiques ont multiplié les concessions aux disciples d’Allah". Et c'est bien là que nous constatons que le FN est bel et bien d'extrême droite sous couvert de défendre la République et la laïcité. Tout d'abord, dans ses demandes de dissolution, il a confondu à plusieurs reprises le CCIF et l'UOIF. Les deux mouvements sont idéologiquement issus des Frères musulmans. Mais leurs actions, et les faits reprochés par le FN, sont distincts. Ce qui, pour le coup et comme d'habitude, ne rend pas le FN très crédible. De plus, nous sommes dans un État de droit, une démocratie. Je sais, c'est une notion difficile à percevoir pour l'extrême droite, mais au sein d'un tel État nous ne pouvons dissoudre une association ou interdire un mouvement sans arguments juridiques existants. C'est bien pour cela que le FN n'a jamais été dissout. S'il ne l'a jamais été, il n'y a pas de raisons que l'autre face de cette pièce, l'UOIF, le soit non plus. C'est le revers de la démocratie que nous devons accepter.

Idem pour le voile dont le FN demande l’interdiction dans l'espace public. Le voile intégral cachant le visage est déjà interdit dans cet espace. Le port des autres formes de voile est très encadré (interdit à l'école, pour les fonctionnaires, dans certaines entreprises). Si les militants laïques et féministes universalistes luttent contre l'idéologie du voile, seule l'extrême droite demande son interdiction absolue. Une attitude qui relève du totalitarisme (c'est normal, nous parlons de l'extrême droite). La plupart des femmes voilées considèrent leur voile comme étant religieux (ce qu'il n'est pas). C'est en réalité un outil sexiste, discriminatoire sexuellement, et politique. Or, rien dans la Constitution ne permet d'interdire l'expression religieuse ou politique vestimentaire d'un individu dans la rue, sauf cas particuliers comme le trouble à l'ordre public. Les lois existantes sont indispensables et suffisantes. Seule la question concernant les élues de la République doit être tranchée en faveur d’une interdiction dans l’exercice de leurs fonctions. De plus, on ne peut pas lutter contre la dangereuse idéologie du voile en s'asseyant sur nos valeurs par une interdiction totale.

Mais surtout, le FN ne demande pas la même interdiction des manifestations religieuses dans l'espace public lorsqu'il s'agit des catholiques. Pourquoi ? Car il considère que ce sont des manifestations culturelles… Exactement les mêmes arguments que les islamistes, comme je l'avais justement démontré dans mon article dont Riposte Laïque a partagé la 1ère partie.

Enfin, "toutes les autres formations politiques ont multiplié les concessions aux disciples d’Allah", ce qui est en partie vrai. C'est tout le problème et cela explique le succès du FN sur ces questions. Les partis politiques républicains, surtout localement au niveau des municipalités, abdiquent régulièrement pour s'assurer une tranquillité et espérer des voix aux élections suivantes. Ce qui est une erreur dans les deux cas et permet aux deux extrêmes droites (le FN et les islamistes) de prospérer. Mais là aussi Riposte Laïque est dans la confusion en parlant de "disciples d'Allah", sous entendant les musulmans de façon générale alors qu'il est question des islamistes en particulier. Ce qui m'amène à l'affirmation la plus savoureuse de cette mise au point de Riposte Laïque : je "[laisserais] l’ambiguïté islam-islamisme". Or, c'est bien l'extrême droite traditionnelle et ici Riposte Laïque en particulier, qui est dans l'amalgame. Encore une fois, j'explique à plusieurs reprises, tout au long des cinq parties de mon article, les différences entre l'islam (la religion) et l'islamisme (l'idéologie totalitaire qui s'appuie sur la religion). Une subtilité qui échappe au site. Mais souvenons-nous que nous ne pouvons pas lui en vouloir, c'est l'extrême droite. La confusion, volontaire ou non, est leur marque de fabrique.

Cette confusion de Riposte Laïque réussit même à me prêter des propos que je n'ai pas écrits dans mon article que le site a pourtant partagé. Car je n'ai jamais parlé de "islamisme radical" puisque c'est un pléonasme que j'ai toujours dénoncé. Je parle d'islam radical ou d'islamisme. La sémantique est importante et l'approximation de Riposte Laïque évidente.

Je n'ai pas non plus "[situé] la radicalisation de l’islam à partir du XXe siècle". J'ai évoqué "la naissance de l’islamisme CONTEMPORAIN au début du XXe siècle menant vers une “salafisation” progressive de l’islam". Car l'intégrisme musulman est aussi ancien que l'islam lui-même. Mais mon article n'avait pas pour objet de détailler l'histoire de cet intégrisme de ses débuts à nos jours. Les Frères musulmans et le wahhabisme institutionnel, fruits d'une longue histoire, sont bien nés au début du XXe siècle. Je ne vois donc pas en quoi "il est regrettable" que je situe l'islamisme contemporain ainsi. A moins de me démontrer, par exemple, que la confrérie des Frères musulmans n'est pas née en 1928.

Enfin, pour cette affirmation : "nombre d’historiens seront stupéfaits de lire que les juifs et les arabes se seraient, historiquement, presque toujours bien entendus". Qui a parlé de "juifs et arabes" ? J'ai parlé des relations entre juifs et musulmans. Une autre nuance encore un peu trop subtile ? De plus, je n'ai jamais écrit non plus que juifs et musulmans se seraient presque toujours bien entendus. Voilà mes propos exacts : "Depuis les origines de l’islam, les relations entre Juifs et musulmans ont parfois été houleuses, souvent fraternelles et fructueuses. Les liens sincères et profonds entre les deux communautés le sont encore bien plus qu’on ne le croit." Ce qui est vrai, que ce soit sur le plan culturel, intellectuel ou religieux. Ce qui n'enlève rien aux discriminations (parfois violentes) que les juifs ont vécu. C'est pour cela que j'avais ajouté qu'il y avait des "zones d’ombre. Car en terre d’islam, les Juifs n’étaient pas les égaux des musulmans." Je me suis basé, entre autres, sur le travail d'un historien qui est LA référence dans ce domaine et que j'ai bien mentionné dans mon article : Benjamin Stora. Il a codirigé la rédaction de l'encyclopédie également de référence sur ce sujet et qui m'avait aussi servi de source, parmi d'autres. De nombreux historiens y ont participé, parmi les plus éminents. Je serais donc curieux de connaitre "les historiens qui [seraient] stupéfaits" de lire cela. Mais là aussi je ne voulais pas détailler car mon sujet n'était pas ici. Mon sujet était de démontrer que ces relations entre juifs et musulmans, qui ont été ce qu'elles ont été pendant des siècles, se sont rapidement dégradées tout au long du 20ème siècle sous l'influence de l'islamisme contemporain.

Riposte Laïque a jugé mon article suffisamment intéressant à ses yeux pour le partager. Il est regrettable que sa proximité idéologique avec le FN l'amène à des approximations et déformations faussant son analyse. C’est habituel. Les écrits des militants laïques et féministes universalistes sont régulièrement récupérés par l’une ou l’autre face de l’extrême droite quand cela peut leur servir. Rien d'étonnant donc à ce qu'il ne voit aucun mal à ce que je sois critique envers les islamistes mais ne tolère pas que je le sois aussi envers l'autre extrême droite. Les islamistes me font le même reproche dans l'autre sens.

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Législatives 2017, un défi pour l’islamisme politique (3ème partie)

Législatives 2017, un défi pour l’islamisme politique

(Liens vers les deux premières parties en fin de celle-ci.)

       Les élections législatives de 2017 ont vu l'émergence de candidatures islamistes. Après avoir abordé quelques candidatures individuelles et évoqué deux partis politiques (le PEJ et l'UDMF), un troisième parti islamiste rencontre un certain succès dans la sphère indigéno-islamiste : "Français ET Musulmans" (F&M).

F&M est né en mars 2016, suite à une scission avec l'UDMF. Il a présenté six candidatures : une en Val De Marne (le président du parti) et cinq en Seine Saint-Denis. Sa vitrine est, là aussi, son site internet (1) et les quelques déclarations officielles qu'il peut faire. Il emploie des formules vagues et passe-partout dont l'objectif est que chaque citoyen puisse s'y reconnaitre. Il reste également peu clair sur sa vision de l'islam, employant une expression qui semble anodine, "éthique musulmane".

Voilà pour la vitrine. L'arrière-cour est tout autre. Le détail de son programme, ses partenariats, certains lieux de ses meetings et les propos tenus par les dirigeants sont là pour nous éclairer.

Le nom du parti tout d'abord donne déjà quelques indications. Les islamistes veulent créer et entretenir un sentiment d’appartenance à un peuple musulman, l’Oumma. Ils essaient alors par tous les moyens de transformer l’adhésion à une idéologie religieuse en race, la race musulmane. Le musulman (croyant d’une religion) devient le Musulman (membre d’un peuple), d’où la majuscule dans le nom du parti. Le "ET" également en lettre majuscule est là pour bien souligner que leur religiosité est au même niveau que leur citoyenneté. Les membres ne s'en cachent d'ailleurs pas. L'islam n'est pas seulement une religion pour eux. C'est leur identité. Une identité qui doit se manifester dans l'action de la vie de la cité. Autrement dit, la religion, qui dépasse le cadre spirituel pour devenir leur identité première, celle d’un peuple opprimé par un État raciste et "islamophobe", fait partie intégrante de leur action politique. C'est ce qu'on appelle l'intégrisme. Nous sommes bien loin d’autres musulmans comme Mohamed Talbi (historien, penseur et islamologue tunisien, décédé le 1er mai 2017). Pour ce professeur de l’université de Tunis reconnu comme un des plus grands penseurs musulmans de son temps, la religion n'est ni une identité, ni une culture, ni une nation. C'est une relation personnelle à Dieu, une voie vers lui. Une vision de l’islam totalement imperméable pour nos chers islamistes. Pour F&M, la laïcité se réduit à la liberté de religion. Tout le reste passe à la trappe, y compris la séparation du politique et du religieux. Indiquer "Musulmans" dans sa dénomination révèle ainsi les orientations de ses fondateurs et leur désir communautariste qu'ils nomment "vivre ensemble".

Nous retrouvons bien-sûr avec ce parti toute la rhétorique victimaire et fantasmée des islamistes sur les militants laïques qui persécuteraient les musulmans et d’une islamophobie latente qui se réfugie derrière le droit à la critique des religions et la liberté de pensée pour véhiculer des représentations stigmatisantes à l’égard de l’Islam et des citoyens de confessions musulmane, comme indiqué sur son site officiel. Au-delà d'une énième remise en cause de la liberté d'expression, ces islamistes mélangent là encore volontairement l'extrême droite traditionnelle avec les militants laïques et féministes universalistes. Tout en mélangeant d'un autre côté les intégristes musulmans avec l'ensemble "des citoyens de confession musulmane". Ce qui permet aussi de se dédouaner de leur responsabilité première dans les mauvaises représentations de l'islam puisque, à travers leur intégrisme, ils ont créé et entretiennent "les représentations stigmatisantes à l’égard de l’Islam". Cette malhonnêteté intellectuelle, digne des plus grands populismes pour une meilleure victimisation, est un classique chez les intégristes. Je pourrais donc résumer le programme de "Français ET Musulmans" à un militantisme pour un meilleur respect de l’intégrisme au nom des valeurs humanistes (en quelque sorte : "Touche pas à mon intégrisme").

Si les autres partis islamistes parlent constamment de “valeurs” musulmanes, F&M ne cesse d’employer une expression équivalente : "l’éthique musulmane". Sur sa page officielle, à longueur d'interviews et de déclarations, "l'éthique" revient systématiquement. Une éthique qui n'existerait pas ailleurs puisque tous les partis politiques seraient corrompus et "islamophobes". L'éthique musulmane apporterait enfin cette "réconciliation entre éthique et politique", comme expliqué sur son site. Cela rappelle le slogan du Front National "mains propres, tête haute" pour se différencier des autres partis en apportant une supposée éthique politique qui serait absente chez tous ses adversaires. Ce populisme typique de l'extrême droite ne permet pourtant pas de savoir ce que serait cette "éthique musulmane" puisque ce parti ne le détaille jamais. Il dit ici que son éthique a toujours été synonyme d’ouverture. Il dit là que ce parti politique [est] basé sur une éthique responsable axée sur des préoccupations humanistes et en parfaite adéquation avec les valeurs républicaines. Passons sur ces affirmations qui ne sont encore là que pour montrer une vitrine séduisante de ce parti islamiste. En quoi une éthique religieuse, en l'occurrence musulmane, serait meilleure que toutes les autres "éthiques" ? Quel bénéfice apporterait cette intrusion de la religion dans la politique, contraire à tous les principes laïques qui fondent notre République ? Elle apporterait une morale basée sur les principes de l'islam. Une interprétation de l'islam n'hésitant pas à investir le champ politique au nom de son éthique. Cette "éthique musulmane" a été théorisée par tous les grands penseurs musulmans depuis des siècles. Elle est aujourd'hui reprise par tous les intégristes pour l'imposer à l'ensemble des sociétés où ils vivent et qui ne s'en inspirent pas. Tariq Ramadan, entre autres, est intarissable sur le sujet. Pour les plus rigoristes, cette éthique doit réguler la totalité de la vie du musulman, du matin au soir et de sa naissance à sa mort. Pour que cela soit possible, il y a deux possibilités. La première est de vivre replié sur soi, coupé au maximum du reste de la société pour ne pas être contaminé par sa "dépravation" et tout le "haram" qui y circule. C'est en grande partie le choix des salafistes. La seconde est de s'investir dans l'associatif, l'éducation, le social, la culture, l'économie et la politique pour imposer cette éthique à l'ensemble de la société, afin de permettre à chaque individu de "vivre (dans leur) ensemble". C'est le choix des Frères musulmans.

Pour F&M, tout est ainsi vu à travers le prisme de la religion : l'éthique musulmane. Si certaines valeurs rejoignent les valeurs humanistes, d'autres en sont l'exact opposé. Par exemple, le respect de toutes les orientations sexuelles, la liberté de conscience ou de disposer de son corps, le droit à l'IVG et l'égalité des sexes sont absents de cette éthique, quoi qu'ils puissent en dire pour la vitrine. Rien de surprenant, ce n'est pas une particularité de l'islam mais une spécificité de toutes les religions.

Ainsi, tout ce qui se situe en dehors de "l'éthique musulmane" n'aurait pas d'éthique…

Enfin, de quelle éthique musulmane parle-t-on ? Celle des musulmans rationalistes qui considèrent que la religion est un rapport intime entre le fidèle et Dieu qui n'a rien à faire dans la sphère publique ? Celle qui interprète l'islam dans son esprit ? Ou bien l'éthique des islamistes qui interprètent l'islam à la lettre ? Cette éthique qui considèrent que la sphère publique doit s'adapter à leur sphère privée, que tout est dans l'affichage, l'apparence et une vie où les seuls choix possibles sont entre halal et haram ? Comme tous les bons intégristes, F&M considère que la version de son "éthique musulmane" est la seule valable.

Alors, au-delà des discours marketing pour la vitrine, quelle est concrètement la mise en pratique de cette "éthique" dans l'arrière-cour ? Nous pouvons déjà en avoir un aperçu sur ce même site officiel. Ses propositions les plus importantes sont noyées au milieu des autres, pour mieux faire passer la pilule. Concernant la laïcité, "Français ET Musulmans" remet en cause une partie de la loi de séparation de 1905 et souhaite la "réactualiser" pour mieux la faire coller à sa radicalité. Son rêve de voir supprimer la loi de mars 2004 sur les signes religieux à l'école est bien présent. Il propose de "lancer une commission nationale sur les effets de la loi de 2004 sur l’interdiction du voile à l’école" pour arriver à "l'abrogation de la loi de 2004". Encore une fois, l'école, lieu de formation des futurs citoyens, est un enjeu fondamental pour les intégristes. Les femmes et la régulation de la sexualité des hommes à travers le contrôle du corps féminin sont leur première obsession. Ils sont vraiment obsédés par le sexe. L'enseignement et l'éducation des futurs adultes sont un champ de bataille qui doit être conquis. Leur entrisme par la porte a été stoppé par la loi de 2004. Depuis, ils font tout ce qu'ils peuvent pour essayer d'entrer par la fenêtre et tout autre accès pour supprimer cet obstacle qu'est cette loi. En supprimant cet obstacle, ils pourront enfin passer par la porte.

Ainsi, au nom de son "éthique" religieuse, et dans la continuité de sa remise en cause de la loi de 1905, "Français ET Musulmans" souhaite un respect total de la pudeur devant les établissements scolaires. C'est la proposition numéro 10 de la partie "libertés publiques" de son programme.

Programme politique pour les libertés publiques du parti islamiste "Français ET Musulmans"

Encore et toujours cette fameuse obsession de la "pudeur" islamiste qui devra être imposée à l'ensemble de la société… Quelle serait cette pudeur absente devant les établissements scolaires qui nécessiterait une intervention politique ? Car, comme dans toutes les sociétés, il existe déjà des lois sanctionnant les atteintes à la pudeur et qui concernent l'ensemble de l'espace public, pas uniquement les abords des établissements scolaires. De plus, le voile est seulement interdit dans l'école. Devant les établissements scolaires, une jeune fille de 13 ans peut faire le "libre choix de préserver sa pudeur", après avoir été "sensibilisée" par les intégristes, en cachant son corps honteux de la vue de ces animaux que seraient les hommes. C'est légal. Quels comportements seraient donc si impudiques aux yeux de ces intégristes musulmans ? Cette moralité concernerait les jupes un peu trop courtes pour les islamistes ? Les décolletés des jeunes filles ? L'affichage du flirt d'un couple d'adolescents amoureux par des enlacements et/ou des bisous sur la bouche ? Le simple fait de se tenir la main ? Quelle serait la distance physique suffisante entre un garçon et une fille pour respecter cette "pudeur" ? Cette "pudeur" si chère aux islamistes est une des matérialisations de "l'éthique" et du "vivre (dans notre) ensemble" de ce parti.

F&M n'a rien innové. Comme vu dans la partie précédente, les "50 demandes des Frères musulmans" rédigées en 1936 ont tracé le chemin. L'une d'entre elles est de lutter contre toutes les sortes d'exhibitions et appeler fermement les femmes, particulièrement les enseignantes, les lycéennes et les étudiantes, les médecins, etc., à un comportement respectueux. Là encore, "l'exhibition" et le "comportement respectueux" n'ont pas la même définition que la nôtre. Youssef Al-Qaradhawi avait précisé ce qu'est censée être l'exhibition pour les Frères musulmans à propos des femmes : Nous entendons ici par exhibitionnisme la manie de se dévoiler et de se montrer à la vue des autres (2).

Cette proposition choquante et rétrograde du "respect total de la pudeur devant les établissements scolaires", qui rappelle le contrôle de l’Église sur les "bonnes mœurs" durant des siècles… jusqu'à l'installation de la laïcité qui s'imposa peu à peu, n'a évidemment pas manqué de susciter des réactions sur les réseaux sociaux. Un parti avec une "éthique" maintiendrait malgré tout cette proposition par respect et honnêteté pour ses idées. Mais non, il ne l'a pas maintenue. Cela ressemble au populisme des Frères musulmans qui sont, ou furent, au pouvoir ailleurs. Ils lancent une idée pour voir comment le public réagit. En cas de réaction négative, ils la retirent. L'AKP en Turquie et Ennahda en Tunisie ont utilisé cette méthode pour des propositions rétrogrades basées sur le religieux puis retirées face aux réactions négatives. En attendant, F&M ne l'a pas totalement supprimée. Il l'a modifiée par ceci : l'interdiction de la violence, l’érotisme, la pornographie et autres visuels allant à l’encontre de la protection des enfants et des adolescents dans certaines publicités aux abords des établissements scolaires.

Programme politique pour les libertés publiques, remanié, du parti islamiste "Français ET Musulmans"

Pourquoi insister ? Pourquoi une telle proposition dans un programme politique où les sujets importants pour le pays ne manquent pas ? Y-aurait-il aujourd'hui des images violentes et pornographiques devant les établissements scolaires ? Existe-t-il des affiches publicitaires pour un sex-shop ou le prochain film de Marc Dorcel sur le trottoir en face d'une école primaire ? La pornographie visuelle est la mise en image de rapports sexuels non simulés et où les parties génitales sexuellement excitées sont visibles et explicites. A la télévision par exemple, ce type de programme est interdit aux moins de 18 ans et leurs diffusions sont très encadrées. Comme évidemment ce genre de visuels n'existe pas en pleine rue, et encore moins devant des établissements scolaires, F&M a donc sa propre définition de la pornographie. Là encore rien d'étonnant. Sa définition particulière rejoint celle des intégrismes de toutes les religions.

Certes, il n'est plus dans la proposition de départ de créer une sorte de police des mœurs à l'iranienne. Mais il reste dans son obsession typique des intégristes religieux. Ces propositions de F&M, plus ou moins assumées, peuvent donc surprendre, mais elles ne sont pas étonnantes.

Le voile, la "pudeur", les valeurs religieuses pour la régulation des moeurs… L'obsession sexuelle (dont les femmes seraient les tentatrices qu'il faudrait punir en les cachant) est bien au cœur du programme politique de ce parti, comme pour tous les autres s'inspirant de la même idéologie. Les intégristes ont religieusement sacralisé le voile et la "pudeur". L'arme de "l'islamophobie" (équivalent du délit de blasphème), brandie à la moindre occasion et perpétuellement déroulée sur leurs sites officiels, est donc là pour tenter de contrer toute remise en cause de leur obsession charnelle.

Nous pouvons aussi y découvrir une proposition peu compréhensible pour les non initiés : "Rétablir la légalité du boycott". Nous retrouvons ici l'autre obsession des islamistes : la Palestine. En effet, ce désir de boycott n'est pas motivé par la Chine ou tout autre pays ne respectant pas les Droits Humains. C'est la frustration de ne pas pouvoir boycotter Israël. Cette demande de légalisation du boycott, si elle peut être demandée par des militants politiques et associatifs pour différentes autres raisons (et aussi concerner Israël), est motivée par les intégristes musulmans uniquement pour Israël. Une obsession de la Palestine que nous retrouvons en bonne place dans la rubrique diplomatique de son programme.

La quasi-totalité de la page officielle de "Français ET Musulmans" est consacrée à "l'islamophobie", la place de l'islam, les musulmans éternellement victimes, etc. Les questions économiques, environnementales ou autres sont abordées à la marge.

Sortons de la vitrine pour nous rendre sur le terrain, dans l'arrière-cour. Jimmy Parat est élu municipal à Bagnolet, secrétaire général de F&M et candidat aux législatives 2017 en Seine-Saint-Denis. En novembre 2014, il exprima ce que sera "l'éthique" du futur parti en tenant des propos violents contre le droit à l’IVG qu’il considère comme un "acte barbare". Des "opérations médicales" qu’il "assimile à un meurtre" et dont les maternités seraient des "accompagnements à la mort" (3). Un mois plus tard, de nombreuses militantes de l’association Femmes Solidaires vinrent manifester et exprimer leur indignation lors du conseil municipal. En mars 2015, le maire retira ses délégations à Jimmy Parat. Une action des féministes et une décision du maire qui ont mis en rage Youcef Brakni, un "militant des droits de l’homme" selon lui-même et un soutien aujourd'hui sans faille de F&M. Comme il n'hésite jamais à prendre la parole en plein conseil municipal, alors qu'il n'a jamais été élu, il le fit 2 ans plus tard pour exprimer son mécontentement face à un tel affront contre "l'éthique musulmane". Sur un ton violent, il hurle que les islamophobes n'ont pas à dicter leur loi ici (au conseil municipal) ! Vous avez viré Jimmy Parat à une vitesse extraordinaire parce qu'il était musulman ! (4) Nouvelle démonstration que la lutte contre l'islamisme est perçue comme antimusulmane et "islamophobe" (deux termes différents qui ne signifient pas la même chose). Peu importe le sujet et les déclarations choquantes de Jimmy Parat, pour Youcef Brakni tout se résume à "l'islamophobie". Le "Touche pas à mon intégrisme" est encore brandi.

Jimmy Parat se montre tout aussi "mesuré" sur un autre sujet… La Palestine bien-sûr. Il déclara en septembre 2014 sur sa page Facebook que tout rentrera dans l’ordre quand ces sauterelles d’Israélien seront brûlé. Et ça arrivera fait confiance en Dieu l’unique comme les musulmans le font (sic). Il a par la suite démenti avoir écrit ceci sur sa page, invoquant le piratage de son compte.

Commentaire Facebook que Jimmy Parat nie avoir écrit

En revanche, il assume parfaitement de qualifier une partie des musulmans de "arabes de service", "collabeurs" ou "khobzistes". Ce dernier terme est tiré du mot arabe "khobz" qui veut dire "pain". Les "khobzistes" sont des musulmans qui auraient trahi leur "communauté" en adoptant les valeurs républicaines pour une miche de pain.

Commentaire Facebook de Jimmy Parat

Encore des propos "islamophobes", selon la définition des islamistes, tenus par un pourfendeur de "l'islamophobie". La haine en bandoulière au quotidien, F&M affiche officiellement sur son site défendre "la liberté de conscience et le respect de la dignité de la personne" et une République qui "se construit avec tous ses citoyens et dans le respect de leurs sensibilités" (sauf pour les "collabeurs", les "arabes de service", les "khobzistes", les femmes et jeunes filles "impudiques"). Le citoyen lambda comprend un désir républicain et universaliste. Les islamistes comprennent une acceptation de leur radicalité par la République au nom du "vivre ensemble". Entre l'affichage officiel et les déclarations au quotidien, nous retrouvons là encore le décalage entre la vitrine et l'arrière-cour.

F&M ne compte aucune femme au sein de son bureau et une seule sur 15 membres du conseil d'administration. Quant aux élections, sur l'ensemble de leurs candidats, une seule fut tête de liste, Hanan Zahouani. F&M ne fait pas exception avec ses autres confrères islamistes : non-respect de la loi sur la parité aux élections tout en prétendant défendre les valeurs républicaines et l'égalité des sexes. Cela doit faire partie de son "éthique".

Hanan Zahouani est une islamiste fraichement débarquée dans l'arène politique. Il lui arrive donc de tenir involontairement des propos plus sincères que ses confrères plus expérimentés, montrant ainsi les contradictions du parti. Elle dit se définir comme "citoyenne du monde", mais avec en réalité un centre de gravité bien ancré en Palestine selon ses publications sur les réseaux sociaux. Elle déclare : porter le voile est pour moi un choix personnel et je ne le vois pas comme un signe religieux. Pour une fois, je la rejoins. Le voile n'a rien de religieux. Il a été créé uniquement pour des raisons sexistes. Le religieux n'est qu'un prétexte pour le justifier. C'est certainement pour cela qu'elle poursuit son propos en rajoutant qu'elle le porte à la suite d'un cheminement spirituel (5). Pour elle, le voile ne serait donc pas religieux mais choisi suite à un cheminement spirituel… Elle se prétend moderne et émancipée tout en déclarant rêver de se baigner bâchée dans un burkini sur des plages réservées (sans quoi : pas de baignade).

Hanan Zahouani rêve de se baigner en burkini

Sur ses comptes Twitter et Facebook pour sa campagne électorale, elle estime que les critiques portées envers son voile sont une mythification négative faite autour des musulmans de France (6). Nous retrouvons ici encore la volonté de faire passer la lutte contre l'intégrisme pour une lutte contre l'ensemble des musulmans. En déclarant être le reflet de l'ensemble des musulmans, elle renforce la peur envers l'islam et favorise le Front National. Elle se défend pourtant de faire le jeu du FN. Elle est sincère. Toute embourbée dans son prisme religieux et victimaire, elle n'a pas conscience de ce qui se passe réellement dans la société. Comme tous les islamistes, elle entretient et développe l'attraction vers l'extrême droite traditionnelle tout en dénonçant la montée de l'extrême droite qui motiverait son investissement en politique. Plus ce cercle vicieux s'accélère, plus les islamistes s'enfoncent encore dans une position victimaire qu'ils ont créée.

A chaque interview, elle déclare pour la vitrine qu'elle veut apporter des solutions aux Français sur l'emploi, l'économie ou l'environnement. Mais la quasi-totalité de ses propos en interview et l'écrasante majorité de ses interventions sur les réseaux sociaux, y compris durant la période électorale, concernent l'islam, les musulmans, "l'islamophobie" ou la Palestine.

Ce communautarisme et cet intégrisme, intégrisme affiché jusque sur sa tête, ont suscité nombre de réactions légitimes. Parmi elles, Henda Ayari, une ancienne salafiste devenue une musulmane laïque et républicaine, a conscience de la menace. Elle a lancé une pétition pour dénoncer l'ingérence toujours plus importante de l'islamisme dans la politique (7). Quelle a été la réaction de Hanan Zahouani ? Elle crie à la discrimination et accuse Henda Ayari de "propager l’islamophobie" bien-sûr…

Au-delà de la vitrine à montrer pour les citoyens, il y a le vrai visage de F&M face à ses militants. Que ce soit lors de ses meetings (parfois dans des mosquées) ou sur les pages Facebook de ses représentants. Les formules religieuses, et en arabe, sont légion. Certainement là encore leur vision du "vivre (dans notre) ensemble" et des valeurs françaises. Leur demander de laisser la religion de côté et, en tant que prétendants à représenter la Nation, de parler uniquement en français avec leurs concitoyens serait encore de "l'islamophobie". On retrouve aussi l'obsession du conflit israélo-palestinien dans leurs meetings et leurs comptes sur les réseaux sociaux.

Il n'est donc pas surprenant que les candidats de F&M apprécient de tenir des meetings politiques dans des mosquées. Comme ce fut le cas le 25 février 2017 à Montreuil où le parti avait organisé un meeting politique avec pour représentant Jimmy Parat et le militant Youcef Brakni aux côtés de Noureddine Aoussat, un imam-prêcheur ultra conservateur. Là tout comme ailleurs, les islamistes ont déroulé tout le catalogue victimaire. Ils expriment sans complexe à leurs brebis leur désir de fracturation de la société pour devenir les représentants des "musulmans opprimés" tout en prônant le "vivre ensemble".

Affiche pour un meeting politique dans une mosquée du parti "Français ET Musulmans"

Meeting politique dans une mosquée du parti "Français ET Musulmans"

Tous les islamistes investissant la politique, sans exception, déclarent que leur parti (ou candidature indépendante) n'est pas confessionnel et que leurs portes sont ouvertes à tous. Ils revendiquent tous "une laïcité telle que définie en 1905". Mais aucun ne la respecte et tous déclarent vouloir la modifier, voire l'amputer.

Pourtant, l'ensemble de ces candidats s'affichant comme vouloir être des élus du peuple, des représentants de la Nation, n'utilisent pas les codes sociaux basiques de leur pays. Lorsqu'ils sont face à leurs fidèles (car il s'agit de religieux qui font de la politique), ils s'adressent à des "frères" et des "sœurs", pas à des citoyens. Par exemple, en s'adressant à leurs coreligionnaires, ils disent "une sœur a été victime de discrimination". Ce privilège est accordé à leur communauté supérieure. Le reste de la société ne fait pas partie de leur "famille". Les non musulmans sont de simples citoyens, la catégorie en dessous. Cette appartenance communautaire se manifeste aussi par les usages quotidiens de politesse où ils utilisent des termes religieux et en langue arabe pour se distinguer du reste de la population. Par exemple, ils ne disent pas "bonjour" mais "salam oua'likoum". Les références à Dieu sont aussi omniprésentes. Et les infractions à l'article 26 de la loi de 1905, lorsqu'ils tiennent des meetings politiques dans des mosquées, sont régulières. Cela ne leur pose aucun problème. En résumé, ces candidatures sont la matérialisation du CCIF et de l'UOIF dans le processus électoral.

La plupart de ces candidatures était également plus préoccupée par ce qui se passe en Palestine que dans leur circonscription. Sur les différents réseaux sociaux où ils ont leur compte officiel, peu de publications ou tweets concernent leur territoire. En revanche, les tweets et publications sur la Palestine se comptent par dizaines. La proportion est la même dans leurs meetings.

Tout ceci est inquiétant car cela démontre la volonté d’un communautarisme religieux d'extrémistes qui souhaitent devenir des élus de la République.

Mais leur rêve ne se réalisera pas aujourd'hui. Samy Debah, l'ex président du CCIF, est le seul à s'être qualifié pour le 2ème tour, sans avoir réussi à être élu. Au 1er tour, le PEJ qui avait présenté le plus grand nombre de candidats a fait le plus mauvais score, environ 0,5%. La moyenne des 3 candidats de l'UDMF est de 0,98%. Mais l'un d'entre eux, celui qui avait Sandra Fourastié comme suppléante, a atteint 2,06%. C'est le score le plus élevé de tous les candidats islamistes après celui de Samy Debah. Le score de F&M est de 1,28% en moyenne. Quant à Feiza Ben Mohamed et David Bizet, leur score est respectivement de 1,04% et 0,6%.

Leurs scores sont très faibles et ne représentent que les suffrages exprimés. L'abstention a été énorme. Preuve que leur prétention à représenter et défendre l'ensemble des musulmans est très éloignée de la réalité. Mais l'enjeu n'est pas (encore) là. Depuis la présentation de leurs premiers candidats à des élections il y a quelques années, leur nombre est en constante augmentation à chaque nouvelle élection. Ils n'ont jamais été aussi nombreux. Sans compter les islamistes qui font de l’entrisme dans certains partis traditionnels. Plus inquiétant encore, ce sont des fanatiques. Ils sont persuadés d'exprimer la volonté de Dieu. Ils sont donc ultra motivés et très patients. Ils savent qu'ils ne réussiront pas à court terme. Leur désir est de préparer le terrain pour les islamistes de la génération suivante, comme l'avaient fait l'UOIF, Youssef Al-Qaradhawi ou Tariq Ramadan pour la génération actuelle.

Il y a une convergence des luttes entre les différentes formes de l'islam version Frères musulmans. L'UOIF est la structure la plus ancienne qui a su créer et organiser tout un réseau associatif qui touche l'enseignement de l'arabe et de la religion, l'humanitaire (en rapport avec la Palestine, évidemment), le social, le milieu étudiant, l'éducation, le "féminisme islamique", les loisirs, etc. Son action la plus visible est le "Rassemblement Annuel des Musulmans de France" au Bourget, qui rassemble moins les simples musulmans que les intégristes. Il y a également de nombreux prédicateurs tels Tariq Ramadan ou Hassan Iquioussen pour les plus connus. Dans le domaine des médias et de l'information, Oumma.com et d'autres existent depuis plusieurs années. Tout ce petit monde est la création plus ou moins directe de l'UOIF, sauf Tariq Ramadan qui en est souvent le partenaire incontournable. Quant au CCIF, il est aujourd'hui idéologiquement la branche juridique des Frères musulmans en France. Ajoutons à cette convergence le soutien d'une frange d'intellectuels et de partis politiques de gauche. Par leur naïveté, voire complaisance, ils ont une lourde responsabilité dans le développement et la consolidation de l'intégrisme musulman. Soutenir des français de confession musulmane qui mettent en avant leur citoyenneté plutôt que leur islamité (ceux que les islamistes appellent les "collabeurs", "traitres", "arabes de service" ou "khobzistes"), correspond moins à leur rêve de "lutte contre l'impérialisme occidental néocolonial". Ce sont pourtant ces musulmans qui sont les principales victimes : victimes de discrimination de la part de leurs coreligionnaires intégristes, victimes de discrimination de la part d'une partie de la société à cause de la mauvaise image de l'islam renvoyée par ces mêmes intégristes, et victime de l'indifférence d'une partie de la gauche qui a préféré les abandonner au profit des intégristes.

Les candidats et partis politiques fréristes sont donc le fruit, la suite logique, de cette base solide faite de multiples convergences et construite pas à pas depuis plus de 30 ans.

A défaut de nous convaincre des bienfaits de leur idéologie, en argumentant sur les bienfaits de leur rigorisme et de leur vision rétrograde de la femme, les islamistes politiques cherchent à l'imposer en jouant les victimes tout en suscitant la crainte par les menaces d'accusation "d'islamophobie" ou de racisme. Utiliser la culpabilisation pour imposer leur modèle de société, plutôt que d'argumenter sur les "bienfaits" concrets de leur idéologie qui évidemment convaincrait moins de monde, est une stratégie habile.

Ils ne sont pas toujours dans le calcul. Ils sont à mille lieues de comprendre les définitions des concepts républicains qu'ils instrumentalisent. C'est pour cela que, la plupart du temps, ils sont convaincus par ce qu'ils disent et d'avoir raison. C'est aussi ce qui les rend vraiment dangereux.

L'islamisme politique cherche donc à imposer son modèle de société, dont le cœur est le contrôle du corps des femmes, par tous les moyens que permet la démocratie : liberté d'expression et d'association, tribunaux, élections, etc. Nous pouvons les encadrer juridiquement et les dissoudre sous certaines conditions. Mais nous ne pouvons pas les interdire, justement parce que nous sommes en démocratie. Une démocratie dont on doit accepter le revers de la médaille. C'est pour ses principes que la vitrine politique de l'autre extrême droite, le Front National, et plus récemment Civitas, n'a jamais été interdite non plus. Nous pouvons lutter contre ce totalitarisme par une prise de conscience politique encore insuffisante (surtout dans cette frange de la gauche), par l'éducation, la modification de l'aménagement du territoire en cassant les ghettos, une politique économique plus attentive à ces territoires, un projet politique visant à insuffler à tous le sentiment d'appartenance à une même nation. Car la France ne fait pas rêver une partie de la population et trop de politiques parlent encore de "communauté musulmane française". La religion devient alors un refuge identitaire sécurisant. C'est en faisant de la France un rêve, un idéal commun, que nous ferons reculer les identitaires religieux.

Nous ne ferons donc pas reculer le communautarisme en tentant d'interdire ses promoteurs. Nous le ferons reculer en promouvant l’humanisme et l'universalisme, seul chemin pour le véritable "vivre ensemble".



(2) Qaradawi Youssef, Le licite et l’illicite en islam, Paris, Éditions Al Qalam, 1992, réed. 2005
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Législatives 2017, un défi pour l’islamisme politique (2ème partie)

Législatives 2017, un défi pour l’islamisme politique

Par Naëm Bestandji

(Liens vers la 1ère et 3ème parties en fin de celle-ci.)

       Les élections législatives sont un moment clé de la vie démocratique. Les citoyens s'expriment par les urnes en choisissant leurs représentants à l'Assemblée Nationale. Les députés ont pour rôle, entre autres, de contrôler le gouvernement ainsi que proposer et voter les futures lois. Ce sont donc des élections de choix pour les islamistes politiques qui n'ont jamais présenté autant de candidats que cette année.

Dans la 1ère partie, j'avais évoqué les candidatures islamistes individuelles à travers quelques exemples. Mais elles ne représentent pas la majorité de cette extrême droite. La plupart d'entre elles ont été regroupées au sein de partis qu'ils ont créés.

Le Parti Égalité et Justice (PEJ), né en janvier 2015, est celui qui a présenté le plus de candidats. 52 prétendants à la députation répartis dans 28 départements (l'est de la France, en région parisienne et quelques-uns dans le sud-ouest). Il a pour vocation de rassembler les citoyens rejetés, oubliés, délaissés, par les partis politiques ordinaires en proposant une vision politique différente car notre pays refuse les différences culturelles (1). Ce populisme assumé s'adresse évidemment aux musulmans. La "vision politique différente" étant d'ajouter l'islam dans leur vision et de faire accepter l'intégrisme au nom du respect des cultures "différentes". Les islamistes considèrent que seule l'acceptation de leurs revendications religieuses sera considérée comme une acceptation des "différences culturelles". Ce parti islamiste, fidèle à l'idéologie des Frères musulmans, a bien compris l'importance de la politique dans l'atteinte de ses objectifs religieux : C’est à l’Assemblée Nationale, au Sénat, dans les Conseils Régionaux, Conseils Cantonaux, Municipaux, que notre avenir, l’avenir de nos enfants se discute (2).

Son site et sa profession de foi ne laissent pas apparaitre la religion en tant que telle et déroulent tous les thèmes classiques d'un parti politique traditionnel. Sa page officielle affiche même en tête de gondole une citation littéraire de Victor Hugo. Ses candidats n'ont de cesse de déclarer à la presse que leur parti n'est pas confessionnel et que ses portes sont ouvertes à tous. Ils revendiquent "une laïcité telle que définie en 1905" (3). Voilà pour la vitrine. L'arrière-cour est tout autre. La vitrine laisse parfois l'entre-apercevoir. Comme sur son site officiel où, noyées parmi l'ensemble de leurs constats et propositions, on trouve leurs principales motivations, à propos notamment du développement spectaculaire et extrêmement dangereux de l’islamophobie. Puis un peu plus loin : La rhétorique islamophobe est reprise par tous les acteurs politiques français et européens. Le PEJ se pose ensuite comme défenseur de la vraie laïcité. Car d'après lui, la laïcité serait devenue un outil juridique d’exclusion et il y aurait un certain nombre de lois antimusulmanes sous prétexte de laïcité ou de protection envers les femmes. Il propose donc un "moratoire" (c’est à dire la suspension) de la loi de 1905 et de la modifier de fond en comble… Autrement dit, les islamistes se présentent comme de simples musulmans. La lutte contre l'intégrisme serait une rhétorique anti-musulmane reprise par tous les politiques. La laïcité protégeant, au moins dans l'enceinte de l'école, les jeunes filles de l'intégrisme du voile serait une exclusion des musulmans en général. Les lois de 2004 (interdiction des signes religieux à l'école) et 2010 (interdiction du voile intégral) seraient antimusulmanes. Un peu plus loin, le PEJ considère le voile comme une liberté et non pas comme un symbole sexiste. Il serait donc "intolérable que le pays des Droits de l’Homme impose des lois sans consulter au préalable ces dernières". Ces dernières, les femmes et fillettes voilées, qu'ils ont pris soin de convaincre par un prosélytisme forcené de se voiler sous peine d'être impudique, mauvaise musulmane, et d'aller brûler en enfer. Les " Droits de l’Homme" ont bon dos. Avec de telles déclarations, le PEJ ne peut que gonfler les rangs de ceux qui ont peur de l’islam. Mais dans l’inversion habituelle des rôles chez les islamistes, "l’islamophobie" serait d'après lui carrément "encouragée directement par les États" européens. Rien que ça. Rien de surprenant qu'il rejette alors sur cette même page officielle l'idée d'un islam de France et qu'il prône une société multiculturelle pour l'épanouissement de leur radicalité. Mais le président du parti assure malgré tout que le PEJ n'est pas un parti musulman (4)…

Ainsi, la laïcité serait bafouée. Seuls les intégristes musulmans seraient les défenseurs de la vraie laïcité "telle que définie en 1905"... au point de vouloir la suspendre et la modifier. La gauche et la droite laïques, la France et les États européens seraient racistes. Pour ne plus être accusé de cela, il faudrait se plier aux revendications islamistes pour le "vivre (dans leur) ensemble". Leurs programmes, comme leurs actions militantes, sont bien un discours teinté de gauche enveloppé dans une idéologie d'extrême droite.

Ce qui est aussi le cas pour leur conception de la famille où, évidemment, seule leur vision compte. L'existence de familles homoparentales leur est insupportable. Au point de considérer, toujours sur leur page officielle, leur simple existence comme un "diktat" dont les enfants devraient être protégés. "L'islamophobie" (la libre critique d’une idéologie et la lutte contre ses intégristes), non. L'homophobie (le rejet d’êtres humains), oui. C'est ce que le PEJ appelle "le bien vivre ensemble", élément de langage que nous retrouvons souvent dans ses discours.

Tout comme leurs collègues intégristes catholiques, ils souhaitent valider la rumeur qu'une "théorie du genre" serait enseignée à l'école. Une théorie qui tendrait, comme il est écrit sur le site du parti, à nier toutes différences physiologiques et psychologiques entre les hommes et les femmes. Ce mensonge classique est là pour protéger leur vision patriarcale des rapports hommes-femmes qu'ils n'hésitent pas à nommer… "égalité des hommes et des femmes". Comme je l'ai souvent expliqué, les Frères musulmans aiment à reprendre nos valeurs et nos références pour les redéfinir à leur sauce afin de mieux les retourner contre la République. Le PEJ est parmi ceux qui vont le plus loin en reprenant l'idéal du féminisme. Et il le fait allègrement. "Égalité des hommes et des femmes" est cité à plusieurs reprises sur son site qui lui sert de vitrine. Mais même là, on peut voir transpirer son sexisme, comme vu plus haut, mais aussi par le plus visible : la composition de sa liste électorale. Car un parti qui prétend défendre l'égalité des sexes et la République n'aura aucun mal, et même sera ravi, de présenter un nombre égal d'hommes et de femmes aux élections, par souci d'égalité des sexes et du respect de la loi républicaine en matière électorale. Combien y-a-t-il eu de femmes sur leurs 52 candidats ? Seulement 10, soit 19%… Nous sommes non seulement bien loin de "l'égalité des hommes et des femmes" dont le parti déroule l'expression tout au long de son programme, mais nous sommes aussi bien loin du respect de la loi et des règles électorales en la matière. L'égalité des sexes version islamiste n'est pas celle de la version républicaine et universaliste.

Les déclarations des candidats dans la presse lèvent aussi une partie du voile. Comme lorsqu'ils parlent de "défendre des vraies valeurs de société" (5). Le terme des "valeurs", que les autres n’auraient pas, revient régulièrement dans leurs déclarations. Quelles seraient les "vraies valeurs" et quelles seraient les fausses ? Il semble que les valeurs de notre pays ne leur conviennent pas et que le PEJ donne un aperçu des "vraies valeurs" sur son site officiel. Et encore, ce n'est que la vitrine… Ce n'est pas surprenant. La notion de "valeurs islamiques" devant s'imposer à la société a été gravée dans le marbre par les Frères musulmans. En 1936, la confrérie avait rédigé les "50 demandes des Frères musulmans". Un programme rétrograde et intégriste qui n'avait rien à envier au nazisme dont les points communs sont très nombreux. Une de ses demandes est que les activités du gouvernement doivent être soumises aux valeurs et préceptes de l'islam (…).

L'attitude victimaire, identitaire, communautariste et religieuse du "Parti Égalité et Justice" n'a rien d'étonnant. Il est la version française du "Parti de la justice et du développement" (AKP), le parti islamiste turc dont j'ai abordé la vision de la démocratie dans la 1ère partie de cet article. Plusieurs cadres du parti ont aussi des responsabilités au sein de la Cojep (Conseil pour la justice, l’égalité et la paix). Cette organisation internationale turque travaille en étroite collaboration avec l'AKP. Les ressemblances de leurs dénominations ne sont donc pas un hasard. Leurs stratégies et objectifs au niveau national et européen sont ainsi très similaires.

Tout comme l'AKP, le PEJ propose officiellement un programme politique consensuel pour séduire un large public, avec une dose de populisme et de valeurs religieuses. Comme l'avait fait Erdogan. Le Parti Communiste ne s'y trompe pas. Pierre Laurent, secrétaire général du PC, a envoyé une lettre au ministère de l’Intérieur pour signaler son inquiétude de l'existence d'un tel parti et lui demander la plus grande vigilance car il s'agit sans aucun doute de la part du président Erdogan et de son parti l'AKP de peser sur les orientations de notre politique internationale, en particulier vis-à-vis du régime turc qui verse à pas accélérés dans la dictature. La même stratégie a été utilisée aux Pays-Bas ; il faut y mettre un terme (6).

Étant un parti d'extrême droite musulmane, le PEJ est officiellement soutenu par la CRI (Coordination contre le Racisme et l'Islamophobie), un mouvement concurrent du CCIF (7). Pour en avoir une petite idée, le président de la CRI, Abdelaziz Chaambi, est fiché S. Il fut un membre très actif du mouvement des Indigènes de la République. Il est aussi le co-fondateur des éditions Tawhid. Cette maison d'édition bien connue des islamistes publie les ouvrages des Frères musulmans. Tariq et Hani Ramadan sont en bonne place dans la maison. C'est aussi chez Tawhid qu'on peut encore trouver le livre ultra misogyne et homophobe de Youssef Al-Qaradhawi "Le licite et l'illicite en islam". Par ses ouvrages, cette maison d'édition a fortement contribué au prosélytisme de l'intégrisme musulman en France. Son rôle est important dans le chemin vers le "libre choix" du voile et du communautarisme.

Le PEJ mène ainsi une offensive décomplexée contre la République en chassant les voix des musulmans pour promouvoir le communautarisme tout en clamant que le parti est ouvert à tous, en luttant contre l'égalité des sexes et la laïcité tout en s'en prétendant le défenseur, en refusant les valeurs de notre pays au profit des "vraies valeurs" tout en prétendant défendre les valeurs républicaines, en usant la carte victimaire jusqu'à la corde pour cliver la société et répondre à son désir du "bien vivre ensemble". Entre vitrine et arrière-cours, c'est la stratégie habituelle des Frères musulmans.

L'existence des partis islamistes n'est pas nouvelle. Le premier à avoir été moins confidentiel est l'UDMF (Union des Démocrates Musulmans Français), fondée en 2012. Pour ces élections, il a présenté 3 candidatures réparties dans l'Essonne, en Seine et Marne et dans les Hauts-de-Seine.

Le choix de son nom n'est pas anodin. Là encore, la religiosité et le communautarisme sont au cœur de son engagement politique. L'UDMF le reconnait d'ailleurs sur son site : "la politique est un devoir sacré et spirituel". Il a aussi choisi cette dénomination pour se rapprocher de celle des Démocrates Chrétiens, afin de légitimer une comparaison qui lui serait favorable. Son logo intègre à la fois le tricolore du drapeau français et le croissant de l'islam. Le mélange entre religion et politique est affiché jusque dans son logo, tout en continuant bien-sûr à prôner la laïcité.

Union des Démocrates Musulmans Français

Comme les autres partis islamistes, l'UDMF ne cesse d'alterner entre affichage républicain, "laïque" et démocrate ; et les revendications et positions intégristes qui sont noyées dans l'ensemble de son programme et ses propositions (8).

Comme les autres, il déroule toute la panoplie victimaire et communautariste avec une vision politique et rétrograde de l'islam sous couvert de "vivre ensemble". On peut ainsi trouver au milieu d'un texte, toujours sur son site officiel : "[celles] qui se voilent par pudeur et [celles] qui se découvrent par conviction". Le voile étant comme toujours une norme de pudeur (les femmes non voilées sont impudiques), mais le dévoilement devient un acte de conviction. Là aussi, la lutte contre l'intégrisme est à leurs yeux une lutte contre les musulmans et un dévoiement de la laïcité. Ces islamistes s'en prétendent aussi les défenseurs tout comme ils se prétendent les garants de l'émancipation des femmes… dans le respect d'un minimum de patriarcat et de dissimulation de leur corps honteux si prompt à exciter la libido des hommes, bien entendu.

L'UDMF dénonce justement la mauvaise image de l'islam concernant les femmes… tout en l'entretenant. De par les éléments évoqués plus haut, mais aussi par sa justification à travers la réponse à une question sur son site :
L'Islam, contrairement à ce que l'on sous-entend aujourd'hui, est venu libérer la femme de la position dégradante dans laquelle elle se trouvait avant son avènement. (…) De nombreux droits lui avaient été octroyés comme ceux de demander librement la main d'un homme, de s'exprimer en public, de travailler et même, à l'inverse des autres religions monothéistes, de demander le divorce.

L'UDMF a raison (sachant toutefois que c'est Khadija qui a librement demandé la main de Mahomet, avant qu'il ne déclare être le Messager de Dieu, donc avant la naissance de l'islam. Ce qui démontre que c'était déjà possible, même si ce n'était sans doute pas courant). Mais c'était il y a 1500 ans dans des tribus bédouines en plein désert arabique. Les islamistes font toujours appel à l'histoire des débuts de l'islam pour démontrer, à juste titre, que cette religion a été une énorme avancée pour les droits des femmes. L'UDMF précise d'ailleurs que c'est ce qui correspond aux fondements même de la religion musulmane. Mais comme les intégristes sont littéralistes, ils considèrent ces avancées comme suffisantes encore aujourd'hui. En quoi "demander la main d'un homme" serait surprenant en France de nos jours ? Devrions-nous nous extasier parce que les femmes ont le droit de travailler, de demander le divorce, et même de… s'exprimer en public ? Ce qui était donc un progrès au 7ème siècle, serait un recul au 21ème si on l'utilisait encore comme référence. Voilà à quoi correspond "l'émancipation de la femme" par l'UDMF : le Moyen-Age. C'est une différence fondamentale avec les musulmans rationalistes. Si pour les islamistes, les fondements même de la religion musulmane correspondent à une application mimétique et littéraliste, les rationalistes considèrent que c'est l'esprit de l'émancipation qui prévaut. Autrement dit, l'islam devrait toujours avancer vers plus d'égalité selon la société dans laquelle se trouvent ses fidèles. Or, les islamistes proposent à l'inverse de faire reculer la société et d'aller à l'encontre de l’esprit du message originel pour coller coûte que coûte à la lettre du coran.

Mais là encore, pour un parti qui refuse l'étiquette d'être rétrograde, la parité n'est pas respectée. C'est le moins qu'on puisse dire : aucune femme n'a été présentée comme candidate. Les partis traditionnels sont aussi en infraction pour la plupart, mais pas de façon aussi énorme que les partis islamistes et sans passer leur temps à déclamer qu’ils ont des "valeurs" ou une "éthique" que les autres n’auraient pas. Ce qui est un autre point commun avec le Front National.

Une femme fut présentée sur une liste comme suppléante : Sandra Fourastié. C'est elle que le parti a choisi comme image marketing plutôt que d'afficher les candidats. Au point de faire croire qu'elle a réellement été candidate. Cette stratégie des Frères musulmans est courante. Ils ont compris depuis longtemps qu'il n'y a rien de mieux pour lutter contre l'égalité des sexes que de mettre des femmes en avant. De plus, afficher une femme voilée participe à banaliser le voile et même à faire croire qu'il peut être associé au féminisme. Comme je l'ai démontré dans plusieurs de mes articles, le voile est le cheval de Troie de leur stratégie. Au-delà d'être le symbole du sexisme, c'est une arme politique qui doit leur permettre d'avancer. Tout ceci a rendu évidente l'idée de mettre Sandra Fourastié en lumière.

Rompue à la technique islamiste de détournement de nos concepts et d'inversion des rôles, elle n'hésite pas à s'afficher voilée sur une de ses affiches de campagne avec pour texte : "Affirmer toute sa place au sein de la République, une priorité pour combattre les extrêmes qui minent notre cohésion nationale". Afficher le symbole du sexisme et de l'extrémisme, et le voile créant d'office un apartheid sexuel, tout en déclarant vouloir combattre l'extrémisme et défendre la cohésion nationale à travers un parti politique islamiste, il fallait oser.


Cette affiche a évidemment engendré des réactions. Celles des militants laïques et féministes universalistes, tout de suite mélangées, comme toujours, avec les réactions de la fachosphère qui en profite systématiquement pour pointer l'ensemble des musulmans. Une nouvelle preuve que, loin de lutter contre le "racisme" (l'islam n'est pas une race et Sandra Fourastié n’est pas victime de discriminations en raison de ses origines ou sa couleur de peau), les islamistes politiques entretiennent et développent au contraire l'extrême droite traditionnelle. Il est évident que l'existence de tels partis politiques, et l'affichage de telles idées, ne peuvent qu'effrayer la population et en jeter une partie dans les bras du FN.

Évidemment, les islamistes n'ont pas manqué de prendre sa défense. Le site Oumma.com par exemple, à qui elle a logiquement accordé un entretien, décrit cette candidate comme une jeune femme portant un voile doré aux reflets soyeux (le sexisme aux couleurs chatoyantes serait plus acceptable). Elle porte fièrement les couleurs éclatantes de son parti « laïc et non religieux » et néanmoins riche de son « éthique musulmane » (9). On retrouve ici la rhétorique de la branche juridique des Frères musulmans en France, le CCIF, et qui est aussi utilisée par la totalité des candidats islamistes : leurs partis politiques ont choisi une dénomination religieuse identifiant l'islam (le "Parti égalité et justice" est une exception mais sa dénomination rappelle celle des partis islamistes turcs et marocains), leurs actions sont teintées, voire totalement remplies de religiosité, mais ils affirment être laïques et non religieux. Or, par définition, des croyants s'investissant en politique au nom de leur foi, mêlant politique et religion, sont bien l'antithèse de la laïcité qui prône la séparation du politique et du religieux. Se prétendre "laïc et non religieux" tout en clamant partout utiliser une "éthique musulmane" et en se présentant de plus voilée, le symbole même de l'islamisme politique, là aussi il fallait oser. Rien d'étonnant alors à ce que cet article, qui expose les motivations politiques de cette candidate, déroule à longueur de lignes "l'islamophobie" dans leur confusion et renversement des rôles habituels.

Comme tous les Frères musulmans de France, L'UDMF, ce parti politique "laïque et non religieux", est ravi de participer activement et officiellement à la Rencontre Annuelle des Musulmans de France (RAMF) organisée chaque année au Bourget par les chefs de file des Frères musulmans dans notre pays, l'UOIF (10).

Rien d'étonnant alors à ce que la politique internationale du parti, affichée sur son site, se limite à la lutte contre "l'islamophobie" en Europe et, bien-sûr, à la Palestine.

A la question "pourquoi un parti pour les musulmans de France ?", l'UDMF répond qu'il apporte ses propres valeurs (dont nous avons eu un aperçu) et une éthique. Cette "éthique musulmane" également évoquée par Sandra Fourastié, est au cœur d'un autre parti islamiste qui la martèle constamment, "Français ET Musulmans" (F&M).

J'ai été "séduit" par la radicalité et les contradictions assumées de F&M, dont certaines propositions surprennent et certaines déclarations font froid dans le dos. Je l'aborderai dans une 3ème et dernière partie.



(2) Ibid

(4) Ibid

(5) Ibid

(8) udmf.fr
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"Résistance républicaine" glorifie l’attentat de Londres commis contre des musulmans

       Le site d'extrême droite "Résistance républicaine" est un habitué des publications xénophobes et antimusulmanes. De l'islamisme politique aux jihadistes, les intégristes musulmans sont une source d'inspiration inépuisable qui sert de prétexte dans leur lutte contre l'ensemble des musulmans. Sa défense de la laïcité est uniquement un prétexte pour défendre ce qu'il estime être les traditions françaises contre "l'invasion musulmane". Bref, l'extrême droite traditionnelle dans toute sa splendeur. Tout comme son pendant de l'extrême droite islamiste, ce mouvement récupère les valeurs républicaines, y compris "Liberté, égalité, fraternité", pour les redéfinir à sa sauce afin de mieux les retourner contre la République. Comme je l'ai toujours dit, les deux extrêmes droites ont besoin l'une et l'autre. Mais aujourd'hui, ce site a écrit un article encore plus choquant que d'habitude.

Dans la nuit du 18 et 19 juin dernier, un homme au volant d'une camionnette a foncé sur des musulmans sortant d'une mosquée à Londres. D'après les premières informations, il l'a fait parce que ce sont des musulmans au cri de "je vais tuer tous les musulmans". Il semble donc que ce soit un acte terroriste commis par un déséquilibré (son attitude à son arrestation laisse penser qu'il n'a pas toute sa tête). C'est la première du genre en Grande-Bretagne. Il y a eu plusieurs blessés. Que les victimes soient musulmanes ou pas, que ces musulmans soient des radicaux ou des modérés, on s'en fiche complètement. Cet acte est tout aussi monstrueux et condamnable sans la moindre réserve que les actes terroristes des jihadistes. Si on peut tenter de l'expliquer et de l'analyser, aucune excuse n'est possible.

Mais Résistance républicaine n'est pas dans cet état d'esprit.

Article de "Résistance républicaine" sur l'attentat de Londres

Le titre de son article annonce déjà la couleur et l’odeur nauséabonde qui s’en dégage : Attentat mosquée de Londres : Darren Osborne a-t-il donné le coup d’envoi de la Reconquista ? (1) L’article pose la question suivante : Les politiques et les medias auraient-ils peur de dire qu’un homme bien sous tous rapports, bon père de famille, citoyen paisible et équilibré, serait passé à l’acte pour dire son ras-le-bol de l’islam et de l’occupation musulmane ? Il rajoute : Cela ne ressemble pas à une attaque de djihadiste mais à celle d’un Résistant au terrorisme (ou à l’islamisation).

Faire des terroristes de simples musulmans et de l'islam le synonyme de “terrorisme”, nous sommes habitués. Ça fait partie de leur rhétorique habituelle. Mais là, non seulement il relativise le crime, mais en plus il le légitime. Résistance Républicaine fait de cet acte criminel un acte de résistance. On croirait entendre les islamistes justifiant les attentats des jihadistes en Europe et du Hamas. Si l'origine sociale et les difficultés économiques ne peuvent être des explications légitimes aux attentats jihadistes, le ras-le-bol de l'islam ne l'est pas non plus pour cet attentat.

L'article poursuit en insistant sur les motivations excusables du terroriste : Soit l’auteur est un proche d’une des victimes des trois derniers attentats qui ont endeuillé le sol anglais, rendu fou de douleur, assoiffé de vengeance. Et cela se comprend.
Soit l’auteur est un patriote anglais qui n’en peut plus des mosquées, des emburkinées, de l’invasion musulmane et qui veut que la peur change de camp. C’est également possible. (…) cela est, aussi, inévitable à court ou moyen terme dans tous les pays européens, France compris, qui subissent l’invasion musulmane.
Soit l’auteur est un patriote anglais qui a décidé de lutter contre le terrorisme avec le système oeil pour oeil, dent pour dent. Ce qui peut aussi se comprendre. La peur doit changer de camp. Les élites ne bougent pas ? Le peuple le fera.

Hallucinant… Pire encore, il minimise la monstruosité de cet acte par rapport aux attentats jihadistes : cet homme, qui risque gros, très gros, n’a rien de la violence des terroristes musulmans qui tuent, eux, à tous les coups… Pas de mort (…), seulement des blessés. Pas de ceinture explosive, pas de kalash ni de couteau, pas d’égorgement… Un doux Occidental dépassé par les évènements et qui essaie, avec son éducation, sa colère, sa révolte, de tirer la sonnette d’alarme ?

Autrement dit, un pauvre monsieur inoffensif qui a commis un léger dérapage à cause de son exaspération compréhensible. Cette exaspération des européens serait légitime car les Occidentaux n’en peuvent plus de l’islam (sic).

Alors Résistance Républicaine se réjouit de l'évènement : oui, il se pourrait bien que le 18 juin 2017 soit, comme l’appel du 18 juin 1940 que personne ou presque n’entendit et ne connut à l’époque, le début de la Reconquista. Ils l’auront voulue. Pas nous. Mais elle aura lieu, inévitablement, et le nom de Darren Osborne pourrait bien être associé à celui de Charles Martel.

Charles Martel, la Reconquista et De Gaule pour illustrer l'occupation musulmane que subirait l'Europe aujourd'hui et justifierai une réaction toute aussi violente que celle des jihadistes, rien que ça. Tous les anachronismes, la bêtise et la haine de l'extrême droite traditionnelle résumés en quelques phrases. Ce mouvement semble tout excité à l’idée d’une future guerre civile.

En fin d'article, il écrit : ils auront tous beau crier à l’islamophobie, à pleurnicher avec les salopards Frères musulmans ou Marwan Muhammad qui appelle de ses voeux l’occupation musulmane, elle aura lieu.

Il est vrai que le CCIF et les islamistes en général sont le miroir de l'extrême droite traditionnelle. Il suffit de lire cet article. On y voit le même raisonnement, voire presque la même rhétorique, que celui des islamistes. Mais si le CCIF relativise les attentats jihadistes pour toujours se mettre en position de victime de "l'islamophobie", il se garde bien de les glorifier. Résistance Républicaine, elle, a largement franchi le Rubicon en faisant l’apologie du terrorisme.

Ce mouvement se veut être le chantre de la République, un résistant, un protecteur de nos valeurs face à la barbarie venant de l'extérieur. Mais il semble que l'ennemi de l'intérieur, c'est lui. Deux des lois de cette République qu'il prétend défendre disent les choses suivantes :
“Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, version consolidée au 20 juin 2017, article 23 : Seront punis comme complices d'une action qualifiée crime ou délit ceux qui, soit par des discours, cris ou menaces proférés dans des lieux ou réunions publics, soit par des écrits, imprimés, dessins, gravures, peintures, emblèmes, images ou tout autre support de l'écrit, de la parole ou de l'image vendus ou distribués, mis en vente ou exposés dans des lieux ou réunions publics, soit par des placards ou des affiches exposés au regard du public, soit par tout moyen de communication au public par voie électronique, auront directement provoqué l'auteur ou les auteurs à commettre ladite action, si la provocation a été suivie d'effet.
Cette disposition sera également applicable lorsque la provocation n'aura été suivie que d'une tentative de crime.
Article 24 : Seront punis de cinq ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende ceux qui, par l'un des moyens énoncés à l'article précédent, auront directement provoqué, dans le cas où cette provocation n'aurait pas été suivie d'effet, à commettre l'une des infractions suivantes : 1° Les atteintes volontaires à la vie, les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne (…).
Seront punis de la même peine ceux qui, par l'un des moyens énoncés en l'article 23, auront fait l'apologie des crimes visés au premier alinéa (…) y compris si ces crimes n'ont pas donné lieu à la condamnation de leurs auteurs.
Ceux qui, par l'un des moyens énoncés à l'article 23, auront provoqué à la discrimination, à la haine ou à la violence à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, seront punis d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende ou de l'une de ces deux peines seulement.”

Il y a aussi la loi n° 2014-1353 du 13 novembre 2014 renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme : “Art. 421-2-5.-Le fait de provoquer directement à des actes de terrorisme ou de faire publiquement l'apologie de ces actes est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 € d'amende.
Les peines sont portées à sept ans d'emprisonnement et à 100 000 € d'amende lorsque les faits ont été commis en utilisant un service de communication au public en ligne.
Lorsque les faits sont commis par la voie de la presse écrite ou audiovisuelle ou de la communication au public en ligne, les dispositions particulières des lois qui régissent ces matières sont applicables en ce qui concerne la détermination des personnes responsables.”

Les lois sont là. J'espère que la République sanctionnera lourdement ce mouvement qui prétend la défendre.

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