Le CCIF, fleuron de la nouvelle extrême droite française (4ème partie)

Le CCIF, fleuron de la nouvelle extrême droite française

(Liens vers les autres parties en fin de celle-ci.)

       Après avoir retracé l’histoire antisémite de son courant idéologique, démontré sa position ultra-identitaire, son racisme et son projet totalitaire, dénoncé preuve à l’appui sa vision sexiste et rétrograde des femmes, établi son rejet de la laïcité, et la totale adéquation des partenaires qui la composent, comment est-il possible que la nouvelle extrême droite française, dont le CCIF est le fleuron, ait l’oreille attentive et si complaisante de la part d’une partie de nos élites, des médias et de la société, notamment issue de la gauche ? Même si les critères racistes sont différents entre les deux extrêmes droites, cela n’en reste pas moins du racisme. Même racisme, oui, mais pas mêmes conséquences. Lorsque Jean-Marie Le Pen déclare qu’il n’est pas antisémite ou raciste, personne ne le croit. Lorsque Marine dit la même chose, ça ne passe pas vraiment non plus. Mais lorsque Marwan Muhammad, ou les personnes citées dans cet article et d’autres du même profil, déclarent qu’ils luttent contre le racisme et pour le "vivre ensemble", là ça passe pour bon nombre de militants de gauche. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer. L’héritage historique, la lutte des islamistes contre "l’impérialisme occidental" et leur positionnement économique à gauche séduisent une grande partie de l’extrême gauche. Ce qui, par une stratégie d’inversion efficace soutenue par le concept "d’islamophobie", permet à la rhétorique victimaire de s’ancrer.

La stratégie victimaire choisie par les islamistes depuis plus de 30 ans a fait d’énormes dégâts. Les extrêmes, qu’ils soient politiques ou religieux, se nourrissent de la misère. Les intégristes ont donc trouvé un terreau fertile dans les quartiers populaires, là où justement se situe la population visée, tout comme cela s’est produit dans les pays musulmans. Les problèmes socio-économiques, le chômage, la ghettoïsation, la discrimination et le racisme subis par les populations issues de l’immigration ont été les points d’appui des islamistes. L’échec de la "Marche pour l'égalité et contre le racisme" en 1983, plus connu sous le nom de "Marche des Beurs", est un tournant marquant. Les intégristes pouvaient enfin avoir des oreilles plus attentives à leurs discours. "Si la République ne veut pas de toi, c’est normal. Tu n’es pas français. Tu es musulman. Tout comme nos frères Palestiniens qui subissent aussi une oppression". La pleine citoyenneté ressentie comme inaccessible se déplaça peu à peu vers l’islamité vécue comme plus accueillante. La religion se transforma en identité, comme s’il y avait un pays appelé "Musulmanie", qui n’est autre que la Oumma. Notre République, n’ayant pas su adopter tous ses enfants, a donc une part de responsabilité dans la création du danger que représentent aujourd’hui l’UOIF, le CCIF et consort. Cela n’excuse en rien cette partie des musulmans qui est séduite par ces sirènes. Elle a choisi la facilité de la victimisation et du refuge religieusement communautaire, se dédouanant elle aussi de sa part de responsabilité, plutôt que de se battre pour affirmer sa pleine appartenance à notre pays en tant que français à part entière. Tous n’ont pas choisi cette facilité. Ceux-là, doivent aujourd’hui se battre bien plus contre les discriminations qu’ils subissent de la part de leurs coreligionnaires communautaristes, que des discriminations potentielles de la société. Ce sont ceux-là qui doivent être soutenus. C’est pourtant ceux-là qu’une partie de la gauche et des féministes ont trahis, au profit de l’extrême droite islamiste.

La génération actuelle (CCIF, EMF, PIR et autres) est le fruit du prosélytisme et des discours victimaires, semés par la génération précédente venue de l’étranger. Cela fut possible par le labourage du terrain à travers un prosélytisme direct, la prise de contrôle de lieux de cultes, la création d’associations diverses, mais aussi à travers l’Institut européen des sciences humaines créé au début des années 1990 par l’UOIF (situé à Château-Chinon dans la Nièvre). Institut qui a pour vocation de former des cadres musulmans qui partiront aux 4 coins de France pour diffuser l’idéologie frériste. Nabil Ennasri, intellectuel aujourd’hui spécialiste du Qatar et militant islamiste, en est un des produits les plus réussis. Si leurs ainés étaient dans le calcul, les militants islamistes d’aujourd’hui, endoctrinés, sont convaincus par ce qu’ils disent et ont un discours très structuré.

Contrairement aux salafistes qui sont trop directs, les Frères musulmans ont choisi une stratégie simple et efficace : se servir de nos valeurs et concepts pour les redéfinir à leur convenance afin, ensuite, de mieux les retourner contre la République. C’est ce que j’appelle la rhétorique d’inversion. Les pionniers sont l’UOIF et Tariq Ramadan pour les plus célèbres. Le CCIF ne fait que pousser encore plus loin le concept. Son site internet (1) et les déclarations officielles de son directeur sont un indicateur important de sa mise en application de la stratégie frériste. Il se présente comme un mouvement n’appartenant à aucun courant politique, religieux ou idéologique. Il prétend aussi vouloir s’unir contre toutes les formes de racisme. Tout ce que nous aimons entendre pour mieux désamorcer et décrédibiliser toute opposition. Or tout ceci est faux, comme je l'ai démontré dans les parties précédentes. Les valeurs démocratiques donnent des boutons aux islamistes, mais c’est à nous qu’ils passent la pommade à travers ces expressions humanistes qu’ils instrumentalisent. Si le CCIF n’appartient à aucun parti politique, il appartient à un courant politique, l’extrême droite. Ses actes sont entièrement tournés vers ce domaine, par ses prêches politico-religieux et ses actions politiques. Quant à son appartenance idéologique, je l’ai aisément établie. Et on ne peut pas dire qu’il appartienne à une frange moderne et "peace and love" de l’islam. Quant à sa prétendue lutte contre les racismes, pour une association qui déclare que les musulmans sont un peuple supérieur qui a vocation à diriger le monde (cf. 2ème partie), là aussi on se demande si ce n’est pas de l’humour.

En déclarant vouloir défendre le "vivre ensemble" et la laïcité, lutter "contre le racisme" et pour la "tolérance", les islamistes nous proposent ainsi de dialoguer, échanger de façon ouverte et constructive, dans le respect de chacun… pour que nous acceptions l’imposition de leurs valeurs rétrogrades et totalitaires. Le concept qu’ils prétendent défendre n’est pas le "vivre ensemble" mais le "vivre dans notre ensemble". On retrouve cette rhétorique d’inversion déclinée dans différents thèmes tels que le "libre choix" pour le voile, la "liberté d’expression" (ou plutôt le rétablissement du blasphème), ou encore la "laïcité" (cf. partie précédente). Ils ont compris qu’il n’y a rien de plus efficace pour lutter contre le féminisme que de se prétendre "féministe islamique". Qu’il n’y a rien de plus efficace pour lutter contre la laïcité que de s’en prétendre le défenseur. Ainsi, toute personne qui les attaquerait sur ces thèmes sera accusée d’opprimer la liberté des musulmanes voilées, de dévoyer la laïcité, voire accusée de fascisme (un comble pour une idéologie totalitaire). Le CCIF vole ainsi à la rescousse des musulmanes "féministes" qui militent pour porter le voile. Pas à celles, réellement féministes, qui se battent pour l’enlever. Cela n’entre pas dans le cadre de ses fameuses "statistiques".

La discrimination sexiste du voile passe ainsi pour une innocente pratique religieuse telle que le port d’une croix ou d’une kippa, pour faire oublier sa raison d’être sexiste et moyenâgeuse. La discrimination, les propos anti-musulmans et le rejet des musulmans modérés par les intégristes passent pour une simple divergence de vue. Le rejet de notre mode de vie (qui concerne surtout la trop grande liberté des femmes) et leur distinction entre "eux" et "nous", ne serait que la légitime réaction d’un peuple persécuté victime d’un "racisme d’État postcolonial".

Cette stratégie d’inversion en appelle fatalement une autre, la victimisation. Si le Front National joue de populisme pour se positionner en tant que victime d’un envahissement et de violences de l’étranger, les islamistes le font pour se poser en victimes d’une "France islamophobe" où "les musulmans" seraient victime d’un racisme et d’une persécution dignes de celle des juifs dans l’Allemagne des années 30 (argumentaire que j’ai démonté dans un article précédent (2)). Affirmation tout autant anachronique et anhistorique que certaines comparaisons du FN entre la conquête arabe du Moyen-Age et la présence de l’islam en France aujourd’hui (telle l’expression de Jean-Marie Le Pen suite aux attentats de janvier 2015, "je suis Charles Martel").

La plus belle des réussites islamistes à ce jour est celle qui lie l’inversion et la victimisation par un terme qu’ils tentent par tous les moyens de valider : "l’islamophobie". Ce terme a pour vocation officielle de définir les actes et propos anti-musulmans. Or en réalité, "l’islamophobie" est littéralement la peur, la crainte d’une religion, l’islam. Ce qui est différent des actes et propos anti-musulmans qui, eux, doivent être combattus et punis. Cette peur de l’islam est compréhensible. Quand d’un côté il y a des attentats au nom de cette religion, et de l’autre des islamistes politiques tels que l’UOIF ou le CCIF qui déclarent représenter et défendre "les musulmans", comment ne pas avoir une image effrayante de l’islam ?

L’affection, la peur, l’indifférence, la critique, la moquerie d’une idéologie, quelle qu’elle soit, sont la liberté d’opinion et d’expression. "L’islamophobie" n’est donc pas un délit. La brandir est même antidémocratique puisqu’elle souhaite limiter la liberté d’expression pour faciliter la promotion d’une idéologie totalitaire, l’islamisme. C’est pour cela que "l’islamophobie" est une arme politique très efficace. Elle a pour objectif d’empêcher toute critique de l’islam et de l’intégrisme musulman sous peine d’être accusé de racisme ou de fascisme. Pour cela, elle englobe à la fois les actes et propos antimusulmans contre lesquels il faut effectivement lutter, mais aussi le refus de la liberté d’expression en laissant planer la menace du blasphème ou de l’atteinte à la religion. Elle inclut aussi toute atteinte aux intégristes, ainsi mélangés à l'ensemble des musulmans. Un intégriste devenant un simple musulman victime de "racisme" s’il est critiqué. L'islam n'est pourtant pas une race. Mais les intégristes ont artificiellement créé un "peuple musulman" dans le cadre de leur stratégie victimaire tout autant que totalitaire. Une victime de racisme qui revendique ainsi paradoxalement, comme Marwan Muhammad, la supériorité des musulmans sur le reste du monde.

Prenons l’exemple de Yassine Belattar. Animateur télé et humoriste, il a récemment fait son "coming-out" à la télévision sur sa vision intégriste de l'islam. Le 11 mars 2017, "Salut les terriens" (C8) consacra une partie de l’émission à un débat sur l’islamisme : "Islamisme : avons-nous été trop bisounours ?" (3) Comme toujours chez les islamistes, cela n’a pas du tout plu à Yassine Belattar qui inclut les islamistes dans l’ensemble des musulmans. Il a alors tweeté : Ardisson n’aime pas les musulmans. Bravo #SLT. Débat sordide, j’ai honte. Faire de l’audience en caressant le FN. Il va encore plus loin sur sa page Facebook en accusant Thierry Ardisson d’être une "chemise brune" (couleur d'uniforme de l'organisation paramilitaire du parti nazi). Face à une telle agressivité, l’animateur de l’émission l’invita à s’exprimer sur le plateau la semaine suivante.

Yassine Belattar exprime son opinion sur SLT par un tweet

Dans l'émission du 18 mars 2017 (4), Yassine Belattar déclare alors qu’il y aurait plus de 7 millions de musulmans en France. Pourquoi pas 12 millions ou même 20 millions ? Soyons fous ! Un chiffre fantaisiste sorti d’on ne sait où, typique des populistes. Il explique également, la mine grave, qu’il n'y a pas de modération dans la religion. On est musulman ou on ne l'est pas. Les modérés seront ravis d’apprendre qu'eux-mêmes, les Frères musulmans ou les wahhabites, c’est la même chose. Les intégristes de l'islam politique seraient de simples musulmans incompris. Lutter contre l'intégrisme serait alors une lutte contre les musulmans... Donc de "l'islamophobie". CQFD. Tout comme le CCIF et l’ensemble des islamistes, il accuse toute critique de l’intégrisme musulman ou de l’islam comme étant raciste et fasciste, tout en prétendant qu’il n’a aucun problème avec la critique. Et les jihadistes ? Ils ne sont pas musulmans selon lui. Circulez, il n’y a rien à voir.

Alors il pose une question sous forme de boutade : c’est quoi un musulman modéré ? C’est un mec qui fait pas 5 prières par jour, il en fait 2 et demi ? Et bien non. Je sais que ce n’est pas facile à comprendre, pour un islamiste qui estime que la modération est une sorte de renoncement à sa pratique religieuse. La modération ne se mesure pas au degré de la pratique du culte mais à son approche. Un musulman modéré considère que la religion ne se porte pas sur la tête avec un voile ou des vêtements masculins souhaitant imiter les bédouins salafis, car l’islam n’est pas une mode et relève de l’intime. Un musulman modéré considère que la religion, c'est uniquement à la maison et à la mosquée. Un musulman modéré considère son pays et ses lois supérieurs à la Oumma et aux lois religieuses. Un musulman modéré se sentira autant concerné par les drames tibétains et d’ailleurs que par celui des Palestiniens. Un musulman modéré considère le voile comme un manque de respect envers les femmes, mais aussi un manque de respect envers l’islam et son Prophète car il estime que ce sexisme est contraire à sa religion. Un musulman modéré ne mesurera pas la pudeur d’une femme aux centimètres carrés d’un morceau de tissu sur la tête et en se servant, en plus, de la religion comme prétexte ; la pudeur relevant de son langage, de son attitude et concerne garçons et filles exactement de la même façon ; dire "wallah, Haqq Rabbî, la Mecque" toutes les cinq minutes est bien plus impudique que trois mèches de cheveux au vent. Un musulman modéré ne se sent donc pas visé par les lois de 2004 (sur les signes religieux à l’école) et 2010 (sur le voile intégral). Il les considère même comme parfaitement justifiées. Un musulman modéré ne se sent pas insulté par les caricatures d’intégristes ou même du Prophète. Car ce serait de l’idolâtrie, ce qui est un pêché en islam. Seul Dieu peut être adoré et vénéré ; tout en sachant aussi que la liberté d’expression est un bien précieux qui ne doit jamais être remis en question au nom du sacré. Enfin, un musulman modéré regrette la "salafisation" de sa religion et en souhaite ardemment une réforme progressiste. Contrairement aux intégristes, il interprète ses textes sacrés dans leur esprit, non pas à la lettre. En résumé, un musulman modéré considère l’idéologie de Yassine Belattar et de ses collègues islamistes comme néfaste pour sa religion, au-delà des problèmes qu’ils causent pour la République.

Avec un tel discours et une telle vision de l'islam, l’animateur-humoriste favorise encore la peur envers cette religion et pénalisera encore un peu plus les musulmans modérés.

Comble du cynisme, il demande à ce que les animateurs soient "pédagogues". Il se demande aussi comment les animateurs donnent la parole à des gens qui ont capté, renforcé voire démocratisé une parole qui a des conséquences dans la vie de tous les jours. C'est à dire qui fait le jeu du FN. Le pire est qu'en parlant de ces "gens", il ne se rend pas compte qu'il parle de lui...

En faisant son "coming out" et en tenant ces propos, il a fait exactement ce qu’il reproche aux autres : donner un coup de pouce supplémentaire à Marine Le Pen.

Cette façon de voir les choses en inversant les rôles, en accusant toute opposition à l’islamisme d’être un acte d’opposition nazi aux musulmans, cette tendance si naturelle à renforcer le FN en croyant s’en protéger, c’est l’attitude islamiste dans toute sa splendeur.

Y-a-t-il un lien plus direct entre le CCIF et lui ? Oui, évidemment. Sa rhétorique victimaire et culpabilisante ne sort pas de nulle part. Il est un soutien fervent de l’association. Il assura même en 2015 l’animation de la soirée de gala du CCIF. Soutenir et assurer la promotion d’une association d’extrême droite, pour ensuite faire la leçon à autrui sur les risques de la montée du FN. Il n’a pas froid aux yeux. Plus fort encore : qualifier Thierry Ardisson de nazi, même Marwan Muhammad n'aurait pas osé.

Yassine Belattar annonce sur Twitter qu'il animera le diner de gala du CCIF
Yassine Belattar anime le diner de gala du CCIF, 29 mai 2015
Dîner de gala du CCIF, 29 mai 2015
En bon islamiste "frériste", Yassine Bellatar apprécie aussi Tariq Ramadan. Au point d'animer lors de ce gala la mise aux enchères dans la joie et la bonne humeur d'un déjeuner avec le prédicateur, qu'il présenta comme le "George Clooney des musulmans".
Tariq Ramadan n'est pas seulement le Monsieur "moratoire" pour la lapidation. Son double discours et sa dangerosité ont été maintes fois démontrés. Je peux prendre pour exemple son homophobie. Tariq Ramadan regrette que l'homosexualité soit devenue un "comportement normal" en Occident. Il regrette également qu'il soit impossible d'envoyer tous les enfants musulmans dans des écoles musulmanes pour les protéger de cela car en tant que musulmans "on ne peut pas normaliser" l'homosexualité. Il estime que la lutte contre l'homosexualité n'est qu'une question d'éducation. Sans cette éducation, l'enfant "cultive le mal". D'après lui, plus il y a de religiosité moins les enfants seront "exposés à ça" (5). Ces propos, tenus après le gala, résument bien ses idées défendues depuis des années dans ses conférences, ses livres et son site internet. Nul ne pouvait les ignorer lors de cette mise aux enchères, surtout pas le CCIF et Yassine Bellatar.
L'homophobie allant toujours de pair avec le sexisme, Tariq Ramadan est un fervent partisan du port du voile et de la non mixité dans les piscines. Voilà la personne avec qui Yassine Bellatar propose de diner moyennant finance pour contribuer au développement d'un collectif islamiste …

L'humoriste ne laisse planer aucun doute sur son adhésion à l’idéologie des Frères musulmans. Il l’assume. C’est tout à son honneur. Une nouvelle démonstration que les deux extrêmes droites (FN et islamistes) sont les deux faces de la même pièce.

Posons-nous la question suivante : si un animateur télé-humoriste "blanc" (pour reprendre le déterminisme du PIR) et au nom bien franchouillard affirmait son intégrisme catholique et le faisait passer pour le véritable catholicisme, s’il mettait régulièrement en avant ses convictions religieuses et en faisait un outil politique, s’il se définissait constamment comme chrétien plutôt que de le garder dans son intimité, s’il ne voyait aucun problème et même défendait une forme d’asservissement de la femme (par le voile ou autre) en arguant Jésus ou les Épîtres aux Corinthiens de Saint-Paul plutôt que les valeurs républicaines, s’il accusait de blasphémateur ou de raciste toute personne critique envers son idéologie (équivalent de "islamophobe"), comment réagirions-nous ? La réponse qui vous vient à l’esprit doit être appliquée sans faille aux islamistes…

Pourtant, cela n’empêche pas certains politiques de faire preuve d’aveuglement (voire de complaisance ?). Le 29 mars 2017, Yassine Belattar a été invité, comme "comédien engagé", à un meeting d’En marche sur le thème du… populisme. Le mouvement d’Emmanuel Macron a invité un populiste islamiste (pardon, un "comédien engagé") pour parler de populisme. Il aurait pu inviter une figure musulmane plus crédible plutôt qu'un islamiste dont la seule légitimité est sa lumière médiatique par ses activités d'animateur télé et d'humoriste. Pourquoi ne pas inviter un intégriste chrétien ? Car il n’est pas "victime d’un racisme d’État postcolonial très méchant". Pour le coup, Emmanuel Macron rejoint Benoit Hamon dans la méconnaissance et l’inconscience d’une complaisance dangereuse.

Yassine Belattar invité d'un meeting d'En Marche sur le thème du… populisme

La bataille contre le terme "islamophobie" n’est donc pas qu’une querelle sémantique mineure pour influencer quelques intellectuels férus de sémiologie. C’est un enjeu fondamental qui se cache derrière ces douze lettres. Une bataille longue et difficile entamée dans les pays musulmans qui oppose depuis des décennies les partisans d’une société sécularisée et moderne face aux intégristes réactionnaires. Les personnes en première ligne sont donc d’abord et avant tout des musulmans (et surtout des musulmanes), mais aussi des athées ou des chrétiens, qui refusent le modèle de société rêvé par les islamistes et le conservatisme grandissant dans leurs pays. D’autres termes sont utilisés, tels que "l’atteinte à la religion", mais la définition et les enjeux sont les mêmes. Ces douze lettres (ou les termes équivalents) se dressent comme un mur dans ces pays, contre ces citoyens qui luttent pour la liberté de conscience et une plus grande liberté pour les femmes. On encourage les musulmans "éclairés" à s’affirmer face à l’islamisme, parfois au péril de leur vie. Mais comment peut-on le leur demander quand tant d’intellectuels des démocraties occidentales se montrent si complaisants envers les islamistes ? Qui est là pour soutenir ces musulmans courageux ? Les intellectuels paresseux, les féministes différentialistes qui n’ont pas le désir de chercher à comprendre les sources et les enjeux de l’islamisme dont le voile sert de cheval de Troie ? Combien de ces musulmans laïques les plus actifs sont atterrés lorsqu’ils voient le spectacle de nos féministes et des démocrates français soutenant les partisans d’une idéologie qui les opprime, au nom de la lutte contre "l’islamophobie" ? Que répondre à Mona Eltahawy (journaliste, écrivaine et militante féministe égyptienne) lorsqu’elle déclare que les femmes du monde occidental portant un voile contribuent à asservir les femmes ailleurs dans le monde pour lesquelles le port du voile est une contrainte (6) ? Que répondre à Kamel Daoud et tant d’autres ? En validant le terme "islamophobie", on sacrifie ces musulmans, chrétiens, athées et autres. Car les premiers "islamophobes" seraient eux. Wassyla Tamzali (auteure et féministe algérienne), cette "femme en colère", se bat inlassablement depuis si longtemps contre cela et contre cette fraction importante des féministes européennes qui estime que son combat s’arrête à ses frontières culturelles, que les droits des femmes peuvent être différentialisés pour "respecter" les cultures et religions. Ce respect est considéré, par ces féministes, comme supérieur au respect des femmes. Pourquoi une telle attitude ? Car si ces féministes osaient affirmer l’universalité de leur lutte, elles craignent d’être… "islamophobes".

Cette bataille n’est donc pas que sémantique.

Cette stratégie rentre exactement dans celle du FN et lui rend ainsi un service qu’il n’aurait jamais osé espérer. Un tel cocktail, de tels amalgames et cette volonté d’imposer l’islamisme comme étant le véritable islam, par l’utilisation de "l’islamophobie", est une aubaine. Cela permet au FN de mieux lutter contre les musulmans, contre l’islam, puisque le véritable islam serait celui du CCIF et des intégristes en général. Le voile et les discours sexistes et misogynes qui le justifient sont l’étendard politique brandi par les islamistes. Ils sont également un des arguments du FN qui est enchanté de valider ces interprétations extrémistes de l’islam comme étant aussi l’islam véritable. Le FN a besoin de l’UOIF, du CCIF, de Tariq Ramadan, de Nader Abou Anas, de Marwan Muhammad et des autres pour montrer que l’islam et les musulmans ne sont pas compatibles avec la République. Le FN et le CCIF se retrouvent alors en harmonie sur ce qu’est censé être cette religion : misogyne, rétrograde, politique, raciste et totalitaire.

Quant au CCIF, nous voyons bien qu’il se doit d’alimenter la psychose et de monter en épingle des affaires qui n’ont rien "d’islamophobes". Cela lui est nécessaire pour justifier son existence, montrer à quel point la France est raciste, cliver la société et faire monter le FN pour prouver ses affirmations. Pourquoi cette stratégie ? Car le CCIF a besoin du racisme pour faire avancer son idéologie totalitaire. Il a besoin de créer des tensions qui amèneront obligatoirement aussi à des débordements de chaque côté. Le discours victimaire a de lourdes conséquences sur la jeunesse des quartiers à forte population de confession musulmane. La volonté de cliver, de dresser les français les uns contre les autres pour faire avancer son idéologie. Cela ne vous rappelle rien ?... Les deux extrêmes droites ont besoin l’une de l’autre.

Pourtant, la publication de son dernier "rapport" montre, malgré tous ses efforts d’y inclure tout et n’importe quoi, que les actes "islamophobes" sont en baisse. Alors que faire ? Cela ne suffit plus de transformer en acte "islamophobe" le viol d’une femme le jour de l’Aïd (si, si, il a osé…). Il pourrait également accuser la SPA "d’islamophobie" si un pigeon coulait une fiente sur le balcon d’une femme voilée (j’exagère à peine). Mais ce n’est plus suffisant pour se victimiser à travers des "statistiques" qui lui sont défavorables. Alors on change d’angle. On tente de démontrer que les propos "islamophobes" des politiques, ceux qui dénoncent l’islamisme, sont en hausse...

"L’islamophobie" est aujourd’hui au cœur de leur posture victimaire. Leur comparaison entre la situation de ce que "subiraient" les (intégristes) musulmans aujourd’hui en France et l’antisémitisme de l’Allemagne nazie des années 30, en est une belle démonstration. Ils tentent un incroyable renversement des rôles de l’Histoire pour mieux faire passer les valeurs de leur idéologie. Faire oublier l’antisémitisme de bon nombre de musulmans en évoquant l’antisémitisme nazi pour mieux se victimiser, lutter contre le racisme de l’extrême droite traditionnelle pour mieux développer son propre racisme, dénoncer l’État français comme étant raciste et "islamophobe" tout en se servant des moyens que lui offre celui-ci pour étendre son idéologie (liberté d’expression, justice, droit d’association, subventions publiques pour les associations dites "culturelles", etc.), voilà leur stratégie.

Le pire est que cette stratégie a fait ses preuves et trouve un écho sur une partie de la population, au-delà des musulmans visés au départ. Les soutiens de journalistes, d’intellectuels, de féministes et de quelques mouvements de gauche, sont l’illustration de cette réussite. Nous l’avons vu avec le meeting d’En marche, mais également avec Benoit Hamon, Christine Delphy (féministe), Edwy Plenel (journaliste) et d’autres encore.

Cela fonctionne si bien que le FN s’en est peut-être inspiré. Le père Le Pen n’a jamais réellement souhaité atteindre le sommet du pouvoir. Il voulait être son premier opposant. Le FN était un parti contestataire, pas un parti de gouvernement. D’où une stratégie décomplexée d’attaques frontales tous azimuts contre les Juifs, les "Arabes", les immigrés qui voleraient le pain des Français, la laïcité, etc. Mais depuis que la fille Le Pen désire, elle, atteindre le sommet du pouvoir, la stratégie a changé. Elle a adopté celle de la rhétorique d’inversion. Le FN tente à présent de changer son image et se présente comme laïque, démocrate et défenseur des valeurs républicaines. Évidemment, il n’en est rien. La rhétorique d’inversion à propos de la laïcité est LE domaine qui illustre le mieux les similitudes de cette stratégie entre les deux extrêmes droites (cf. partie précédente).

Si les deux extrêmes droites sont sœurs jumelles sur l’identitaire, le rejet de la démocratie et des valeurs républicaines, les questions de société et l’utilisation de la pommade pour nous endormir, il en va plus ou moins de même sur leur positionnement économique et social. Suite à l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du parti, le FN a pris un virage à gauche sur son programme économique. Il s’adresse aux ouvriers, dénonce la mondialisation, etc. Il souhaite s’attirer les bonnes grâces des classes populaires. Au point de tenter de récupérer la figure de Jean Jaurès. Ainsi, le FN est à l’extrême droite dans tous les domaines mais se veut à gauche sur le plan économique… exactement comme les islamistes. Seulement nous ne voyons aucun soutien du NPA ou de Clémentine Autain au FN. En revanche, ces soutiens sont légion pour les islamistes, et en premier lieu pour le CCIF. Cela s’explique par l’Histoire.

Les communistes français ont toujours considéré, du moins dès les années 1950, les peuples "arabes" comme des opprimés exploités par la colonisation, comme l’étaient les ouvriers par les patrons. En référence aux principes de la Révolution Française, ils militaient pour l’émancipation des peuples. Ils avaient ainsi beaucoup soutenu le FLN lors de la guerre d’Algérie. Les premiers concernés, les indépendantistes maghrébins, étaient également motivés par ces mêmes raisons. L’ensemble de leurs luttes affichaient surtout des motivations socialistes.

Les luttes contre les régimes autoritaires et la cause Palestinienne dans les années 1960 et 70 avaient gardé les mêmes motivations chez les immigrés arabes et maghrébins. Elles étaient exclusivement politiques sans préoccupations religieuses. Leurs références étaient "arabes", pas "musulmanes", avec des discours politiques de gauche (comme l’émancipation des peuples qui passe par la suppression de toute exploitation de ses richesses par les pays impérialistes). Cela transparaissait surtout dans les milieux étudiants. Les étudiants étrangers venant de pays musulmans créaient des associations politiques du genre "Comité de Liaison des Étudiants Progressistes Arabes". Ces étudiants arabes et magrébins étaient fortement soutenus par des étudiants français d’extrême gauche. Ils voyaient en eux des camarades de lutte défendant les mêmes valeurs pour un même idéal et réciproquement.

Des étudiants islamistes étaient bien présents en France dès les années 1960. Mais ils étaient étrangers, comme les autres, et peu nombreux. Une fois leurs années d’études terminées, ils repartaient dans leur pays. De plus, la plupart des étudiants arabes et maghrébins étant préoccupés uniquement par des questions sociales et politiques, les islamistes avaient peu de prise sur eux malgré leur prosélytisme. Mais ils posèrent les jalons de ce qui deviendra l'UOIF et firent glisser la sémantique et les orientations de ces étudiants laïques peu à peu vers la religion dès les années 1970.

Les régimes autoritaires ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour annihiler toute opposition politique démocrate. Pourchassant même leurs opposants jusqu’en Europe. En France, les assassinats politiques des opposants au FLN, à Bourguiba et autres dictateurs étaient une solution plus efficace que l’emprisonnement politique dont les prisons étaient déjà bondées. Leur attitude était différente face aux islamistes. "Opium du peuple", les régimes autoritaires ne voulaient pas laisser l’instrumentalisation de la religion aux intégristes. Ils ont alors joué avec le feu en tentant de les instrumentaliser puis de les persécuter, selon les besoins du moment. La structure organisationnelle civile des islamistes était ainsi plus ou moins intacte et leur permettait de poursuivre leur conquête par le bas. Les démocrates, eux, ont été en grande partie annihilés.

Ainsi, sous l’influence des Frères musulmans, puis des pétromonarchies du Golfe, l’islam politique entama encore plus rapidement sa gangrène des esprits. En France, les contenus des tracts étudiants de l’époque venus des pays musulmans sont révélateurs. Les formules religieuses et noms d’associations avec le terme "musulman" ont remplacé progressivement les formules et noms issus du langage de gauche. La révolution islamique iranienne en 1979 n’a fait que galvaniser le phénomène. Mais l’extrême gauche, ne mesurant pas cette évolution dangereuse vers l’extrême droite, n’a pas rompu ses liens avec eux.

Le soutien de l’extrême gauche à la population maghrébine ne se manifestait pas seulement dans le milieu estudiantin, mais aussi dans les usines et les foyers de travailleurs. L’évolution des revendications socialistes vers des revendications teintées de religiosité fut la même que dans le milieu estudiantin.

Cette collusion entre les militants maghrébins, intégrant de plus en plus de religiosité dans leurs valeurs, et l’extrême gauche, explique en grande partie pourquoi aujourd’hui encore cette dernière est si complaisante avec les intégristes musulmans. De plus, la chute du communisme au début des années 1990 renforça ces liens, l’intégrisme musulman se substituant au communisme comme idéologie révolutionnaire opposée à "l’impérialisme occidental".

Avec un discours toujours teinté de gauche sur les questions économiques et sociales, et de "lutte contre l’impérialisme", les Frères musulmans ont su garder cette tendresse que l’extrême gauche avait pour les militants laïques arabes et magrébins. Dès la fin des années 1990, Tariq Ramadan avait un succès fou auprès des altermondialistes. La perte des ouvriers, dont une partie s’est tournée vers le FN, a renforcé cette attraction pour les intégristes musulmans, identifiés comme les nouvelles victimes de "l’impérialisme", en imaginant qu’ils représentent l’ensemble des musulmans. C’est cet héritage que nous voyons aujourd’hui. Une partie de la gauche soutient aveuglément les islamistes. Auréolés de leur statut de victimes permanentes des méchants colons blancs racistes et oppresseurs, déclamant des discours sur les problèmes sociaux dans les quartiers populaires, sur la lutte contre "l’impérialisme occidental" ou les questions socio-économiques, cela ne pouvait que séduire une bonne partie de l'extrême gauche (car toute l'extrême gauche ne les soutient pas) en mal d’opprimés à défendre. Mais cette gauche ne veut toujours pas voir que c’est pour les substituer par un autre racisme et un autre impérialisme (cf. 2ème partie).

Le plus fou est que l’extrême gauche est non seulement athée par essence, mais farouche opposante de l’extrême droite traditionnelle. Si leur alliance avec l’intégrisme musulman peut s’expliquer historiquement, son maintien et son renforcement aujourd’hui sont contre-nature et relèvent d’une trahison de tous leurs idéaux. Tout cela pour remplacer l’assèchement du vivier prolétaire par le vivier des éternelles victimes de "l’impérialisme occidental" que seraient les "musulmans". Cet essentialisme n’a rien à envier à l’extrême droite. La lune de miel est si romantique que les frontières sont poreuses entre eux. Des islamistes fréristes militent également dans des mouvements de gauche. Leurs discours et leur rhétorique sont un mélange de religion, de racisme et de lutte sociale. Le Parti des Indigènes de la République est la plus belle réussite de cette évolution.

Le risque est que, par leur stratégie de conquête par le bas, les religieux se substituent aux militants et associations laïques travaillant dans les quartiers populaires. En noyautant les mouvements de gauche et les actions de terrain, comme le "Printemps des quartiers" par exemple, cette conquête est déjà à l’oeuvre depuis des années.

Quelques figures illustrent bien le mélange "islamisto-gauchiste" des islamistes politiques. Les codes marketing ont leur importance pour une telle stratégie. Le CCIF et le FN l’ont bien compris. C’est ce que j’aborderai dans la dernière partie.

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Lettre ouverte à Claude Askolovitch

Tweet de Claude Askolovitch à propos de Charb

       Alors que, comme chaque année, tous les islamistes de France sont tranquillement conviés à se rassembler au Bourget dans quelques jours, les démocrates laïques sont censurés… par crainte des islamistes. La France semble reculer, renier ses propres valeurs par crainte d’être accusée “d’islamophobie”. Ironie de l’histoire, c’est justement le thème des évènements culturels, en hommage à Charb, qui fait l’objet des annulations.

Claude Askolovitch, journaliste relativiste, a écrit un article surprenant à ce sujet (lien ci-dessous). Je ne vais pas parler au nom de Charb, que je ne connaissais pas personnellement. Mais je me permets de répondre à votre article en m’adressant à vous, M. Askolovitch, et de le faire au nom de toutes celles et ceux qu’il a inspirés, de toutes celles et ceux qui se sont reconnus en son refus d’avoir une approche simpliste et manichéenne du danger que représente l’islamisme. Vous avez fait le choix d’abdiquer intellectuellement, par paresse ou naïveté naturelle, en prenant fait et cause pour les islamistes à travers leur concept d’“islamophobie”. Une paresse intellectuelle qui se concrétise trop souvent par des accusations lancées à tout-va de fascisme et/ou de racisme envers toute personne luttant ou critiquant l’islam politique. Vous considérez ces critiques comme des “insultes impunies envers les musulmans”. Les intégristes sont à vos yeux des musulmans lambdas. On croirait lire Tariq Ramadan. Dont acte. Car les risques de débordements encourus par ces programmations sont dus à ceux que vous prétendez défendre. Non pas les musulmans dans leur ensemble, mais sa frange intégriste en particulier. Je regrette que vous ne mettiez pas votre intransigeance verbeuse au service des valeurs républicaines plutôt que de la brader pour ceux qui les combattent.

Vous évoquez le catéchisme laïque de Charb. Vous seul employez volontairement ce terme religieux pour sous-entendre que la laïcité serait une nouvelle religion. Ici, ce n’est plus de la paresse ou de la naïveté, c’est de la malhonnêteté intellectuelle.

Non Monsieur Askolovitch, la mort de Charb ne confère pas un sacré supplémentaire à ce qu’ils professent (encore une référence religieuse volontaire pour décrédibiliser sa pensée). Sa mort est juste la confirmation par le tragique de tout ce qu’il n’a cessé de dénoncer. Vous êtes si aveuglé par votre complaisance islamiste que même cela vous ne le voyez pas. Votre détestation du laïcisme, terme péjoratif si cher des anti-laïcité pour désigner les laïques militant pour une laïcité sans adjectifs, ne doit pas aider à vous rendre la vue.

Le titre de votre livre, “Nos mals-aimés : Ces musulmans dont la France ne veut pas”, est la quintessence de tous vos amalgames et du danger que vous, et les autres “idiots utiles” (sic), représentez pour la République et les musulmans.

Vous dites encore que l’islamophobie, cette prévention envers les musulmans qui structure nos peurs identitaires, est un mot admis dans le monde entier -le monde civilisé ; la France est une exception. En quoi “l’islamophobie” serait une prévention envers les musulmans ? La peur de l’islam, qui est la signification sémantique de ce terme et qui n’a rien à voir avec la haine envers les musulmans, n’est-elle pas légitime ? N’est-il pas compréhensible d’en avoir peur lorsqu’on tue en son nom ? N’est-il pas compréhensible d’en avoir peur lorsque des personnes comme vous défendent ce terme qui fait le jeu des intégristes ? On ne compte plus vos tweets cinglants d’accusation en “islamophobie” envers toutes les personnes qui osent critiquer le sexisme du voile et/ou défendent la laïcité. En amalgamant islam et islamisme comme vous le faites, n’est-il pas compréhensible que vous effrayez une partie de la population en faisant passer l’idée qu’islam et islamisme sont synonymes ? Votre choix de défendre le sexisme du voile en optant pour la stratégie islamiste d’en faire un simple accoutrement religieux, en le comparant même à une simple croix ou une kippa pour le relativiser (comme le font les islamistes aussi d’ailleurs), n’est-ce pas cela qui contribue à la peur de l’islam et aux confusions qui amènent effectivement des musulmans à être victimes de propos anti-musulmans ? Depuis quand la croix et la kippa sont des outils de “pudeur” réduisant la personne qui les porte à un objet sexuel devant être caché pour ne pas susciter l’excitation sexuelle d’autrui ? Avec de tels positionnements, ce n’est pas les musulmans que vous défendez, c’est le FN que vous encouragez.

Nulle intention de ma part de nier l’existence d’actes et propos anti-musulmans qu’il faut effectivement combattre. Mais à chaque fois que vous prononcez “islamophobie”, à chaque fois que vous participez à la stratégie victimaire des islamistes en incluant, comme eux, tout et n’importe quoi dans vos accusations, c’est une voix pour le Front National que vous mettez dans l’urne. Et c’est, en dehors des militants laïques, contre l’ensemble des musulmans que vous agissez.

Vous affirmez que le mot “islamophobie” est admis dans le monde entier -le monde civilisé, et que la France est une exception. C’est certainement le seul point où vous faites preuve d’un minimum de clairvoyance. Mais ce que vous considérez comme un déshonneur, je considère cela comme une fierté. La fierté qu’il y ait encore dans ce pays des intellectuels, des citoyens, qui se montrent digne de l’héritage de notre histoire philosophique et humaniste. En ces temps plus anciens où la France des Lumières était une curiosité perçue comme dangereuse par les autres pays du “monde civilisé”. En ces temps où la France s’était retrouvée seule à brandir la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen face à un “monde européen civilisé” qui lui lançait, à peu de choses près, les mêmes anathèmes que les vôtres aujourd’hui. En ces temps-là, la France était une exception pointée du doigt qui s’est transformée en phare précurseur et moderne pour les peuples épris de liberté. Ne serions-nous pas dans une situation similaire aujourd’hui ? Je pense que si. Les intellectuels modernistes du monde musulman ne s’y trompent pas. C’est aussi vers la France qu’ils se tournent pour mener leur lutte. Mais cette France les inquiète également lorsqu’ils sont confrontés à des intellectuels comme vous. Les alertes et les cris de colère de Kamel Daoud, Wassila Tamzali, Taslima Nasreen et tant d’autres se tournent vers la France. Pas votre France qui les traite “d’islamophobes” à l’unisson avec les islamistes, mais la France moderniste héritière des Lumières. Moi, le français d’origine tunisienne avec une double culture, “l’arabe de service” (expression chérie par les islamistes que vous soutenez), je suis fier de faire partie et de militer pour cette France-là. J’ai choisi de défendre les idéaux républicains sans faillir par complaisance, pour mieux lutter contre l’extrême droite traditionnelle. Vous avez choisi de défendre la nouvelle extrême droite française, les islamistes, en vous servant de “l’islamophobie” pour tenter de faire taire toute critique de l’islam et de l’islamisme. Ce déshonneur que vous déplorez, je le revendique donc comme une fierté. Car dans un futur que je ne peux mesurer, on saura que c’est de France qu’est venue la contestation du terme “islamophobie”. On saura que ce fut d’ici qu’eut lieu la prise de conscience, dans le “monde civilisé”, du danger que représentent les valeurs véhiculées par le voile et l’islam politique en général. Une prise de conscience à l’œuvre depuis longtemps par nombre d’intellectuels dans les pays musulmans que vous avez choisi d’abandonner.

Il semble, si j’ai bien compris votre prose, que vous déploriez pourtant les annulations des pièces tirées du livre de Charb. Seulement, à l’origine des craintes ayant amené ces annulations, il y a les personnes et l’idéologie qui défendent, comme vous, le concept de “l’islamophobie”. C’est-à-dire les islamistes.

En vous alliant à eux pour défendre ce concept, vous noyez l’ensemble des musulmans dans un amalgame désiré par les intégristes. Au lieu d’envoyer une bouée intellectuelle à la société, vous faites boire la tasse à tout le monde… sauf aux islamistes qui sirotent leur verre d’intolérance au bord de l’eau. Malgré la main que vous posez sur nos têtes pour tenter de nous disqualifier en nous accusant de racisme, nous ne nous laisserons pas noyer par votre concept. Sinon, ce ne sera pas seulement la victoire de l’islamisme. Ce sera aussi celle du Front National. Un Front National que vous soutenez malgré vous par ce concept fumeux.

En identifiant comme intolérants ceux qui luttent contre l’intolérance, en les mettant dans le même sac que l’extrême droite, la plus grande menace pour la laïcité, pour l’islam et les musulmans, par votre défense du concept “d’islamophobie”, c’est vous. Car “qui tolère les intolérants se rend coupable de tous leurs crimes.” (Helvetius)
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Le CCIF, fleuron de la nouvelle extrême droite française (3ème partie)

Le CCIF, fleuron de la nouvelle extrême droite française

(Liens vers les autres parties en fin de celle-ci.)

       A la lumière de leurs pédigrées ultra-identitaires, racistes et totalitaires rappelés dans la partie précédente, on peut facilement comprendre que ces deux extrêmes droites aient développé une forme d’allergie à la démocratie et à nos valeurs républicaines. Leur vision du monde et du fonctionnement de la société en sont l’exact opposé. Ainsi, la démocratie et certains de nos principes comme la laïcité sont rejetés autant qu’instrumentalisés.

En 2015, Jean-Marie Le Pen avait eu l’occasion de donner son opinion sur la démocratie, tout en expliquant qu’il est contraint de faire avec : Je comprends tout à fait qu’on mette en cause la démocratie, qu’on la combatte. (…) Nous nous battons sur un terrain donné, qu’on ne choisit pas (1). Il est dans la logique historique et idéologique de son courant. La seule période de notre histoire où l’extrême droite obtint le pouvoir, ce fut en 1940. Philippe Pétain, une fois arrivé à la tête de l’État, supprima la démocratie pour la remplacer par un régime autoritaire. Le régime de Vichy, période émouvante et regrettée par un grand nombre de mouvements de l’extrême droite traditionnelle, a montré ce que pouvait donner une telle idéologie quand elle a le destin de la nation entre ses mains, même si les circonstances étaient particulières. Quelques années plus tôt, ce fut Adolf Hitler qui prit le pouvoir par les urnes après ses tentatives violentes ratées. Il supprima aussi la démocratie après avoir gagné la Chancellerie grâce à elle. Mussolini, chef du parti fasciste italien, n’a pas plus brillé par son grand amour de la démocratie. Le communisme soviétique, ou actuellement le régime Nord-Coréen qui en est un vestige dans sa forme la plus caricaturale, n’était évidemment pas plus démocrate. L’extrême droite n’a pas l’exclusivité du totalitarisme. Ce qui rend le totalitarisme islamiste si proche de celui de l’extrême droite traditionnelle, c’est son idéologie et sa conception du monde qui le justifient.

Les intégristes musulmans ont en horreur tout ce qui représente les valeurs démocratiques. Beaucoup d’entre eux, notamment les salafistes, n’hésitent pas à l’afficher ouvertement. Les Frères musulmans ont opté pour une stratégie politique bien plus fine et intelligente. La même stratégie que l’extrême droite traditionnelle, mais de façon encore plus efficace : se servir de la démocratie, prétendre même la défendre, pour mieux la supprimer une fois qu’elle ne sera plus utile pour l’accession au pouvoir. Les Frères musulmans ont opté pour cette stratégie suite à leurs multiples échecs de prise de pouvoir par la force. Si Adolf avait réussi à le prendre par les urnes, pourquoi pas eux ? Alors il faut tout faire pour séduire. En Égypte, puis dans d’autres pays musulmans, ils ont investi tous les domaines négligés par l’État : la santé, l’éducation, le social, l’aide alimentaire, etc. C’est la conquête par le bas. En France, cette conquête par le bas se manifeste surtout à travers le milieu associatif sous couvert d’actions humanitaires, “culturelles” ou éducatives. Un bel exemple dans le domaine humanitaire est le “Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens”, une association satellite de l’UOIF. Quant à certains centres culturels musulmans, ils utilisent le “culturel” pour faire du “cultuel”. Les diverses activités éducatives, culturelles et de loisirs qui y sont proposées ne sont que des supports pour endoctriner leurs adhérents, surtout les enfants qui sont les futurs citoyens. Leurs centres de documentation regorgent d’ouvrages d’islamistes plus durs les uns que les autres. On peut y trouver la collection complète des œuvres de Tariq et Hani Ramadan, Youssef Al-Qaradhawi, les compilations de l’ensemble des décrets des fatwas prises par le Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche (organisation européenne des Frères musulmans présidée par Y. Al Qaradhawi et dont l’UOIF est membre), les ouvrages de théologiens wahhabites, etc. En revanche, il est rare d’y trouver les écrits de musulmans modernistes. Les enfants ne sont pas oubliés. En tant que futurs citoyens, c’est même leur première cible. Des livres pour la petite enfance ou des informations sur des activités de loisirs ont pour illustration des fillettes de 4 ans voilées parmi d’autres enfants. L’objectif est d’instiller le voile chez les enfants, en faire un “vêtement” comme un autre en habituant les fillettes à le porter pour leur faire accepter leur futur statut d’objet sexuel qu’il faudra cacher. Ainsi, elles “choisiront” plus tard d’elles-mêmes de le porter… “librement”. Insérer cette idée dans des illustrations à l’allure anodine, reflet de la réalité dans ces centres culturels, permet de la relativiser et la banaliser.

Nader Abou Anas
Le prêcheur salafiste Nader Abou Anas est l’administrateur du site Dourous.net, vitrine internet de l’association D'clic dont il est le président
Les objectifs de D'clic pour la diffusion de son islam radical
Les objectifs de D'clic pour la diffusion de son islam radical
Activités enfants, centre culturel musulman de Grenoble
Exemple d'activité et de son illustration. Ici, l'endoctrinement dès le plus jeune âge à la cause Palestinienne et par le biais de la confessionnalisation du conflit. Deux petites filles voilées figurent parmi les autres enfants. Un des moyens de banaliser le voile.
Ils ont également infiltré les milieux estudiantins. C’est par là que l’islamisme, à travers des Frères Musulmans étudiants en France, a connu ses premiers balbutiements en France dès les années 1960. Former des élites qui sauront s’exprimer, utiliser nos codes culturels, pour à la fois séduire les musulmans mais aussi ceux qui deviendront leurs “idiots utiles”. Ceci afin de faire plier la République par le biais politique. C’est la conquête par le haut. Le CCIF est l’outil le plus abouti à ce jour. Ses militants sont le fruit de la conquête par le bas et aujourd’hui acteurs de la conquête par le haut. Le syndicat EMF (Étudiants Musulmans de France), une des branches de l’UOIF, en est un autre exemple. Leurs actions spécifiquement étudiantes sont assez limitées. En revanche, on ne compte plus leurs demandes religieuses (salle de prière et autres), leurs actions caritatives pour développer leur prosélytisme ou leurs conférences victimaires (avec notamment le CCIF). Leurs membres, tout au moins leurs dirigeants, sont plus “Musulmans” que “Étudiants”.

L’UOIF, ses associations satellites et ses prédicateurs, ainsi que le CCIF, sont du même courant du seul parti qui a réussi à atteindre et garder le pouvoir à ce jour : le parti islamiste turc, l’AKP. Leur courant n’est pas l’islam comme religion spécifiquement, mais l’islamisme frériste comme idéologie totalitaire. Dans un discours daté de 1996, Recep Tayyip Erdogan considère que la démocratie n’est pas un but mais un moyen. Elle est comme un tramway duquel on descend une fois arrivé au terminus, c’est-à-dire une fois arrivé au pouvoir (2). C’est une image très parlante. Il dit la même chose que Jean-Marie Le Pen, mais de façon plus poétique. Et c’est exactement ce qu’il fait. Il a gagné démocratiquement les élections et mené une politique accommodante durant quelques années pour consolider sa popularité. Puis, il s’est dévoilé : annihilation de toute opposition politique, neutralisation (parfois violente) des médias trop critiques, modification de la constitution turque pour consolider son pouvoir autoritaire, suppression progressive de la laïcité, développement de lois et favorisation de tout ce qui permet la radicalisation religieuse des esprits, etc. Bref, amener la Turquie vers un régime autoritaire et totalitaire, tel que l’idéologie des Frères musulmans l’a toujours préconisé. Ne pas fomenter un coup d’État pour accéder au pouvoir, mais se servir de la démocratie pour l’atteindre et mieux la supprimer ensuite. C’est ce qu’avait fait Adolf Hitler en 1933.

Si les islamistes s’en donnent à cœur joie dans la manifestation de leur antisémitisme, leur racisme et leur rêve totalitaire dans les pays musulmans, ils peuvent difficilement le faire en France. Les Frères musulmans ont bien compris qu’ils ne peuvent pas y utiliser les mêmes méthodes que dans les pays moins démocratiques et moins laïcs. Nos lois et nos valeurs, dont la laïcité, sont un bouclier qui les empêche de s’afficher ouvertement. Ils ne peuvent pas non plus faire de déclarations aussi frontales que Erdogan. Chez les Frères musulmans ayant une certaine audience médiatique, seul Marwan Muhammad ose se dévoiler en partie (Tariq Ramadan exprime les mêmes choses, mais il est plus subtil). Il utilise tous les outils que lui offre la démocratie : liberté d’association, liberté d’expression, le judiciaire par le “jihad des tribunaux”, et même les élections en donnant des consignes de vote en faveur des candidats les moins “islamophobes”. Mais au final, il considère que ce sont les musulmans qui, en tant que peuple supérieur, ont vocation à gérer le monde et à définir ce qui est bien ou mal pour l’ensemble de l’Humanité (cf. 2ème partie). Comme le CCIF clame officiellement défendre les valeurs qui sont les nôtres et qu’il est aussi dans la victimisation permanente, sa vision raciste et totalitaire passe comme une lettre à la poste auprès d’une partie de la gauche et des féministes.

Les salafistes étant en revanche moins subtils, puisqu’ils ne sont pas dans une stratégie politique, c’est d’eux que viennent les propos dévoilant leurs opinions. Ce qui déplait évidemment aux Frères musulmans dont la stratégie est objectivement plus efficace. Mais cela n’empêche pas ces mêmes salafistes de se retrouver régulièrement dans des conférences ou manifestations communes avec le CCIF.

Ainsi, l’extrême droite traditionnelle et la nouvelle extrême droite sont les deux faces de la même pièce. Alors rien d’étonnant à ce qu’ils aient été les moins “Charlie” d’entre tous. Mais surtout, le CCIF a été d’une indécence et d’une agressivité hallucinantes lors des différents attentats ayant touché Charlie Hebdo. Je l’ai démontré dans un article précédent (3). Pourquoi une telle haine ? Car le journal satirique est l’illustration de la liberté d’expression, un des piliers de la démocratie. Que nous aimions ou pas ce journal, qu’il nous choque ou nous fasse rire, il a toujours profité autant que possible de cette liberté d’expression si précieuse. Et qui étaient leurs cibles préférées ? En premier lieu le FN (et l’Église). Puis l’ensemble de la classe politique. Les intégristes musulmans arrivent bien après eux. Mais pour les islamistes, c’est déjà trop. Leurs délires victimaires les poussent à hurler au blasphème. Un délire victimaire poussé jusqu’à l’indécence en 2011 et surtout en 2015 (4). Mais ils ont eu gain de cause. Si la République ne reconnait toujours pas le délit de blasphème, il a quand même été rétabli en France par les islamistes djihadistes. A présent, plus personne n’osera dessiner le Prophète. La sentence en cas d’infraction ? La peine de mort…

La convergence de vue des deux extrêmes droites sur la démocratie et la place de la religion les amène à se retrouver sur la même longueur d’onde concernant des enjeux sociétaux tels que la laïcité. Une laïcité instrumentalisée qui participe à leur stratégie de conquête.

Dans les débats sur la laïcité, tout comme sur ceux du sexisme, il y a ceux qu’on appelle les “idiots utiles”. Ils pensent sincèrement défendre la laïcité en soutenant les intégristes musulmans et en luttant contre l’universalité de l’égalité des sexes. D’un autre côté, il y a ceux qui ont parfaitement conscience qu’ils ne sont pas laïques mais qui déclarent l’être pour mieux lutter contre. C’est le cas du Front National et des islamistes Fréristes (les salafistes en général ne jouent pas de double jeu. Ils ne cachent pas leur rejet de la laïcité). Des musulmans qui ignorent ce qu’est la laïcité sont séduits par le discours de “défense de la vraie laïcité” revendiqué par les intégristes musulmans. Rhétorique utilisée depuis 1989 par l’UOIF et qui explique aussi en grande partie le succès du CCIF. Le Front National est sur la même ligne de “défense de notre laïcité”. Chacun essaye de s’en servir à son avantage. Pour l’un c’est pour imposer (sa vision de) l’islam. Pour l’autre c’est l’imposition du retour à une société où la culture catholique prédomine, en niant une partie de sa population issue de l’immigration contemporaine.

La loi de mars 2004 sur les signes religieux à l’école en est le parfait exemple. Les islamistes la considèrent comme “islamophobe”, une loi “d’exception aux relents colonialistes”. Pourtant, l’empire colonial français était aux antipodes de la loi de 2004. Il n’a jamais interdit les signes religieux dans les colonies. Pour une raison simple : les musulmans n’étaient pas des citoyens français mais des “indigènes”, y compris dans les départements français d’Algérie. Les lois et principes laïques ne s’appliquaient donc pas à eux… La France avait même entretenu les identités confessionnelles comme manœuvre politique coloniale dans la gestion des oppositions “indigènes” (diviser pour mieux régner). L’argument des islamistes est ainsi contraire à l’Histoire. Car en 2004, c’est bien en raison de l’égalité entre tous les citoyens sans distinction de religion que cette loi a été votée. Un certain nombre de jeunes filles musulmanes subissent une pression (visible ou latente) à laquelle ne sont pas soumises les autres jeunes filles. Ces jeunes filles sont assignées à une identité religieuse rigoriste, qu’elles le veuillent ou non, dont les conséquences importantes ont été démontrées par différents rapports et commissions. Le voile est également un moyen d’entrisme prosélyte au sein des établissements scolaires, lieux hautement stratégiques pour la conquête religieuse des esprits. De nombreux cours ont été perturbés et des tensions étaient apparues en raison de l’entrisme de l’islam radical. Cette loi vise donc à limiter l’expansion d’une idéologie totalitaire (l’islamisme), du communautarisme et du sexisme au nom du religieux. Contrairement à ce que souhaitent faire croire les islamistes, cette loi ne concerne pas les musulmans, mais les dérives faites au nom de l’islam. Une musulmane modérée se fiche complètement de la loi sur le voile intégral ou de celle sur les signes religieux à l’école puisque cela ne la concerne pas. Elle est même, grâce à cette loi, protégée contre les injonctions intégristes. Et cela ne plaît pas du tout aux islamistes, CCIF et consorts. Leur rêve de voiler les petites filles, pour qu'elles s'habituent à leur statut d'objet sexuel devant être caché, explique leur motivation de tout faire pour supprimer la loi de 2004, y compris à se prétendre défenseurs de la "vraie" laïcité pour mieux lutter contre...

Ainsi, les islamistes dénoncent une loi “raciste, d’exception, aux relents colonialistes” et souhaitent revenir à une situation discriminatoire inspirée de la colonisation en demandant une inégalité de traitement en raison de leur confession. Dénoncer le “colonialisme” pour demander un traitement néocolonial. Il fallait y penser.

Un désir d’inégalité pour être privilégié qui va encore bien plus loin. Tout le monde s’accorde à dire que la laïcité est la liberté de croire et de ne pas croire, donc de changer de religion ou d’avoir la liberté de ne pas en avoir. Les islamistes tels que l’UOIF sont officiellement au diapason, mais uniquement quand cela leur sert. S’ils sont effectivement d’accord pour que chaque musulman puisse pratiquer sa religion librement, pour que toute personne puisse se convertir à l’islam comme cela est garanti par la loi et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, ils sont bien plus réticents à appliquer la réciprocité. Les islamistes refusent de reconnaitre l’apostasie comme un droit. Un événement important mais peu connu confirme ce refus de la laïcité et de l’égalité entre tous les citoyens. Un refus qui a été accepté par l’État, trahissant ainsi ses propres valeurs.

En 1999, le ministre de l’intérieur de l’époque, Jean-Pierre Chevènement, souhaitait déjà la création d’une instance représentative des musulmans français. Il lança alors une vaste consultation auprès de plusieurs fédérations musulmanes, grandes mosquées et personnalités musulmanes de France. Le ministère y inclut les intégristes de l’UOIF. Le préalable à la reconnaissance par l’État d’une telle organisation représentative était logiquement une reconnaissance mutuelle. Les participants devaient accepter officiellement un texte rappelant les principes de la laïcité. Ce fut fait, mais au prix d’un cadeau offert à l’UOIF : la mention du droit de changer de religion est notamment retirée à la demande de l’UOIF (5). L’État français, cet État “islamophobe”, a renié un des principes les plus fondamentaux de nos valeurs républicaines pour faire plaisir à des intégristes qu’on souhaitait présents dans cette construction d’un islam de France… Cela ne s’appelle pas un “accommodement”. C’est un renoncement. Et les musulmans qui souhaiteraient changer de religion ou bien affirmer leur athéisme ? Tant pis pour eux. Les islamistes, ceux-là même qui prétendent vouloir respecter la “vraie” laïcité ou bien une laïcité “ouverte”, les considèrent comme des traîtres. La liberté religieuse et de conscience, socle de notre laïcité, sont de beaux principes… mais pour les autres. Les français musulmans, eux, doivent être essentialisés et assignés à l’islam. Qu’ils le veuillent ou non. Ceci est un des événements qui montrent le double jeu et le double langage des islamistes. Farouchement anti-laïques, ils se servent de la laïcité pour imposer leurs valeurs. Une perte de repères des républicains qui ne se serait jamais produite face aux intégristes catholiques.

Puisque l’UOIF a clairement marqué son refus de la laïcité en 1999, a-t-elle manifesté également ce rejet pour justifier son opposition à la loi sur les signes religieux à l’école en 2004 ? Et bien non. Cette fois, c’est au nom du respect de la laïcité qu’elle a combattu la future loi. Elle a utilisé la stratégie classique des Frères musulmans : se servir de nos valeurs et de nos conceptions pour les instrumentaliser afin de les retourner contre nous. Mais cette fois, le sujet étant très médiatisé et les enjeux bien plus profonds, la République n’a pas cédé.

L’UOIF n’a pas voulu céder non plus. En juillet 2004, 4 mois après le vote de la loi et 2 mois avant la 1ère rentrée scolaire où la loi sera appliquée, l’UOIF rédigea un communiqué officiel, “Lettre aux musulmans de France” : Nous recommandons [aux élèves] de se présenter dans les établissements dans les tenues qu’elles auront choisi de porter. Si leur tenue devait poser problème, nous les encourageons à un dialogue constructif avec la communauté éducative de manière à rechercher des solutions qui respectent à la fois leurs convictions religieuses et la loi en vigueur. Elles pourront compter sur le soutien des associations locales. (…) Si, par malheur, des membres de la communauté éducative de leurs établissements venaient à faire une interprétation abusive de la loi, considérant notamment qu’elle équivaut à une interdiction générale et absolue de tout signe et tenue d’origine religieuse, notamment musulmane, les élèves pourraient alors compter sur le soutien de l’ensemble des associations musulmanes et des organisations attachées à la défense des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Nous sommes prêts à leur fournir, ainsi qu’à leur entourage, un soutien moral, une aide au dialogue, une information sur la bonne connaissance de leurs droits, des conseils avisés d’acteurs de terrain, et une assistance juridique (6).

L’UOIF invitait les élèves à se présenter voilées si elles le “souhaitaient”, à flirter avec les limites de la loi, tester encore et toujours jusqu’où elles pouvaient aller, avec le soutien (ou plutôt le pilotage) d’associations islamistes, et maintenir ainsi la pression. L’instrumentalisation sans complexe d’adolescentes et d’enfants pour tenter l’imposition progressive du sexisme au nom des valeurs islamistes. On ne doute de rien chez les intégristes.

Les arguments victimaires étaient peu présents à l’époque. La sémantique a évolué quelques années plus tard. En 2015, soit 11 ans après le vote de la loi, l’UOIF ne s’est toujours pas remise de ce “traumatisme”. Dans un communiqué sur son site internet, elle déclare que la loi n’a servi qu’à stigmatiser et humilier encore plus les musulmans. Cette loi n’aura en aucun cas servi le bon vivre-ensemble, bien au contraire (7). “Stigmatiser”, “humilier”, “vivre ensemble”, ces éléments de langage ne vous rappellent rien ? L’élément de langage de base reste le même : les islamistes parlent toujours des “musulmans”. Ils ne vont évidemment pas dire les “islamistes” ou “les intégristes musulmans”, ni même les “musulmanes voilées”. Ils estiment être les représentants de l’ensemble des musulmans, des intégristes qui leur ressemblent jusqu’aux plus modérés qui les considèrent comme des illuminés. Cela leur permet aussi de valider leur radicalité comme étant le véritable islam. Ainsi, si on s’attaque ou critique le sexisme moyenâgeux du voile, on s’attaquerait à l’ensemble des musulmans.

Quant au reste de la rhétorique, elle a évolué vers une plus grande victimisation. Nous reconnaissons, là, la quintessence du CCIF.

Plus surprenant encore un an auparavant, l’UOIF avait aussi rédigé un communiqué pour les 10 ans de la loi (décidément, le “traumatisme” est profond) où elle indiquait qu’elle s’attriste du dévoiement de la laïcité qui en a résulté. Cette laïcité sensée, selon la loi de 1905, garantir aux citoyens l’exercice de leur culte via la stricte neutralité de l’Etat, se trouve travestie au bout de dix ans en une nouvelle laïcité qui empiète inlassablement sur les droits et les libertés religieuses des individus. (…) L’UOIF garde l’espoir pour les prochaines années d’un retour à une laïcité apaisée, ouverte et fidèle à ses principes fondateurs. Pour ce faire, il appartient notamment aux organisations musulmanes d’œuvrer par tous les moyens légaux pour éviter les abus et violences liés à l’application de cette loi et continuer à dénoncer toutes les lois qui tendent à diviser notre société (8).

Dit autrement, l’UOIF reproche à l’État d’appliquer la loi. Mais pour ne pas le dire ainsi, elle use encore d’une rhétorique bien rodée depuis. Elle se pose en modérée, en rassembleuse de la société. Elle prône une “laïcité ouverte”. Bref, renoncer à la laïcité française pour une laïcité anglo-saxonne plus accommodante avec les intégristes, et abroger la loi de 2004 pour le respect de leur radicalité et de leur sexisme sous la menace d’une société divisée en cas de maintien de ladite loi.

Mais les passages les plus savoureux ne sont pas là. L’UOIF estime en effet que la laïcité sensée garantir aux citoyens l’exercice de leur culte se trouve travestie au point d’empiéter inlassablement sur les droits et les libertés religieuses des individus. En 1999, elle rejetait officiellement la laïcité en refusant d’accepter la liberté religieuse et la liberté de conscience pour les musulmans qui souhaiteraient quitter l’islam. Mais elle brandit comme argument la liberté religieuse garantie par la laïcité au sujet du voile quelques années plus tard. Je l’affirme de nouveau : farouchement anti-laïques, les islamistes se servent de la laïcité pour imposer leurs valeurs.

Leur instrumentalisation ne s’arrête pas à cela. Marwan Muhammad, le plus grand défenseur de tous les temps et de l’univers de la laïcité, avait tenu des propos hautement politiques à la mosquée de Tremblay le 28 août 2016, suite à l'incident au restaurant Le Cénacle (des propos anti-musulmans avaient été proférés par le patron des lieux envers deux clientes voilées) : Il y a une responsabilité politique qui a créé les conditions pour que ce type de drames soit possible. (...) Dans un temps comme le nôtre, quand les ordres sont problématiques (à propos des policiers des municipalités concernées par les arrêtés anti-burkini), ce n’est pas la désobéissance civile qui est un problème, c’est l’obéissance servile. (...) Personne n’a le droit de nous dire comment on doit s’habiller, comment on doit financer les mosquées (…). Et pour ça, il faut se mobiliser politiquement. (…) Être capable de se mobiliser en envoyant 1000 courriers, 2000 courriers, 5000 coups de fils à tel élu dont on considère que le comportement est problématique, c’est une action politique. (…) Et dans l’ensemble de la palette des actions politiques qui sont possibles, que ce soit le vote ou l’adhésion à des associations ou le fait de se mobiliser et se rassembler à un endroit, je vais choisir celle avec laquelle je suis en accord et en adéquation, conforme et cohérente avec ma vision de la société, avec mes valeurs, avec mon éthique. (…) Plus on sera efficace et on pèsera politiquement, plus ce sera compliqué pour des élus de nous maltraiter et de nous mettre à l’index (9).

Or, la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État est très claire : "Il est interdit de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l'exercice d'un culte" (article 26).

Non seulement il ne voit pas le problème à une telle infraction, et encore moins à la violence de ses propos, mais en plus il l’assume ouvertement dans un entretien hagiographique accordé au Monde trois jours plus tard, lorsque la journaliste lui rappelle cet article de la loi : Je n’ai rien dit de différent de ce que je dis depuis 6 ans. “L’islamophobie”, (…) c’est aussi une question politique (10). Pourquoi s’en priverait-il ? Auréolé de son statut de victime permanente grâce au soutien des “idiots utiles”, il peut tout se permettre, y compris ne pas respecter un principe et une loi qu’il prétend défendre. Montrer une façade Aristide Briand pour cacher l’arrière cours Hassan Al-Banna, c'est un des "charmes" du CCIF.
Tweet de Marwan Muhammad, le 29 août 2016
Un affichage neutre et laïque comme outil pour masquer son marquage politique à l'extrême droite, religieux, et son rejet de la laïcité.
Nous constatons la même instrumentalisation au FN. Ce parti est historiquement anti-laïque. Leurs nombreux membres issus de l’intégrisme catholique et ses positions en faveur de l’enseignement privé catholique en sont quelques exemples. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait combattu très tôt le projet de la future loi de mars 2004 qui concerne l’ensemble des signes religieux à l’école, y compris les signes chrétiens. Sa “croisade” actuelle pour la défense de la laïcité n’est que le moyen de réaffirmer les “racines chrétiennes de la France” en s’attaquant uniquement aux revendications religieuses des intégristes musulmans. Les revendications chrétiennes ? De simples manifestations culturelles selon lui... Alors en invoquant la neutralité de l’école laïque tout en défendant une vision chrétienne et cléricale de la nation, le Front National est à l’opposé de l’idée républicaine, égalitaire et fraternelle de la laïcité (11). Ainsi, le FN dénonce avec force les écoles musulmanes intégristes et les revendications communautaristes musulmanes au nom de la laïcité, mais ferme les yeux ou cautionne les écoles catholiques intégristes et les manifestations catholiques portant atteinte à cette même laïcité. En face, les islamistes tels que le CCIF défendent les écoles musulmanes intégristes et les revendications religieuses au nom du respect de la laïcité.

Dans sa lutte contre la loi de mars 2004, le FN était en adéquation avec l’Église car une frange de cette dernière n’a jamais accepté la loi de séparation des Églises et de l’État. La société étant intellectuellement armée pour se dresser contre toute incursion des intégristes catholiques dans l’école, ils ne peuvent plus vraiment agir directement. Les intégristes musulmans sont donc des alliés inespérés. Ce que la société n’accepte pas de l’Église, une partie de la société est prête à l’accepter, par inconscience et relativisme, si cela vient des musulmans. Ce qui représente pour l’Église la petite ouverture pour enfin se réintroduire dans l’école. En effet, si nous acceptons le sexisme du voile à l’école au nom de la “liberté religieuse”, il serait discriminatoire de ne pas aussi accepter les revendications religieuses des autres religions. Les intégristes catholiques, par leur soutien aux intégristes musulmans dans leur lutte contre la future loi de mars 2004, se tenaient donc en embuscade. Mais la loi a été votée. Fin de la bataille… pour l’instant.

Les islamistes du CCIF se retrouvent ainsi être le négatif photographique du FN et de mouvements identitaires d’extrême droite tels que Riposte Laïque qui instrumentalisent la laïcité de la même façon. Les uns ont besoin des autres en usant de la même arme (la laïcité) détournée de sa fonction originelle. Une arme pour s’affronter entre eux, mais aussi pour affronter leurs adversaires communs : les républicains laïques, démocrates et les féministes universalistes.

Si leurs ressemblances sont visibles dans leur instrumentalisation des valeurs républicaines, elles le sont également dans leurs liens avec des mouvements et individus peu recommandables. Comme tous les mouvements politiques, ces deux extrêmes entretiennent des relations et travaillent avec des partenaires qui leur ressemblent. Leurs partenariats peuvent être un autre révélateur de leurs idéologies.

Les Frères musulmans sont bien représentés en France à travers l’UOIF et ses associations satellites, ainsi que par de nombreux prêcheurs. Le CCIF, faisant partie de cette mouvance, est souvent partenaire ou intervenant dans leurs conférences, leurs locaux, et à la même tribune que d’autres intervenants sulfureux. Mais le CCIF n’est pas sectaire. Il intervient et/ou s’associe également avec les salafistes.

Ce collectif étant idéologiquement la branche juridique des Frères musulmans en France, c’est certainement pour cela qu’il n’a jamais apporté la moindre critique aux dérives autoritaires de l’AKP. Aucune déclaration pour dénoncer l’instrumentalisation de l’islam à des fins politiques liberticides et anti-démocratiques, ni pour dénoncer l’oppression que vivent les démocrates turcs, musulmans ou non. Il pourrait nous rétorquer que son silence est dû au fait qu’il ne se mêle pas des affaires d’autres pays. Soit. Mais ne serait-ce pas plutôt l’application de l’adage “qui ne dit mot consent” ? Car le CCIF et l’extrême droite turque n’hésitent pas à se retrouver pour l’expansion de leur idéologie à travers des “assises contre l’islamophobie” dans des locaux diplomatiques de l’ambassade de Turquie sous l’égide de son ministère des Affaires religieuses (12). Ces “Assises contre l’islamophobie”, organisées notamment par le CCIF sont soutenues par tout ce que l’AKP dispose comme instruments pour contrôler et se renforcer auprès de sa diaspora. Ils ne s’en cachent d’ailleurs pas (13). D’un côté le CCIF pourfend l’État d’urgence en France, sa police et sa Justice. De l’autre il fait ami-ami avec un régime basculant chaque jour un peu plus dans le totalitarisme. Mais un totalitarisme légitime pour les islamistes puisque ce serait pour le bien de l’Humanité...

Les autres partenaires du CCIF ne sont pas moins sulfureux. Il y a bien-sûr Tariq Ramadan qu’on ne présente plus et qui a même adoubé officiellement Marwan Muhammad, faisant de ce dernier un de ses héritiers idéologiques (14) ; Hassan Iquioussen dont j’ai abordé les faits d’armes antisémites dans la 1ère partie de cet article et qui n’est pas plus tendre avec les femmes ; Hassan Bounamcha, un prédicateur salafiste de référence, rétrograde, misogyne, homophobe et qui est un soutien solide du CCIF (15) ; Nader Abou Anas, dont les prêches moyenâgeux sur les femmes font la joie d’internautes nostalgiques du 7ème siècle (16) ; Rachid Abou Houdeyfa, le fameux imam salafiste qui déclarait à des enfants que s’ils écoutaient de la musique ils seraient changés en porc ; et d’autres encore.

Pour se justifier, le CCIF déclare souvent qu’il discute avec tout le monde : Nous échangeons et débattons continuellement, sur des plateaux télévisés comme lors de rencontres publiques, avec des gens de toutes sensibilités, sans nécessairement adhérer à leurs propos ou à leurs idées, et réciproquement (17). C’est vrai. Le CCIF a de nombreuses fois exprimé son désaccord “avec des gens” : les militants laïques, les féministes universalistes et les musulmans modérés. Il lui est aussi arrivé de débattre une fois ou deux avec des personnes “sans adhérer à leurs idées”. Ce fut le cas avec Jean-François Copé lors d’un débat public ou Mohamed Sifaoui à la radio. Ce dernier est un journaliste luttant depuis longtemps contre les islamistes et qualifié de “sous-fifre de Caroline Fourest” par M. Muhammad. Mais nous n’avons jamais entendu le directeur du CCIF exprimer la moindre critique envers les intégristes musulmans et leurs propos choquants. Lorsqu’on lui cite les noms de quelques personnages sulfureux avec qui il intervient, il répond que jusqu’à preuve du contraire, ils n’ont jamais été inquiétés par la justice (18). Drôle de façon d’exprimer son “désaccord”. L’idéologie et les propos tenus par ses partenaires n’ont donc aucune importance, ni pour sa conscience ni pour l’image négative que cela renvoie de l’islam. C’est seulement s’ils étaient condamnés qu’il commencerait à s’inquiéter. C’est pour cela qu’il accepte volontiers le soutien de salafistes homophobes, puisque non condamnés. C’est également pour cela qu’il ne voit aucun problème à intervenir dans des conférences communes avec des intégristes, organisées par des associations fréristes ou salafistes. Il peut même en organiser lui-même et inviter à son initiative un prêcheur ouvertement antisémite (cf. 1ère partie).

Il n’a jamais été dans un débat contradictoire avec les intégristes. S’il est très véhément et réagit au quart de tour face à de rares contradicteurs dénonçant son intégrisme, il n’intervient jamais pour marquer son désaccord sur telle ou telle position de prédicateurs islamistes concernant la vision de la femme. Il ne réagit pas non plus à leur vision ultra-rigoriste de l’islam. Bien au contraire, il écoute sagement leurs propos rétrogrades avec tout le respect qu’il a pour ces points de vue, pour ensuite intervenir sur sa rhétorique classique : la persécution des musulmans dans un pays “islamophobe”, les pauvres victimes d’injustices, etc. Mieux encore, il est capable de prendre leur défense si nécessaire :
Le 12 septembre 2015 se tenait à Pontoise le “salon de la femme musulmane”. Dénomination peu flatteuse pour les musulmanes à propos d’un salon qui aurait dû s’appeler “salon de la femme musulmane intégriste”. Nous retrouvons encore la tentative des islamistes d’intégrer l’ensemble des musulmans à leur radicalisation. Rachid Abou Houdeyfa et Nader Abou Anas figuraient parmi les intervenants. Lors du discours d’un islamiste, deux militantes Femen s’étaient précipitées seins nus à la tribune en hurlant “Personne ne me soumet”, “je suis mon propre prophète”. Des slogans également écrits sur leur corps. Le contraste fut trop choquant pour les spectateurs. Quelques-uns s’étaient rués sur elles pour les rouer de coups de pied (19). Elles ont dû être escortées pour ne pas être lynchées. On peut ne pas être d’accord avec les méthodes des Femen. Mais de là à en venir à une telle violence, rien ne peut le justifier. Pourquoi cette tentative de lapidation publique ? Car les islamistes ne sont plus habitués à voir des avant-bras nus ou la moindre mèche de cheveux. Alors deux paires de seins qui se baladent à la tribune…

Deux jours plus tard, Marwan Muhammad publia un long communiqué pour exprimer son indignation (20). Je vous rassure de suite, son indignation ne concerne pas les violences physiques qu’ont subies les deux jeunes femmes. Il n’en dit pas un seul mot. Il y dénonce la pathétique et énième polémique à propos du salon. On peut le comprendre. C’est une honte et un acte “islamophobe” de dénoncer un salon où les intervenants sont misogynes et où est véhiculée une vision rétrograde de la femme. Quelle intolérance des féministes que de critiquer l’intolérable. D’après lui, on s’attaquerait aux salafis non pas parce qu’ils sont des intégristes aux propos choquants, mais parce qu’ils sont les [musulmans les] plus visibles et les plus faciles à problématiser (sic). C’est pour cela qu’il fait les louanges de Rachid Abou Houdeyfa et Nader Abou Anas : J'ai eu l'occasion d'intervenir avec ces deux imams et je les ai vus répondre à toutes sortes de questions, en privé comme en public, allant de la conciliation des couples aux questions pratiques les plus élémentaires, avec patience et bienveillance. Je n’ose imaginer quel genre de conseils ils ont pu donner.

Il termine son communiqué par ceci : Et que Dieu me préserve de voir l’honneur et la dignité de gens que j’estime être piétinés sans que ça ne réveille mon cœur. Son cœur sensible est touché par l’honneur piétiné des salafistes qu’il estime. Mais il n’a pas le moindre mot pour deux femmes qui ont failli être délibérément piétinées physiquement.

Les intégristes dont il prend la défense sont pour lui de simples musulmans, donc victimes “d’islamophobie”. Voilà pourquoi il n’est jamais dans un débat contradictoire avec eux. Comment être dans un débat contradictoire avec des personnes en qui on se reconnait ? En revanche, cela explique aussi ses emportements colériques contre les “néo Harkis” ou “l’islam du réverbère” lorsqu’il parle des musulmans modernistes (cf. 2ème partie). Ceux-là sont des traîtres. Là oui, il exprime clairement son désaccord…

S’il voulait trouver le meilleur moyen d’entretenir et développer “l’islamophobie”, c’est réussi.
Le CCIF participe donc rarement à un débat contradictoire. Quand il ne donne pas une conférence avec les intégristes, il intervient effectivement à l’invitation d’une université, d’associations ou établissements divers. Mais c’est pour parler “d’islamophobie” et dérouler tout son discours victimaire face à un public qui est là uniquement pour l’écouter, sans aucun contradicteur à l’horizon. Lorsqu’il intervient sur les plateaux télés, là aussi c’est rarement pour débattre. Ce sont plutôt des entretiens menés par des journalistes qui maitrisent peu le sujet et ne lui posent aucune question gênante. Ou du moins, ils se contentent des réponses calibrées du CCIF.

Les diners de gala qu’il organise en soutien à son action sont la cerise sur le gâteau de ses partenariats douteux. En 2014 par exemple, le CCIF remercia officiellement pour leur soutien et/ou leur présence les fameux Rachid Abou Houdeyfa, Nader Abou Anas et Tariq Ramadan, pour ne citer qu’eux (21). Il y a rarement eu autant de militants islamistes au mètre carré, à part peut-être au congrès annuel de l’UOIF au Bourget. Si le CCIF prétend qu’il n’est pas toujours d’accord avec ce que peut dire tel ou tel, il semble que les positions choquantes de ses invités qu’il remercie si chaleureusement ne soient pas si gênantes. En revanche, aucune trace de musulmans modernistes dans cette soirée. Abdennour Bidar, Malek Chebel et les autres n’avaient peut-être pas été invités. Ou bien ils avaient perdu leurs invitations. Ou alors ils n’avaient pas envie d’entendre des propos anti-musulmans à leur encontre, du genre “néo-Harkis”. Ou ils n’avaient tous simplement pas envie d’être associés à cette soirée, ce que je peux aisément comprendre.

Étaient aussi présents, et chaleureusement remerciés, des soutiens aux islamistes tels que Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des Indigènes de la République, ouvertement raciste, homophobe et pro-islamiste. Il y avait également Rokhaya Diallo, une des cautions “féministes”. Une féministe soutenant un mouvement raciste, totalitaire et sexiste, dans une soirée où elle se retrouvait aux côtés de Houria Bouteldja, Rachid Abou Houdeyfa et Nader Abou Anas… Elle est l’illustration parfaite de l’aveuglement victimaire de cet “islamisto-gauchisme”.

Malgré l’évidence des relations du CCIF avec la sphère islamiste et indigéniste qui confirment l’idéologie à laquelle il appartient, il déclare volontiers que ce sont des procès d’intention en usant toujours de la même image, la capillarité : Je trouve terrible que, incapable de me citer et de me mettre en défaut dans mes positions et dans le travail de mon association, vous soyez obligé d’avoir recours à des disqualifications par capillarité (22). Admettons que ces rencontres, soutiens et conférences communes avec la fleur de l’islamisme et le PIR soient le fruit d’un pur hasard à l’insu de son plein gré. Simple procès d’intention dont le CCIF serait victime par une vision “islamophobe” et néocoloniale de la situation ? En effet, ses relations seules ne suffiraient pas à confirmer totalement son appartenance idéologique. En revanche, ses relations additionnées à son idéologie qui a pu être exprimée à plusieurs reprises, si. Je l’ai longuement “cité” tout au long de mes articles et largement “mis en défaut dans ses positions et dans son travail”. Le CCIF est à l’exact opposé de ce qu’il prétend être (apolitique, areligieux et défendant les Droits de l’Homme). Son idéologie n’est nullement basée sur la défense des Droits de l’Homme, elle est entièrement politique et 100% religieuse. Ses partenariats sont au diapason de son idéologie. A ce point, ce ne sont plus “des disqualifications par capillarité”, mais une mise à nu par osmose.

Marine Le Pen use du même argument que Marwan Muhammad. Invitée en Autriche en janvier 2012 pour un bal viennois, elle s’était affichée avec le gratin de l’extrême droite politique européenne. Comble du cynisme, ce bal avait eu lieu le jour du 67ème anniversaire de la libération du camp de concentration d’Auschwitz, choisie comme date par l’ONU pour être la journée de la mémoire de l'Holocauste et de la prévention des crimes contre l'Humanité. Mais pour elle, cela ne fut qu’un hasard et nous étions tous dans le procès d’intention. Tout comme Marine Le Pen qui déclara pour se justifier qu’elle se rend également à des soirées où il n’y a pas de fachos, Marwan Muhammad explique qu’il intervient aussi dans des conférences où il n’y a pas d’intégristes. Ils ont raison, pourquoi regarder le verre à moitié vide ?

Dis-moi qui sont tes partenaires, je te dirai qui tu es.

Après avoir retracé l’histoire antisémite de son courant idéologique, démontré sa position ultra-identitaire, son racisme et son projet totalitaire, dénoncé preuve à l’appui sa vision sexiste et rétrograde des femmes, établi son rejet de la laïcité, et la totale adéquation des partenaires qui la compose, comment est-il possible que la nouvelle extrême droite française, dont le CCIF est le fleuron, ait des oreilles attentives si complaisantes de la part d’une partie de nos élites, des médias et de la société ? C’est ce que j’aborderai dans les deux dernières parties.



(2) Erdogan, l'ivresse du pouvoir, documentaire de Gilles Cayatte et Guillaume Perrier, ARTE GEIE et Alegria Productions, 2016.

(3) "Je ne suis pas Charlie. Je suis CCIF", l’intégriste anonyme

(4) Ibid

(5) Rapport d’information fait au nom de la mission d’information sur l’organisation, la place et le financement de l’Islam en France et de ses lieux de culte, enregistré à la Présidence du Sénat le 5 juillet 2016, p. 87.

(10) Marwan Muhammad, porte-voix combatif des musulmans, Le Monde, 31 octobre 2016.

(11) Caroline Fourest, Génie de la laïcité, Grasset, Paris, 2016, p. 260.

(13) Ibid

(14) Voir apparaitre aujourd’hui une relève de la qualité de mes jeunes frères Mohamed Bajrafil et Marwan Muhammad (et de tant d’autres), est juste apaisant, réconfortant et énergisant. Je peux partir tranquille.https://twitter.com/TariqRamadan/status/798910923821957121

(18) Ibid
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