Ma petite cousine que je ne connaissais pas

Senda et Mohamed Ali Azzabi

       J’ai une petite cousine, là-bas en Tunisie. Elle est mariée, heureuse avec son mari, et a un bébé de 5 mois. Elle est la fille de ma cousine germaine. Mais comme je ne suis pas en contact avec toute la famille du côté de mon père, je viens tout juste d’apprendre son existence. Pourquoi aujourd’hui ? Car mon Facebook s’est un peu affolé ces dernières heures. Les pages de quelques membres de ma famille déclarent leur tristesse pour cette franco-tunisienne tuée par un terroriste à Istanbul alors qu’elle fêtait le nouvel an avec son mari. Je réalise qu’ils parlent tous d’une cousine que je ne connais pas, Senda. Je viens d’apprendre son existence en même temps que son décès...

On regarde les infos. On est touché à l’annonce de nouveaux attentats. On maudit les terroristes. Mais ça semble si loin quand cela se déroule à l’étranger. J’ai été très touché en apprenant sa mort aux infos. Touché comme pour les autres victimes parce qu’elle est d’abord un être humain. Touché aussi car elle était une de nos compatriotes. Touché encore car elle était également tunisienne, le pays de mes parents. Aujourd’hui, je suis meurtri car j’apprends qu’elle était aussi de ma famille. Quelle sensation bizarre et douloureuse. Les pages des quelques membres de ma famille pleurent leur tristesse. Moi, je pleure en écrivant ces mots.

Tout comme nous, les tunisiens sont touchés par les attentats, sur leur sol et à l’étranger. Tout comme chez nous, des candidats au jihad sont prêts à se retourner contre leur propre pays. Tout comme les islamistes politiques chez nous, les islamistes politiques tunisiens montrent peu d’émotion face à cette violence. Ils sont moins préoccupés par les morts que par les amalgames pour les uns et la repentance des jihadistes pour les autres. Nous affrontons le même mal. La France et la Tunisie ont le même adversaire. Senda, franco-tunisienne tuée par un jihadiste, devient le symbole de ce qui nous unit à travers notre cancer commun.

Le pays du Jasmin se couvre une nouvelle fois de son drapeau pour orner deux cercueils. L’un d’entre eux est celui d’une cousine que je n’ai même pas eu l’occasion de connaitre. Un bébé de 5 mois se retrouve orphelin parce que ses parents se sont trouvés au mauvais endroit au mauvais moment face à un barbare.

Les terroristes ne gagneront jamais. Ils sont autant musulmans qu’Hitler était hindouiste. Ils ne réussissent qu’à unir les gens contre eux, et même à nous rapprocher les uns des autres. Je suis français et très fier de l’être. J’aime mon pays plus que tout autre. Je suis aussi d’origine tunisienne et très fier de l’être également, aujourd’hui plus que jamais. Je n’étais pas en contact avec ce côté de ma famille. J’espère que ça va changer, malgré la distance.

Pour ma part, je ne cède pas à la haine ni à la violence. Je reste toujours persuadé qu’à mon niveau la meilleure arme est l’humanisme pour vivre un jour dans un monde aux valeurs universalistes. Je sais que cela relève de l’utopie. Mais dans ces moments de douleurs, le rêve est plus réparateur que le glaive. Il est aussi un meilleur moteur.

Je suis athée. Mais je souhaite dire à ma famille et à celle de son mari Mohamed Ali, comme dans la tradition tunisienne : Allah yarhamhoum (que Dieu leur accorde sa miséricorde). Mes pensées les accompagnent.

Des larmes plein les yeux, je suis plus que jamais Charlie dans ce qu’il a de plus universel et pacifiste. Je suis Tunis. Je suis Senda.

A ma famille...

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