Mon grand-père, ce héros

       En ce 11 novembre et centenaire de la 1ère Guerre Mondiale, j’ai une pensée pour mon grand-père paternel. Je ne l’ai pas connu. Il est mort longtemps avant ma naissance. Je ne savais rien de lui, à part qu’il était algérien et que ses aïeux étaient venus de Turquie (d’où mon nom). On m’a dit qu’il a été naturalisé français car il avait effectué son service militaire pour la France coloniale. Puis il est parti en Tunisie, y a rencontré sa femme et y a fait sa vie. Les infos que j’ai pu avoir quand je m’y suis intéressé étaient très vagues, voire contradictoires. Cela relevait plus de on-dit que de l’Histoire. Alors j’ai entamé des recherches. Mais il est très difficile de trouver des sources administratives dans les anciens départements français et l’ancien protectorat (termes officiels).

J’ai finalement trouvé quelque chose l’été dernier : son dossier militaire. J’y ai découvert qu’il n’a pas fait son service militaire. Il s’est engagé comme volontaire dans l’armée française et il y a fait toute sa carrière ! Son dossier retrace quasiment toute sa vie professionnelle au mois près. Je ne m’attendais vraiment pas à ce que j’ai découvert.

Il est né en 1889 à Dellys en Algérie. Il s’était engagé une 1ère fois en 1908 pour 4 ans. Il fut affecté à Alger et naturalisé français en 1911. Une fois libéré de son engagement, il devint policier stagiaire. J’ai même son adresse algéroise, c’est dingue. Mais il semble que son intérêt pour l’armée française fut plus fort. Il se réengagea et ne quittera l’armée qu’à sa retraite militaire en 1936.

Il était dans l’artillerie et dans les transports. Il participa à la guerre du Maroc entre 1909 et 1911. Puis il combattit "contre l'Allemagne : du 12-5-1915 au 26-9-1918" sur plusieurs champs de bataille en France et sur le front d'Orient. Entre 1916 et janvier 1917, il y a très exactement un siècle, il était en France avec ses frères d’arme. En octobre 1918, il fut "dirigé sur le sanatorium d’Aïn Draham" en Tunisie. Peut-être pour se remettre d’une blessure ou simplement se reposer lors d’une permission. Apparemment ça lui a bien plu. Après la guerre, il a été muté une 1ère fois à Tunis en 1919. Entre deux missions militaires à l’étranger, il était policier à Tunis. Vu le nombre de fois où il demanda à y être affecté, je suis sûr qu’il y avait une histoire d’amour là-dessous. Certainement ma future grand-mère.

Mon grand-père était donc un vétéran de la guerre du Maroc (1909-1911 puis en 1925) et de la Grande Guerre. Il a combattu sur différents théâtres d’opération : la France, le Maghreb et l’Orient. Il a été blessé et était prêt à donner sa vie pour la Patrie. Pour cela, il a été décoré 3 fois.

Je ne cautionne pas la guerre, et encore moins les guerres coloniales. Ma pensée d’aujourd’hui n’est ni une analyse politique ni une analyse historique. C’est l’expression d’une découverte familiale émouvante. En lisant les détails de sa carrière, les différents terrains d’action où il a combattu, ces affectations en tant que policier, en imaginant à quel moment il a pu rencontrer ma grand-mère à Tunis, j’ai vécu un véritable voyage dans le temps. A chaque ligne de son dossier, j’entendais la fureur des combats, le bruit des locomotives, j’imaginais les rues d’Alger et les quartiers de Tunis dans les années 1910 et 1920. J’imaginais mon grand-père se promenant avec ma grand-mère au Belvédère de Tunis. Pour la 1ère fois, je n’étudiais pas l’histoire des autres, je dévorais celle de mon grand-père. J’en avais les larmes aux yeux. Moi qui imaginais un homme qui avait fait un service militaire de quelques mois pour ensuite s’installer tranquillement en Tunisie, j’ai feuilleté l’itinéraire d’un militaire français de carrière, baroudeur et aventurier. En découvrant cette partie de sa vie, je faisais enfin sa connaissance. C’est comme si je le voyais dans sa jeunesse sans qu’il puisse me voir, à un siècle de distance. J’aurais tant aimé le connaitre, lui parler. Ce dossier est le seul fil d’Ariane qui nous lie à travers le temps. En faisant sa connaissance, j’ai aussi appris sur moi. A 43 ans, il n’est jamais trop tard.

Je me souviens d’un facho pro-FN que j'avais croisé il y a quelques années. Il ne me considérait pas comme français à part entière. A ses yeux, il était français depuis toujours par ses ancêtres et moi je n'étais qu'un "arabe", français seulement depuis ma naissance. J’ai parfois subi ce genre de discrimination. J’aimerais le recroiser un jour. Car si mon grand-père a combattu pour la France pendant des années, le seul fait d’arme du sien a été de se cacher dans les maquis pour fuir le STO en 1943.

De nombreux soldats ont eu le parcours de mon grand-père. Peut-être. Mais lui était mon grand-père.

Le 11 novembre est la date de l’armistice, la fin des combats. Cette date est devenue plus largement la commémoration des soldats morts lors de ce conflit. A présent, je l’associe aussi à mon grand-père.

Il s’appelait Mohamed, il était français. Mon grand-père, ce héros.

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Henda Ayari, de l’islamisme à l’islam : une citoyenne libre, une musulmane épanouie

Henda Ayari, de l'islamisme à l'islam : une citoyenne libre, une musulmane épanouie

       Personne t’a obligé à quoi que ce soit. Dans les deux cas c’est toi qui l’a choisie, ne remet pas ça sur l’islam. (...) Elle insinue que sa religion l’a emprisonnée. A gauche (de la photo) la pudeur qui est un des caractères premiers et importants pour le musulman. A droite, l’abandon de la pudeur. (commentaires sur Twitter, le 29 décembre 2015).

Si la tenue de Henda Ayari n’a rien d’impudique, ces propos tenus par un internaute "musulman" le sont particulièrement. Il est un exemple typique de ces islamistes qui sont plus préoccupés par le halal qui entre dans leur bouche plutôt que par le haram qui en sort. La pudeur relève plus du comportement et du langage que des vêtements. Ce tweet est gentil par rapport à d’autres. Les insultes qu’elle a reçues sont nombreuses depuis qu’elle revendique la visibilité de ses cheveux. On l’attaque sur les réseaux sociaux parce qu’elle attaquerait l’islam… Quelles seraient ses attaques contre l’islam ? Son abandon de "la pudeur" parce qu’elle a abandonné la bâche qui la couvrait.

Henda Ayari, comme de nombreuses musulmanes, a longtemps succombé au discours doublement culpabilisant des intégristes. Un discours religieusement culpabilisant : "si tu veux être une bonne musulmane, voile-toi". Et un discours sexuellement culpabilisant : "si tu veux être une femme bien, voile-toi". Comme pour la plupart des femmes voilées, on lui a appris que son corps est potentiellement source de problèmes. Pour les résoudre, il faudrait cacher ce corps. Pour encore mieux la convaincre, on lui explique que c’est Dieu qui l’a voulu et qu’elle en sera récompensée. Elle a vécu ce processus d’aliénation qui mène un jour à faire "le libre choix" de porter le voile. Mais, à force de courage et de réflexion réellement personnelle, elle a su s’extraire de ces discours extrémistes dont le seul but était de contrôler son corps et sa vie en général. Elle a choisi d’abandonner la servitude volontaire pour la liberté réellement choisie. Elle est devenue une femme libre. C’est cette liberté qui fait d’elle une citoyenne accomplie et une musulmane épanouie. Paradoxalement, elle est mieux imprégnée de spiritualité et plus proche de Dieu aujourd’hui, les cheveux au vent avec son blouson en cuir, qu’avec un voile sur la tête et un vêtement la transformant en Belphegor. Car elle a rejeté l’islam du paraitre pour choisir l’islam de l’être. Elle a compris que l’islam est dans le cœur, pas sur la tête. Le degré de spiritualité ne se mesure pas au nombre de centimètres carré d’un morceau de tissu sur le crâne qui désigne l’impureté de celle qui le porte. Elle a compris qu’en enlevant son voile, elle ne devient pas une pièce de 2 euros qui passerait de poche en poche, autrement dit une prostituée qui passe de pénis en pénis, selon les propos si poétique de Hani Ramadan qui compare la "pureté" et la "pudeur" des femmes voilées à l’impureté et l’impudeur des autres. Elle a compris que l’islam peut s’interpréter dans l’esprit de son message, pas à la lettre. Elle a compris qu’une des ambitions de cette religion à l’époque de son Prophète était de mener les fidèles vers plus d’égalité entre les hommes et les femmes. Son but, à une époque où les femmes n’avaient aucun droit ni existence légale, était de protéger les femmes de "l’offense" (coran, sourate 33 verset 59). Il a tenté de le faire avec les moyens, les connaissances et la culture de l’époque. Or, Henda a compris que nous ne sommes plus au Moyen-Age.
Si le but de protéger les femmes de "l’offense" est clairement exprimée dans le coran, le moyen par le port du voile en cachant les cheveux et/ou tout le corps (et de surcroit de nos jours), lui, ne l’est pas. Et encore moins le côté spirituel de ce tissu (sauf lors des 5 prières quotidiennes). La seule partie du corps mentionnée est la poitrine, puis les "atours" (ou "parures"). Pourtant aujourd’hui, nombre de musulman(e)s souhaitent appliquer à la lettre, voire même déformer, ces versets et ne font qu’aller à l’encontre de l’esprit du message originel. En souhaitant revenir à un soi-disant "islam authentique", ils font l’inverse de ce que Dieu et leur Prophète auraient voulu. Selon l’islam, cette religion avait pour ambition de faire progresser l’Humanité. En souhaitant la ramener au Moyen-Age, en désirant aliéner et voiler les femmes, les partisans du voile commettraient donc un "pêché". Ainsi, le voile, avec toutes les valeurs qu’il véhicule, est une insulte à Dieu et son Prophète.

Ces musulmans qui prétendent ainsi défendre leur religion en critiquant, insultant et menaçant Henda, sont exactement ces personnes que le coran dénonce comme offenseurs des femmes. C’est par leur lecture littéraliste et déformée de leurs textes sacrés qu’ils se permettent ce genre d’attitude : puisqu’elle n’est pas voilée alors on peut l’offenser. Peu importe que leur interprétation soit bonne ou non, seule leur vision compte. Peu importe que la religion n’a plus à autoriser ou non nos choix vestimentaires dans un État moderne et laïque au XXIe siècle : elle est musulmane, alors elle doit se plier à la "salafisation" de l’islam et rentrer dans le rang de l’Oumma, communauté des croyants supérieure à la communauté nationale.

C’est pour cela que seules l’éducation, l’instruction, l’émancipation, les lois de la république et la laïcité peuvent protéger les femmes de "l’offense" aujourd'hui. Certainement pas le voile, bien au contraire. Le voile et ses partisans font totalement l’inverse. Ce n’est plus à la religion de les protéger (protection d’ailleurs si peu efficace depuis toujours), mais à la République. C’est vers elle qu’on se tourne à présent. C’est exactement ce qu’a fait Henda.

Après tant d’années de mariage passées sous son voile, son désir de liberté était là. Le déclic lui est venu le jour où elle a été acceptée à l’École nationale des greffes de Dijon. Hier, Henda était une islamiste emprisonnée derrière des barreaux symbolisés par son voile. Aujourd’hui elle est une citoyenne libérée par le Barreau symbolisé par sa robe. C’est le plus beau, le plus parlant symbole de l’idéal laïque et républicain.
Elle est sortie de ces dilemmes en adoptant un islam apaisé. Elle est devenue, peut-être malgré elle, une féministe qui a soif de liberté et de modernité qui sont en accord avec sa nouvelle approche de l’islam. Dans un certain sens, elle est finalement devenue plus proche de l’esprit du message islamique du VIIe siècle que de l’application à la lettre des islamistes du XXIe.

Mais faudra-t-il qu’elle soit vigilante ? Car elle ne manquera pas d’être taxée d'"arabe de service" ou même de "traitresse" par les islamistes. Et puisque cette musulmane a retiré son voile et qu’elle le revendique, elle pourrait aussi être accusée "d’islamophobie" par le CCIF (là, je suis ironique. Quoique…).

Justement, où était le CCIF lorsqu’elle a eu besoin d’aide ? Ce collectif qui prétend défendre les droits des musulman(e)s. Où était-il quand elle a eu besoin d’être défendue pour sa liberté de conscience de vivre un islam plus respectueux des individus ? L’histoire de Henda est parue partout dans la presse. On l'a vu durant des semaines sur presque tous les sites internet d’information et ceux abordant ce type de sujets. Tous les sites ? Non... pas celui du CCIF. Aucun tweet de Marwan Muhammad, pas la moindre ligne, ni même une petite brève sur leur site pour en parler. Une musulmane qui se bat pour enlever son voile ? C’est un bug informatique, un cauchemar, un casse-tête idéologique dans leur conception de la défense des droits de "l’homme". Il vole à la rescousse des musulmanes qui militent pour le porter. Pas celles qui se battent pour l’enlever. Cela n’entre pas dans le cadre de leurs fameuses "statistiques". Un salafiste ne commet pas un "acte islamophobe" en instrumentalisant l’islam pour obliger sa femme à se voiler. Pour les intégristes, il ne fait que respecter sa religion, avec peut-être un peu trop de zèle et un léger manque de pédagogie envers sa femme aux yeux de quelques-uns, mais c’est tout. On invoque la liberté de conscience et de chef de famille pour l’un, et la liberté de conscience par son "libre choix" de se voiler pour l’autre. Le CCIF ne s’est donc pas précipité pour aller la soutenir, comme il sait si bien le faire dans l’heure quand il s’agit de femmes voilées et pour défendre celles et ceux qui revendiquent le sexisme comme valeur islamique. Pour les intégristes, le sexisme et le patriarcat font partie de l’ADN de leur religion. Donc les critiquer et les remettre en cause serait de "l’islamophobie" pour les uns, une trahison pour les autres.

Mais je l’avoue, oui elle a trahit. Elle a trahit l’islamisme pour aller vers l’islam dans son intimité (là où est la vraie place de la religion), et pour aller vers sa vie de femme dans sa citoyenneté. Et ça, les islamistes n’aiment pas du tout. Son livre témoignage, J’ai choisi d’être libre (édition Flammarion), fait partie des meilleures ventes actuelles. La "musulmane de service" n’aura jamais aussi bien porté ce surnom apprécié des intégristes. Car si les amalgames et la peur de l’islam sont entretenus et développés par les terroristes d’un côté, et les islamistes politique de l’autre, c’est avec ces "musulman(e)s de service" que l’image de l’islam pourra évoluer de façon plus positive, et ainsi apaiser les tensions. Elle rend ainsi service à tout le monde, y compris à de nombreux musulman(e)s.

On peut être athée et laïque, chrétien et laïque, musulman et laïque, juif et laïque, hindouiste et laïque, etc. Les religions et l’athéisme sont des particularismes. La laïcité est un bien commun. Henda est donc profondément musulmane et pleinement laïque. Preuve que l’islam peut être compatible avec la République et que l’émancipation de Henda n’est pas en contradiction avec sa foi. Certains diront qu’elle déforme la religion pour arriver à cela. D’autres diront qu’elle respecte au contraire les principes originels de l’islam. Peu importe. L’islam n’est ni moderne ni archaïque. Il n’est ni éclairé ni obscurantiste. Il n’est pas non plus émancipateur ni aliénant. L’islam est ce qu’on veut qu’il soit. Henda, elle, a choisi.

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Marwan Muhammad, du “bon usage” de la culture et de la grammaire française

Marwan Muhammad, du “bon usage” de la culture et de la grammaire française

       L'islam est UNE religion française. Le foulard est UN vêtement français. Mohamed est UN prénom français. Du bon usage des pronoms indéfinis.

Cette déclaration citée dans l’hagiographie de Marwan Muhamad, publiée dans Le Monde le 31 octobre 2016, a été reprise par l’intéressé sur Twitter. Pourquoi a-t-il dit cela et pourquoi l’a-t-il repris ensuite sur Twitter ? Petite explication :

L’islam a sa place en France, comme les autres religions. Mais il n’est pas une religion française. Inutile d’avoir un doctorat en Histoire pour le savoir. De plus, si vraiment c’était le cas, les islamistes n’auraient pas besoin de toujours faire venir des "savants" de l’étranger pour apporter la bonne parole en France. Les prédicateurs français étant des seconds couteaux. Les français musulmans qui expriment leurs formules religieuses entre eux le feraient aussi en français, pas en arabe : ils diraient entre eux “que la paix soit sur toi” au lieu de dire "salam oualikoum", ou bien “si Dieu le veut” au lieu de dire "inchallah", ou encore "Dieu, gloire à Lui, le Très-Haut" plutôt que "Allah soubhanahou wa ta’ala", etc. Car un des éléments les plus importants quand on prétend que sa religion appartient à un pays, à une culture, est de s’exprimer dans sa langue. C’est la moindre des choses. Le but de ces formules est de s’identifier à l’Oumma, la communauté transnationale des musulmans, afin de montrer que leur islamité est supérieure à leur citoyenneté. On se reconnait d’abord entre nous avant de se reconnaitre avec les autres citoyens. Ils pensent ainsi se sentir plus proche, par exemple, d’un jordanien musulman que d’un français athée ou d’une autre confession. Si l’islam était une religion française, ses théologiens et idéologues de référence le seraient aussi, et ce genre d’attitude et de formules en langue étrangère n’existeraient pas. Les français de confession musulmane qui considèrent leur religion comme étant intime ne s’expriment pas de la sorte. Ils préfèrent la spiritualité plutôt que l’apparence verbale ou vestimentaire.

Le "foulard" dont parle M. Muhammad est en réalité le hijab (ou jelbab et niqab, selon le degré de zèle). Il n’est donc pas français, ni même maghrébin, turc ou indonésien d’ailleurs. En Tunisie par exemple, le voile traditionnel est le safsari. Le "foulard" auquel fait référence le directeur du CCIF a été inventé par les intégristes musulmans en Égypte et en Arabie Saoudite (selon le modèle) au début du 20ème siècle. C’est un uniforme politique qui n’a rien de religieux et dont la seule raison d’être est purement sexiste. Il affirme l’infériorité des femmes et l’impureté de leur corps en les cachant sous un tissu pour ne pas exciter les animaux en rut que seraient les hommes. Ce tissu a été standardisé pour être reconnu et retrouvé dans le monde entier. On y ajoute le vernis de la "pudeur islamique". Les femmes voilées sont ainsi considérées comme vertueuses, et les autres sont impudiques et pas assez musulmanes. Hani Ramadan, frère de Tariq, a comparé les femmes non voilées à des pièces de 2 euros qui passent de poche en poche. Autrement dit des putes qui passent de pénis en pénis... D’autres expliquent que si une femme non voilée se fait violer, c’est qu’elle l’a bien cherché. On enrobe enfin le tout avec une bonne dose de religion pour désamorcer toute critique faite au nom de l’égalité des sexes. En France, on appelle ces critiques "l’islamophobie".
Les frontières nationales ne comptent donc pas. L’objectif est que chaque musulman à travers le monde puisse s’identifier à l’Oumma pour y être rassemblés. Cette communauté étant considérée comme supérieure à toutes les autres. Ainsi, le particularisme des voiles culturels (tout aussi sexistes d’ailleurs) de chaque pays a été remplacé par un uniforme international identificateur qui donne la certification labellisée "je suis une bonne musulmane". Le degré de conviction religieuse se mesurant à présent aux centimètres carrés d’un morceau de tissu, en oubliant le caractère purement machiste, sexiste et misogyne de cet uniforme. On retrouve donc aujourd’hui partout le même voile, qu’on soit en Égypte, au Maghreb, en Indonésie, en Europe ou ailleurs. Pour reprendre l’exemple de la Tunisie, si au début des années 2000 de nombreux Tunisiens étaient encore choqués par l’apparition de ce morceau de tissu étranger à leur culture, il y est aujourd’hui globalement admis. Pour de nombreux Tunisiens, l’appartenance à l’islam est devenue la référence principale de leur citoyenneté. On retrouve le même phénomène dans tous les pays musulmans.
Mais les intégristes musulmans français, comme ici M. Muhammad, préfèrent souvent utiliser le terme de "foulard" plutôt que "hijab" ou "voile". Dans l’inconscient collectif, cela renvoie au foulard d’antan porté par une partie des françaises. L’objectif est de rendre cet uniforme misogyne plus neutre, de le faire passer pour un simple accessoire vestimentaire afin de faire oublier son origine et sa véritable raison d’être. C’est stratégiquement plus efficace. Cela permet de faciliter la culpabilisation et l’attaque pour "intolérance" contre les partisans de l’égalité des sexes et de la laïcité. Donc culturellement, historiquement, politiquement, idéologiquement et sexuellement, ce "foulard" n’a absolument rien de français.

On peut s’appeler Mohamed, Jean-Pierre, Ludwig, Jacob ou Hoàng Kim et être totalement français, sans aucune hiérarchie de francité entre les citoyens. Un français s’appelant Mohamed n’est pas moins français qu’un autre s’appelant François. Mais le prénom ne définit pas le citoyen et peut, lui, ne pas être français. Ce qui est le cas de l’exemple cité par M. Muhammad. Je suis moi-même français. Mon prénom ne l’est pas. Mohamed n’a aucune signification dans notre langue, que ce soit dans son étymologie ou ses références. Cela ne signifie pas qu’il ne veut rien dire. Mohamed signifie "digne de louanges" ou encore "comblé d'éloges”, mais pas en français. C’est en arabe. Ce prénom a d’ailleurs quelques déclinaisons comme Mamadou en Afrique subsaharienne par exemple. Mais il n’existe aucune déclinaison en français. Pourquoi ? Peut-être parce que ce prénom n’a rien de français… Le but de cette rhétorique est toujours le même : si on ose dire que le prénom "Mohamed" (et seulement le prénom) n’est pas français, alors on est raciste et "islamophobe". Mais admettons que ce prénom soit bien français. Je suppose que cela signifierait aussi que Stéphane, Eloïse ou Jean-Pierre, qui sont tout autant des prénoms français, pourraient également être les prénoms des enfants de M. Muhammad. J’ai comme un petit doute qui me chatouille à l’évocation de cette idée.

En s’exprimant ainsi, il savait très bien ce que cela allait susciter. C’est toujours la même stratégie : provoquer pour se médiatiser et faire peur, pour ensuite crier à "l’islamophobie" face aux réactions. D’où ce tweet qui a suivi l’article du Monde. Les mots en majuscule sont là pour tenter d’assouplir son propos afin "d’éviter de provoquer une hystérie disproportionnée chez des islamophobes radicalisés", comme il le déclare sur la page facebook du CCIF. "Islamophobes radicalisés", expression qui ne veut rien dire et qui est ironique quand on connaît la radicalité de son islam. La machine victimaire et "islamophobe" tourne donc à plein. Son propos serait un peu plus sérieux s’il parlait d’"articles indéfinis" plutôt que de "pronoms indéfinis". Quand on affirme aussi fort ce genre d’appartenance française, la moindre des choses est de faire "bon usage" des règles de grammaire apprises par les enfants de 8 ans.

Cette déclaration confirme aussi ce que j’ai écrit sur les intégristes musulmans dans mon article portant sur l’"islamisme radical" (1) : il teste pour voir comment la société réagit, puis il avance. Car on sent transpirer son projet, son rêve, à travers ses propos (2).

Faire parler de soi à tout prix en clamant des énormités - faire peur - braquer la société - jouer les victimes - crier à l’islamophobie. C’est la stratégie standard du CCIF. Mais d’où lui est venue l’idée de cette déclaration ? L’a-t-il faite spontanément ? A-t-il eu un éclair de génie de la formule ? Pas du tout. Il s’est fortement inspiré de la déclaration d’une de ses idoles, Tariq Ramadan.

Lors de la Rencontre Annuelle des Musulmans du Nord (RAMN), le 7 février 2016, Tariq Ramadan avait fait un discours politico-religieux (comme à son habitude) de 51 minutes. Emporté par son lyrisme, il déclame : La France est une culture maintenant musulmane. L’islam est une religion française. Et donc la France est une des cultures musulmanes. Vous avez la capacité, l’autorité culturelle de faire que la culture française soit considérée comme une culture musulmane parmi les cultures musulmanes. Et tout ce qui est bon en France, tout ce qui est ouvert à la France, tout ce qui est ouvert à votre expression de votre islam, est français. Le français est une langue de l’islam. La culture française est une des cultures de l’islam. Il faut le dire avec force et le dire avec détermination.
Comme très souvent avec Tariq Ramadan, on peut l’entendre dans un double sens. On peut estimer qu’il incite les Français de confession musulmane à se sentir pleinement français, que leur religiosité n’est pas incompatible avec leur citoyenneté (ce qui est vrai). Mais quand on connaît sa vision de l’islam, sa définition de la citoyenneté, et le projet politique de l’ensemble des Frères musulmans, on peut aussi penser autre chose. On peut estimer qu’il veut pousser les musulmans à faire plier la société française, pour lui imposer les particularismes totalitaires de sa vision religieuse. Pour ma part, je crois qu’il pense les deux.

Voilà donc d’où vient l’inspiration de M. Muhammad. Il n’a rien inventé. Il a seulement récupéré les propos d’une de ses idoles. Et encore, comme il n’a pas le talent littéraire de l’ambigüité fine de son parrain idéologique, il met les deux pieds dans le plat.
On voit bien que ses références ne sont pas Averroès, Ibn Kaldoum ou Mohamed Abduh, et encore moins Voltaire. S’il les connaît aussi bien qu’il maitrise le niveau CE2 en grammaire, je comprends pourquoi il ne les cite jamais.

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